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Qu'est-ce qu'une ville sportive?

David Picot • david1picot@yahoo.fr

Chiffres clés
- La pratique licenciée: * au sein d'une fédération unisport, olympique: 9,4 millions de pratiquants en 2013 contre 8,9 millions en 2010; * au sein d'une fédération unisport, non olympique: 2,5 millions de pratiquants en 2013 pour 2,4 millions en 2010; * au sein d'une fédération multisport: 6 millions de pratiquants tant en 2013 qu'en 2010. - 24 licences délivrées pour 100 habitants (2013). - 24,9 millions de pratiquants d'un sport de nature « terrestres » (randonnée, vélo/VTT/autres disciplines). - 65 % des Français pratiquent au moins une fois par semaine une discipline sportive. - 20 % des Français pratiquent moins d'une fois par semaine. - 5 % des Français pratiquent exclusivement au cours des vacances sportives. - 11 % des Français ne pratiquent aucune activité physique dans l'année. - 266910 équipements sportifs recensés (2013). - 7 terrains de grands jeux (football, football américain, rugby, baseball, softball, cricket, hockey sur gazon) pour 10000 habitants. Source: « Les chiffres clés du sport », ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sport, septembre 2015.

En 2013, près de 18 millions de Français pratiquaient une activité physique au sein d'une fédération agréée (1). Une augmentation de 3,3 % par rapport à 2010, alors que dans le même temps, la population générale n'a augmenté que de 1,5 %. Sans compter les pratiques informelles, lesquelles seraient aussi de plus en plus importantes. Mais que recherchent-ils aujourd'hui dans cette pratique et comment les collectivités peuvent-elles répondre à leurs attentes? Analyse d'élus et de professionnels.

« Dynamisme et lien social »

Marc Sanchez, maire de Lavelanet (Ariège), président de l'Association nationale des élus en charge du sport (Andes)

« Une ville sportive rend le sport accessible à toute sa population. Elle est porteuse de nombreuses valeurs en lien avec l'éducation, l'aménagement du territoire grâce aux équipements qu'elle propose ou la santé. Le sport comme vecteur de santé est un axe fort pour les habitants bien sûr et plus largement pour afficher le dynamisme d'une ville. C'est aussi un élément majeur du lien social, à travers le réseau associatif et le bénévolat pour accompagner les jeunes. Que ces derniers aillent ou non vers le haut niveau. Mais à la base, il faut toujours une volonté politique pour promouvoir le sport et donner l'impulsion ».

« Porter les valeurs du sport »

Jean-Pierre Siutat, vice-président délégué du CNOSF, en charge de Sports et territoires, président de la Fédération française de basket-ball

« En tant qu'élu du mouvement sportif, je dirais qu'une ville ou une collectivité peut être définie comme sportive à partir du moment où elle développe une politique sportive. C'est-à-dire qu'elle a pris la mesure des valeurs véhiculées par le sport et qu'elle les utilise dans un objectif de mieux vivre: la santé, la cohésion sociale, le sport pour tous, le sport en entreprise, les écoles de sport, le spectacle sportif de haut niveau, le dépassement de soi... Tout le mouvement sportif est associé pour apporter aux collectivités un soutien et des outils et les accompagner dans leurs projets, qu'elle qu'en soit l'ampleur ».

« S'appuyer sur le sport scolaire »

Jean-Michel Sautreau, président de l'Union sportive de l'enseignement du premier degré (Usep)

« Une des particularités de l'Usep (9500 associations d'école) est d'être ancrée dans quasiment une école primaire publique sur trois. Elle est donc intégrée à la cité. Nous suggérons à l'instance en charge de l'école et de la politique sportive, de reconnaître le sport scolaire tel que nous le promouvons. Cela ne pourrait que servir ses desseins: une politique sportive qui s'appuie sur des bases éducatives - l'école en l'occurrence - afin de faire vivre le lien nécessaire entre les différentes composantes sportives de ladite collectivité. S'appuyer aujourd'hui sur un corpus de valeurs à faire vivre dès le plus jeune âge est, via le sport scolaire, puis en lien avec le sport dit « civil », un gage de réussite pour faire que la collectivité en question puisse être vraiment considérée comme sportive. »

 

