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Pratiques sportives des jeunes filles musulmanes d’origine maghrébine : quand les politiques sportives locales se mêlent de l’intime familial

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Depuis le début des années 1980, dans le cadre des politiques publiques, des dispositifs ont été mis en place pour tenter de résoudre les difficultés sociales rencontrées par les habitants des quartiers. Ainsi, de nombreuses actions sportives ont été développées au nom des valeurs prêtées par le sens commun au sport mais aussi parce que ces activités peuvent, si les conditions de mise en oeuvre le permettent, constituer des outils susceptibles d’accompagner et de renforcer des parcours individuels à défaut de résoudre véritablement les problématiques collectives rencontrées (Charrier, 1997. Charrier et Jourdan, 2005. Charrier et all, 2012. Gasparini et Vieille-Marchiset, 2008). En prenant appui sur les travaux sociologiques fondateurs (Louveau, 1986 ; Menesson, 2005) et sur une recherche empirique relative aux pratiques sportives des filles musulmanes d’origine maghrébines (Parmantier, 2010), la contribution donne à voir le rôle déterminant du contexte familial dans l’inscription et la poursuite par ces filles d’une activité sportive. Elle renouvelle le cadre d’analyse des politiques publiques en soulignant la nécessité d’un processus de légitimation familiale et en avançant l’idée que la religion, par les stratégies conscientes et inconscientes développées par les filles, peut être aussi un sésame à la pratique sportive.

Depuis le début des années 1980, de nombreux dispositifs publics ont été développés pour tenter de résoudre les difficultés sociales rencontrées par les habitants des quartiers relevant d’une manière ou d’une autre de la politique de la Ville. Dans ce cadre, les actions sportives ont pris une place particulière d’abord au nom des valeurs (pourtant largement illusoires !) prêtées par le sens commun au sport mais aussi parce que ces activités peuvent, si les conditions de mise en oeuvre le permettent, constituer des outils susceptibles d’accompagner, de renforcer des parcours individuels à défaut de résoudre véritablement les problématiques collectives rencontrées (Charrier, 1997 ; Charrier et Jourdan, 2005 ; Charrier et all, 2012 ; Gasparini et Vieille-Marchiset, 2008). Dès le début, ces dispositifs nationaux (Jourdan et Charrier, 2014) ou locaux ont, par l’offre d’activités (sports collectifs, sports de combat, etc.), par l’aménagement d’équipements sportifs de proximité accessibles gratuitement, en permanence et dans l’immense majorité des cas sans présence institutionnelle, ciblé les publics jeunes et masculins entraînant, de fait, une exclusion des filles de ces espaces (Gasparini, 2004).

« La question des filles » n’est apparue qu’au bout de deux décennies puisqu’en 1998, au Congrès des Maires de France, elle figure pour la première fois dans les « nouvelles questions » (Charrier et Jourdan, 1998) portant ainsi dans l’espace politique et médiatique les interrogations partagées par de nombreux acteurs locaux qu’il s’agisse d’élus, de responsables de services municipaux, de dirigeants associatifs ou d’intervenants directs (éducateurs sportifs, entraîneurs, éducateurs spécialisés, etc.). Le constat est simple : les filles participent moins que les garçons aux actions proposées alors que certains indices laissent à penser que la demande potentielle est importante. Si cette absence relative – les filles représentant « un peu moins d’un tiers » des publics accueillis dans le cadre du dispositif « Ville-Vie-Vacances » (Lapeyronnie, 2003) – s’inscrit dans le cadre général du système sportif dans lequel les pratiquantes et dirigeantes sont moins nombreuses que leurs homologues masculins (Chimot 2004 ; Chantelat P., Bayle E., Ferrand C., 2004 ; Chiffres Clés de l’égalité entre les femmes et les hommes, 2011), on peut considérer que des facteurs spécifiques aux habitant(e)s des territoires urbains en difficultés jouent un rôle important.

 

Éléments méthodologique

s La méthodologie utilisée lors de ce travail de recherche s’est décomposée en trois temps : Afin d’évaluer l’engagement des filles d’immigrés maghrébins en Île-de-France, tant en football qu’en gymnastique artistique*, nous avons établi, à partir des fichiers fédéraux, une liste exhaustive des filles portant un nom à « consonance maghrébine » fréquentant des clubs proposant ces activités. La méthode usitée a consisté en un comptage des noms « à consonance maghrébine » selon la méthode utilisée par Felouzis, Liot, Perroton (2005) et Croquette (2005). Nous partageons la réserve de Mennesson (2007) qui expose le caractère discutable de celle-ci. Elle offre néanmoins la possibilité d’approcher une réalité à laquelle on ne peut accéder en France par les indicateurs utilisés dans les enquêtes statistiques. Les filles d’immigrés maghrébins représentent 19,1 % des licenciées de plus de 13 ans en football tandis qu’elles ne sont que 8,4 % des licenciées en gymnastique aux agrès. Pour comprendre leur investissement différencié dans ces activités, la deuxième étape du travail de terrain nous a conduits à prendre contact au moyen d’un questionnaire avec des sportives licenciées sans distinction « d’origine » afin d’établir, à grande échelle, un lien possible entre les pratiques étudiées et le milieu social d’appartenance. Parmi les 376 sportives, gymnastes et footballeuses, ayant répondu au questionnaire, 35,9 % sont filles d’immigrés maghrébins, nées en France. Afin de mieux saisir les conditions sociales et familiales d’accès à la pratique sportive, la troisième étape a pris une forme qualitative par la réalisation d’entretiens biographiques approfondis avec 14 sportives, filles d’immigrés maghrébins, compétitrices ou l’ayant été et musulmanes (selon leur propre définition de la pratique religieuse). Ces entretiens visaient à affiner l’étude des modes de socialisation et des éléments ayant déterminé leur engagement sportif d’une part et religieux d’autre part ainsi qu’à identifier les dispositions sociales constituées dans et par la famille d’un côté et dans et par la pratique sportive, de l’autre.

* Notre choix s’est porté sur des disciplines fortement sexuées : la gymnastique, discipline dans laquelle l’esthétisme domine et où les femmes sont majoritaires (78,8 % de licenciées en 2012) et le football, discipline au sein de laquelle la masculinité est préservée dans son acception la plus traditionnelle par des affrontements réels et/ ou symboliques inhérents à ce type de pratiques qui se distinguent fortement de la féminité et où les femmes sont largement minoritaires (4,5 % de licenciées en 2012).

 

Une première catégorie concerne certainement les conditions de la pratique sportive notamment en termes d’accessibilité et de sécurité des équipements et des espaces sportifs. Dans le prolongement de ces réflexions, de nombreuses communes ont développé des stratégies techniques visant par exemple à renforcer les présences adultes et institutionnelles sur les équipements de proximité (avec la présence d’éducatrices par exemple), à planifier des créneaux réservés aux publics féminins même s’ils ne viennent pas (encore ?), à recruter des équipes d’intervenants mixtes… sans inverser véritablement la tendance générale. Une deuxième catégorie renvoie à la sphère intime et familiale qui détermine largement le rapport à l’activité sportive notamment en ce qui concerne les motivations, le cadre de pratique, le choix des activités, etc. Dans ce cadre, la question du rapport aux religions, principalement musulmane compte tenu de son importance dans les quartiers, est posée. Dans les discours portés par le sens commun, où les amalgames racistes sont plus ou moins présents, la religion musulmane est exclusivement considérée comme un frein à la pratique… et les responsables publics se retrouvent bien dépourvus quand il s’agit d’aborder cette question qui relève d’abord de la sphère intime, au mieux familiale.

