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Les villes prennent le chemin de la forme

David Picot • david1picot@yahoo.fr

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À CONSULTER
• Plan Sport santé bien-être, ministère de la Santé, www.sports.gouv.fr/pratiques-sportives/sante-bien-etre/

• « Retrouver sa liberté de mouvement (Plan national de prévention par l'activité physique ou sportive - PNAPS) », par Jean-François Toussaint, http://bit.ly/1HXxmnn

• Programme des villes-santé de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), www.villes-sante.com

• « Ville, urbanisme et santé, les trois révolutions », sous la direction d'Albert Lévy, La mutualité française, Éditions Pascal, www.editionspascal.com

Les villes prennent  le chemin de la forme

© Restyler fotolia.com

Pour favoriser la pratique sportive, les collectivités territoriales ne se contentent plus de mettre à disposition des équipements ou de distribuer des subventions. Elles incitent désormais leurs concitoyens à se bouger, quitte à encadrer directement des activités physiques et sportives dans l'espace public. Un nouveau rôle avec des objectifs de santé publique mais aussi de lien social.

« Une ville en forme est une ville qui avance », résume de belle manière, Arielle Piazza, adjointe au maire de Bordeaux en charge de la jeunesse, des sports et de la vie étudiante. « Les villes doivent s'engager directement pour favoriser la santé et le bien-être des populations ».

 

Mettre les habitants en selle

Pour faire « avancer » sa ville, quoi de mieux que de mettre ses habitants en selle puis de leur proposer un réseau cyclable digne de ce nom? C'est en effet l'approche adoptée par plusieurs cités comme Angers (Maine-et-Loire), -Blagnac (Haute-Garonne), -Bordeaux (Gironde), Chambéry (Savoie), Dunkerque (Nord), Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) et encore Strasbourg (Bas-Rhin). Par rapport à des pays comme le Danemark, la France apparaît toutefois en retard en la matière. Il existe pourtant un texte qui impose aux collectivités territoriales de mettre en place des aménagements cyclables, lorsqu'elles effectuent des travaux sur la voirie: l'article 20 de la loi sur l'air et sur l'utilisation rationnelle de l'énergie, dite loi Laure (n° 96-1236 du 30 décembre 1996). Il est très peu appliqué mais une progression semble perceptible: en 2011, 21 % de la voirie étaient aménagés contre 26 % en 2013.

 

Déplacements actifs

« L'activité physique, c'est bien mais l'enjeu, ce sont les déplacements », confirme le Dr Alexandre Feltz, adjoint en charge de la santé à la mairie de Strasbourg, modèle français en matière de pistes cyclables. « Au cours des cinquante dernières années, notre degré d'activité physique a très fortement diminué. Nous avons perdu environ 3 heures par jour. Nous sommes devenus sédentaires alors que notre organisme est fait pour bouger. Notre rôle d'élu est aussi de construire des villes dans lesquelles nous pouvons regagner cette activité perdue ». Pour cette raison, « la communauté urbaine de Strasbourg a bâti un réseau de 580 km de pistes cyclables », poursuit Jean-Baptiste Gernet, conseiller communautaire en charge des modes de déplacements actifs et innovants. Au passage, son titre n'est pas anodin puisqu'il fait référence aux déplacements actifs et non doux comme il est coutume de le dire. « Ce qualificatif prend davantage en compte l'aspect santé, par rapport à celui de doux'', plus centré sur l'environnement ». Dans la foulée, la ville vient de mettre en place des circuits santé, appelés Vitaboucle (lire encadré ci-dessous).

 

Pratique libre

Outre le développement du réseau cyclable, la mise à disposition gratuite d'un vélo constitue aussi un bon moyen d'inciter sa population à bouger. C'est le cas à Blagnac ou à Angers avec le programme Vélocité, destiné aux personnes dont le domicile ou le lieu de travail est situé sur la ville d'Angers. Au total, 2500 vélos de Vélocité sont actuellement en circulation, contre 500 en 2004, à la création du dispositif. « Pédalons et marchons » est aussi le credo d'Arielle Piazza (Bordeaux). « Chaque Bordelais a effectivement accès à un vélo gratuit toute l'année, qu'il ramène le soir à domicile », souligne-t-elle. Mais ce dispositif s'inscrit dans une politique visant à favoriser une pratique libre. Des cours de fitness sont organisés par la mairie, un dimanche par mois, sur les quais. Pour le tai-chi, direction le jardin botanique, toujours le dimanche à 11 heures. Des séances de gymnastique suédoise se déroulent aussi dans les quartiers, encore le dimanche. Des agrès ont aussi été disposés sur des places publiques.

L'équipement provoque l'attitude

« Les activités physiques, c'est comme les bibliothèques: lorsqu'elles sont gratuites et qu'elles se rapprochent des gens, ces derniers se les approprient. Et cela crée du lien social », poursuit l'élue bordelaise. Sa grande fierté reste le Parc des sports Saint-Michel, ses 5 hectares et ses équipements en accès libre depuis 2008. Football, basket-ball, beach-volley, pelote basque, badminton, rink-hockey, etc., la ville met à disposition trois éducateurs territoriaux (deux en permanence) sur le site. « Ils ne sont pas chargés d'animer les pratiques mais de les réguler », glisse Arielle Piazza. « Ils distribuent le matériel comme les raquettes et s'assurent que les terrains ne sont pas toujours utilisés par les mêmes personnes ». Elle poursuit: « Il est important d'identifier un lieu en ville qui réunit les habitants pour aller vers une démarche d'activité physique. Dans notre cas, l'équipement a provoqué l'attitude. Si bien qu'aujourd'hui, non seulement ce parc est utile à la pratique, mais il est aussi un lieu de rassemblement pour des petits groupes en partance vers des marches nordiques ou des footings ». Biarritz aussi a pris les « chemins de la forme », le nom de son concept de parcours de santé urbains, adaptés à tous les publics. Il repose sur l'utilisation de mobilier urbain (bancs publics, trottoirs, escaliers) mais aussi de bornes interactives. Celles-ci permettent même - grâce à un flashcode - de visualiser des exercices. De quoi atteindre allègrement le cap des 30 minutes d'activités physiques par jour, recommandées par les autorités sanitaires.

