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Sports d'eau vive: des aménagements pour apprivoiser le naturel

Sports d'eau vive: des aménagements pour apprivoiser le naturel

© UCPA

Qu'ils soient artificiels (seulement neuf en France) ou en cours d'eau aménagés (plusieurs dizaines), les stades d'eau vive répondent aux mêmes impératifs et critères: pente, débit, obstacles, tracé. Différents systèmes (pompage, gravitaire ou mixte) cohabitent mais tous nécessitent des aménagements et un entretien régulier qui peut s'avérer budgétivore.

Pour réaliser un stade d'eau vive artificiel, le premier paramètre est l'emprise foncière, 6000 m² environ. Viennent ensuite la quantité et le type de l'alimentation en eau et en dernier lieu la pente, comprise entre 0,5 et 2,5 %. Ainsi pour un stade de 300 m de long, la dénivelée est de 5 m. Le système d'aménagement le plus simple est l'alimentation en eau gravitaire, grâce à une dérivation d'une partie du cours d'eau. Une vanne est installée en amont afin de réguler le débit. L'inconvénient majeur est l'impossibilité de pallier les chutes de débit d'eau en période d'étiage, et donc une période d'utilisation restreinte. En revanche, le coût de ce type d'équipement est réduit, puisqu'il n'y a ni pompes ni moteurs.

 

Niveau constant

Le stade équipé de pompes bénéficie d'une alimentation en eau totalement maîtrisée, et donc les variations de débits de la ressource sont très modulables, adaptables à la fois à la ressource (étiage, crues) et aux publics. Mais son coût est relativement élevé. Le stade d'eau vive mixte combine l'alimentation gravitaire à une station de pompage. L'avantage est bien sûr une utilisation optimale, pour tous publics. Le stade de Pau (Pyrénées-Atlantiques), par exemple, est aménagé dans un ancien canal d'alimentation de moulin, profitant ainsi de l'alimentation gravitaire naturelle, qui est complétée par un circuit fermé fonctionnant avec trois pompes.

Elles permettent de remonter l'eau du bassin aval vers l'amont. «Cela nous assure un niveau constant sur le stade, une chose particulièrement importante lors de compétitions, que l'eau soit très abondante ou non », souligne Thibault de Tassigny, directeur de la base gérée par l'UCPA. Quel que soit le débit naturel, le système agit sur les vannes, en corrélation avec les pompes, grâce à une automatisation totale du système. «Pour une bonne rivière, on joue sur les pompes et les variations de fréquences, le nombre de pompes, la configuration de la rivière, et le nombre et le style d'obstacles », confirme Frédéric Bavard, directeur du bureau d'étude Soja, chargé de la partie fluides du projet de stade olympique de Vaires-Torcy (Seine-et-Marne).

 

Entretien budgétivore

Le coût d'investissement varie de quelques dizaines de milliers d'euros à des centaines de milliers d'euros pour une rivière aménagée, ou de 1 million d'euros à 10 millions d'euros pour un stade artificiel (coût moyen de 2 à 4,5 millions d'euros). Mais il faut ajouter les travaux réguliers de réfection. Tant pour les stades artificiels que pour les rivières naturelles, sauf événements exceptionnels, les enrochements doivent par exemple être repris tous les dix ans.
Côté fonctionnement, la fourniture d'énergie représente le poste le plus important, pouvant avoisiner la dizaine de milliers d'euros annuelle.
L'entretien des pompes est l'autre poste budgétivore, « mais il est indispensable », souligne Thibault de Tassigny. D'autant que cette base de loisirs qui accueille un nombreux public très divers (scolaires, clubs, Pôle France, compétitions) ne peut se permettre de fermer ses portes. «Notre contrat d'entretien est passé avec le fournisseur des pompes », un suivi mensuel d'usure des pâles grâce à des capteurs, ainsi qu'un contrôle de la mécanique du moteur est aussi assuré. D'une façon générale, l'ingénierie de régulation des vannes qui contrôlent les pompes en fonction du débit naturel est l'autre sujet sensible, qui nécessite l'attention du maître d'ouvrage ou du délégataire.

 

Police de l'eau

Aménagés dans un cours d'eau naturel, les parcours sont souvent situés en aval d'un ouvrage hydroélectrique. À ce titre, ils bénéficient de la régulation du cours d'eau et de son débit, d'une certaine surveillance. Mais ces rivières sont aussi soumises à des périodes plus ou moins importantes d'interdiction de fréquentation (lâchés d'eau, travaux, etc.). Autre contrainte, « la police de l'eau et de la pêche, une contrainte qui s'impose quoi que l'on fasse dans le lit de la rivière », précise Michel Baudry, président du comité départemental 05 et vice-président du comité régional Provence-Alpes-Côte d'Azur de la Fédération française de canoë-kayak. Ces paramètres sont pris en compte dès la conception d'un nouveau projet, ou d'un réaménagement important, d'autant plus, si le projet est soumis à enquête publique. Cela peut impacter l'aménagement des rives, les enrochements du lit, et la réalisation des zones d'embarquement et débarquement. Dans tous les cas, la dénivellation du cours d'eau, son débit, sa régularité sont des paramètres primordiaux. La réalisation du stade de L'Argentière-la-Bessée en 1993 n'a jamais subi de gros dégâts, malgré quelques crues notoires. Réalisés dans une gravière, les travaux ont porté sur presque tous les points, sur ses 400 m de linéaire. Fonds du lit, berges, enrochements, hormis la dénivellation (1 % mais avec quelques grosses ruptures de pente naturelles) et le débit, qui peut varier de 25 m³/s à 60 m³/s en périodes de courses.

