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Les sports de plage, éléments de structuration d’une offre récréative littorale : l’exemple du territoire intercommunal royannais

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À partir d’études de spécialistes du tourisme français, de documents de planification territoriale (SCoT, Plan Plage…) et d’observations géographiques réalisées sur les communes littorales du territoire intercommunal royannais, cette contribution vise à appréhender la distribution spatiale et le développement des pratiques récréatives et sportives de plage. Ainsi dans quelles mesures les politiques publiques structurent l’offre des sports de plage en vue d’un renforcement du positionnement touristique du territoire royannais ? Au coeur de cette problématique, de nouveaux questionnements émergent et mettent en avant les types de pratiques, le jeu d’acteurs territorial, les dynamiques économiques, le mode de gouvernance et ce, dans une portion de territoire où les enjeux (économiques, touristiques, sociaux, environnementaux…) se font chaque jour plus pressants.

L’existence et la pratique des sports de plage pratiqués sur le littoral atlantique sont synonymes de détente, de plaisir ponctuel et de désir simple partagé en famille ou entre amis. Ils sont caractérisés par des pratiques récréatives et sportives réalisées et organisées sur un espace englobant l’estran sableux et la zone des 300 mètres en mer1. « Le sport [de plage] est aussi un espacetemps privilégié de reconstitution du lien social, d’expression et d’épanouissement culturel de chacun. Il joue enfin un rôle non négligeable dans la dynamique économique [et identitaire] d’un territoire [littoral] » (Bessy, 2000, p. 77). La plage est devenue au fil du temps un espace clé des communes littorales. Elle est représentative de l’identité des communes qui en dispose. La plage est un site de prestige. Par ailleurs, « l’augmentation du temps libre et des loisirs, l’évolution des mentalités en faveur du loisir, le développement de l’offre, de la demande, et de la consommation dans ce secteur se conjuguent pour expliquer l’importance du loisir dans la société industrielle contemporaine » (Green ; 2000, p. 73). La saison estivale et les périodes plus ou moins ensoleillées se prêtent à des activités récréatives et sportives de plage. Le soleil, le sable fin, l’océan à proximité, les paysages environnants… offrent un espace de jeu idyllique et optimisé pour les jeunes comme pour les personnes plus âgées. « Si l’espace est le support physique et morphologique des pratiques (l’océan, la vague, la plage…), la culture agit en retour sur les espaces pour leur donner une forme sportive […] la vague en spot de surf, [la plage support à de multiples activités récréatives et sportives]. On assiste donc à une co-construction de formes géosportives multiples » (Augustin, Bourdeau et Ravenel ; 2008, pp. 163-164). La plage est un espace recherché lors d’un séjour touristique en zone littorale. « Son utilisation et les activités possibles dépendent évidemment de certains paramètres physiques [et temporels] privilégiant ici la baignade alternant avec les séances de bronzage ; là, les différents jeux de plage » (Gamblin, dir., 1998, p. 184). Il existe une multitude d’activités récréatives et sportives. Des sports fédéraux aux sports de loisirs, des sports individuels aux sports collectifs, des sports équestres aux sports à voile, des sports de balles et ballons aux sports de randonnées, des clubs de jeux pour enfants aux manifestations temporaires, les sports de plage sont multiformes et s’inscrivent de plus en plus dans une multitemporalité, une multiterritorialité et une multisaisonnalité. La culture estivale sur le territoire royannais a évolué depuis la fin du xixe siècle. D’un tourisme médical et thérapeutique élitiste, on est passé à un tourisme de masse entraînant un développement progressif de l’offre récréative et sportive sur le littoral. Ainsi, le milieu est soumis en période estivale à une pression touristique élevée. Le littoral charentais devient ainsi le « support » des sports et des activités récréatives. Ainsi, dans quelles mesures les politiques publiques structurent l’offre des sports de plage en vue d’un renforcement du positionnement touristique du territoire royannais ?

