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Sport et animation: la prime à la polyvalence

David Picot • david1picot@yahoo.fr

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Groupements d'employeurs: une réponse opportune dans un cadre sécurisé
Dans l'est parisien, le groupement francilien (GE) de la vie associative illustre le développement de ces associations qui permettent à différentes structures de se regrouper pour employer un ou des salariés, qu'elles n'auraient pas, seules, les moyens de recruter. « Nous sommes une émanation de l'association Profession Sport & Loisirs 77 (PSL 77) », explique son représentant, Jérémy Cargnelli. « Nous travaillons sur les départements de la Seine-et-Marne, de l'Essonne, de la Seine-Saint-Denis, et du Val-de-Marne, et sommes ouverts à tout type de secteur associatif ». Ses adhérents sont donc principalement des associations (80 %), à dominante sportive, sans oublier une petite partie œuvrant dans les domaines socioculturels ou des arts et spectacles. Le GE travaille aussi avec des collectivités (20 %), autour notamment de l'animation des temps d'activités périscolaires (TAP). Le groupement (15 équivalents-temps plein) constitue donc l'employeur de ces salariés multitâches. « Nous centralisons tout ce qui est en lien avec les ressources humaines et le paiement des salaires ». Sur le plan du fonctionnement, « chaque adhérent verse une cotisation annuelle de 50 euros », poursuit Jérémy Cargnelli. « Nous refacturons ensuite le coût salarial brut proratisé au nombre d'heures mises à disposition auquel nous ajoutons les charges patronales. Nous avons également des frais de gestion forfaitisés qui dépendent du temps de mise à disposition. Ils sont dégressifs à mesure que celui-ci est élevé. Donc plus nous mutualisons entre les structures, plus ce coût est élevé. L'enjeu étant bien sûr d'inciter à développer le temps de travail ». Pour Jérémy Cargnelli, la forme « groupement d'employeurs » est amenée à se développer pour au moins deux raisons: « un, elle constitue une réponse opportune au besoin de professionnalisation du secteur dans un contexte où l'emploi est morcelé avec beaucoup de temps partiel. Deux, sur le plan juridique, elle offre au salarié un cadre sécurisé par rapport aux associations PSL ». Celles-ci offrent les mêmes services qu'un GE mais la différence se situe au niveau du statut. Depuis juillet 2011 et la loi Cherpion (4) qui encadre le prêt de main-d'œuvre, celui-ci est réservé aux agences d'intérim, aux associations intermédiaires (AI) et aux groupements d'employeurs. « Au sein du réseau PSL, nous assistons donc à un glissement progressif à travers lequel nous allons tous rentrer dans le système des groupements d'employeurs ». Il y en avait cinq en 2009 contre une trentaine actuellement.

« L'emploi est la priorité du gouvernement et tous les secteurs y compris le sport doivent être mobilisés », martèle le gouvernement. De fait, les métiers de l'animation et du sport offrent de réels débouchés pour les jeunes. Mais les formations trop rigides semblent peu adaptées aux besoins d'un secteur qui réclame d'abord de la polyvalence. Comment dès lors préparer des gens à avoir des activités variées dans un secteur qui évolue sans cesse?

«Nous avons vraiment du mal à recruter. Nous trouvons rarement le candidat idéal... ». Non, Marco Sentein n'est pas un artisan doté d'un savoir-faire spécifique, en quête d'une main-d'œuvre qualifiée, il est directeur des sports de Muret. Et son « nous » dépasse largement le cadre de cette commune de Haute-Garonne de 24500 habitants puisqu'il préside aussi l'Association nationale des directeurs et des intervenants d'installations et des services des sports (ANDIISS). Autrement dit, tout un réseau d'agents territoriaux en charge du sport et de sa gestion dans les collectivités locales.