L'escalier constitue un excellent outil pour bouger
« De grâce, lorsque vous programmez un nouvel édifice public, cessez de mettre l'ascenseur face à la porte d'entrée. C'est tout sauf une incitation au mouvement. L'escalier, lui, est souvent caché, compliqué d'accès et très laid. Ce devrait être le contraire ». Dans sa lutte quotidienne pour faire bouger ses concitoyens, le Dr Alexandre Feltz, adjoint en charge de la santé à la mairie de Strasbourg, s'attaque désormais aux escaliers. Et il s'adresse en ces termes aux architectes et aux donneurs d'ordre en matière de commande publique. « L'escalier constitue un excellent outil pour bouger. À condition de le trouver, ce qui n'est pas aisé dans de nombreux immeubles, publics notamment. » Aux États-Unis, une association d'architectes milite justement pour rendre les escaliers attractifs, lumineux et joliment décorés. « Célébrons le retour de l'escalier », plaide l'architecte David Burney, à la tête du Center for active design (centre pour un design actif). En modèle du genre, il cite les marches majestueuses de Grand Central Station, la gare située au cœur de Manhattan à New York.

 

Nouveau rôle

À Carcassonne (Aude), les élus veulent requinquer leurs quinquas! « Enfin, les plus de 50 ans pour être précis », glisse Paul Escourrou, l'adjoint aux sports, qui voulait éviter d'employer le terme « seniors ». Dans le cadre du plan local de santé, la ville met actuellement en place un programme d'activités physiques et sportives (APS), à destination de cette population. « Notre objectif est de favoriser le bien vieillir et de lutter contre la sédentarité et l'isolement », glisse-t-il. « Nous mettons donc en place un programme de sept activités (aviron, canoë-kayak, marche nordique, randonnée, tir à l'arc et VTT/VTC), accessibles du lundi au vendredi sur des plages horaires de deux heures entre 10 heures et 16 heures sur le site du Lac de la Cavayère. Il s'agit de faire découvrir ces disciplines sur des créneaux qui ne concurrencent pas les associations locales ». Les séances sont encadrées par des éducateurs, employés de la ville. « Nous n'avons pas eu à les recruter, ils étaient déjà là », enchaîne l'adjoint, qui demande toutefois une participation financière de 20 euros par trimestre et par personne, pour deux activités. « C'est un tarif modique qui incite peut-être davantage les participants à être assidus. Au conseil municipal, le vote a été effectué à l'unanimité ». Mais Paul Escourrou admet qu'il se lance « dans un nouveau rôle car là, nous encadrons directement ».

Les Vitaboucles de Strasbourg
Pionnière en France dans le sport santé, la ville de Strasbourg vient de lancer les Vitaboucles. Quatre parcours (des « boucles ») fléchés dans la ville, principalement en zones aménagées, qui s'appuient sur le mobilier urbain (les escaliers par exemple) ainsi que sur des aires d'agrès ont été créés. Leur distance varie de 6,5 à 8,2 km. Ces parcours sont ouverts à tous, pour une balade en famille ou pour un entraînement plus sportif et rythmé, ils pourront aussi être prescrits par les médecins généralistes dans le cadre du dispositif « sport-santé sur ordonnance » aux patients souffrant de maladies chroniques. Les parcours de « Vitaboucle » sont téléchargeables sur le site internet de la ville, mais aussi via l'application StrasMap.

Sport santé

Maître de conférences à l'université de Paris-Sud 11, Dominique -Charrier est un observateur avisé des politiques publiques en matière de sport. « En proposant ces activités, les villes sont dans leur logique d'affirmer le droit au sport pour tous », nous explique-t-il. « En revanche, la nouveauté est le glissement du curseur vers le sport-santé ». Lancé en octobre 2012 par Valérie -Fourneyron, alors ministre des Sports, et par Marisol Touraine, en charge de la Santé, le plan national Sport santé bien-être (SSBE) a constitué une étape importante pour sensibiliser les élus. Lesquels sont désormais invités à s'immiscer dans cette relation sport-santé, par l'intermédiaire des agences régionales de santé (ARS) et plus précisément des contrats locaux de santé (CLS). C'est ainsi que se sont notamment développés les désormais très connus programmes de sport-santé sur ordonnance. Dans la lignée de Strasbourg qui avait montré la voie, on retrouve des villes comme Biarritz, Blagnac, Château-Thierry (Aisne) ou Issoire (Puy-de-Dôme), pour n'en citer qu'une poignée.

 

Compétences particulières

Dominique Charrier alerte cependant sur « le fait que le sport-santé ne s'improvise pas. Il s'agit notamment de travailler auprès de populations spécifiques comme les seniors ou des patients souffrant d'une maladie cardiovasculaire. C'est pourquoi, le mouvement sportif doit aussi se doter de compétences particulières pour aborder de la meilleure façon possible ces approches nouvelles. Et les collectivités ont un rôle majeur à jouer bien sûr, quand on sait notamment qu'un Français sur deux n'a pas d'activité physique régulière ». Et que quatre sur dix sont en surpoids ou obèses.

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