La méthodologie retenue repose sur l’étude des sports de plage pratiqués essentiellement en période estivale à l’échelle des communes littorales du territoire intercommunal royannais. Dans le cadre de cette contribution, la plage-estran est délimitée par l’étendue de sable longeant l’océan Atlantique et une partie de l’estuaire de la Gironde. Le corpus mobilisé pour ce faire se compose de documents officiels (documents de planification territoriale : Schéma de Cohérence Territoriale, Plan Local d’Urbanisme, Plan Plages, Schéma de randonnées et des pistes cyclables, Schéma Nautique…), de divers travaux de spécialistes du tourisme français, des articles de la presse nationale et locale, de sites Internet des offices de tourisme et des communes littorales étudiées, d’observations du terrain de recherche2 et d’entretiens informels. Par ailleurs, l’expérience professionnelle réalisée entre 2009 et 2013 au sein de l’établissement public de coopération intercommunale de la Communauté d’agglomération Royan Atlantique, en tant que responsable du service aménagement du territoire puis chargé de mission prospective territoriale, a été l’occasion d’avoir une position d’observateur privilégié des pratiques et des politiques publiques locales mises en oeuvre sur le littoral. Ma participation aux différentes réflexions territoriales développées au sein des études de planification m’a aidé à appréhender et comprendre les interactions des différents acteurs et les principaux enjeux des sports pratiqués sur le littoral charentais.

Au-delà du simple état des lieux des sports de plage pratiqués sur le littoral royannais, l’étude se veut avant tout une réflexion globale sur la distribution spatiale, la place des acteurs publics et privés, les conditions de développement et les stratégies mises en oeuvre l’échelle des communes littorales de l’agglomération royannaise. Dans cette perspective, de nouveaux questionnements émergent et mettent en avant les types de pratiques, le jeu d’acteurs territorial, les dynamiques économiques, le mode de gouvernance et ce, dans une portion de territoire où les enjeux (économiques, touristiques, sociaux, environnementaux, fonciers, transports…) se font chaque jour plus pressants. Après une brève présentation du territoire étudié, cette contribution vise à appréhender en trois temps l’objet « sports de plage » à l’échelle des communes littorales du territoire royannais : la première partie est consacrée aux activités récréatives et sports pratiqués sur les plages, autrement dit, aux activités organisées par les communes littorales, la Communauté d’agglomération Royan Atlantique et les sociétésinitiatives privées. La seconde partie de l’étude définit ensuite les différents acteurs et leurs stratégies dans un questionnement élargi à la gouvernance locale de l’offre. Enfin, la dernière partie s’intéresse aux adaptations stratégiques nécessaires en cours pour faire évoluer de manière dynamique et originale la destination touristique des communes littorales de l’agglomération royannaise.

I • Les communes littorales de la Communauté d’agglomération Royan Atlantique au coeur de l’analyse territoriale

La première partie consacrée à la présentation du territoire intercommunal royannais met en avant les sept communes littorales étudiées qui disposent de plages face à l’océan Atlantique. Les plages de la commune de Meschers-sur-Gironde sont aussi prises en compte malgré leur position géographique face à l’estuaire de la Gironde. Le jeu des principaux acteurs sur cet espace littoral est mis en relief.

A – Approche géographique du territoire royannais et acteurs en jeu

Territoire intercommunal localisé dans le grand Sud-Ouest français, la Communauté d’agglomération Royan Atlantique (CARA) est constituée depuis le 1er janvier 2013 de 34 communes dont six bordent l’Océan Atlantique et une borde l’estuaire de la Gironde (cf. carte n° 1). Les communes de La Tremblade-Ronce-les-Bains (plages « naturelles- sauvages » et semi-urbaines), Les Mathes-La Palmyre (plages « naturelles-sauvages »), Saint- Palais-sur-Mer (plages « naturelles-sauvages » et urbaines), Vaux-sur-Mer (plages urbaines), Royan (plages urbaines), Saint-Georges de Didonne (plages urbaines et semi-urbaines) et Mescherssur- Gironde (plages semi-urbaines) disposent ainsi de plages aux configurations différentes. Selon les années, la population intercommunale peut être multipliée par 5 voire 6 durant la période estivale passant de 80 000 à plus de 400 000 habitants (SCoT CARA ; 2007). Les pratiquants des sports de plage augmentent ainsi au cours de cette période.

