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Rythmes scolaires : le sport en fait-il trop ?

Laurent Bigot • lbigot@netcourrier.com

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ILS ONT DIT...
Au printemps 2014, de nouvelles équipes municipales n'auront que quelques semaines pour mettre en place les nouveaux rythmes scolaires dans leur commune. Comment y parviendront-elles ? Jean-Michel Sautreau, président de l'Usep (Union sportive de l'enseignement du premier degré)

ILS ONT DIT...
Dès cette année, 1,3 million d'écoliers bénéficient des nouveaux rythmes. À partir de septembre prochain, toutes les communes et tous les élèves du primaire seront concernés. Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale (in guide pratique « Les nouveaux rythmes à l'école primaire »)

ILS ONT DIT...
Ce ne sont pas uniquement les créneaux qui font la réforme, mais également leurs contenus, qu'il nous faut davantage co-construire avec l'Éducation nationale. Pierre Leclercq, directeur des sports de la ville de Rennes

Claire Leconte Professeur émérite de psychologie de l'éducation et chercheur en chronobiologie
La mise en œuvre des nouveaux rythmes scolaires ne convient selon vous à personne. Pourquoi ? Sur le terrain cela part dans tous les sens. C'est la conséquence du découpage imposé en neuf demi--journées, qui aboutit à faire un tout petit peu moins d'école et à ajouter beaucoup d'activités aux enfants au lieu de libérer des plages entières dédiées à d'autres activités. Finalement, on multiplie les transitions, les ruptures entre des temps courts d'enseignement et des temps bouche-trous, ce qui fait qu'au final, ce n'est intéressant pour personne. Vous semblez remettre en cause le travail des chronobiologistes... Pas du tout. Une réforme est nécessaire. Mais, là, quel chronobiologiste a-t-on écouté ? Pas moi en tout cas ! En réalité, les neuf demi-journées sont celles que prévoyait déjà le décret Darcos dans sa formule dérogatoire aux quatre jours par semaine. Le rédacteur du décret de 2013 est d'ailleurs le même qu'en 2008 (1) : Pierre-Yves Duwoye. Résultat, on se retrouve dans un carcan rigide qui nécessite beaucoup de personnels pour être mis en œuvre. Et toutes les propositions d'amendements n'ont pas été entendues, afin de ne pas « perdre » de temps. Pas de temps, non plus pour l'expérimentation, pourtant prévue par le Code de l'éducation. Les activités sportives sont bien présentes, est-ce un problème ou un atout ? Je ne vois pas d'inconvénient à faire pratiquer du sport aux enfants, mais tout dépend de quand, comment et avec quel objectif. Quand je vois que de telles activités sont proposées lors de la pause méridienne, je ne suis pas d'accord : c'est une pause nécessaire pendant laquelle il faut les laisser tranquilles ! Ensuite, encore une fois, je crois à des temps organisés par demi--journées complètes, sans oublier la possibilité d'alterner activités physiques et détente au cours de la semaine. Les enfants doivent aussi pouvoir dire quand ils sont fatigués et ne pas être soumis à un rythme effréné pour enchaîner les activités. Des collectivités proposent déjà cela depuis longtemps. Mais, dans la précipitation, d'autres font fausse route et n'ont pas l'occasion de co-construire avec les enseignants ! (1) Sur ce point et d'autres, le ministère de l'Éducation nationale n'a pas souhaité répondre à nos questions.

À consulter
• Les présentations de la journée d'étude « Réforme des rythmes scolaires : quel impact sur les services des sports » organisée par Acteurs du sport le 16 octobre à Rennes : www.acteursdusport.fr/3880. • Les nouveaux rythmes à l'école primaire - Guide pratique, nouvelle édition 2014, ministère de l'Éducation nationale, 2013, 75 p., www.education.gouv.fr • Guide pratique pour des activités périscolaires de qualité, ministère des Sports, de la Jeunesse, de l'Éducation populaire et de la Vie associative et Caisse nationale d'allocations familiales, 2013, 88 p., www.jeunes.gouv.fr.

