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Une nouvelle gouvernance pour une nouvelle vision du sport

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- 17/10/2018 09h:15

Interview très intéressante mais il aurait été approprié de relire avant de publier.

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Une nouvelle gouvernance pour une nouvelle vision du sport

Le rapport « Nouvelle gouvernance du sport » a été remis en comité de pilotage ce matin par Laurence Lefèvre et Patrick Bayeux à la nouvelle ministre des Sports.
Acteurs du sport a interviewé Patrick Bayeux.

 

Vous remettez le rapport sur la gouvernance du sport aujourd’hui à Roxana Maracineanu qui n’a pas participé au chantier de la réflexion. Qu’attendez-vous de la nouvelle ministre des Sports ?

Tout d’abord, je souhaite saluer le travail qui a été fait tout au long de cette année 2018. Un énorme travail de concertation avec l’ensemble des acteurs du sport, qui a permis de dégager un consensus sur un nouveau modèle.

Ce nouveau modèle est plus qu’une nouvelle organisation, il porte une vision du sport pour les prochaines décennies, au-delà de Paris 2024. Une vision selon laquelle le sport devient un bien commun, un bien partagé, construit de génération en génération, qui appartient au patrimoine immatériel d’un pays.

Mais un bien commun c’est aussi un bien d’utilité sociale, un bien qui rapporte plus qu’il ne coûte, avec ses effets induits sur la santé, sa capacité à créer du lien social, à éduquer.

Certes, la ministre n’a pas participé à toute la concertation, mais une grande majorité des propositions faites dans le rapport est partagée et permet de faire basculer le sport dans une nouvelle économie qui reconnaît que, depuis 30 ans, la demande sociale a évolué, le rôle des acteurs a été profondément modifié et le quotidien de chacun est chamboulé avec le numérique.

J’attends donc de la ministre qu’elle s’approprie nos réflexions et surtout qu’elle prenne acte du consensus historique qui s’est dégagé entre l’État, le mouvement sportif, les collectivités territoriales et le monde économique.


Pouvez-vous planter le décor et nous expliquer comment va concrètement fonctionner cette nouvelle gouvernance, notamment la répartition des rôles entre les 4 acteurs et les niveaux national et local ?

Pour planter le décor, il y a des acteurs, une pièce, deux scènes et plusieurs actes. Les acteurs, ce sont l’État, le mouvement sportif, les collectivités territoriales et le monde économique. C’est la première fois qu’on va leur permettre de jouer la pièce ensemble. Cela peut surprendre mais, aujourd’hui, ce n’est pas le cas.

Les principaux financeurs du sport que sont les collectivités territoriales n’ont jamais été invités à débattre avec l’État et le mouvement sportif d’une vision partagée du développement du sport en France. L’agence de financement réunira les quatre acteurs.

La pièce, c’est la gouvernance partagée, c’est-à-dire le fait que les acteurs se mettent ensemble autour de la table pour échanger et décider des politiques à conduire et ceci à deux niveaux : au niveau national à travers la création de l’Agence nationale de financement du sport, et au niveau régional avec la mise en place d’une conférence régionale du sport et d’une conférence des financeurs.

Ensuite, dans les actes, la Conférence nationale du sport a pour fonction de définir les enveloppes financières qui seront attribuées, d’une part, à la performance sportive avec un objectif de gagner plus de médailles et, d’autre part, au développement des pratiques avec un objectif d’augmenter le nombre de pratiquants et de licenciés.

Dans le développement de la pratique, l’agence attribuera deux enveloppes financières : une pour le sport fédéral avec la pratique licenciée, et une pour le sport territorial. Cette enveloppe nationale, qui sera attribuée aux territoires, sera mise au pot de la conférence des financeurs du sport au niveau régional.

La conférence des financeurs réunira, là encore, les quatre acteurs. L’objectif est qu’ils puissent discuter de qui fait quoi et qui paye quoi. Je prends un exemple : le sport de haut niveau. Aujourd’hui, un sportif de haut niveau est obligé de s’adresser à l’État, à sa fédération, à ses sponsors, à la région, au département, à la métropole et à la ville pour essayer de boucler son budget. Demain, avec la conférence des financeurs, tous les financeurs seront autour de la table et se répartiront les financements par rapport à leur compétence. Le sportif aura une réponse globale.