En France comme sur le littoral royannais, la totalité du linéaire côtier ne permet pas de pratiquer tous les sports de plage et cela en raison d’un relief trop marqué ou bien encore de plages trop petites. À ce titre, l’étude porte essentiellement sur la surface délimitée par l’étendue de sable longeant l’Océan Atlantique entre La Tremblade et Meschers-sur-Gironde, communes du territoire intercommunal royannais localisées dans le département de la Charente-Maritime. Les plages peuvent être soumises à des effets naturels (tempêtes, modification du trait de côte…) et humaines (comportement à risques, affluence touristique…). Elles sont aussi aménagées et bénéficient donc d’une gestion partagée selon les compétences : entretien communal, sécurité des plages intercommunale, protection liée à des réglementations d’État, etc.

B – Interactions territoriales des acteurs publics et privés

Malgré l’influence en période estivale, les différents acteurs publics veillent en fonction de leur compétence et moyen à l’entretien, la préservation et la sécurité des sites. Les services municipaux des communes sont en charge de l’entretien des plages et de leurs abords et les gardes du littoral de la Communauté d’agglomération Royan Atlantique remplissent différentes missions. Ces derniers contribuent par une « présence effective sur le terrain à une prévention des pollutions et des dégradations de l’environnement, informer et sensibiliser les estivants sur les conduites à risques et sur le respect de la législation en vigueur » (CARA ; 2014). Les plages du littoral royannais sont encadrées par une politique de protection et de sensibilisation du public. Le Plan Plage Territorial de la Communauté d’agglomération Royan Atlantique, outil de gestion et d’aménagement de l’espace littoral a pour objectif de « développer une politique d’accueil de qualité tout en assurant la préservation des espaces naturels fragiles. Dans le cadre d’une valorisation d’un tourisme durable, l’agglomération royannaise s’est engagée, au travers cette stratégie d’aménagement de protéger le patrimoine naturel en intégrant le principe de gestion intégrée des zones côtières ». Par ailleurs, chaque commune littorale à travers différents arrêtés, réglemente la pratique des activités de loisirs sur les plages (cerf-volant, kite surf, fly surf, paddle, surf, boules en fer, pêches, zones d’animation…). Des arrêtés réglementent aussi la sécurité et la tranquillité des usagers présents sur les plages. La surveillance des baignades est signalée. Le service des plages de la Communauté d’agglomération Royan Atlantique coordonne les sauveteurs sur l’ensemble des plages.

Le territoire intercommunal royannais révèle ainsi un nombre important d’acteurs en interaction sur l’espace littoral : du domaine public (conseil général de la Charente-Maritime, communauté d’agglomération Royan Atlantique, communes littorales, Conservatoire du littoral, Office national des forêts…), des centres de loisirs (communal et/ou associatif), des parcours et parcs touristiques et des initiatives privées. Le territoire intercommunal royannais est soumis à des attentes du public (touristes et résidents), à des forces extérieures (investisseurs privés), à des jeux de pouvoir politique et s’intègre comme un territoire économicotouristique en concurrence avec d’autres territoires littoraux français. La population résidente à l’année bénéficie d’une série de sports de plage qui s’amplifie au début de la saison estivale avec l’ouverture de nombreux sites et structures. Il existe une large typologie de clientèle, du résident permanent aux touristes emprunts d’attentes différentes. La multipolarisation et l’innovation des activités sportives et récréatives de plage est le résultat : de processus de production urbaine, de politiques publiques conduites par les collectivités territoriales (conseil général de la Charente-Maritime, agglomération royannaise, communes…), de politiques sportives mises en oeuvre par les fédérations, d’un marketing commercial développé par les entreprises, de nouvelles attentes, sensations et lieux attendus par le grand public. Elles produisent un éclatement des sites qui obéissent aux logiques des « transferts de zones sportives urbaines ». L’organisation spatiale des pratiques sportives de territoire intercommunal royannais et mérite d’être appréhendée dans sa diversité tant sur le plan des dynamiques sportives, sociales urbaines… que sur celui des enjeux politiques et économiques dont elle fait l’objet.