En prenant appui sur les travaux fondateurs (Louveau, 1986 ; Menesson, 2005) et sur une recherche empirique relative aux pratiques sportives de filles musulmanes d’origine maghrébine (Parmantier, 2010), la contribution donne à voir le rôle déterminant du contexte familial (I) et éclaire en particulier l’influence des figures paternelle et maternelle. En entrant dans les familles, elle renouvelle le cadre d’analyse des politiques publiques en soulignant la nécessité d’un processus de légitimation familiale (II) et en avançant l’idée que la religion, par les stratégies conscientes et inconscientes développées par les jeunes filles (III), peut être aussi un sésame pour la pratique sportive. Ce faisant, elle questionne les choix politiques et leurs conséquences techniques notamment quand il s’agit de construire des projets visant des publics dits « cibles » ou « spécifiques ». Cette interrogation peut, par exemple, concerner la constitution d’équipes d’intervenant(e)s (quels profils ? faut-il recruter des équipes mixtes ?), le financement de structures ou d’actions (faut-il accorder des moyens incitatifs pour encourager les acteurs sportifs à développer les pratiques féminines ?) ou encore l’aménagement d’équipements et d’espaces sportifs (comment permettre des utilisations plus « partagées » ?).

I • L’influence de l’environnement familial sur l’entrée dans la pratique sportive

Les pratiques sportives et plus largement les goûts sont socialement constitués (Bourdieu, 1979 ; Pociello, 1981) grâce à un système de dispositions incorporées qui peut également permettre de rendre compte de certains choix singuliers (Lahire, 2006 ; Louveau, 1986 ; Mennesson, 2000). La singularité de l’engagement sportif peut donc être comprise en analysant l’originalité des trajectoires sociales et sportives et notamment la construction de dispositions (1) (Mennesson, 2005). Des chercheurs ont mis en évidence la particularité des conditions sociales permettant aux femmes d’entrer dans une activité sportive « masculine » (Louveau, 1986 ; Mennesson, 2005). Dans le cas des sportives étudiées par Mennesson (2005) leurs origines sociales populaires, la précocité et l’intensité de leur socialisation sportive et le caractère « inversé » des dispositions sexuées (2) construites jouent un rôle dans la réalisation de leurs carrières dans des sports « masculins ». En effet la découverte d’une activité sportive est liée à l’environnement familial et la construction des dispositions sportives est influencée par les membres de la famille et leurs pratiques.

Il nous semble indispensable de situer le statut du sport dans les familles pour analyser la place des pratiques sportives dans les modes de socialisation des filles d’immigrés maghrébins pratiquant la gymnastique ou le football. Ainsi, nous présentons dans cette partie les sports pratiqués par les parents, les frères et soeurs et leur caractère sexué, puis les modes de transmission de ces pratiques et leur reconnaissance par les parents pour aborder en dernier lieu les modalités d’entrée de notre population dans les pratiques sportives étudiées. L’analyse des modalités d’entrée dans la pratique et de la nature de la socialisation sportive permet de saisir les différences de positionnement entre gymnastes et footballeuses. En effet, Mennesson (2000) et Theberge (1995) ont montré que la socialisation de genre des sportives est tempérée par les modes d’organisation des disciplines sportives. Ainsi, même si l’homosociabilité est forte aussi bien en gymnastique qu’en football, le caractère sexué de l’activité et la diversité des activités pratiquées par les footballeuses au cours de leur trajectoire sportive et notamment la pratique informelle du football « en bas des immeubles » rendent la construction des dispositions sportives et sexuées des footballeuses très différente de celle des gymnastes.

 

A – Les pratiques sportives dans la famille : une sexuation « traditionnelle »

Parmi les parents des jeunes filles enquêtées (3), plus d’un tiers des mères et 43,7 % des pères pratiquent ou ont pratiqué une activité sportive. Ces taux de pratique sont inférieurs aux taux de pratique des parents de l’ensemble des questionnées puisque sur l’ensemble de la population 46,5 % des mères et 56,6 % des pères pratiquent (ou ont pratiqué) une activité sportive. Les filles d’immigrés maghrébins enquêtées pratiquant la gymnastique ont des parents plus sportifs que les footballeuses. Ainsi, 24 % des mères des footballeuses enquêtées pratiquent ou ont pratiqué une activité sportive contre 42 % des mères de gymnastes. Bien que de façon moins marquée, on note également un écart de pratique entre les pères des footballeuses (37 %) et des gymnastes (45,7 %). Les activités les plus pratiquées par les mères sont les activités de remise en forme, suivies par la natation et les sports de combat pour les mères des gymnastes. Deux mères de footballeuses ont pratiqué ou pratiquent le football et une mère de gymnaste a fait de la gymnastique. Un quart des pères de footballeuses font ou ont fait du football. Cette pratique est également la plus représentée au niveau des pères de gymnastes (17,3 %). Près de la moitié des pères des enquêtées pratique encore actuellement une activité sportive. Ils figurent pour la plupart dans des activités sportives qualifiées de « masculines ».

L’origine populaire des parents des enquêtées peut expliquer ces taux de pratique du football et des sports « masculins » (4). Les filles d’immigrés maghrébins, d’origine populaire pour la plupart, semblent privilégier les pratiques sportives valorisées dans leur milieu social. Cependant, les activités sportives pratiquées par les pères des gymnastes sont plus diversifiées et davantage portées sur des pratiques d’entretien du corps que celles des pères des footballeuses. De plus, les parents des gymnastes sont plus sportifs que les parents des footballeuses ce qui laisse à penser que la socialisation sportive est plus importante au niveau familial. Il est intéressant de relever que le milieu socio-économique des gymnastes est supérieur à celui des footballeuses.

B – Les figures sportives maternelle et paternelle

Du côté des filles interviewées, les mères sportives représentent une part très faible de l’ensemble des mères : six mères sur quatorze ont pratiqué une activité physique ou sportive dont cinq mères de gymnastes sur huit et une mère de footballeuse sur six. Comme pour les mères, les pères des gymnastes interviewées ont quasiment tous pratiqué une activité sportive, pour seulement deux sur six chez les pères de footballeuses.

Les informations recueillies lors des entretiens montrent que les sportives connaissent peu le parcours sportif de leurs parents. Les parcours sportifs des mères de gymnastes sont plutôt tournés vers les activités de remise en forme ou les pratiques auto-organisées : Aicha « croit » que sa mère a fait « un peu d’aérobic et un peu de natation ». La mère de Zafira a tenté la gymnastique d’entretien qu’elle a arrêtée car « ça ne marche pas. Elle a donc fait des activités sportives, mais malgré elle, elle n’était pas motivée. Elle les a faites parce qu’il fallait les faire. » Ne s’étant jamais investie dans une pratique sportive, elle souhaite que ses enfants le fassent, plus particulièrement pour que Zafira et sa soeur ne prennent pas de poids comme cela a été son cas. Les mères de Mina, Bahia et Saida – gymnastes – n’ont jamais pratiqué d’activité sportive. Saida évoque le nombre d’enfants5 comme frein à la pratique sportive de sa mère, tandis que Bahia n’a jamais envisagé que sa mère puisse avoir une activité sportive. La mère de Mina est née en Algérie où « ce n’était pas évident car là-bas, cela [le sport] n’existe pas en fait ». Mina pense que ses demandes insistantes pour faire de la gymnastique ont amené sa mère a découvrir les pratiques sportives et à inscrire dès 6 ans ses frères à des activités sportives : « Peut être que, pour elle, j’ai en quelque sorte ouvert les portes pour la famille. »

Aucune mère n’a pratiqué la gymnastique aux agrès et seule la mère de Sabrina a pratiqué le football. C’est la seule mère de gymnaste à avoir fait un sport d’équipe même si Sabrina ne connaît ni son niveau, ni la fréquence de cette pratique, stoppée lors de sa première grossesse. D’ailleurs, elle refuse que sa fille fasse du football pour des raisons liées à la représentation sexuée du football comme sport de « garçon », qui façonnerait une silhouette non conforme à la féminité « traditionnelle ». Bien qu’ayant pour la plupart testé une activité physique ou sportive, les mères des gymnastes ne sont pas les instigatrices des pratiques sportives de leurs filles. Leur connaissance et l’intérêt qu’elles ont pour le domaine sportif leur permettent cependant de ne pas s’être opposées à la pratique de la gymnastique par leurs filles.