On n’a rien inventé. Ce mécanisme existe déjà sous cette forme pour les personnes âgées. Tout ne passera pas bien sûr par la conférence des financeurs. On a proposé que les co-financeurs se mettent d’accord sur quatre politiques : le sport de haut niveau, le sport professionnel, les équipements structurants et les territoires carencés dans l’accès à la pratique sportive.

Vous ne parlez pas des moyens qui relèvent d’une « décision politique ». Mais pouvez-vous estimer la fourchette idéale pour un bon fonctionnement ?

Si on en parle, puisqu’on indique que le mouvement sportif et les collectivités ont estimé nécessaire un financement public d’État de l’ordre de 400 millions d’euros. Ceci correspond au montant actuel des taxes déplafonnées.

J’ai toujours affirmé deux principes. Le premier que le sport finance le sport. Qu’est-ce que cela veut dire ? Tout simplement que les taxes prélevées sur l’économie du sport – c’est-à-dire la taxe Buffet, la taxe sur les paris en ligne et la taxe sur la Française des jeux – devaient financer la performance sportive et le développement du sport. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas puisque l’État plafonne ces taxes. J’ai noté qu’un certain nombre d’amendements parlementaires sur le vote de la loi de finances allait dans ce sens. En supprimant les plafonds actuels, on arrive au budget de 400 millions d’euros.

La deuxième chose c’est que gouvernance et financement sont intimement liés. Comment impulser une dynamique à l’approche des jeux et des actions sur les territoires sans disposer d’un budget pour des actions supplémentaires ? Inimaginable et incompréhensible pour les acteurs du terrain que sont les clubs et les collectivités territoriales. Donc le budget nécessaire dans un premier temps n’est sans doute pas de 400 millions d’euros mais on pourrait y tendre d’ici à 2024.

Ce qui importe aujourd’hui c’est d’avoir les moyens d’impulser des actions nouvelles et notamment sur les territoires.


En quoi cette agence va permettre d’obtenir davantage de médailles et d’augmenter le nombre de pratiquants ?

Ce n’est pas uniquement l’agence mais c’est toute cette nouvelle gouvernance au niveau national et au niveau des territoires qui permettra d’atteindre ces deux objectifs. L’agence est un outil de concertation et de financement mais aussi de dialogue et d’impulsion avec les territoires. Cette nouvelle gouvernance va permettre d’atteindre ces deux objectifs parce qu’elle remet le club au cœur de la préoccupation des acteurs. Sans club pas de sportif de haut niveau et pas de médaille, il ne faut pas l’oublier.

Pour ce qui concerne les pratiquants, ils peuvent être licenciés ou non licenciés. Chacun peut tous les jours constater l’engouement de plus en plus important pour une pratique non licenciée et c’est tant mieux.

Dans notre rapport, nous faisons un certain nombre de propositions pour accompagner cette évolution qui doit tenir compte de la révolution numérique en cours.

Pour ce qui est de la pratique en club, l’objectif est de renforcer le rôle des fédérations sportives, de leur donner plus d’autonomie et de les accompagner dans la conduite d’un projet sportif fédéral. Tout ceci avec un seul but, renforcer le rôle du club sur le terrain.

Quant aux performances sportives, le travail conduit par Claude Onesta – qui intègre l’agence – est essentiel. Il repose sur une approche totalement innovante de la performance sportive qui remet l’athlète au cœur de la préoccupation des acteurs, ce qui devrait produire rapidement des effets.

Quand pourrait-elle entrer en action ?

Je ne veux pas répondre à la place de la ministre.
On avait imaginé une mise en action au 1er janvier. Cela a pris un peu de retard suite à la démission de Laura Flessel. Mais si j’en crois les échanges que j’ai eus avec Roxana Maracineanu, on serait sur une création courant premier trimestre.


Qui sera à sa tête et pour combien de temps ?

Cela fait partie des choses encore à caler. Pour ce qui concerne la présidence de l’agence, deux solutions : soit une présidence par un des membres acteurs, avec pourquoi pas une présidence tournante, soit une présidence par une personnalité qualifiée.
Pour ce qui concerne le temps, pour ma part, c’est sur du très long terme dans la mesure où cette agence marque l’entrée du sport dans une nouvelle ère.

 

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