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Sports de combat: à chacun sa norme

Sports de combat:  à chacun sa norme

© Déesse 23 architectures

Dans le domaine des sports de combat, chaque fédération a ses règles. Une diversité qui complique la tâche des maîtres d'ouvrage qui doivent aussi prendre en compte les exigences de sécurité et la maîtrise des consommations. L'analyse précise des besoins est incontournable pour éviter les investissements inutiles. Et la mutualisation, lorsque cela est possible a minima des équipements généraux.

Le vocable très général de « sports de combat » regroupe des pratiques diverses, comme les différentes boxes et luttes (anglaise, savate française, thaï), ainsi que la grande famille des arts martiaux (karaté, judo, taekwondo, kendo, kung-fu, etc.). Cette diversité de sports signifie également une diversité de règlements internes pour la pratique officielle au sein de chacune des fédérations sportives, mais aussi des règles, des exigences de sécurité ou d'hygiène, découlant le plus souvent des règles des fédérations internationales.

Utilisation attendue

Avant toute décision d'investissement, la première étape consiste à définir les sports enseignés, mais aussi les besoins: s'agit-il d'une utilisation purement locale, pour les habitants du territoire, ou le maître d'ouvrage souhaite-t-il organiser des compétitions, et de quel niveau, départemental, régional? À ces questions correspondent en effet des exigences programmatiques et architecturales, techniques et organisationnelles. C'est cette démarche d'analyse et de diagnostic des besoins qui a prévalu dans le programme du dojo de Forcalquier (livré en 2011), dans les Alpes-de-Haute-Provence. « L'utilisation attendue par les clubs était à prendre en compte dès en amont du programme », explique l'architecte Christophe Flachaire. À l'origine, le cahier des charges prévoyait deux salles, l'une dévolue au judo, au karaté et à la boxe, l'autre à la gymnastique, pour une pratique purement locale. Finalement, devant la difficulté à gérer un ring démontable (formation du personnel ou des responsables des clubs, stockage de l'ensemble du matériel), la boxe n'a jamais été enseignée dans la salle dévolue aux sports de combat. Cependant, afin de pouvoir accueillir si besoin plusieurs disciplines d'arts martiaux, l'architecte s'est calé sur les règles édictées par la Fédération française de judo, « les plus contraignantes en la matière », assure-t-il. De là découlent donc la hauteur sous poutres des salles, la qualité du sol, un sol béton recouvert d'un plancher suspendu, accueillant les tatamis réglementaires de la FF judo, mais aussi les espaces minimums entre le bord externe des tatamis, et les murs, eux-mêmes protégés des éventuels coups des pratiquants, ou des risques de blessures lors de bousculades.

 

Circulations fluides

À Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), le dojo (livraison au printemps) possède deux salles permettant d'accueillir plusieurs sports (notamment le judo et la boxe thaï), à destination des clubs mais surtout des scolaires de l'agglomération. « La demande du maître d'ouvrage ne portait pas sur l'organisation de compétitions, mais nous avons appliqué les règles de sécurité des deux fédérations, notamment pour la protection murale par une mousse jusqu'à 1,5 m de hauteur, les distances entre les tatamis et les murs, et bien sûr, les circulations pieds propres et pieds salles, à laquelle il est hors de question de déroger », précise Adrien Court, de Nomade Architectes. C'est d'ailleurs souvent le casse-tête de la maîtrise d'œuvre, concevoir des circulations fluides et logiques, tout en respectant les règles d'hygiène des différentes pratiques sportives (pieds nus ou chaussures par exemple).

 

Configuration particulière

À Châteaubriant (Loire-Atlantique), le maître d'ouvrage souhaitait un équipement de grande envergure pour le club de judo (plus de 250 licenciés) et surtout, pourvoir organiser des championnats départementaux pour les adultes, et régionaux pour les cadets. « Il nous fallait donc une configuration particulière, une très grande salle de 600 m2 modulable en trois configurations, afin d'accueillir six tatamis. De même, l'ensemble du bâtiment est accessible, tant pour les spectateurs que pour les sportifs. Nous sommes d'ailleurs reconnus, puisque de nombreux stages ou concours de handijudo y sont organisés », précise Georges-Henri Nomari, adjoint aux sports. Tout a donc été réalisé en suivant les recommandations et les règles de la FF judo, tant au niveau de l'éclairage, un minimum de 300 lux sur l'aire d'évolution, en grande partie assuré par la lumière naturelle, privilégiée par les pratiquants, qu'au niveau de la température, supérieure à 18°, ou de la mise en œuvre du sol, un plancher flottant (amorti maximal des chutes) recouvert des tatamis.