Du côté des pères de gymnastes, seuls ceux de Saida et Bahia – les pères les plus âgés – n’ont jamais fait de sport. Néanmoins, deux attitudes différentes se dessinent par rapport à la pratique sportive de leurs filles puisque le père de Bahia lui a déjà demandé à plusieurs reprises d’arrêter ou de réduire la gymnastique, alors que le père de Saida encourage sa fille et vient la voir aux compétitions et représentations de fin d’année. Le père de Mina a fait du karaté à un niveau élevé puisqu’il était « ceinture noire deuxième dan. ». Il a arrêté lorsqu’il s’est marié. Mina est la seule sportive à connaître le niveau sportif de l’un de ses parents. Dans les autres cas, les informations sur les parcours sportifs sont évasives comme c’est le cas du père de Sabrina qui faisait « du football et de la boxe », pratiques qu’il a arrêtées par « manque de temps » selon Sabrina, ou le cas du père d’Aicha : « je ne sais pas ce qu’il faisait mon père mais ça va, il est assez sportif ». Le père de Zafira fait aujourd’hui encore de la natation en accompagnant ses enfants à la piscine le dimanche matin. Le père de Fatiha qui se rendait auparavant à la salle de musculation pratique aujourd’hui chez lui quotidiennement.

Dans les familles des footballeuses, les mères de Najat, Mounia, Jamila, Farah et Leila ne sont pas sportives. Mounia n’envisage pas la possibilité que sa mère puisse faire du sport à cause de son âge et d’un handicap causé par un accident de moto. La mère de Najat porte un grand intérêt aux pratiques sportives de ses enfants qu’elle vient voir régulièrement en match mais, pour Najat, l’absence de pratique sportive de sa mère semble être dans l’ordre des choses. Comme Mina, Farah considère que le sport n’est pas en adéquation avec les valeurs et les représentations de sa mère, venue d’Algérie dans le cadre du regroupement familial : « Je ne sais même pas s’ils ont déjà prononcé le mot sport dans leur vie […] quand ils habitaient dans leurs villages en Algérie, je veux dire, ce n’était pas leur préoccupation ». Leila considère dans un premier temps sa mère comme non-sportive avant de préciser qu’elle pratique la marche. La mère de Sadika a fait du volley-ball et du handball « quand elle était en Algérie, et quand elle s’est mariée, elle a tout arrêté. Elle n’en a jamais refait ». Tout comme les mères, peu de pères de footballeuses ont été sportifs. Les pères de Najat, Jamila, Farah et Leila n’ont jamais fait de sport. Farah explique cette absence de pratique par l’éducation reçue en Algérie alors que Leila évoque la pénibilité du travail à l’usine comme argument. Les pères de Farah et Leila aiment tous deux le football à la télévision. Ainsi, Leila et son père regardent ensemble les matchs télévisés. Le père de Najat n’assiste jamais aux matchs de ses enfants car il n’a, selon elle, jamais été sportif. Sadika évoque le caractère sportif de « toute » sa famille. D’ailleurs, son père est le seul père de footballeuses à avoir pratiqué ce sport.

L’éducation sportive reçue par les footballeuses interviewées ne semble pas venir ici du père. Les pères de Sadika et Mounia, pourtant sportifs euxmêmes, n’ont pas été les instigateurs des pratiques sportives de leurs filles. Mounia n’a pas connu son père et c’est la mère de Sadika qui a permis à sa fille de s’orienter vers le football. De manière générale, les parents des sportives interviewées sont peu sportifs ; ceci est d’autant plus marqué pour les footballeuses. Les mères qui ont joué un rôle dans l’éducation sportive de leurs filles sont souvent celles qui regrettent de ne pas avoir pu pratiquer ellesmêmes, qui ont été contraintes d’arrêter ou qui semblent vouloir compenser une « défaillance paternelle » (Mennesson, 2005, p. 78). Cependant, les travaux de Mennesson (2005) mettent en avant que les mères s’impliquent peu dans l’éducation sportive de leurs filles, excepté pour les orienter vers des disciplines « féminines ». Pourtant dans notre recherche, peu de mères sont les instigatrices de la pratique de la gymnastique de leurs filles. Elles assument les conséquences de l’investissement de leurs filles dans une pratique sportive mais n’interviennent pas directement dans le processus.

II. La nécessité d’un processus de légitimation familiale

Les pratiques esthétiques comme la gymnastique sont peu pratiquées par les filles d’immigrés maghrébins. L’une des hypothèses émises concerne le caractère transgressif de la gymnastique par le dénudement qu’elle implique et l’érotisation des mouvements effectués (Tlili, 2002) en inadéquation avec les principes religieux et même familiaux. Rappelons que les parents des gymnastes sont en général plus sportifs que les parents des footballeuses et que leur milieu social d’appartenance est supérieur à celui des footballeuses. Les enquêtes sur les pratiques sportives des Français montrent que la probabilité de pratiquer une activité sportive dépend, pour les parents comme pour leurs enfants, de la position sociale des parents, qui plus est des mères lorsqu’il s’agit de la pratique sportive des filles (Stat-Info, 2003). L’accord donné aux filles par les parents à la pratique de la gymnastique trouve là un élément de réponse et en minimise l’aspect transgressif.

A – Des autorisations parentales différentes

Dans notre population, les pères ne sont pas les instigateurs de la pratique sportive des footballeuses interviewées à la différence des footballeuses enquêtées par Mennesson (2005) (6). À l’instar des sportives étudiées par Croquette (2005), le faible taux de pratique sportive des parents des sportives enquêtées et interviewées ainsi que les réticences voire la désapprobation dont font part certains parents à l’égard des pratiques sportives de leurs filles laissent à penser que la socialisation sportive par les parents est peu effective et notamment dans les familles des footballeuses. Les parents de Najat et Farah ont d’ailleurs refusé que leurs filles fassent du football jusqu’à 13 ans pour Najat et 16 ans pour Farah en raison de la mixité des équipes. C : Connais-tu les raisons pour lesquelles tes parents ne souhaitaient pas que tu pratiques le foot avec les garçons ? Farah : Eh bien ça après, on va dire que c’est question de tradition, ce genre de choses, les vestiaires, avec les garçons. L’interdit parental portant principalement sur l’intégration à un groupe de garçons, Farah se tourne « en cachette » vers une pratique autoorganisée du football. Elle intègre donc malgré tout un groupe composé principalement de pairs masculins, favorisant ou renforçant la construction de dispositions sexuées inversées (Mennesson, 2005). Ce type de socialisation se caractérise par une identification à la figure du « garçon manqué » et par un mode de sociabilité « masculine » consistant à participer aux activités du groupe des garçons et à rejeter les activités communément attribuées aux filles. Les filles créent un rapport au corps qualifié d’actif en opposition à la sociabilité féminine présente la plupart du temps chez les filles pendant l’enfance. Alors que les parents de Farah incitent leurs enfants à faire du sport depuis l’enfance, la pratique du football n’est à aucun moment encouragée. Celle-ci est acceptée par le père lorsqu’elle intègre une équipe féminine, induisant de fait une mise à distance des relations possibles avec des garçons. Les réticences de la mère semblent davantage renvoyer à une appréhension vis-à-vis de la pratique sportive et au rôle protecteur décrit par Croquette (2005 (7).