Depuis la rentrée 2013, environ 4 000 collectivités mettent en œuvre les nouveaux rythmes scolaires. La plupart ont choisi d'ajouter du sport dans les nouveaux temps périscolaires apparus via la réforme. Mais le résultat laisse parfois à désirer tant au niveau organisationnel que sur le plan des rythmes de l'enfant.

«Pour les activités qui ont lieu après le temps scolaire obligatoire, il y a sans doute un certain nombre d'ajustements à faire : mieux distinguer le scolaire et le périscolaire, faire attention à ne pas surcharger les enfants d'activités et respecter les temps de la sieste ; veiller à ce que les élèves - notamment les plus petits, puissent bien identifier les personnes, les lieux et les temps... » À l'occasion d'un récent déplacement dans l'académie de Créteil, pour assurer le « service après-vente » de la réforme des rythmes scolaires, le ministre de l'Éducation nationale Vincent Peillon a fait un grand pas en direction des parents et enseignants inquiets de la répercussion des nouveaux rythmes sur les élèves de maternelle en particulier.

 

Redéploiement

Il avait été précédé quelques semaines auparavant, par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui a accordé la reconduction, en 2014, des fonds d'amorçage destinés à soutenir les communes lors du passage aux nouveaux rythmes scolaires dans un souci d'apaisement vis-à-vis des inquiétudes exprimées par de nombreux élus. « Des efforts, mais peut mieux faire », seraient sans doute tentés d'inscrire la plupart des acteurs de terrain de cette réforme sur le carnet de notes du gouvernement... Et parmi eux, les acteurs du sport largement mis à contribution pour proposer des activités éducatives dans le cadre des nouveaux temps périscolaires : 3 heures hebdomadaires (l'équivalent des heures d'enseignement instaurées le mercredi matin ou par dérogation le samedi matin), redistribuées sur les journées des lundi, mardi, jeudi et vendredi, elles-mêmes allégées en apprentissage scolaire. Déjà présents - notamment les services municipaux des sports - lors des temps scolaires de l'EPS et des temps périscolaires des pauses méridiennes, de la sortie d'école et de l'accompagnement éducatif, il leur faut, cette fois-ci, proposer des activités supplémentaires aux enfants, en redéployant ce qui était fait jusqu'à présent en extrascolaire le mercredi matin ou en créant de nouvelles interventions.

 

Marge de manœuvre

Le tout avec, finalement, une (trop ?) grande marge de manœuvre. « Brest Métropole Océane a opté pour 1 h 20 d'activités périscolaires deux fois par semaine de 15 h 10 à 16 h 30, sur site ou à proximité, pour mener une action qualitative, explique Bertrand -Rioualen, directeur des sports et du nautisme. Soit 50 600 heures à l'année, assurées à 35 % par le redéploiement d'autres interventions et à 65 % par des vacations de personnels de la ville et d'une quinzaine d'associations sportives... » (cf. également la rubrique « Initiatives territoriales »). Le résultat d'une longue concertation, en particulier avec l'Éducation nationale, mais aussi les parents ou les associations, entre mai 2012 et août 2013. Et qui n'a pas évité quelques difficultés, que ce soit dans les passages de relais entre enseignants et éducateurs ou même dans le choix des personnels dédiés à tel ou tel public d'enfants.

La réforme en chiffres
• 24 heures de classe en 9 demi-journées pendant 36 semaines. • Des journées de 5 h 30 maximum et une demi-journée n'excédant pas 3 h 30, avec 1 h 30 de pause méridienne obligatoire. • Des journées allégées de 45 minutes en moyenne (grâce à la demi-journée supplémentaire). • 4 000 communes ou EPCI déjà impliqués. • 1,3 million d'élèves concernés depuis la rentrée 2013 (22 % des effectifs des écoles publiques). • 7 écoles sur 10 conservent des horaires identiques pour les quatre journées entières. • Un quart seulement des collectivités ont élaboré un PEdT (projet éducatif territorial).