« Un fonctionnement en réseau »

Patrick Bayeux, consultant en politique sportive et équipements sportifs

« La réforme territoriale (loi Maptam, loi relative à la délimitation des régions et loi « Notre ») est plus qu'un simple changement d'échelle, un territoire urbain « en plus grand », c'est véritablement un changement de gouvernance, une nouvelle manière de conduire les politiques publiques. Les territoires doivent travailler entre eux. Les villes moyennes avec les métropoles, les villes moyennes entre elles dans une stratégie d'« Amis concurrents » pour peser sur la métropole. Désormais, la solidarité n'est plus verticale face au désengagement de l'État mais horizontale. Dans le sport, ce fonctionnement en réseau reposant sur l'intelligence collective s'applique pour le sport professionnel, le haut niveau, mais aussi le sport pour tous au quotidien ».

 

« Au service de l'éducation et de la jeunesse »

Guillaume Duchateau, directeur du département jeunesse et sports de Calais (Pas-de-Calais)

« Avant de comptabiliser le nombre de licenciés et de clubs, une ville sportive va donner la possibilité à ses habitants de pratiquer une activité physique et/ou sportive régulière: grâce à l'aménagement d'espaces et la construction d'équipements permettant une pratique libre, non fédérée. Elle doit aussi permettre aux clubs de haut niveau ainsi qu'à ceux dits de masse'' de développer une pratique dans les meilleures conditions possibles. De même, le sport doit être un outil au service de l'éducation de la jeunesse (tant au niveau scolaire dès le primaire que dans le cadre de la politique de la ville). Ainsi, sport éducation, sport de haut niveau, sport loisir et sport santé doivent être développés de façon harmonieuse. »

 

« Accès aux équipements et au patrimoine local »

Loïc Bourserie, directeur du service des sports de Vitré Communauté (Ille-et-Vilaine)

« D'une manière générale, une collectivité sportive permet l'accès à la pratique sportive à l'ensemble de sa population au travers d'un soutien financier et logistique aux associations sportives locales mais aussi de la mise à disposition d'équipements sportifs ou du patrimoine local (à l'image d'un chemin ou d'un plan d'eau aménagé pour que chacun puissent pratiquer de façon informelle). La formation de cadres techniques et de bénévoles est également très importante, les premiers devant accompagner les seconds. Enfin, il faut penser à tout ce qui contribue à l'image du territoire comme le haut niveau ou l'accueil d'une étape du Tour de France cycliste. Attention aussi à prendre en compte les besoins émergents tels que le sport-santé. »

 

« Active pour la santé »

Dr Alexandre Feltz, adjoint au maire de Strasbourg (Bas-Rhin), en charge de la santé, conseiller métropolitain

« À Strasbourg, notre volonté politique est d'innover pour que la ville soit bonne pour la santé. Au niveau de la prévention pour tous, l'objectif est de permettre l'accès le plus large possible à l'ensemble des équipements sportifs et de rendre l'espace bougeable''. Ceci à travers le développement des pistes cyclables (600 km dans la métropole) et d'une magistrale piétonne. Nous avons aussi mis en place les Vitaboucles (2), qui sont des parcours de santé urbain. Ces aspects sont en lien avec le dispositif de prévention spécifique baptisé PRECCOSS (3) dédiée aux enfants en surpoids et à leur famille, qui permet notamment d'organiser leur activité physique sur l'espace urbain. Précurseur, le dispositif strasbourgeois « sport-santé sur ordonnance » (4) est en train de devenir une loi. À ce titre, il va constituer, à l'avenir, un enjeu majeur pour les collectivités pour la mise en œuvre d'une activité physique adaptée et de proximité pour les patients malades chroniques. »

 

« Le fonctionnement fédéral a vécu »

Jean-Philippe Acensi, fondateur et délégué général de l'Agence pour l'éducation par le sport (Apels)