Les parents des gymnastes ne sont pas réticents à la pratique sportive de leur fille pendant l’enfance. C’est à l’adolescence qu’une attitude de défiance des pères à l’égard de la gymnastique apparaît. Les filles sont alors sujettes à des réflexions et interdictions de leur part. Elles y répondent soit en adaptant leur comportement aux exigences paternelles quand ces dernières ne nécessitent pas un effort trop important, soit en les transgressant, avec la complicité de leur mère la plupart du temps. Cependant, cette aide maternelle n’est jamais explicite : elles ne s’opposent pas au père de manière frontale. Dans le cas de Bahia, gymnaste, le soutien de sa mère est implicite puisque, tout en demandant à sa fille d’arrêter la gymnastique au nom de son mari, elle accepte que Bahia n’obtempère pas. D’après Bahia, la raison de cette requête paternelle, sans suite au demeurant, semble être motivée par une seule crainte : l’absence de contrôle sur les sorties et déplacements inhérents à la pratique de la gymnastique, plutôt qu’à une volonté de lui interdire une pratique esthétique, voire érotisante, comme la nomme Tlili (2002).

L’analyse des relations pères – filles montre des rapports distants (Lacoste-Dujardin, 2002) et un déficit de communication avec le père pour la plupart des sportives interviewées qui peuvent se traduire par une absence de réaction positive comme négative à la pratique sportive. Ainsi, Sadika, footballeuse, apporte une aide ménagère importante à son père puisqu’elle lui repasse son linge et lui fait à manger8. Pourtant, la communication est peu présente et l’approbation de son père à la pratique sportive est tacite : « Ma mère est contente, et mon père on va dire, il s’en fiche. C’est vrai quoi, cela ne le dérange pas parce que je ne lui demande rien. » L’analyse de Schwartz (1990, p. 399) semble ici correspondre à la situation vécue par Sadika qui, percevant une telle distance dans la relation avec son père, n’a probablement jamais pensé pouvoir attendre quelque encouragement. Cependant, cette analyse des relations père-fille n’est pas valable pour l’ensemble de la population enquêtée et mérite d’être nuancée.

L’attitude du père de Saida, gymnaste, est aux antipodes de celle des pères de Bahia et Sadika. Le père de Saida n’a jamais fait de sport et pourtant, il encourage et légitime la pratique sportive de sa fille en prenant position par rapport aux pairs musulmans qui la désapprouvent.

Saida : Quand on partait en stage, on partait une semaine ou deux semaines pendant les vacances avec les filles, les entraîneurs et tout le monde et cela sidérait les Marocains pères et mères que mon père me laisse partir comme ça. C’était vraiment, il lui disait « Tu es sûr qu’elle va vraiment à la gym ? » C : Que disait ton père ? Saida : Il disait oui, je fais confiance à ma fille. Point barre. Le jour où je verrai qu’elle m’a menti et qu’en effet elle n’est pas là où elle m’a dit qu’elle était, à ce moment-là oui mais là, vous ne pourrez pas m’ôter de la tête que je peux faire confiance à ma fille.

Dans cet entretien, le rôle de la mère paraît largement secondaire, même si elle est présente à toutes les compétitions. En effet, elle n’est pas le garant de l’autorité familiale tout comme chez Yasmina qui évoque le rôle déterminant du père dans son engagement en gymnastique en lien avec l’engagement sportif : « Moi, c’est plus mon père, enfin ma mère était d’accord mais mon père est plus sportif donc c’est lui qui m’a plus incitée à y aller ». Rappelons que dans les milieux populaires, les femmes s’engagent moins que les hommes dans des pratiques sportives et ne favorisent pas, non plus, l’engagement de leurs filles dans ces activités. De plus, des travaux (Croquette, 2005 ; Guenif-Souilamas, 2000) identifient le rôle des mères comme étant plus discret que celui des pères. Elles ne se trouvent pas au centre de la scène familiale dite « traditionnelle » et « préfigurent une altérité féminine que les filles n’ont pas toujours conscience d’actualiser » (Guenif- Souilamas, 2000, p. 118). Leur rôle peut être évoqué par de vagues allusions laissant penser à leur aliénation ou, a contrario, il peut être vanté afin de le rendre moteur.

Dans le cas de plusieurs sportives interviewées, gymnastes comme footballeuses, le rôle de la mère apparaît comme central. L’analyse des configurations intrafamiliales révèle l’adoption d’attitudes de solidarité plus que de domination par les mères vis-à-vis de leurs filles. Tout se passe comme si les mères bénéficiaient de l’« émancipation sportive » des filles dans l’évolution des rapports de genre au sein de la famille et même plus largement au sein de la société. La mère « se pose en figure alternative du père dans un jeu concurrentiel dont les enfants se jouent et jouent » (Guenif-Souilamas, 2000, p. 117). Mounia, élevée par sa mère, met en avant son attitude hors du commun, cette dernière l’ayant autorisée à faire du football malgré des réticences dues au caractère « masculin » de la pratique :

Mounia : Des sports comme ça pour des filles qui ont des origines comme ça, ce n’est pas évident. Là, maintenant plus, mais à l’époque très très peu de filles faisaient des sports comme ça, après je veux dire c’est par la mentalité, les traditions, la femme maghrébine, je ne vais pas t’expliquer mais je veux dire que c’est plutôt à la maison, faire la popote, s’occuper des gosses, se marier et faire des enfants. Et donc faire un sport masculin, je sais que, je m’en rappelle parce qu’on était deux sur le quartier à faire du foot et on était mal vues quand même par l’ensemble du quartier. Parce que dans le quartier, 80 % étaient des maghrébins, on nous montrait du doigt, les gens disaient : « Regardez, elles font un sport de mecs, c’est des garçons manqués ». Ils critiquaient en disant « la mère aurait dû plus serrer sa fille. » Tu vois, après c’est vrai que ma mère elle avait quand même une ouverture d’esprit donc heureusement ! (Elle rit).

Zafira et Aicha sont également encouragées par leurs mères dans leur pratique. La mère de Zafira qui l’a inscrite à la gymnastique, la soutient largement. Alors qu’Aicha se pose des questions sur la compatibilité entre gymnastique et pratique de l’islam, sa mère l’encourage à poursuivre. Dans certaines familles, la pratique sportive des filles n’a pas suscité de désapprobation de la part des parents en raison notamment de la précocité de l’investissement dans celle-ci.

Jamila : Ils ont accepté que je fasse du sport, parce que dans l’équipe de Hand dans laquelle je jouais, on faisait déjà les championnats de France, donc cela m’a amenée à me déplacer souvent. Donc déjà, ils avaient pris l’habitude que je me déplace, que je fasse du sport et que je m’entraîne trois fois par semaine au handball. Je leur ai donné l’habitude, et comme j’avais mon petit côté garçon, que je jouais toujours dehors, je n’ai jamais eu de problèmes par rapport à ma pratique, par rapport à mes origines.

La majorité des pères ne s’oppose pas à la pratique de leur fille. Ils jouent ainsi le rôle de ceux qui la « légitiment » dans le sens où ils acceptent progressivement l’engagement sportif compétitif de leur fille. Cette attitude témoigne d’un mode d’autorité paternel spécifique des familles des sportives, dissemblable des modes d’autorité paternels présents dans les familles d’immigrés maghrébins décrits par de nombreux auteurs (Hassani, 1997 ; Lacoste-Dujardin, 2002 ; Taboada-Leonetti, Levy, 1978). Les mères quant à elles jouent la plupart du temps un rôle essentiel dans l’activité sportive de leurs filles : ce sont elles qui accomplissent les démarches pratiques et administratives et qui permettent la légitimation de l’activité. D’après nos recherches, si les parents ne légitiment pas la pratique, les filles ne s’inscrivent pas dans une pratique en club et en compétition. L’accord des parents est indispensable à la pratique, qu’elle soit « féminine » ou « masculine ».

