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Salles de fitness : quel rôle pour la collectivité ?

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Salles de fitness : quel rôle pour la collectivité ?

© Alvarez Istock

Très atomisé et concurrentiel, le marché français de la remise en forme est caractérisé par une off re privée très importante. Cette situation n’empêche pas des  ollectivités territoriales de proposer, elles aussi, une off re « fi tness » pour satisfaire des besoins particuliers. Une approche loin de faire l’unanimité que certains ont abandonnée considérant qu’elle ne relevait pas d’une mission de service public.
«Le marché des salles de remise en forme : tendance provisoire ou phénomène social ? », titrait la « Revue politique et parlementaire », en juin 2009 (1). Huit ans plus tard, la réponse à cette question ne laisse guère de place au doute : ce qui était une mode, façon « Véronique et Davina » sur fond de fluorescence et de vintage, est bel et bien devenu un art de vivre. Et une industrie, avec ses structures, ses professionnels, ses produits de consommation et autres codes : vêtements, matériels, nutrition, etc.
 

Multitude de structures

 
En revanche, comme c’était déjà le cas en 2009, l’état des lieux de ce marché reste non pas « mission impossible » – selon les auteurs d’alors – mais compliqué à élaborer. Une multitude de structures répondent en effet à la définition de la salle de remise en forme, proposée par le ministère des Sports. À savoir, « un lieu mettant à disposition du public des équipements, un environnement et des prestations d’encadrement visant à l’amélioration de la condition physique, de la détente et du bien-être de ses clients ». Actuellement dans notre pays, il existerait ainsi 10 000 centres de remise en forme ou de fi tness, selon les appellations.
Le marché est bien sûr dominé par le secteur marchand, lui-même difficile à évaluer, faute de code NAF ou APE unique (2).
Au total, 4 000 centres privés seraient référencés, fréquentés par 5,2 millions de Français (3). Ce qui, en chiff res bruts, place l’Hexagone au troisième rang européen derrière l’Allemagne (9,5 millions) et le Royaume-Uni (8,8 millions).
 

Statuts différents

« Nous profitons de l’engouement des Français pour la santé et le bien-être, qui les incite à la pratique régulière d’une activité physique », explique Michel Rota, à la tête d’une entreprise qui développe des programmes de prévention santé en entreprise et par ailleurs administrateur de l’Union sport & cycle (Commission des sports de forme). Cependant, en marge de cette activité commerciale, on trouve également une multitude de clubs sous des statuts diff érents. Dont certains, en lien avec des collectivités territoriales. Combien ? Impossible de savoir, aussi bien du côté de l’Union sport & cycle que de l’Association ationale des élus en charge du sport (Andes) qui ne disposent pas de chiffres. Ces clubs en question sont chapotés par des associations locales. Mais il s’agit aussi de structures en gestion directe ou déléguée, comme les piscines ou les patinoires.
Mais à la différence près que ces deux types d’équipements n’empiètent pas sur un marché privé très concurrentiel.
D’où la question : est-ce le rôle d’une collectivité de présenter une offre de fitness ?
 

Pratiquer ensemble

Directeur général adjoint (DGA) famille, éducation, sports et animation à la mairie de Nice, qui gère en régie trois salles municipales de fitness (lire "à Nice, le fitness municipal vise un public différent"), Laurent Ciubini en est convaincu.
« Chez nous, ces salles s’inscrivent dans la politique sportive de la cité. Elles ciblent de façon spécifique les seniors et les personnes en situation de handicap. Par ailleurs, notre volonté est de permettre aux familles de venir pratiquer ensemble.
C’est pourquoi, nos salles sont généralement associées à d’autres équipements comme une piscine pour des offres combinant fitness et autres activités aquatiques par exemple ». Même volonté du côté de la communauté de communes du Pays de Falaise (Calvados) avec le centre aquatique Hervé Baron-Forméo. Ce complexe a été ouvert en 2004, à Falaise, commune située à la limite du Calvados et de l’Orne, à 35 km, au sud de Caen. À l’époque, « la piscine constituait le point d’ancrage », retrace Jean-François Cassiaux, le directeur général des services (DGS). « Avec le fitness, nous voulions promouvoir un concept familial, au sein d’un équipement qui sorte de
l’ordinaire ». Outre les bassins nautiques et les salles de cardiotraining/musculation, il fait notamment référence aux espaces hammam et sauna. La collectivité – qui a acheté le matériel de fitness – a confié à Récréa, la gestion en délégation de service public (DSP).
 

Marché particulier

À Saint-Brévin-les-Pins (Loire-Atlantique), le complexe communautaire Aquajade a remplacé une piscine municipale en 2007. Il comprend lui aussi un espace aquatique et une salle de fitness. Avec également un mode de gestion en DSP, confié à Vert Marine, plutôt qu’en régie. Deux raisons principales à cela : « un, la DSP est pour nous moins chronophage que la gestion directe et plus
économique sur la durée », souligne Jean-Marc Lassave, DGA de la communauté de communes Sud Estuaire (CCSE), en charge du sport. « Deux, le délégataire est plus apte que nous à développer la partie commerciale et à proposer des services en phase avec les attentes des citoyens, au-delà de la baignade et de l’accueil d’un public institutionnel, scolaire et associatif ».
À la mairie de Paris en revanche, le son de cloche est différent. La capitale a tourné la page du fitness municipal. « Nous n’avons plus de salles de ce type », concède Olivier Moriette, chef du service du sport de haut niveau et des concessions sportives. « En revanche, l’activité fitness existe au travers de conventions d’occupation du domaine public ». Trois au total, conclues avec des structures comme l’UCPA, l’ASPTT et l’APSAP-VP, l’Association des personnels sportifs des administrations parisiennes de la ville de Paris.
« Elles exploitent les sites, situés sur des emprises de la ville. Comme c’est le cas avec des activités d’équitation ou de tennis, la convention enjoint le concessionnaire à réaliser un programme de travaux et d’entretien et à régler une redevance», poursuit le technicien. Avant d’ajouter : « la ligne de conduite de notre élu aux sports, Jean-François Martin, est claire : le fitness ne constitue pas une mission de service public. Il s’agit d’un marché très particulier, concurrentiel, avec une offre privée existante déjà très importante qu’il convient de respecter ». Une procédure judiciaire en cours avec l’ASPTT Paris illustre d’ailleurs « ces difficultés ».
 

