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Noyades en piscine : les caméras viendront-elles au secours de l’humain ?

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Noyades en piscine : les caméras viendront-elles au secours de l’humain ?

© anawat_s fotolia

Les noyades en piscines ne représentent que 1 à 2 % sur l’ensemble de ce type d’accidents. En France, malgré les demandes répétées d’élus, le système de détection et de surveillance n’est toujours pas obligatoire. Pourtant, si la surveillance humaine est incontournable, elle est faillible et gagnerait en efficacité avec l’aide de caméras.

En matière de sécurité, le plan d’organisation de la surveillance et des secours (POSS), « outil obligatoire, permet de concevoir et d’organiser le dispositif de prévention des noyades dans les piscines », écrit Jean-Claude Cranga, ancien directeur d’établissement et auteur de plusieurs ouvrages. Véritable Ba-Ba de l’organisation interne de l’établissement, réalisé par la direction de la piscine, il répond aux obligations de sécurité telles que prévues par différents articles du code des sports (1). L’ensemble des piscines dispose donc de ce document sur-mesure, il incombe à l’exploitant de s’assurer qu’il est connu de tout le personnel, permanent et occasionnel de l’établissement.

Vigilance maximale

Le POSS doit faire l’inventaire des risques, par exemple les zones dangereuses ou angles morts, afin de renforcer la vigilance et l’attention du personnel encadrant. L’exploitant devant tout mettre en oeuvre pour garantir la sécurité et la surveillance (notion introduite par la loi du 24 mai 1950), le POSS est donc à la fois le bras armé de l’exploitant, mais aussi l’outil de sa politique. Il devrait tout formaliser, comme les prises de poste ou les pauses, indispensables pour garder une vigilance maximale, qui n’est effective que sur 49 % du temps de surveillance, comme l’a montré une étude récente (2) selon laquelle la surveillance ne serait ainsi pas adaptée sur un tiers du temps, et plus inquiétant, elle ne serait pas assurée pendant près d’un quart du temps… Ce qui est en fait plutôt logique, la fatigue, la lassitude, le bruit et la chaleur des bassins, diminuant la vigilance.

Technologie délicate

Afin de pallier ces pertes d’attention, la solution pourrait être technologique. L’un des systèmes développés depuis une quinzaine d’années fait appel à des caméras subaquatiques et aériennes, reliées à des ordinateurs avec des logiciels de calculs et de reconnaissances spécifiques. Autour du bassin, des écrans de contrôle permettent de visualiser en 10 à 15 secondes, l’emplacement exact de la victime potentielle, tandis qu’une alarme retentit (lire p. 21). La technologie est particulièrement délicate, puisqu’il faut réduire les distorsions liées à l’eau, à la turbidité de celle-ci, aux remous, au nombre de baigneurs… « Le système doit être aussi capable de différencier une ombre d’un baigneur, et une situation de crise d’une situation normale », explique Thierry Boeglin, directeur de Poséidon, l’un des pionniers du secteur. « On s’engage sur une détection des accidents supérieure à 80 % ».

En fonction de la particularité du bassin, inox, intérieur, extérieur, profondeur, la réponse sera diverse : ainsi lorsque la profondeur est inférieure à 2 mètres, les caméras immergées (derrière un hublot) ne sont pas forcément les plus adaptées, mais on aura plutôt recours à des caméras extérieures, fixées à des mats ou aux plafonds et murs du bassin, en fonction de leur distance. Autre difficulté, la largeur du bassin, qui entre dans le calcul pour le nombre de caméras à installer, et leur emplacement. En moyenne, un bassin de 25 mètres couvert nécessitera environ seize caméras extérieures, qui peuvent être renforcées par des caméras subaquatiques !

Aide à la détection

À Strasbourg, à l’occasion de son Plan piscines, la communauté urbaine a souhaité équiper deux bassins de ces nouvelles technologies. Le bassin sportif couvert de la piscine de Kibitzenau (300 000 personnes par an), bénéficie d’un système Poséidon depuis deux ans déjà. « C’est l’un des établissements les plus fréquentés de la ville, avec une grande pluralité des publics, familles, enfants, sportifs », explique son directeur, Alexis Baye. « C’est une aide à la détection, mais la vigilance des maîtres nageurs sauveteurs (MNS) reste entière et ça ne doit pas changer leur comportement par rapport aux risques. »