II • L’organisation spatiale des plages : une diversité d’activités récréatives et sportives proposée par une large offre publique et privée

La seconde partie de l’analyse vise à présenter les sports de plage qui varient en fonction du public et aussi des aménités territoriales : plages urbainesaménagées ; plages semi-urbaines et plages sauvages-naturelles. Les communes littorales de l’agglomération royannaise disposant de plages de sable fin, de forêts (La Coubre et Suzac) et d’un ensoleillement offrent ainsi une variété d’activités sportives et de loisirs pour les résidents et les touristes français et étrangers. Elles sont encadrées et sont un gage d’attraction pour les communes et le territoire intercommunal royannais. Si les communes présentent des caractéristiques de plages différentes, les villes de Royan et Saint-Georges de Didonne disposent de larges domaines sableux praticables pour diverses activités et animations culturelles et sportives. Par ailleurs, les communes de Meschers-sur-Gironde, Vaux-sur-Mer et Saint-Palais-sur-Mer ont des plages en forme de crique dont la configuration morphologique plus escarpée et plus restreinte ne permet pas toutes les activités (insuffisance d’espace pour la pratique du Char à voile par exemple). On retient qu’il existe à l’échelle géographique de notre analyse, des plages en bordure de dunes, de front bétonné, de liaisons douces et routières, de forêt et de falaises rocheuses.

A – La distribution spatiale et l’organisation des activités de loisirs sur les plages du littoral royannais

Si depuis le milieu du xxe siècle, les tendances de loisirs changent, la plage reste malgré tout un espace de détente qui détient une place importante dans la « symbolique balnéaire » (Bouvet, 2003, p. 281). Les différents loisirs y prennent toute leur place. Les baigneurs, marcheurs, surfeurs… ont un usage bien précis de la plage qu’ils fréquentent de manière régulière ou ponctuelle. Le linéaire côtier des communes du territoire royannais est constitué de plages aux profils très différents. Sur les communes littorales du territoire royannais, les sites proposés pour la pratique des sports de plage sont relativement variés. Sur des dizaines de kilomètres le long de la côte Atlantique, les communes de la Tremblade- Ronce-les-Bains, Les Mathes-La Palmyre et Saint- Palais-sur-Mer (une partie de son littoral) offrent de vastes plages naturelles-sauvages. Alterne des espaces littoraux sableux agrémentés d’espaces dunaires forestiers. De Saint-Palais-sur-Mer, Vauxsur- Mer, Royan à Saint-Georges-de-Didonne se prolonge une succession de petites et grandes plages urbaines. Enfin, la commune de Mescherssur- Gironde présente des plages semi-urbaines. Toutes les plages sont plus ou moins facilement accessibles (cf. figure n° 1). Des franges forestières s’interposent entre le linéaire côtier et les emplacements de parking (La Tremblade-Roncesles- Bains et Les Mathes-La Palmyre). Malgré tout, les différentes plages sont idéales pour la baignade et les pratiques selon les sites de sports de glisse. Certaines plages connaissent des modifications du trait de côte en raison des tempêtes. Les espaces de pratiques peuvent connaître ainsi des transformations dans les prochaines années. Les plages du centre-ville (Royan, Saint-Palais-sur- Mer…) sont plus tournées vers des activités familiales, telles que la promenade, les animations récréatives pour enfants (clubs Mickey…), alors que les plages de Saint-Georges de Didonne vont être propices à accueillir des activités sportives spécifiques (beach tennis, beach soccer, beach volley) et le char à voile. Cela s’explique par la configuration des plages mais aussi par le type de tourisme fréquentant les communes.