B – L’entrée dans la pratique et l’influence de la fratrie

Les footballeuses sont majoritairement entrées dans la pratique grâce aux hommes de leur entourage. Près de la moitié des footballeuses étudiées par Mennesson (2005) a été initiée à la pratique par leur père sans qu’ils ne les incitent à pratiquer la même activité qu’eux dans la majorité des cas. (9) L’auteure a également repéré une socialisation sportive par les frères aînés dans les fratries nombreuses et en particulier les familles « maghrébines » comme c’est le cas dans les familles de sportives enquêtées par nos soins. La socialisation par les frères semble être effective dans le cas de ces sportives et favorise la construction de dispositions sexuées « inversées ». Les footballeuses s’identifient majoritairement au modèle du « garçon manqué » pendant l’enfance. Cependant, dans les familles maghrébines qu’elle a étudiées, Croquette (2005) relève que l’intervention du grand frère est moins directe en football qu’en boxe et prend davantage la forme d’encouragement à la pratique. À l’inverse, la gymnastique est considérée comme une pratique caractérisée par la production de formes esthétisées où domine la grâce, c’est-à-dire conforme aux normes de genre. Ainsi, les dispositions sexuées construites pendant l’enfance peuvent être dans la majorité des cas considérées comme « féminines ». Dans les familles des enquêtées, les filles d’immigrés maghrébins sont entrées dans l’activité gymnastique en premier lieu par l’intermédiaire de leur mère, puis par le groupe de pairs ou bien ont découvert l’activité dans le cadre scolaire. Les soeurs aînées ont aussi facilité l’entrée dans les activités sportives des cadettes.

L’analyse des entretiens réalisés fait apparaître plusieurs types de configurations familiales et par conséquent différentes formes d’influences de la fratrie en fonction, d’une part, de l’activité pratiquée et, d’autre part, de la composition de la fratrie. Sadika, Leila, Jamila et Farah ont débuté la pratique du football « dehors », « en bas de l’immeuble ». Farah estime que la pratique du football de son frère aîné n’a pas constitué « un modèle ». Sadika, quant à elle, jouait avec ses « frères et puis des garçons de la cité ». Son frère aîné l’a initiée au football et continue à l’encourager dans sa pratique en club. Il semble donc que le frère aîné ait organisé la socialisation enfantine « du dehors » de Sadika dans la mesure où ce type de socialisation n’est possible que si elle est conduite par des aînés « masculins » (frères, cousins ou même pairs) (Croquette, 2005). La soeur jumelle de Sadika a également pratiqué le football mais s’est rapidement orientée vers le volley-ball, activité sportive considérée comme plus « neutre sexuellement (10) ». Sadika justifie ce choix de pratique en opposant son apparence de « garçon manqué » à celle de sa soeur codifiée comme typiquement féminine et « portant des talons hauts ». Jamila a débuté le football « avec un groupe d’enfants, on avait tous à peu près le même âge. On était huit ou neuf à jouer tout le temps ensemble au ballon en bas de l’immeuble. […] J’étais la seule fille ». À la différence de Sadika, le frère aîné de Jamila n’a donc pas participé directement à l’initiation sportive de sa soeur mais l’a largement influencée dans sa pratique du football et a sans doute favorisé l’acquisition de dispositions sexuées « masculines ». Il la soutient encore aujourd’hui. À l’inverse, le frère cadet de Jamila n’accepte pas la pratique sportive de sa soeur, alors même que celle-ci est légitimée par le frère aîné, garant, après le père, de l’autorité familiale.

Jamila : Il [mon frère] ne supporte pas le fait que je fasse du sport, que je sois très indépendante, tout le temps dehors, il n’a pas de pouvoir sur moi finalement. Que ce soit lui ou mes parents, personne chez moi. Et cela, ce n’est pas par rapport à la mentalité de chez moi, mais c’est plus moi qui l’ai imposé par ma personnalité.

Sa soeur porte également un jugement négatif sur sa pratique. Ainsi, dans une configuration familiale quasi similaire à celle de Sadika, on remarque que l’analyse des types de relations entretenues entre les membres de la fratrie peut expliquer la diversité des dispositions acquises au sein de la famille et fait ressortir divers modes d’investissements dans la pratique.

On relève des configurations différentes dans les fratries des gymnastes. Trois d’entre elles sont les aînées des fratries. Belhadj (2006) évoque la position « sacrifiée » de l’aînée, contrainte d’occuper le rôle de « responsable familial », devant soutenir et seconder les parents. Pottier (1993) met également en avant le respect dû aux aînés, garçons comme filles. Saida, aînée d’une fratrie de garçons, assume les tâches domestiques, administratives et éducatives du foyer tout en étant engagée de manière intensive en gymnastique. Orientées lorsqu’elle était enfant par son frère cadet, judoka, dans la pratique du judo, les dispositions sportives construites pendant l’enfance ne sont donc pas « féminines ». Pourtant, le rôle tenu au sein du foyer laisse penser à une socialisation sexuée « traditionnellement féminine » confirmée par l’intérêt porté à la pratique de la gymnastique vers laquelle elle s’est tournée seule, ses parents ignorant le coup de foudre décrit par Saida comme une « illumination » procurée par la gymnastique pendant plusieurs mois. Alors qu’aucun de ses frères n’a pratiqué la gymnastique, tous soutiennent Saida et viennent la voir lors des représentations de fin d’année (11). Tout se passe comme si l’encouragement de la fratrie dans son activité peut être considéré comme une contrepartie du travail domestique qu’elle fournit.

Fatiha et Mina sont également les aînées de leur fratrie. Mina poursuit des études supérieures ; elle est bénévole dans une association et entraîneure de gymnastique. Elle a découvert ce sport à l’école et, comme Saida, a demandé à sa mère de l’inscrire en club. Elle a initié son frère à la gymnastique pendant un an mais celui-ci s’est ensuite tourné vers une pratique nécessitant des qualités jugées plus « masculines », le football. Fatiha, ayant débuté le sport par une activité appelée « multisports », a ensuite choisi la gymnastique comme activité principale tandis que son frère pratique le football et que la benjamine de la famille s’oriente davantage vers une activité artistique. La pratique de Fatiha n’a donc pas influencé celle de sa soeur à qui les sports ne plaisent pas, tandis que Zafira, cadette d’une fratrie de trois, a, quant à elle, permis à sa soeur de pratiquer la gymnastique. On remarque donc que les filles aînées entreprennent davantage une démarche personnelle afin d’accéder à l’activité souhaitée. Parmi les sportives interviewées, deux d’entre elles – Bahia et Aicha – ont été influencées par leurs grandes soeurs (12). La soeur de Bahia la soutient activement dans son parcours sportif et scolaire. C’est elle, regrettant de n’avoir pu pratiquer elle-même, qui se substitue en quelque sorte au rôle de mère, et incite Bahia à faire du

sport. Le rôle de ses autres frères et soeurs, beaucoup plus âgés qu’elle, est peu évoqué et semble peu important dans sa pratique discursive. L’influence supposée des frères et soeurs n’est donc pas une évidence dans toutes les fratries. On remarque plusieurs types de configurations, différentes en fonction de l’activité pratiquée et du type de fratrie. Il est intéressant de relever qu’aucune des fratries de sportives interviewées n’est composée exclusivement de filles. Ainsi, aucune sportive ne correspond au modèle du « garçon manquant » décrit par Mennesson comme « un mode de socialisation spécifique, […] l’une des filles de la famille, souvent la cadette, endosse ainsi le rôle du « garçon manquant » en s’investissant dans un sport « masculin » pour répondre d’une certaine manière aux attentes déçues mais fortement exprimées des pères d’avoir une descendance masculine » (Mennesson, 2005, p. 119).