Low cost

Olivier Moriette pointe du doigt un sujet éminemment sensible : celui de la concurrence avec le secteur marchand. « Nous sommes habitués à cette concurrence », sourit de son côté Michel Rota, en représentant des intérêts privés. « Mais ce qui nous gêne c’est la concurrence déloyale » (lire son interview).
Des collectivités ? « Celles des structures qui ne s’acquittent pas de la TVA », rétorque-t-il. DSP et autres régies ne figurent pas dans sa ligne de mire. D’autant plus, que « nous ne cassons pas le marché », schématisent Jean-François Cassiaux (Falaise) et Jean-Yves Lassave (Saint-Brévin-les-Pins). Ils insistent sur leurs « offres combinées », qui ne sont pas proposées par les salles low cost et qui les placent généralement au-dessus de ces dernières, en termes tarifaires.
Tout près de la capitale, à Colombes (Hauts-de-Seine), la concurrence a plutôt fait chuter le nombre d’adhérents à la salle de fi tness municipale, dans le paysage depuis vingt ans. « Nous la gérons en régie et nous résistons difficilement aux salles low cost qui, pour un tarif proche, proposent des services plus attractifs, en termes notamment d’amplitude horaire et de renouvellement de matériel », précise Pascal Avezou, le directeur jeunesse et sports. À tel point qu’à l’heure où « les collectivités essaient, faute de moyens budgétaires, de recentrer leurs missions », l’on s’interroge ici sur l’avenir de ce club…
 

Associations sous surveillance

Michel Rota pointe plutôt du doigt les associations de loi 1901, qu’elles soient subventionnées ou non par des collectivités territoriales. « Elles ne sont pas assujetties à la TVA car elles ne sont pas censées exercer une activité commerciale. Mais parfois c’est très flou et dans ce cas, nous ne nous laissons pas faire ». À Saint-Barthélemy-d’Anjou (Maine-et-Loire), dans la proche banlieue d’Angers, Agnès Tinchon, l’adjointe aux sports, surveille de près l’activité de la salle associative qui « fonctionne très bien » (lire encadré ci-contre). À tel point qu’il  est « difficile de contrôler l’explosion de la demande. Le seul moyen que nous ayons trouvé est de réguler par la capacité de la salle ». Il faut dire que le tarif annuel de 200 euros – pour les Bartholoméens, 242 euros hors commune – est très attractif.
« Oui mais l’association ne propose pas tous les services retrouvés en club privé », rétorque-t-elle, persuadée qu’« il y a de la place pour tout le monde ». Sans doute… D’ailleurs, jusqu’ici, pas un acteur privé n’est venu se plaindre en mairie.
 
(1) Revue politique et parlementaire, numéro hors-série, juin 2009.
(2) Si pour les centres de culture physique, les activités accessoires de fitness sont rangées derrière le code 93.13Z, il existe aussi les références 93.11Z et 93.12Z pour les clubs de sports. Et encore le 85.51Z pour les cours donnés par des professeurs indépendants.
(3) European Health & Fitness Market Report 2016.

Association/secteur privé : un intérêt commun ?

« La situation de ce marché du fi tness est très tendue », confirme Me Xavier Bacquet, avocat. « Le secteur du haut de gamme fonctionne bien. Mais en dessous, le système économique est très fragile d’où l’importance d’être adossé à un grand groupe ». Il n’en reste pas moins que dans ce paysage, « des salles associatives, par définition exemptées de la TVA, peuvent créer un déséquilibre économique évident, à, partir du moment où elles exercent une activité commerciale. Nous avons et nous aurons de plus en plus de litiges de ce type, à gérer ». Lesquels sont traités au terme de procédures judiciaires classiques. Ou – de plus en plus – en médiation. « D’une manière générale, quand les gens se mettent autour d’une même table, ils se rendent compte de leur intérêt commun, au-delà de leurs divergences », conclut le juriste.

Saint-Barthélémy-d’Anjou fixe ses objectifs

 
Jusqu’en 2015, Saint-Barthélémy-d’Anjou gérait sa salle de fi tness en régie. « Nous avions des diffi cultés à la faire vivre », assure Agnès Tinchon, l’adjointe aux sports, à l’éducation et à l’enfance. Depuis, une association locale a pris le relais suite à un appel d’offres. « Nous passons avec elle, une convention d’objectifs », poursuit l’élue. La ville s’engage ainsi « à mettre à disposition une salle, à l’entretenir et à renouveler le matériel de fitness dans la limite de 3 000 euros par an. ». En contrepartie, l’association en question se voit confi er des objectifs en termes d’animation et de prévention santé auprès des différents publics, des jeunes aux aînés. Elle salarie un permanent à temps plein et fait appel à plusieurs vacataires pour assurer les différents cours. « Nous conservons, enfin, un oeil sur les tarifs proposés afin que cela conserve à la fois une vocation sociale et abordable, sans basculer dans la pratique commerciale ». Un travail d’équilibriste.

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