 

Pas en adéquation avec le terrain

Son constat est lapidaire mais sans surprise. « De nombreuses formations universitaires proposées, type Masters ne sont pas en adéquation avec les besoins du terrain », poursuit-il. « Prenons l'exemple de la création d'un équipement sportif multiloisir: nous sommes très bons sur la partie étude de marché, prospective, etc. En revanche, sur tout ce qui est dimensionnement au contexte local, situation par rapport à la politique de la ville, nous avons des progrès à faire. Je comparerai les formations à un TGV: abouti sur le plan technique mais qui est fait pour aller tout droit. Alors que dans la réalité, nous devons -souvent prendre la mesure d'éléments locaux situés en dehors du chemin principal. » Marco Sentein insiste également sur les bouleversements qui touchent les territoriaux, particulièrement au sein des directions des sports. De fusions en mutualisations de services au gré des aménagements et autres réformes territoriales... leur rôle dépasse aujourd'hui largement la gestion des équipements et les relations avec le monde associatif. « Entre les sports, la jeunesse, le social, la santé, etc., un directeur des sports doit être polyvalent », enchaîne-t-il. « Sans oublier le management qui représente une part importante du travail et qui ne s'apprend pas non plus à l'université. Depuis quelques années, notre contexte est en perpétuelle mutation. Si bien que l'écart entre la réalité des besoins des collectivités et ce que proposent les formations universitaires tend à se creuser ».

 

Pluriactivité et polyvalence

De leur côté, les étudiants rongent leur frein. C'est le cas de ceux en UFR-Staps. Ils demandent depuis plusieurs années, une réforme de la formation Sport, laquelle se caractérise par son illisibilité. Pour le seul champ des métiers du sport, il existe en France quatre types de certification: les diplômes du ministère de l'Enseignement supérieur (Staps), ceux du ministère des Sports (BPJEPS, DEJEPS, DESJEPS), les certificats de qualification professionnelle (CPQ) et les titres à finalités professionnelles (TFP). « De quoi s'y perdre totalement, à tel point qu'il en devient compliqué de déterminer les débouchés », glisse Bréwal Soyez-Lozac'h, président de l'Association nationale des étudiants en Staps (Anestaps). « Nous sommes effectivement sur un champ très singulier avec des formes d'emploi assez incertaines du point de vue du statut et du métier », remarque José Rose, professeur de sociologie à l'université d'Aix-Marseille (Lest - Laboratoire d'économie et de sociologie du travail), spécialiste des relations entre formation et emploi et des questions d'insertion professionnelle. « Il est caractérisé par la pluriactivité et la polyvalence qui prennent de l'ampleur. Ce qui tend à compliquer les formations. Comment préparer des gens à avoir des activités variées dans un secteur qui évolue sans cesse? Et dans lequel, le décalage entre le métier et la formation est devenu la norme ».

 

Un rapport en 2016

Aux dernières Assises des métiers de l'animation et du sport, en septembre 2015 à Aix-en--Provence (Bouches-du-Rhône), des participants ont suggéré de mettre en place des groupes d'échange et de discussion pour rapprocher le contenu des enseignements avec les besoins du terrain. Une piste parmi d'autres au même titre que le développement de la formation continue pour laquelle plaide José Rose. « Car d'une manière générale, nous sommes très en retard en France sur ce sujet ». Cette problématique est un vrai serpent de mer. Au ministère des Sports, un groupe de travail plancherait sur le sujet. Un rapport devrait être rendu à la mi-mars 2016 au secrétaire d'État Thierry Braillard.

« L'emploi est la priorité du gouvernement de Manuel Valls et tous les secteurs de l'économie doivent être mobilisés vers cet objectif, y compris le sport », nous rappelait-il en novembre dernier. Raison pour laquelle il « a mis en place, avec le ministre de l'Économie, un comité stratégique pour la filière de l'économie du sport » (1), centré sur les équipements et les événements sportifs. Des propositions concrètes devaient d'ailleurs être rendues avant la fin 2015... Autre axe de travail ministériel: le Plan « Citoyens du sport » (2) présenté dans la foulée du Comité interministériel à l'égalité et à la citoyenneté de mars 2015. Parmi les objectifs, figure justement la volonté d'accompagner la professionnalisation des associations et autres clubs et de pérenniser les emplois. Lesquels sont surtout caractérisés : le temps partiel, les contrats à durée déterminée (CDD), le multisalariat et encore la saisonnalité.