III • Des stratégies conscientes et inconscientes

L’incorporation de valeurs et de normes considérées tour à tour comme familiales ou religieuses induit nécessairement des transgressions et notamment par la pratique sportive. La transgression réalisée par la pratique sportive n’est pas « évaluée » par toutes les sportives de la même manière. En cela, on remarque un degré d’investissement religieux différent ou plutôt, une appropriation différenciée de la religion transmise par les parents. Pour certaines, les pratiques religieuses sont essentiellement d’essence familiale ; elles sont assimilées depuis l’enfance et, caractérisant surtout une façon de vivre ponctuée de divers interdits, elles déterminent leur attachement à l’islam. D’autres cherchent à s’approprier la pratique dans une « quête d’individualisation » (Khosrokhavar, 1997) et se tournent vers une pratique plus assidue, priant quotidiennement et effectuant tous les rites conciliables avec leur manière de vivre. Que l’islam soit pratiqué culturellement ou cultuellement, les sportives interviewées mettent de côté, à un moment donné, les aspects qu’elles estiment incompatibles avec leur vie sociale en France et plus particulièrement avec leur pratique sportive comme nous allons l’aborder ici. Ainsi, nous nous interrogeons sur la transgression induite par la pratique sportive. En effet, faire du sport, c’est se rendre visible et par conséquent, transgresser les normes sociales de discrétion exigées par l’islam. Il apparaît alors que les sportives qui envisagent la religion comme compatible avec la pratique sportive sont davantage tournées vers des pratiques religieuses culturelles plutôt que cultuelles.

A – Compatibilité ou incompatibilité du sport et de la religion ?

Les sportives interviewées n’ont pas toutes le même investissement religieux alors que leur niveau de pratique sportive est relativement proche. D’ailleurs, seules deux sportives, une footballeuse et une gymnaste parlent de transgression « religieuse » vis-à-vis des pratiques sportives. Pour Jamila, « si tu pratiques vraiment la religion », le sport transgresse les principes de l’islam : « Si on se pose des questions, le sport n’est pas compatible avec la religion ». Elle estime ne connaître aucune sportive de haut niveau pratiquant réellement l’islam ; elle ne se considère pas non plus comme une « vraie » pratiquante dans la mesure où elle n’est ni voilée, ni entièrement couverte lorsqu’elle fait du sport. Néanmoins, toutes les activités sportives ne sont pas aussi transgressives les unes que les autres dans la mesure où le corps n’est pas dénudé de la même manière. Ainsi, les activités « féminines » transgressent davantage les principes de l’islam que le football qu’elles pratiquent. Il est intéressant de relever qu’elles lient transgression religieuse et regard du père :

« Mais cela dépend de quel sport… Maintenant si tu pratiques un sport comme la gymnastique, tu es en justaucorps ou la danse, c’est quelque chose, enfin là tu ne te poses même pas la question. Si je suis en maillot de bain, je ne vais pas dire à mon père de venir me voir à une compétition de natation parce qu’il y a des formes qui se voient. Maintenant un match de football, je peux dire à mon père de venir me voir jouer. » (Jamila).

Aicha est la gymnaste qui a la pratique religieuse la plus assidue. Elle estime également que sa pratique sportive « avait commencé à poser un petit problème ». Ainsi, avant qu’elle s’investisse activement dans la pratique religieuse, Aicha ne s’était pas posé la question de l’aspect transgressif de la gymnastique.

« Enfin, à cette époque, moi je n’étais pas très, enfin je ne pratiquais pas encore vraiment ma religion à fond, mais c’est vrai que dès que j’ai arrêté, ça n’a pas posé de problème. [elle sous-entend que le fait d’avoir arrêté la gymnastique a été bon pour son investissement religieux] ».

C’est la tenue portée – le justaucorps – qu’elle considère comme transgressive et non l’activité sportive en elle-même. « Il y en a qui disaient que la tenue, ce n’était pas trop ça. […] Personnellement, oui. Je me serais sentie mal quand même de faire de la gym en justaucorps. » Malgré la « prise de conscience » de la transgression réalisée par le port du justaucorps en gymnastique – largement influencée par les discours des pairs musulmans -, Aicha nous dit qu’elle aurait tout de même poursuivi la pratique si sa monitrice n’était pas partie : « Je pense que si j’avais eu une prof, j’aurais continué quand même. J’aurais mis de côté un petit peu cet aspect-là. » Ainsi, la transgression ne constituerait pas un réel frein au sport, surtout si, comme dans le cas d’Aicha, elle est soutenue par sa mère dans sa pratique sportive. Pour la plupart des filles de notre population, le sport ne constitue pas une transgression religieuse. Elles conçoivent d’ailleurs la pratique sportive comme « compatible » avec leur pratique religieuse, laquelle peut être au demeurant plus ou moins assidue. Tout se passe comme si l’occultation de la transgression était nécessaire à la pratique sportive.

Farah et Leila se considèrent comme musulmanes pratiquantes et estiment pourtant que football et religion sont « compatibles ». Comme Jamila, elles jugent que la religion relève de l’ordre du privé. Ainsi, elles distinguent bien les espaces de la société dans lesquels elles évoluent, considérant le sport en général et le football en particulier comme appartenant à la sphère publique et la pratique religieuse à la sphère privée et familiale.

Farah : Je pense que faire du sport, se détendre et s’amuser avec les amis ce n’est pas incompatible avec ma foi personnelle. Pour moi, la religion c’est vraiment privé ; je veux dire que je vais rentrer chez moi, je vais aller faire ma prière mais je ne vais pas le crier sur tous les toits.

Pour « prouver » que religion et football sont « compatibles », Leila met un point d’honneur à ne pas stopper le ramadan pendant les entraînements ou les matchs alors que les trois autres « musulmanes » de son équipe préfèrent l’arrêter lorsqu’elles fournissent un effort physique important pour le reprendre plus tard. Leila suggère qu’elles n’adoptent pas la « bonne pratique » de la religion.

Leila : Le ramadan est une obligation, donc que ce soit le foot ou autre chose, tu n’as pas le choix. Et si je ne le fais pas alors je dois le rattraper. Donc je préfère le faire et ne pas le rattraper. Sadika n’évoque à aucun moment le sport comme une transgression des principes religieux. En effet, elle ne se questionne pas sur les principes religieux mais sur les freins familiaux à la pratique qu’elle estime plus importants. La pratique sportive est compatible avec une pratique religieuse

« Si tu n’as pas les parents, ou les frères qui t’en empêchent ». De plus, son admission en équipe d’Algérie de football la conforte dans cette idée :

Sadika : Là-bas il y en a qui fument et qui boivent. C’est comme nous. Franchement, j’ai été choquée moi. Parce qu’ici, on donne une image de l’Algérie qui est… Alors que c’est tout à fait le contraire. Non, elles font toutes le ramadan, normal, mais la moitié ne prie pas.