« Une ville sportive en 2016, c'est une ville qui est ouverte sur les besoins des personnes (éducation, insertion, vivre ensemble...) plus que sur les résultats sportifs de ses clubs qui ne sont pas une fin en soi. Demain, les villes redonneront du sens à leur projet d'éducation par le sport à travers de nouvelles valeurs qui doivent redevenir la finalité de la politique publique dans laquelle se fonde le projet sportif. La diversité par l'accueil de tous, le lien social par l'écoute de l'autre, la construction personnelle par le défi sportif quel qu'il soit, s'opposer sans se massacrer pour une compétition joyeuse. Voilà les quatre valeurs nouvelles de la charte de l'éducation par le sport mise en place par le réseau de l'Apels. De nombreux services des sports seront rebaptisés services d'éducation par le sport'', de nouvelles formes de travail collaboratif seront mises en place et décloisonneront les sphères sportives, éducatives, sociales... Le fonctionnement pyramidal, fédéral, a vécu. Il laissera la place à l'énergie locale. »

 

« Aménager l'espace public »

Gérard Baslé, maître de conférences à l'université de Paris Orsay, consultant à la société Ingénierie sportive et culturelle

« Une ville sportive ne se contente pas de proposer des équipements traditionnels type gymnase, stade ou piscine. Elle réfléchit aussi à la place du sport à l'échelle de l'espace public. Cela peut passer par des aménagements spécifiques dans des parcs urbains ou sur des berges par exemple, grâce auxquels la vie sportive va pénétrer la ville dans toutes ses dimensions. La collectivité répond ainsi à une diversité des pratiques de citoyens qui recherchent des formes plus souples, plus accessibles que dans les équipements traditionnels. L'idée serait ainsi de jouer sur les deux registres et pourquoi pas de réfléchir à des liens entre les deux. »

 

« En finir avec l'esprit de clocher »

Alain Lunzenfichter, ex-rédacteur en chef à « L'Équipe », ancien président du challenge de la ville la plus sportive organisé par le quotidien « L'Équipe » (ce concours a cessé en 2014 après 77 ans d'existence)

« Stades, piscines, gymnases, patinoires, dojos, courts de tennis... Aujourd'hui, une commune de moins de 20000 habitants ne peut pas posséder tous les équipements possibles et imaginables. C'est pourquoi, l'avenir du sport dans la ville se jouera au niveau de l'intercommunalité. Mais pour cela, il faut que les esprits de clochers cessent, que les villes d'un même territoire se réunissent et se répartissent les équipements. Et donc ensuite, les disciplines. L'enjeu restant bien sûr de transmettre les valeurs du sport aux enfants. Mais aussi les bases comme le fait de savoir nager. Il est primordial que tous les enfants sachent nager. »

« Une ville durable »

Nathalie Durand, fondatrice et directrice générale de l'Observatoire sport et développement durable (OSDD)

« La ville sportive durable doit être coconstruite avec les pratiquants et plus largement les citoyens. Elle est aménagée selon les attentes de sa population, sa culture en matière notamment de pratiques sportives urbaines, l'environnement (qualité de l'air, biodiversité) et l'économie. Elle consacre des valeurs partagées (fair-play, solidarité, épanouissement, bien-être...) mises en pratique au travers de la théâtralisation sportive de l'espace public, du mobilier urbain. Elle prend en compte toutes les formes de pratiques, sportives, scolaires, associatives, quotidiennes... La ville sportive durable favorise enfin la qualité de vie, la convivialité dans un environnement sain et préservé. »

 

« À l'écoute de ses clubs et de son OMS »

Jean-Yves Coutant, président de l'office municipal des sports (OMS) de Vaulx-en-Velin (Rhône).

« Le rôle d'un OMS est de structurer, d'animer, de valoriser, et de représenter les clubs auprès de la ville. Nous travaillons donc avec le service des sports de la municipalité en définissant le rôle de chacun. Élaboré par les élus, le projet sportif appartient à la ville. L'OMS est là pour le mettre en œuvre avec le service des sports. Notre rôle est aussi de montrer du doigt soit les incohérences, soit les problèmes qui se posent au niveau du terrain, pour que la mairie puisse prendre les meilleures décisions possibles. Donc une ville sportive est aussi une ville qui est à l'écoute de ses clubs. Et de l'organisme qui les représente, l'OMS. »

(1) Source Mission des études, de l'observation et des statistiques (Meos). (2) http://bit.ly/1lLug0r (3) Prise en charge coordonnée des enfants obèses et en surpoids à Strasbourg. (4) http://bit.ly/1RBQyyk

 

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