L’offre des sports de plage du territoire intercommunal royannais est large et dense. Selon l’âge, les périodes, les envies, les passions… l’agglomération royannaise via les stations nautiques et les communes littorales développent et mettent à disposition en lien parfois avec des fédérations, des associations et des partenaires privés, des aires et des structures de jeux le long du littoral (cf. photographie n° 1 : base de loisirs géré par les services Sports de la commune de Saint-Georges de Didonne). Chaque famille, individu, groupe d’amis y trouve sa place et établi son périmètre d’action sportive ou de repos. « La plage est tout d’abord un réceptacle dont le remplissage n’est pas régulier. C’est au droit des voies d’accès perpendiculaires au rivage que les densités de baigneurs sont les plus fortes […] au-delà des premiers rangs d’implantation des fenêtres moins densément occupées sont réservées aux activités sportives de plage (volley-ball, football, pétanque, cerf-volant…) » (Bourgou et Miossec ; 2010, p. 221). Du sport individuel au sport collectif, du sport fédéré au sport loisir, du sport sans matériel au sport « matérialisé », les pratiques sportives de plage se multiplient et s’organisent spatialement le long du littoral royannais. Les différentes plages disposant de leurs propres caractéristiques topographiques permettent de caractériser les stations. Les sports de plage pratiqués y sont différents et adaptés aux spécificités des plages. Certaines d’entre elles favorisent les sports de glisse (Les Mathes-La Palmyre…), d’autres la marche et les activités récréatives (sports de raquettes, de ballon…), la voile, le char à voile… Ces différentes pratiques de loisirs favorisent la sociabilité et permettent de profiter des paysages et de l’air marin. Les qualités des plages et de leur offre récréative et sportive sont recherchées par les résidents, les touristes, les excursionnistes, les sportifs aguerris et autres amateurs de nouvelles sensations. Leurs offres s’adaptent donc à la demande et évoluent ainsi dans le temps (cf. tableau n° 1).

Outre les sports de balles et de ballons, les sports de plage « aériens » et « de voile » sont aussi très prisés sur l’ensemble des plages de la CARA. Il est difficile de quantifier les adeptes mais le cerfvolant « attire toujours des passionnés qui le pratiquent à même la plage. Son utilisation est parfois réglementée car il peut être gênant et dangereux pour les autres usagers. De plus, il est souvent interdit près des postes de secours. Des zones sont parfois dédiées pour sa pratique (exemple de la Conche de Saint-Georges-de-Didonne où une aire est délimitée) » (Plan Plages – CARA ; 2012). Par ailleurs, payant et réglementé, la station nautique propose une gamme de char à voile pour un public amateur et un public averti. Selon les horaires de marées, la plage de Saint-Georgesde- Didonne offre une zone propice pour la pratique du char à voile (cf. photographies n° 2 et n° 3).

Enfin, de multiples sports de plage sont pratiqués sur le littoral royannais. Des jeux de boules plastiques ou métalliques (3), au frisbee en passant par les raquettes de plage, les randonnées équestres, le beach Art, les sports de plage se multiplient chaque saison. Au cours de la période estivale, les activités de loisirs des plages sont réglementées etsurveillées par les maîtres-nageurs disposés sur les postes de secours des sites surveillés (cf. tableau n° 2). Par ailleurs, les activités nautiques constituent une offre de pratiques récréatives et sportives importante au sein du littoral du département des Landes et de la Charente-Maritime en période estivale. La variété des modalités de pratiques, la forte saisonnalité de la fréquentation touristique ainsi que des espaces de pratique limités font que le secteur professionnel des moniteurs diplômés d’État […] est de plus en plus soumis à des processus de régulation quantitative émanant des collectivités locales (Guibert ; 2012, p. 78). Les plages sont le support de nombreuses activités de loisirs.

