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Rugby : le XIII sonne la reconquête

Denis Cheminade • denischeminade@gmail.com

CHIFFRES CLÉS
• 14000 licenciés. • 45000 pratiquants. • 145 clubs. • 2 divisions professionnelles (et semi-pro). • 1 club en championnat Super League: les Dragons catalans (budget 10 millions d'euros). FF XIII, 30 rue de l'Échiquier, 75010 Paris, 0175449757 www.ffr13.fr

Le XIII dans le monde
• Le rugby à XIII est pratiqué dans 41 pays dans le monde. Les pays qui dominent le rugby à XIII mondial sont, dans l'hémisphère nord, la France et l'Angleterre, et dans l'hémisphère Sud, l'Australie, la Nouvelle Zélande, la Papouasie Nouvelle Guinée. • Le calendrier est constitué de deux types d'épreuves. Des rencontres entre équipes nationales dont le sommet est constitué tous les quatre ans par la Coupe du monde (la quinzième édition aura lieu en Australie en 2017). Des rencontres entre clubs dominées par les rencontres organisées dans le cadre de deux franchises: la National Rugby League en Australie et Nouvelle Zélande et la Super League en France et en Angleterre. • Un seul club français a réussi à réunir les conditions permettant de participer à la franchise de l'hémisphère nord: les Dragons catalans, issus du regroupement du XIII Catalan et de Saint-Estèphe 13. Les Dragons catalans sont une équipe professionnelle qui fournit régulièrement le gros des bataillons de l'équipe nationale et joue un rôle majeur dans la formation de l'élite française de son sport. Ils disposent d'un budget de 10 millions d'euros, abondé principalement par les droits télévisuels et les partenariats. La part des collectivités est inférieure à 20 %, sachant que les retombées touristiques des supporters anglais sont estimées à plus de 5 millions d'euros. • La fédération pousse pour qu'une deuxième équipe française participe à la Super League. Toulouse est sur les rangs. Une entrée qui pourrait être facilitée par l'introduction d'une possibilité de relégation des deux moins bien classés.

Sur les plans sportif et éducatif, le rugby à XIII présente de nombreux atouts. Mais les dirigeants du XV ont mieux su s'inscrire dans les évolutions et la pratique est aujourd'hui relativement confidentielle. L'offre doit s'améliorer par l'implantation de nouvelles structures et la diversification de l'offre.

Le rugby à XIII est né à la fin du XIXe siècle d'une scission entre des clubs de rugby à XV du sud de l'Angleterre, tenants d'un amateurisme pur, et des clubs de rugby du nord qui souhaitaient défrayer leurs joueurs (des ouvriers) pour compenser le manque à gagner des heures de travail perdues. Pour la même raison (amateurisme marron), le rugby à XV français d'avant-guerre est banni du tournoi des V nations. Cela crée des conditions favorables pour lancer le rugby à XIII en France. Il s'y développe jusqu'à la Seconde guerre mondiale et compte 255 clubs. Quand le jeu reprend après-guerre, c'est sans le nom rugby et sous l'appellation de « jeu à XIII ». Malgré cela, il connaît jusque dans les années 1975-1980 un véritable âge d'or. L'apparition de la télévision, virage mieux pris par le XV, l'habileté et le sens pratique des dirigeants du XV, comme la gestion incertaine des dirigeants du XIII font la différence.

 

La vraie différence c'est le tenu

Le XV et le XIII se jouent sur des terrains de mêmes dimensions avec un même ballon ovale. « La vraie différence c'est le tenu » explique Geoffroy Croze, responsable communication de la Fédération française de rugby à XIII (FFR XIII). Au XIII comme au XV, une équipe qui défend peut bloquer un joueur debout ou le mettre au sol (plaquage). Mais à la différence du XV, dans le XIII le joueur conserve la balle et peut la remettre en jeu en faisant « un tenu ». Pour remettre la balle en jeu, le joueur, debout, face à l'équipe adverse, pose la balle au sol et l'accompagne au pied vers l'arrière pour la faire rouler vers un de ses partenaires. Chaque équipe a droit à cinq tenus successifs. Au sixième la balle passe à l'équipe adverse et un nouveau cycle de tenus s'engage. « Au rugby à XIII, tout est fait pour garder le ballon vivant et dans l'aire de jeu. Le temps de jeu est le double de celui du XV », nous explique Christophe Jouffret, directeur des Dragons catalans. « Le jeu est clair, spectaculaire, les enchaînements et rebondissements fréquents autorisent un grand nombre d'essais, ce qui rend le spectacle intéressant », précise-t-il.

Le XIII rassure les familles

Pour développer son sport, Geoffroy Croze n'hésite pas à mettre en avant un argument essentiel: la sécurité « avec la règle du tenu, il n'y a pas de regroupement ou d'entassement de joueurs ». De fait, si au rugby à XIII l'engagement physique est important (ce sport demande de grandes qualités athlétiques), la base du jeu c'est l'évitement. Les chocs entraînant des commotions sont quasi inconnus et l'interdiction des regroupements protège les joueurs. « Si, dans les deux rugby, toute l'initiation se fait au toucher, seul le XIII propose de poursuivre une pratique compétitive, y compris de haut niveau, dans cette philosophie de jeu. Pour beaucoup de familles, la sécurité de la pratique et la beauté de ce jeu les rassurent et sont des arguments de choix décisifs », indique le responsable communication de la FFR XIII.

Diversification

Après un passage à vide, le XIII veut donc reconquérir sa place. Ce fut d'abord le cas sur le tapis vert en retrouvant en 1993 son nom devant le tribunal administratif. Sur le terrain, pour attirer de nouveaux pratiquants, le XIII joue la carte de la diversification des publics et des techniques: XIII fauteuil pour les handicapés (sur un terrain de handball et le placage est remplacé par l'arrachage d'un foulard « tag »), des féminines, des universitaires, des masters, plaquage remplacé par un toucher à une main « open », à deux mains « touch », par l'arrachage d'un foulard « tag ». Autre piste explorée: la création de nouvelles disciplines. Historiquement, le rugby à VII est pratiqué par les deux fédérations à XIV et à XIII. Mais l'intronisation du rugby à VII au rang des disciplines olympiques a modifié la donne. Seule la Fédération de rugby à XV possède la clé de l'univers olympique. Sans toutefois abandonner le rugby à VII, la Fédération de rugby à XIII se tourne vers une nouvelle discipline: le rugby à IX. Une offre de pratique de grand terrain à effectif réduit qui pourrait bien répondre aux besoins de nombreuses situations locales.

Mais les dirigeants sont bien conscients qu'à l'heure télévisuelle, pour conquérir un public, il faut une tête d'affiche. Un rôle qui semble dévolu aux Dragons catalans, un club qui participe au championnat Super League (lire encadré) dans laquelle il affronte onze autres clubs anglais. Chaque match des Dragons déplace plus de 10000 spectateurs au stade Gilbert-Brutus et draine dans Perpignan une marée de supporters anglais. Les matchs sont retransmis en direct sur BeIn sport et en différé dans l'hémisphère sud. Après avoir raté le passage à la télévision, le rugby à XIII joue la carte des nouveaux médias en proposant la diffusion de quinze matches en streaming. Certaines retransmissions ont déjà obtenu 7000 connexions simultanées. Le début de la reconquête?

 

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