 

Révélateur

Une logique que la ville d'Angers a poussée un peu plus loin encore, en proposant deux créneaux d'1 h 45 par semaine, ce qu'ont accepté la plupart des écoles. « Non seulement cela témoigne d'un projet ambitieux, se félicite Yves Le Villain, directeur des sports et des loisirs, mais, en plus, nous divisons par deux le nombre de personnels nécessaire et pouvons envisager des déplacements vers des équipements sportifs adaptés ». 280 000 euros de budget sport supplémentaires permettent ainsi de faire pratiquer des APS à la moitié des 9 500 élèves chaque semaine. Là encore, le résultat d'une concertation qui agit « comme un révélateur », selon Yves Le Villain : « Les rapports plus ou moins complexes entre éducateurs, élus, équipes pédagogiques et parents apparaissent sans fard lors d'une telle réforme ! »

 

Fin de journée

Reste que les enfants qui assistent à ces activités périscolaires, sportives ou culturelles la plupart du temps, ne rentrent pas tous à la maison dès 16 h 30. Bien souvent, ils doivent enchaîner avec des temps d'étude surveillée, de garderie ou d'autres activités périscolaires en attendant leurs parents. Ce qui n'est pas toujours très raccord avec les objectifs de la réforme qui étaient d'améliorer les rythmes de l'enfant. C'est pourquoi, à -Clermont-Ferrand, on a opté, dans les écoles élémentaires, pour des activités en toute fin de journée : « Les enfants terminent l'école à 16 heures, sont en récréation jusqu'à 16 h 30, puis en étude jusqu'à 17 heures Ils commencent ensuite seulement les activités avec les associations », selon Jacques Quantin, directeur des sports et de la logistique. Une économie pour la collectivité ? « Pas forcément. Mais une préférence des directeurs d'école qui ont mis en avant l'aspect positif de cette organisation sur la concentration des élèves. » Les associations, elles, ont répondu nombreuses à l'appel à candidature de la collectivité (pour un tarif horaire de 30 euros), en particulier dans le sport, qui pèse jusqu'à 50 % de l'offre.

 

Saucissonnage

Un schéma qui, s'il répond à la « commande » du ministre de l'Éducation nationale, ne contribue pas forcément à alléger les rythmes scolaires des enfants. Pas du tout, même, si l'on en croit la psychologue et chronobiologiste Claire Leconte (voir ci-contre). Et de rejeter également la proposition de Rennes, où Pierre Leclercq, directeur des sports, évoque « deux plages d'intervention sur les temps périscolaires, de 13 heures à 14 heures et de 16 h 45 à 17 h 45, occupés à 25 % avec du sport ». Même si ce dernier concède la nécessité de devenir davantage partenaire de l'Éducation nationale. Ne serait-ce, peut-être, que pour « prendre mieux encore l'enfant en compte dans sa globalité », comme le suggère Jean-Michel Sautreau, président de l'Usep, en évoquant un recours plus systématique aux PEdT (projets éducatifs territoriaux). Et ainsi « moins saucissonner les temps, notamment sportifs, et créer du lien au lieu de se contenter de meubler des créneaux successifs ». Avec une crainte en ligne de mire pour le sport scolaire, lui aussi très souvent co-construit entre les enseignants et les personnels et financements des collectivités : l'externalisation de l'EPS au profit, justement, de ces temps périscolaires sportifs... Une inconnue de plus, alors que l'échéance des élections municipales de 2014, sur fond de baisse des dotations aux collectivités et de possibles votes sanctions des citoyens à l'égard de la majorité gouvernementale, fait déjà planer quelques doutes sur l'impact d'une réforme dont 30 000 communes doivent encore franchir le cap !

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