Lorsqu’elles pratiquent une activité où l’esthétisme corporel domine, les sportives de notre population ne font pas, pour la plupart, le lien entre pratique sportive et pratique religieuse. Saida est la seule à l’évoquer. Pour elle, la gymnastique ne transgresse pas les principes de sa religion puisque son père ne le considère pas ainsi. Ainsi, le fait que le père autorise la pratique sportive constitue une « preuve » de la compatibilité de la pratique sportive et religieuse. Deux des gymnastes interviewées, Zafira et Fatiha ont commencé cette année à faire le ramadan. Elles ne questionnent pas encore la compatibilité ou l’incompatibilité de leur sport et de leur religion. Comme dans le cas d’Aicha, c’est l’investissement dans la pratique religieuse qui induit des questions sur l’activité sportive et plus précisément sur la tenue portée dans l’activité et la question de la transgression corporelle. Compte tenu de leur socialisation sportive précoce, les gymnastes ont investi leur sport bien avant de se tourner vers une pratique religieuse tandis que certaines footballeuses ont d’abord pratiqué l’islam avant d’adhérer à un club de football. Ces entrées inversées expliquent pour beaucoup les points de vue singuliers des gymnastes et des footballeuses sur la compatibilité ou l’incompatibilité de leur sport et de la religion.

B – La religion, sésame pour la pratique ?

Les sportives de notre population se disent « satisfaites » de leur pratique religieuse qu’elles qualifient de modérée. Aucune n’envisage de s’y investir davantage, du moins dans un futur proche. Cette pratique religieuse, bien que modérée, peut être analysée comme un « sésame » à la pratique sportive et à une autonomie qu’elles peinent à obtenir. Par celle-ci, elles montrent à leurs parents l’attachement qu’elles ont pour leur culture « traditionnelle » d’origine qu’elles s’engagent ainsi à leurs yeux à perpétuer. Bien sûr, cet investissement religieux ne change pas radicalement le point de vue des parents sur les libertés à accorder à leurs filles mais il leur permet de faire accepter leur pratique sportive aussi transgressive qu’elle puisse être. La majorité des filles juge leur pratique religieuse comme « ouverte » ou « moderne ».

L’engagement dans une pratique religieuse peut être considéré comme un « sésame » à la pratique sportive, selon deux modalités différentes en fonction de l’activité pratiquée. Pour les footballeuses, la pratique religieuse déjà « installée » faciliterait l’entrée dans la pratique sportive alors que l’engagement dans les pratiques religieuses des gymnastes à l’adolescence leur permettrait la poursuite de la gymnastique. En effet, par cet engagement religieux, en amont pour les footballeuses et bien après l’engagement sportif en club pour les gymnastes, les sportives rassureraient leurs familles, et notamment leurs parents sur leur adhésion aux valeurs fondamentales familiales et religieuses.

De 13 à 16 ans, les parents de Farah lui ont interdit la pratique du football en club. Ce refus a été justifié par la peur d’une proximité relationnelle trop importante avec les garçons, laquelle est proscrite par leur religion pour une fille après la puberté. Peu de temps avant que ses parents acceptent qu’elle joue au football en club, Farah commence la prière « à 15 ans, on réfléchit par soi-même et on se fait déjà une petite idée de ce qu’est la religion et tout ça ». Le lien entre l’investissement de Farah dans la pratique religieuse et l’accord des parents pour la pratique sportive ne peut être vérifié car aucun autre élément du discours ne nous permet de mettre en corrélation ces deux faits. Pourtant, la contiguïté de ces événements peut laisser penser que la pratique religieuse est utilisée par Farah comme « acquità- caution » à la pratique sportive.

Saida n’a pas eu besoin de s’investir dans une pratique religieuse scrupuleuse pour que sa pratique sportive soit acceptée par son père. Grâce à l’ouverture d’esprit de ce dernier, elle a pu, selon elle, s’investir dans la gymnastique, mais aussi sortir avec ses amies en discothèque, alors même que ce lieu constitue « l’endroit de tous les dangers et de toutes les dépravations » pour les parents maghrébins (Belhadj, 2006, p. 170). Elle estime tout à fait juste l’interprétation que fait son père du Coran et la partage. Les libertés accordées par le père relèvent de ce qu’elle nomme à plusieurs reprises « la confiance du père ». En effet, Saida se flatte de ne jamais avoir eu le moindre écart de comportement qui aurait pu remettre en cause cette « confiance ». Ainsi, s’est-elle pliée aux règles familiales et religieuses ; en respectant les interdits édictés par le père, il lui a été permis de réaliser ses souhaits et plus précisément de s’investir activement dans la gymnastique. Elle souhaite d’ailleurs faire de cet Islam, qu’elle voit comme exemplaire, sa cause auprès des parents qui n’acceptent pas que leurs filles fassent de la gymnastique : Saida : « Oui, moi j’adorerais leur prouver par A + B qu’ils interprètent très mal le Coran finalement, et c’est dommage parce que c’est cet Islam que l’on met en avant dans les médias donc c’est dommage mais il y a quand même pas mal de femmes musulmanes pratiquantes qui font du sport et qui ne sont pas voilées. »

L’investissement de Jamila dans la pratique religieuse a été influencé à la fois par la tradition religieuse présente dans son entourage familial mais aussi par un désir personnel de mieux connaître sa religion. Ce dernier n’est pas dû, au départ, à une pression familiale car ses parents ne prient pas eux-mêmes et n’ont été mis au courant de la pratique de leur fille – alors en classe de terminale – que quatre mois après qu’elle a commencé à prier.

Jamila : « Franchement, oui, moi personnellement je l’ai fait ; mes parents ne le savaient pas. Quand j’ai commencé, j’étais la seule à commencer pendant l’année de ma terminale. Je l’ai fait pendant pratiquement quatre mois, personne ne le savait que je le faisais de mon côté chez moi. » Jamila, à ce moment, pratique une activité sportive avec assiduité depuis plusieurs années mais elle réalise une séparation nette entre pratique sportive et religion : « J’ai fait du sport, mais le sport n’a jamais influencé ce que je faisais à l’extérieur ».

Ainsi, elle tente de cloisonner ses pratiques en différents espaces : privés et familiaux pour la religion et publics pour la pratique sportive. Mais alors que Jamila entretient une « relation privatisée à Dieu » (Cesari, 2004) et pratique un « islam privatisé dans une société laïque » (Guénif Souilamas, 2000), les relations tissées avec ses coéquipières au sein de son équipe de football et notamment le rapprochement avec un groupe de filles « homosexuelles » lui font prendre de la distance avec sa pratique religieuse cultuelle. Aujourd’hui, elle a délaissé l’islam au profit du sport et des sorties. Son frère cadet, peu respectueux des principes de l’islam, puisqu’il « sort en boîte de nuit tout le temps, puis il a tout le temps plein de copines », lui reproche constamment ses sorties, alors même que ses parents ne les lui interdisent pas. Durant les cinq années pendant lesquelles Jamila a prié, elle n’a rencontré aucune difficulté à faire accepter sa pratique sportive intensive à ses parents qui continuent à lui accorder leur confiance. Son frère cadet s’est, quant à lui, octroyé le droit d’occuper le rôle de « grand frère » qu’il n’est pas (le frère aîné est marié et a quitté le domicile parental). Ce rôle induit un contrôle et un pouvoir arbitraire sur les filles qui acceptent la plupart du temps de jouer le jeu car elles ont intériorisé les principes de l’« ordre du genre » (Clair, 2008) :

« Il ne supporte pas le fait que je fasse du sport, que je sois très indépendante, tout le temps dehors ; il n’a pas de pouvoir sur moi finalement. »