A – Les conditions de développement des pratiques des sports de plage sur le territoire intercommunal royannais

Depuis le début des années 1960, le poids économique du tourisme sur le territoire royannais est devenu très important. Au regard de la conjoncture, il connaît néanmoins comme d’autres espaces touristiques des périodes plus ou moins florissantes. Ainsi, la consommation touristique s’est diversifiée et adaptée à la demande.

1. Réponse à une demande récréative et sportive dans un contexte de concurrence entre les destinations touristiques

Les attentes ont évolué et les activités récréatives et sportives n’ont cessé de prendre une place toujours plus grande en s’adaptant aux modes et aux désirs des populations pratiquantes. « Le développement du tourisme représente ainsi une autre forme de « mondialisation » où la concurrence de plus en plus vive entre les destinations touristiques amène les territoires [du littoral atlantique] à capter, augmenter ou préserver leur part de marché et chiffres d’affaires » (Hazebroucq ; 2007, p. 117). Cette concurrence entre les destinations touristiques impose alors des réflexions stratégiques aux différents acteurs publics et privés du territoire royannais. Ce dernier cherche à s’affirmer et à proposer des activités toujours plus originales et « innovantes » en encadrant dans le même temps les activités sportives classiques pratiquées sur les plages. Comme le rappelle Lozato-Giotard et Balfet, la filière tourisme est constituée de la production de divers secteurs d’activités récréatives et sportives constituant une chaîne de fonctions, base de la chaîne de valeur associée au produit touristique. « Organisation, gestion, sécurisation… des plages, les acteurs développent leurs stratégies de différenciation. Permettre à la créativité de s’épanouir dans la production de l’offre des activités récréatives et des sports de plage tant pour conquérir de nouvelles clientèles que pour les fidéliser, tout en apportant la possibilité de fortes valeurs ajoutées, participe des stratégies que des acteurs publics et des entreprises « innovantes » ont su mettre en place avec succès sur les territoires » (Ibid ; 2007, p. 120). La multitude des acteurs impliqués dans l’organisation des espaces littoraux, aux stratégies de loisirs variées, développe un « système complexe » tels que « les problèmes liés à l’accélération du temps et (à) la mondialisation de l’espace ne peuvent plus être résolus par un seul décideur. Ils exigent la coopération de partenaires multiples dont les intérêts ou les idéologies divergent » (Levesque ; 1993, p. 101). Le territoire intercommunal doit faire face à ces problématiques décisionnelles partagées entre plusieurs acteurs.

Devant les pratiques classiques qui se formalisent au niveau du jeu et lasse parfois aussi le grand public, les sports de plage offrent une nouvelle dimension porteuse de « liberté » et d’« identité » pour les pratiquants, les entreprises, les médias et les collectivités territoriales qui s’inscrivent dans leur développement. La plage est un espace public où « s’expriment des formes de sociabilité multiples et des interactions sociales » (Haschar-Noë ; 2007, p. 88). Dès lors, « les touristes se caractérisent aujourd’hui par des modes de consommation extrêmement diversifiés et changeants, en relation avec le développement dans notre société du processus de personnalisation qui met en avant le désir d’être le plus autonome possible dans ses choix de vie et a fortiori de vacances » (Bessy ; 2010, p. 110). C’est donc des sports de plage à la carte qui dominent chez les touristes du territoire royannais en prenant en compte les modèles de pratique classique (tennis, football, volley-ball, handball, rugby…) et les attentes de consommation contemporaine (beach tennis, beach soccer, beach volley, beach rugby…). « Les activités de loisirs physiques et sportives sont de plus en plus pratiquées hors des villes et les usagers sont à la recherche d’aires de nature sauvage ou aménagées dont la finalité sportive est de plus en plus affirmée. Dans bien des cas, il s’agit d’une nouvelle perception de la nature, qui devient support d’activités et partenaire sportif » (Augustin ; 2000, p. 75). Les gestes sportifs réalisés sur la plage prennent un nouveau sens et sont aussi différents en fonction de la morphologie de l’espace de pratique qui prend une forme changeante au fil des rencontres. Certaines plages du territoire intercommunal royannais et leur environnement offrent des sites d’exception où l’esprit « vacances-repos-plaisir » permet aux sports de plage de prendre toute sa force malgré un esprit compétitif qui se dégage progressivement. Les communes littorales, la Communauté d’agglomération Royan Atlantique via les stations nautiques et les sociétés-initiatives privées proposent ainsi une offre de nombreuses activités à un large public (de 2 à 12 ans pour les clubs Mickey jusqu’aux personnes plus âgées devant l’offre par exemple de la marche aquatique). En fonction des demandes, les acteurs publics et privés adaptent leur proposition d’activités afin de satisfaire le plus large éventail possible de personnes.