À la piscine de Haute-Pierre, en cours de travaux, seul le bassin de nage nordique sera équipé. « En effet, il sera ouvert toute l’année, et en hiver il y a souvent du brouillard, notamment le matin et le soir, lorsque la visibilité décline. Cette difficulté supplémentaire pour assurer la surveillance a été prise en compte lors de la décision de s’équiper de ce type de système », souligne Alexis Baye. Pour ce projet, TNA, le cabinet d’architecte en charge du programme, a finalement choisi le système développé par l’Italien AngelEye (100 K€ HT). « Nous avions de fortes contraintes, notamment l’obligation de mettre les caméras sous l’eau, à cause du brouillard, mais aussi de trouver un système compatible avec les plaques de touche en bout de lignes. Les hublots de protection des caméras devaient donc être plats, et il fallait réduire leur nombre au maximum, afin de limiter les risques de fuites, toujours possibles », explique une architecte de TNA.

Tablettes connectées

Autre particularité, le système AngelEye n’est pas relié à un écran de contrôle, mais à des tablettes connectées et portables, que les maîtres nageurs doivent donc avoir en permanence avec eux. « Nous avons opté pour ce dispositif après nous être assurés qu’il y avait une information et une concertation avec les équipes », explique encore le cabinet d’architecte. Si un écran de contrôle peut être jugé comme anxiogène, en revanche des tablettes portables, forcément très discrètes, responsabilisent encore davantage les MNS et peuvent mettre « la pression ». C’est donc un critère à prendre en compte dans

l’analyse du marché, en plus du coût de l’installation et du contrat de maintenance des équipements, qui varie de 25 000 à 30 000 euros annuels, selon les cas. « Cela représente 1 à 1,5 % du budget total, soit 15 centimes de surcoût par entrée. Nous envisageons par ailleurs de proposer une location du dispositif, sur des contrats de trois, six ou neuf ans », tempère Thierry Boeglin.

Seulement 150 piscines

Aujourd’hui, pourtant, sur l’ensemble du territoire français, seules 150 piscines sont équipées d’un système de vidéosurveillance. C’’est peu au regard des quelque 3 000 établissements ouverts au public… À l’international, cette proportion varie, avec un pic pour les pays nordiques qui ont parfois des politiques incitatives. En Norvège par exemple, l’État accorde jusqu’à 80 % d’aide pour l’équipement. En Wallonie (Belgique), le gouvernement place la sécurité en tête de son Plan piscines : dernièrement il a lancé un appel à projets pour équiper les piscines de « détecteurs de noyade ». Les projets des mairies seront même éligibles à « des subsides » dans le cadre du programme Infrasports. « À ce jour, ce type de système a permis de détecter plusieurs dizaines de noyades, dont trente pour le seul système Poséidon» précise Thierry Boeglin, directeur de l’entreprise. Malgré des demandes répétées d’élus, notamment après des noyades d’enfants, l’installation d’un système de détection et de surveillance n’est toujours pas obligatoire en France. En 2012, le député du Doubs, Marcel Bonnot, avait questionné la ministre des Sports sur le renforcement des mesures de sécurité en piscines publiques, et le recours à « une technologie de surveillance assistée par ordinateur ». À l’époque, la ministre n’était pas prête à faire le pas, répondant que ces systèmes « ne sauraient remplacer la surveillance humaine », et que « les coûts d’achat, d’installation et d’entretien, ne permettent pas d’envisager leur généralisation dans l’ensemble des piscines de notre territoire ».

Au service des surveillants

L’État aurait-il changé d’avis ? Thierry Braillard, secrétaire d’État aux Sports, inaugurant en octobre dernier le nouveau complexe aquatique de Lourdes, déclarait à propos du système de surveillance « c’est un équipement très moderne, je voudrais que ce système soit installé partout ». Pour Jean-Claude Cranga, « il faudrait enfin admettre que l’humain est faillible, et que le MNS n’a pas les capacités de surveiller tout le temps, et en permanence, et qu’il a des moments de décrochage ». A contrario sous prétexte de visiosurveillance, attention à ne pas relâcher la vigilance, et en profiter pour détricoter et refaire les POSS en enlevant un MNS. La technologie doit rester au service des surveillants.

 

 

(1) Articles D.322-16, D.322-17, A.322-12 et suivants.

(2) E.Vignac (Laboratoire sur les vulnérabilités et l’innovation dans le sport), P. Lebihain & B. Soulé.

 

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