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Skateparks, béton ou modulaires?

Sylvie Roman • sylroman@yahoo.fr

À Marseille, le POMGE tente de minimiser les risques de collision
Avec ses 3500 m2, et ses 7500 entrées annuelles, le POMGE est l'un des plus importants sites de France couverts dédiés aux glisses urbaines. Il offre ainsi la possibilité de « fractionner » les zones entre débutants et confirmés, en fonction des modules de glisse, et de minimiser les risques de collisions inhérents au mélange des niveaux. C'est l'une des caractéristiques du lieu, où le délégataire de service public accompagne aussi le maître d'ouvrage dans l'évolution de l'équipement. Par ailleurs, dans le cadre de sa DSP, l'UCPA assure aussi l'accueil et l'encadrement des scolaires, soit vingt-quatre classes par semaine, grâce à plusieurs moniteurs « brevet d'État », ou moniteurs « fédéral ». Des diplômes apparus dès 1998 pour le skateboard, suivis ensuite par des spécialisations sur le roller et le BMX/VTT. À Marseille comme sur l'ensemble des quatre sites gérés par l'UCPA (notamment le Carré de Soie à Vaulx-en-Velin), « nous avons mis en œuvre un projet pédagogique, avec notamment des animations, comme des stages de découverte et d'apprentissage, qui permettent de se familiariser avec les différentes pratiques en sécurité », explique encore Ludovic Marchant. D'ailleurs, les modules sont aussi profilés en fonction de ces pratiques. Enfin, autre particularité, les associations bénéficient de créneaux horaires pour pratiquer leur sport.

Skateparks, béton ou modulaires?

© Robin Camacho

Après le skateboard et le roller, le BMX et la trottinette ont investi les skateparks, impliquant une réflexion dès la conception pour éviter les conflits entre les pratiques. Si le modulaire a le vent en poupe, le béton est de plus en plus compétitif dès lors que l'on prend en compte les problématiques liées à l'entretien. D'autant qu'une remise à plat de la norme NFEN14974 est en cours au niveau de l'Union européenne qui pourrait amener de nombreux changements notamment en matière d'accessibilité.

Apparus en France il y a près d'une quarantaine d'années, les sports de glisse urbaine se pratiquent aujourd'hui souvent sur des structures dédiées, les skateparks. On en compte au total moins de 2 800, dont l'écrasante majorité, 2 550 sont modulaires (modules mobiles en bois et métal), une centaine en béton, et seulement une dizaine en structures couvertes. Après le skateboard et le roller, le BMX a investi les skateparks, impliquant une nécessaire cohabitation entre des sports, qui, mis à part les roulettes, n'ont pas beaucoup de points en commun. Depuis peu, les trottinettes ont aussi fait leur apparition, jusqu'à représenter la majorité des pratiques, comme au Palais omnisports de Marseille Grand Est, le POMGE, alors que le roller acrobatique est passé de mode.

 

Partage de l'espace

Ces nouvelles tendances ne sont pas sans poser de problème de partage de l'espace. D'autant, comme le souligne Ludovic Marchant, responsable du site géré par l'UCPA en délégation de service public, « qu'avec les trottinettes on est face à un public globalement plus jeune, souvent débutant ». « Ces pratiques multiples avec un rajeunissement du public, peuvent provoquer une évolution de la fonction des skateparks, notamment vers une sorte de lieu de garderie pour les petits », estime de son côté Rolland Melet, fondateur de Récréation Urbaine, spécialiste de la conception des skateparks. Lors de la conception d'un site, il est donc indispensable que le maître d'ouvrage et son maître d'œuvre prennent en compte cette évolution afin d'éviter les conflits d'usages et minimiser les risques de collisions (lire encadré).

 

Le béton est incomparable

Si la demande en béton augmente (il représente aujourd'hui 90 % des demandes), elle est encore à la traîne par rapport au parc existant. En béton, « la qualité de la matière première doit être irréprochable, et surtout, exige un niveau de finition exemplaire, tant pour les plans, que pour les courbes, où on a souvent une finition à la main », précise encore Rolland Melet de Récréation Urbaine. Le faïençage du béton, le craquèlement, est un désordre qui se rencontre, de même que l'usure ou l'ébrèchement des crêtes, mais rien d'anormal au vu des contraintes d'utilisation. C'est pourtant ce qui rebute parfois les maîtres d'ouvrage d'opter pour un « tout béton ». Pour Ludovic Marchant, du POMGE de Marseille, « le béton est incomparable, il permet des courbes et des lignes uniques, totalement adaptées aux besoins et aux spécificités des pratiques. Il offre une grande souplesse de création, que l'on ne pourra jamais réaliser avec des modules posés à plat, au sol, même si là aussi, l'offre a beaucoup évolué ces dernières années ».