La cohésion des groupes de pratiques se défait et les sports de plage deviennent des pratiques de consommation comme tant d’autres. Dès lors, l’individu pratiquant devient un acteur consommateur de nouvelles sensations. Les sports classiques (volley-ball, football, tennis…) prennent ainsi une autre dimension sur la plage. Ces sports « historiques » habituellement encadrés et fédérés mutent de manière à devenir des « sports fun » puis se formalisent avec le temps pour redevenir une pratique fédérée de compétition. À cette occasion, le matériel (but, limite, filet…) est adapté à ces nouvelles pratiques sur sable. Des buts gonflables, des lignes plastifiées… sont fixés sur les différentes plages du territoire royannais. Ces sports qui en perdent l’effet rebond n’en restent pas moins spectaculaires et attrayants pour le grand public en quête de nouvelles émotions. Les spectateurs habituellement enfermés dans des gymnases ou des salles omnisports pour observer ces pratiques (volley-ball, basketball, handball…) ou dans des stades ouverts (football, rugby…) avec des publics parfois incontrôlés apprécient de se retrouver au bord d’une plage pour appréhender les beaux gestes sur un temps court comme long « rappelant le théâtre avec la frontalité de la scène et les regards tournés vers l’océan […] Il ne s’agit pas de verser dans la célébration, de faire fonctionner le mythe, mais au contraire de donner à voir comment se construit concrètement un espace à la fois social, géographique et symbolique qui pose à terme des questions d’organisation et d’aménagement » (Augustin ; 2010, p. 74). La gratuité du spectacle permet au plus grand nombre d’en profiter. Les tribunes s’orientent alors sur le spectacle sportif tout en profitant de l’horizon. Les plages du territoire royannais, propose un « décor édénique qui a été le premier attracteur car il souligne pour les touristes le passage d’un monde urbain organisé autour du travail à un monde naturel ouvert aux loisirs » (Augustin ; 2010, p. 48).