Jamila tient donc tête à son frère mais apparaît tout de même influencée par ce dernier quand elle dit que son mode de vie actuel ne correspond plus à celui de la jeune fille musulmane « vachement droite dans tous les choix » qu’elle était. Les sportives « musulmanes » interviewées effectuent une redéfinition de leur religion ; elles la contournent et en « assouplissent » alors la pratique (Hassani, 1997). Pour autant, les filles d’immigrés maghrébins ne nient pas la religion de leurs parents mais tentent de la réinterpréter afin de la rendre plus conforme aux rythmes de vie de la société dans laquelle elles évoluent (Hassani, 1997). Ainsi, elles vont « vers une religiosité privée, conforme aux principes laïques » (Hassani, 1997, p. 206). Elles séparent donc les espaces de pratiques sociales (c’est-à-dire scolaires, sportives, professionnelles) et religieuses et familiales, cantonnant l’islam à la sphère privée. Elles font tout pour que la religion ne contrôle pas leurs attitudes et leurs comportements dans les espaces publics de la société et pour qu’elle reste une « affaire privée ». À travers cette réinterprétation de l’islam conduisant à la pratique d’un islam « laïque » uniquement dans l’espace domestique, l’influence de la culture transmise par l’école ou encore les pratiques sportives est manifeste. Les dispositions scolaires et sportives construites les amènent à penser la sécularisation des espaces et des pratiques et certaines émettent d’ailleurs des interrogations, voire des doutes, sur les prescriptions religieuses transmises par les parents.

Conclusion

L’analyse des pratiques sportives des jeunes filles musulmanes d’origine maghrébine s’inscrit dans un contexte caractérisé par un faible taux de pratiques des filles (toujours en deçà de celle des garçons) et plus largement des habitants des zones urbaines sensibles dans lesquelles les acteurs des politiques publiques ont historiquement privilégié les publics masculins. Ces filles sont en fait porteuses d’un triple « handicap » : de sexe, de classe et de « race » (13). Celui-ci est renforcé par la progression de la pauvreté, de la flexibilité, de la précarité ; ces variables économiques et sociales freinent tout particulièrement les pratiques des femmes et donc, plus encore, celles des filles d’immigrés maghrébins.

Dans ce cadre, l’environnement familial joue un rôle très important dans la pratique sportive des filles, notamment par la légitimation des parents. Celle-ci prend des formes différentes en fonction des familles mais si les parents ne donnent pas leur accord, les filles ne pratiquent pas. Cet accord n’est d’ailleurs pas toujours obtenu « du premier coup » et nécessite parfois un travail, une « compensation » de la part des filles pour que ce dernier soit accepté par les parents. Ce travail de compensation passe, dans le cas des filles enquêtées par un investissement religieux. Cependant, leur pratique religieuse relève davantage de pratiques individuelles et culturelles – liées aux traditions présentes dans les familles – que de pratiques « cultuelles ». L’analyse menée ici sur les relations entre l’Islam et les pratiques sportives des jeunes filles atteste, au-delà des discours globalisants et forcément réducteurs, de la complexité et de la diversité des processus de construction des dispositions sportives.

Elle explique aussi la difficulté des politiques publiques, pourtant volontaristes en de nombreux endroits, à obtenir des résultats significatifs en termes de développement des pratiques sportives des jeunes musulmanes. Dans la période récente, ont été certainement sous-estimés le contexte familial, le processus de légitimation parentale qui en découle et leur influence sur les stratégies individuelles des sportives. Cela interroge de fait la capacité des collectivités locales et des organisations sportives à analyser localement les besoins et les demandes sociales plus ou moins dissimulés dans la sphère familiale, à concevoir des projets capables de prendre en compte ces éléments de la complexité et enfin à communiquer de manière adaptée en direction des différents acteurs familiaux concernés, que l’on sait « pris » dans des contextes locaux éminemment spécifiques.

 

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TLILI, F. (2002). Statut féminin, modèle corporel et pratique sportive en Tunisie. STAPS, 57, 53-68.

 

1 La notion de disposition –mise en lumière par Bourdieu- a été reprise par Lahire (2000) pour désigner des manières d’agir ou de penser qui orientent l’action d’une façon particulière dans des circonstances bien délimitées car il a observé dans ses travaux que les dispositions formées dans un certain contexte ne se transfèrent pas toujours dans d’autres.

2 Le terme de dispositions sexuées « inversées », emprunté par Mennesson à Suaud (1991), nous permet de décrire ici l’appétence des filles pour des activités sportives plutôt « masculines ».

3 Les enquêtées représentent notre population d’étude, c’est-à-dire les filles (ou petites-filles) d’immigrés maghrébins alors que les questionnées désignent l’ensemble des filles ayant répondu au questionnaire (p = 376).

4 Rappelons que l’enquête de l’Insee (1987-1988) montre que le football est pratiqué par 28,7 % des employés, 19,1 % des ouvriers, 15,5 % des inactifs pour seulement 3,1 % des cadres et que l’enquête MJS 2000 montre qu’un tiers des pratiquants de football appartient aux catégories « ouvriers », « employés ».

5 L’enquête menée par l’Insep (1987) a montré qu’il fallait que les femmes aient au moins eu quatre ou cinq enfants – combiné aux effets de l’âge, du milieu social et des générations – pour que les taux de pratique sportive soient réellement bas (Louveau, 2004).

6 Dans les travaux réalisés par Mennesson sur les filles dans des sports de « garçons », la majorité des pères des enquêtées pratique l’activité « choisie » par leur fille. Cependant, certains pères « non sportifs » souhaitent également favoriser la pratique sportive de leurs filles puisqu’ils n’ont pas eu eux-mêmes la chance de pratiquer.

7 Dans son travail de thèse, Elsa Croquette a analysé les conditions sociales qui permettent à certaines jeunes filles descendantes d’immigrés nord-africains de questionner les normes sexuées dominantes dans leur milieu social et familial en s’engageant de manière intensive dans les pratiques sportives.

8 Les parents de Sadika sont séparés mais vivent sous le même toit.

9 Les filles accompagnent souvent les pères aux matchs ou aux entraînements sans que les pères ne les incitent à pratiquer. Pourtant, cette socialisation sportive paternelle implicite les engagera à se tourner ensuite vers cette activité qui ne va pas dans le sens d’une transmission des normes dominantes de féminité.

10 Aujourd’hui, même si tous les sports sont réglementairement accessibles à toutes et tous, la division des activités selon le genre est encore une réalité. Néanmoins, certaines activités comme le volley-ball ou l’escalade sont moins marquées sexuellement tant au niveau des valeurs que de la répartition sexuée des pratiquants.

11 Saida, âgée de 29 ans a arrêté la compétition depuis plusieurs années mais s’investie toujours dans le club en tant qu’entraîneure. Ses parents et ses frères continuent à assister aux spectacles de fin d’année de son club de gymnastique.

12 Dans ces deux familles, les soeurs ayant influencé la pratique ne sont pas les aînées de la fratrie.

13 Nous faisons référence ici à l’articulation des rapports sociaux de sexe, de classe et de « race » décrite par de nombreux auteurs. Aucun caractère biologique n’est associé à l’idée de « race » qui représente en fait une catégorie socialement construite, tout comme le genre. Le terme race doit être entendu au sens large, regroupant à la fois la couleur de peau et de nombreux marqueurs censés représenter l’appartenance ethnique, l’origine, la religion et la culture (Kebabza, 2006).

 

Cet article a été écrit par :

Charlotte Parmantier Docteure STA PS, chercheure associée à l’équipe « Sports, Politique et Transformations Sociales » (SPOTS), laboratoire CIAMS (EA 4532), Université Paris Sud chaparma@yahoo.fr

Dominique Charrier Maître de conférences HDR à l’UFR STA PS, équipe « Sports, Politique et Transformations Sociales » (SPOTS), laboratoire CIAMS (EA 4532), Université Paris Sud dominique.charrier@u-psud.fr

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