 

Modulaire: attention à l'entretien

Le système modulaire domine toujours le marché. Plus rapide et plus facile à mettre en œuvre, par des entreprises pas forcément spécialisées, son coût est souvent moindre qu'un site en béton. Mais contrairement aux idées reçues, le site modulaire nécessite un examen et un entretien régulier, ne serait-ce que du point de vue de la sécurité des usagers. Et les services techniques des communes ne sont pas forcément formés à cela. «Au bout de quelques années, le bois travaille, ramolli et râpe, ce qui représente un réel danger que les mairies ne voient pas forcément », regrette Sylvain Stricanne, d'ABC Skatepark, un BET conseil bénévole au service des collectivités. De plus, attention aux décibels et donc au voisinage et à l'implantation du skatepark, surtout s'il est modulaire. En moyenne, un site bois-métal produit 90 décibels, l'équivalent d'une tondeuse à gazon, contre 60 pour un équipement en béton, une différence notoire à prendre en compte lors du choix.

 

3000 à 4000 euros HT du m2

«Il n'y a pas une si grande différence de coût, si le skatepark modulaire est paysagé et intégré dans son environnement, qui est la tendance du moment », souligne Frédéric Serrurier, de Récréation Urbaine. Et la superficie moyenne des deux types d'équipement est aussi très proche, autour de 700 à 1000 m2 « au deçà on a un site pas facile à utiliser et qui risque d'être délaissé par les utilisateurs ». Sur un produit fini (donc paysagé et intégré), on atteindrait 3 000 euros HT du m2 en modulaire. Le prix dépendra aussi du type de sol, enrobé ou béton. Des coûts à peine plus importants pour le béton.

 

De quelques mois à un ou deux ans

Les délaisvont de quelques mois pour le modulaire, à un à deux ans pour un site en béton, selon sa localisation et sa superficie. En effet si le skatepark en béton ne nécessite pas de permis de construire (sauf s'il est couvert ou bénéficie de services annexes, comme des vestiaires par exemple), la déclaration de travaux est obligatoire, sans oublier parfois, la présentation du dossier auprès des services de l'architecte des Bâtiments de France, lorsque le projet est localisé à proximité d'un site classé (passage en commission des sites), ou d'intérêt patrimonial... Ce qui rallonge les délais.

 

La NF EN 14974 en révision

Issue d'une compilation de différents textes français et allemands des années 1990, la norme NF EN 14974, promulguée en 2006, est en révision. « Les travaux du groupe de travail européen ont débuté en décembre dernier, et portent principalement sur la sécurité des utilisateurs de skateparks, qu'ils soient en béton ou modulaires », explique Audrey Leplat, de l'Afnor. Sont donc passés au crible, la qualité et le type des bétons employés en indoor et outdoor, afin d'en garantir la durée de vie, et minimiser les risques d'abrasions (dangereux en cas de chutes), la résistance de glisse, ou encore les hauteurs maximales des bowls en béton ou des modules, et la mise en place, dans certains cas de figure, de garde-corps, là aussi dans un souci de sécurité pour les utilisateurs. «Par ailleurs, nous avons aussi introduit un paragraphe sur l'accessibilité des secours aux sites », détaille encore Audrey Leplat.

 

Remise à plat

Pendant l'été une première mouture du nouveau texte sera soumise à enquête auprès des instances ad hoc des vingt-huit pays membres de l'Union européenne, qui auront alors quelques semaines pour faire remonter leurs commentaires au groupe de travail. L'année 2017 risque d'être décisive pour les nouveaux skateparks. Cette remise à plat des normes est particulièrement importante, car dans les prochaines années, plus des deux tiers des skateparks (pour la plupart modulaires) seront obsolètes et devront donc être remplacés et reconstruits.

 

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