 

Emplois aidés, apprentissage...

« Les métiers de l'animation et du sport, dans leur diversité, offrent de réels débouchés pour les jeunes », a-t-il rappelé à l'envi ces dernières semaines à l'occasion d'un tour de France des régions pour y déployer son plan. Les quartiers de la politique de la ville (QPV) sont particulièrement ciblés. D'ici 2017, 1400 emplois d'éducateurs et d'éducatrices devraient y être créés. Idem pour le dispositif Sesame (3) dont l'objectif est d'accompagner vers un emploi d'éducateurs sport ou d'animateur, 1500 jeunes de 16 à 25 ans en difficulté sociale ou d'insertion professionnelle dans un QPV ou une zone de revitalisation rurale (ZRR).

Sesame vient s'ajouter aux dispositifs existants tels que les emplois d'avenir, les conventions Emploi d'avenir, le contrat initiative emploi (CUI-CIE), les emplois CNDS et autres dispositifs locaux d'accompagnement et de soutien de l'emploi associatif. Sans oublier l'apprentissage bien sûr dont Pierre Mariné, à la tête du comité régional olympique et sportif Provence-Alpes-Côte d'Azur (Cros Paca) en est un fervent défenseur. Et pour cause, « on part de l'emploi et on assure une formation. Nous sommes sur de l'aide à la création d'emploi, différente des emplois aidés. Ces derniers doivent bien sûr exister mais ils offrent surtout une vision à court terme ». Avec l'apprentissage, encore faut-il trouver un employeur, « ce qui n'est pas toujours aisé dans le monde sportif », admet Pierre Mariné, par ailleurs président des CFA des métiers du sport, de l'animation et du tourisme. Il insiste d'ailleurs sur ce dernier domaine « très porteur. En Paca, nous avons de la demande pour une pratique sportive familiale mais encadrée. Il s'agit d'emplois pérennes ».

Animateurs multicartes

S'ouvrir à d'autres secteurs, c'est aussi ce que préconise Nicolas -Verdon, qui préside le réseau Profession Sport & Loisirs (24700 emplois en gestion). « Notre mission principale consiste en la mise à disposition de personnel. Et le statut juridique qui correspond le mieux est le groupement d'employeurs (lire encadré) ». Il poursuit: « le modèle du brevet d'état mono-discipline est révolu. Aujourd'hui et encore plus demain, les éducateurs et animateurs seront très polyvalents pour exercer sur un domaine d'intervention large, au sein des clubs sportifs mais aussi dans les écoles, les centres de loisirs et socioculturels, les quartiers, les maisons de retraites, etc. ».

Polyvalence, mutualisation et... « industrialisation », ajoute Alain Loret qui dessine une autre voie. Ce professeur à l'université de Rouen a créé en 1998 le master Marketing & management des structures sportives professionnelles. Cette année, ses étudiants bénéficient pour la première fois d'un enseignement sur « l'ubérisation des services sportifs ». Il y est question de digisport et autre cybersport. « Nous sommes à l'aube d'un renouvellement complet du commerce sportif et d'une nouvelle industrie du sport 3.0, génératrice d'emplois », explique-t-il. « Comme je le dis souvent à mes étudiants, ils seront recrutés dans dix ans par des marques qui n'existent même pas aujourd'hui ».

(1) Voir Acteurs du sport n° 173, novembre 2015, « Vers une ubérisation'' du modèle sportif? » (2) http://bit.ly/1NQVYV9 (3) Circulaire DS/C3/DJEPVA n° 2015-217 du 22 juin 2015 relative à la mise en place du dispositif Sesame: http://bit.ly/1OXj91W (4) http://bit.ly/1mQwLzO

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