 

Rapport humain

Quel que soit le type de stade (artificiel ou naturel), la typologie et la quantité des obstacles sont primordiales sur la difficulté et la qualité des rouleaux, des contre-courants... En milieu naturel, on agit donc sur l'emplacement des enrochements et leurs volumes, une mission confiée en général à des kayakistes expérimentés, comme Michel Baudry sur le stade éponyme de l'Argentière-la-Bessée... « À l'origine nous avions mis du béton pour fixer certains rochers, ou créer des obstacles. Mais finalement, nous avons tout enlevé car ça ne réagissait pas comme nous l'avions escompté. Aujourd'hui, nous sommes dans un stade pseudo-naturel, puisque tout a été conçu par l'homme », se souvient-il.
Ce rapport humain est primordial, que ce soit en rivière naturelle ou en stade artificiel. Ainsi, pour le stade olympique de Vaires-Torcy, plusieurs mois seront nécessaires pour peaufiner les réglages de la rivière, c'est-à-dire le positionnement des obstacles, mais aussi le réglage des pompes, car cela influence aussi sur les vagues, le débit, la difficulté.

 

Obstacles mobiles

En milieu artificiel, les premiers obstacles mobiles ont fait leur apparition il y a plus d'une vingtaine d'années. Ces plots sont mis en place sur des trous de fixation bétonnée en fonds de bassin ou de parcours. Ils assurent une certaine mobilité, mais sont cependant tributaires d'un calepinage et sont donc limités. «Les obstacles permettent de provoquer des vagues de plus ou moins grande amplitude, des contre-courants et donc d'agir sur la difficulté du stade », précise Nicolas Baillon, ancien kayakiste de haut niveau, et chef de service d'électromécanique d'Hydrostadium, l'un des leaders de la conception des stades d'eau vive. À leur actif, une vingtaine de réalisations, en rivières naturelles aménagées, Bourg-Saint-Maurice (lire p. 19), ou -l'Argentière-la-Bessée, ou dans des stades artificiels comme le stade olympique de Sydney (Australie). Un autre système de plots mobiles pour les stades artificiels consiste en la fixation de rails dans le radier du bassin sur lesquels viennent coulisser les plots, constitués de sortes de caissons que l'on peut assembler au gré des besoins. Plus complet, plus mobile et plus précis, c'est l'option choisie pour la réalisation du stade olympique de Vaires-Torcy (lire encadré : Vaires-Torcy, des installations artificielles hors normes pour les JO). En rivières naturelles, il est difficile de jouer sur la mobilité des obstacles, et le positionnement des enrochements est donc primordial. Il pourra être repositionné au moment de la « révision » du stade, ou après un événement naturel, comme une crue.

 

Vaires-Torcy, des installations artificielles hors normes pour les JO
La candidature de Paris aux JO 2012 avait enclenché le projet de réaménagement de la base de Vaires-Torcy (Auer Weber et Octant Architecture), mais finalement il sera opérationnel pour ceux de 2024. Le stade d'eaux vives est composé de trois rivières artificielles: une pour la compétition, une pour l'entraînement, et une rivière « paysagère ». La rivière de compétition de 300 m forme un U très fermé, et possède deux vasques (départ et arrivée) distantes d'une dizaine de mètres mais avec 4 m de dénivelés, afin d'assurer la pente à 1,5 % sur le parcours. Pour fournir la puissance nécessaire au débit de la rivière de 10 à 14 m³/s, quatre pompes de 290 kW chacune (et une de secours, 1 million d'euros l'une) seront installées dans une fosse, alimentées par deux transformateurs de 2000 kVA chacun (et un de secours de 250 kVA). La rivière d'entraînement est équipée de trois pompes plus réduites (230 kW), ce qui en fait cependant une installation hors normes. Les économies d'énergie sur ce type d'équipement sont impossibles, mais les architectes ont agi sur l'écoconception des bâtiments (très intégrés au site), recouverts de toitures végétalisées, et faisant appel à la géothermie pour le chauffage. Quant à la rivière, ses parois sont évasées et non pas droites, ce qui crée des vagues plus intéressantes, et sur son développement, le fond et les parois sont équipés de rails. Ce dispositif permet la mise en place des obstacles, qui sont ainsi totalement mobiles, et peuvent varier facilement au gré du niveau des compétitions et des demandes.

 

 

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