 

Cloisons renforcées

« Nous restons les premiers interlocuteurs des collectivités qui se lancent dans un équipement de sports de combat. Nous sommes régulièrement sollicités pour des précisions de normes ou de règlements fédéraux pour les équipements, notamment en matière de sécurité et d'hygiène, et notre service juridique est bien sûr aussi là pour apporter ces précisionsaux élus », explique Guillaume Livonnen, l'un des responsables de la FF savate (boxe française). Vu la proximité des équipements et des règles entre les deux principales boxes (configuration du ring, ou ring au sol, salles de frappes, potences, etc.), il est extrêmement rare qu'un équipement ne soit pas conçu pour les deux sports de combat. Une des particularités de la pratique de la boxe est par exemple la solidité des murs, et leur protection. À Trets (Bouches-du-Rhône), où la salle a été conçue exclusivement pour la boxe, les cloisons ont été renforcées par des doublages en bois lamellé collé offrant une résistance accrue, recouvertes de tapis muraux, afin d'amortir les coups portés!

 

Rareté d'équipements spécifiques

La même volonté pédagogique et d'accompagnement des maîtres d'ouvrage se retrouve à la FFKDA (karaté et disciplines affiliées): « pour se maintenir au niveau des meilleures nations mondiales, la FFKDA doit se doter de structures locales mais également d'équipements structurants départementaux et régionaux », explique la fédération. Mais la rareté d'équipements spécifiques au karaté (souvent assimilés à tort aux équipements de judo) « constitue un handicap pour l'ensemble des dirigeants et responsables qui souvent renoncent à s'engager dans des projets 100 % karaté. Les maîtres d'ouvrage choisissent souvent par défaut ou méconnaissance, des installations propres au judo, pour l'enseignement du karaté ». Aussi alors que les résultats en karaté sont là, la FFKDA manque de structures pour accueillir des manifestations (lire notre article en p. 19).

 

Guide à l'usage des élus

La fédération a donc édité une sorte de guide listant tous les postes, en matière de sécurité, d'hygiène, de conception et de déplacements, à l'usage des clubs mais surtout, des élus. Il détaille par exemple le nombre de tatamis par niveau d'usage avec des plans types pour la conception, le nombre de vestiaires, d'aires de combat et leur superficie (2 ou 3 pour un niveau départemental, et 4 à 6 pour des compétitions régionales), ou encore la pose des tatamis sur un parquet massif cloué recommandé pour la pratique de ce sport. Utilisé depuis des siècles, ce type de tatamis est plus rigide que celui utilisé pour le judo: en effet, les besoins (en termes de détente, de projection et de portée des coups) sont spécifiques et particuliers à cet art martial ainsi qu'au taekwondo et au kung-fu. Le guide s'intéresse aussi à la température en été (23° maximum) et en hiver (18° minimum), ainsi qu'à l'orientation des salles de combat (privilégiant les éclairages naturels au nord plutôt que le sud, à cause des rayons directs du soleil). D'ailleurs, pour le karaté, si un niveau d'éclairement de 600 lux est admis en utilisation normale d'entraînement, il « conviendra de prévoir des éclairages additionnels permettant d'atteindre un niveau plus élevé » pour les compétitions.

 

Mutualiser les équipements généraux

À la FF judo, dont le président Jean-Luc Rougé avait été désigné pour présider la Commission d'élaboration de la norme Afnor (lire l'encadré), on retrouve également une démarche très didactique en direction des dirigeants de clubs et des élus. En effet, dans un guide particulièrement accessible et simple d'usage (en ligne sur le site de la FF judo) tous les points et toutes les questions que peuvent se poser trouvent réponses lorsqu'une collectivité se lance dans la réalisation de ce type d'équipement. Même si plusieurs des règles et recommandations du judo sont transposables à plusieurs arts martiaux, il est préférable pour avoir un enseignement de qualité et limiter les risques de blessure, de réaliser des aires de combat spécifiques aux disciplines enseignées. En mutualisant dans le même temps les équipements généraux, vestiaires, salles de repos et de préparation physique, ou de lutte anti-dopage, et tribunes.

 

L'Afnor élabore une norme volontaire
En juin 2015, répondant aux demandes des collectivités pour simplifier les règles, le ministère des Sports a abrogé le texte réglementaire (code du sport, art. A322-141), régissant les salles où sont pratiqués les arts martiaux. Dans le même temps, il a confié à l'Afnor l'élaboration d'une norme volontaire, publiée en juillet 2016, « fixant les bonnes pratiques », afin d'aider les maîtres d'ouvrage dans leurs démarches. «Il ne faut pas confondre les normes volontaires, les prescriptions des différentes fédérations, et ce qui relève de la réglementation en matière de sécurité, du code de la consommationou de l'hygiène publique, par exemple », souligne un des responsables du pôle sport de l'Afnor. Outre les surfaces minimums de l'aire d'évolution, la distance des murs, des marquages, la grande nouveauté introduite par la norme concerne les équipements de la salle. «La surface d'entraînement doit être protégée par le capitonnage de tous les obstacles (murs, piliers, radiateurs...) situés à une distance inférieure à 1 m de l'aire d'évolution, jusqu'à 2 m en partant du sol ». Des contraintes ont aussi été introduites sur les distances à respecter entre la surface d'entraînement et les vitres et les miroirs.

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