2. Positionnement des sports de plages

L’usage des plages a évolué avec le temps. « À la belle époque, l’estran a souvent été considéré comme le prolongement des promenades des fronts de mer. Dans l’entre-deux-guerres, elle est occupée par les baigneurs et ceux qui en font un espace de détente. La demande évolue » (Maracadon, 1999, p. 116). Par ailleurs, la mode des bains de mer, l’accessibilité à la mer, la nécessité d’accueillir sur les côtes des « hordes dorées » (Turner et Ash, 1975) de plus en plus nombreuses ont fait basculer, dans la première partie du xxe siècle pour les pays aisés, la fréquentation et l’équipement des littoraux vers un renversement complet des valeurs (Bourgou et Miossec ; 2010, p. 221). Les sports de plage ne sont pas un phénomène nouveau sur le territoire royannais. Au début des années 1960, la plage est déjà un espace de pratique amicale et festive des disciplines sportives. On y joue à des jeux de ballon et de raquettes sur les plages de Royan. La période 1970-1980 va connaître une augmentation des pratiques en période estivale. Les jeux vont se multiplier et attirer de nouveaux adeptes, toujours dans un esprit ludique. Au début des années 1990, les communes littorales de l’agglomération royannaise participent activement au développement de certains sports (voile, surf, beach volley…), parfois en étroite collaboration avec les fédérations. L’objectif principal est de valoriser le dynamisme de la commune à travers l’image des activités récréatives et sportives pratiquées. À titre d’exemple, la voile via les stations nautiques est mise en avant pour favoriser l’image touristique de La Tremblade-Ronces-les-Bains. Au début du xxie siècle, la plage n’est plus seulement le lieu de repos pour les hommes et les femmes en quête de bronzage ou de bien-être. La marche et la multiplication des activités ludosportives viennent compléter la longue liste des nouvelles pratiques de la plage. Si l’offre des sports se multiplie, les modes de pratique ont aussi évolué. On y recense aujourd’hui une pratique encadrée « mode fédérale » (encadrement, performance, effort, résultats…) et une pratique détente « mode libre » (amusement, découverte, détente…). Les sports de plage font face à un public aux intérêts multiples, volatils, peu fidélisés et désynchronisés De simples joueurs aux nouveaux consommateurs, les politiques et pratiques sportives mises en oeuvre sur les plages du territoire royannais ont évolué. Faire du sport en s’amusant dans un espace littoral aéré offrant un paysage plaisant, les activités de loisirs font émerger des sites adaptés aux nouveaux modes de consommation. Les sports de plage vecteurs de nouvelles sensations, de bien-être, de convivialité, de plaisir, de liberté sont devenus progressivement de véritables produits marketing de l’offre touristique intercommunale royannaise. Devant la démocratisation des sports de plages qui peuvent être aussi considérés comme des sports de nature, les objectifs des communes littorales de la Communauté d’agglomération Royan Atlantique sont de proposer, encadrer et orienter les pratiquants libres vers des structures sportives institutionnalisées. Ainsi, « les adeptes des sports de nature [de plages] amélioreraient ainsi leurs compétences aux plans technique et environnemental et préserveraient, non seulement, leur intégrité physique mais aussi la qualité environnementale des milieux naturels » (Falaix ; 2012, pp. 410-432). Toutefois, rappelons que l’État a transféré en 2004 aux départements, l’organisation de l’action publique territorialisée des sports de nature (plan départemental des espaces, sites et itinéraires). Le positionnement des sports de plage au sein des communes est ainsi un axe stratégique économico-toursitique majeur.

III • Les adaptations stratégiques nécessaires en cours

Le territoire intercommunal royannais propose ainsi un large dispositif multipolaire des sports et activités récréatives de plage. Selon la géomorphologie et les infrastructures de déplacements aux plages, les pratiquants s’inscrivent parfois sans en avoir conscience dans une démarche de multi-activités et de multiterritorialités. Devant la forte volatilité des pratiquants, les différents acteurs du territoire intercommunal littoral adaptent leurs stratégies d’attractivité. Des réflexions sont menées pour organiser les nombreuses activités de loisirs.

A - Organiser spatialement les pratiques identitaires face à l’évolution et la fragmentation des sports de plage

La diversité et la fragmentation des activités sportives et récréatives pratiquées sur le littoral à l’échelle de l’agglomération royannaise appellent la mise en oeuvre de nouvelles stratégies économico- touristiques. Le sport de plage est alors un enjeu identitaire pour les communes littorales qui cherchent à se démarquer. Les communes profitent parfois même symboliquement de la mise en scène des sports de plage quand ces derniers sont évocateurs d’identités locales. Si l’impact reste aujourd’hui relativement faible en comparaison avec d’autres sports plus médiatiques, attirer ou bien développer un sport de plage identitaire se révèle malgré tout être un enjeu aussi politique (exemple : avoir un champion de char à voile, de planche à voile, ou de beach tennis inscrit dans le club de la commune littorale peut avoir des retombées positives). Les champions participent à l’image positive et dynamique des communes littorales. Les sports de plage s’ouvrent à des pratiquants nationaux voire étrangers, quand ce ne sont pas tout simplement des touristes. Les sports de plage dépassent alors le cadre des sports classiques qui mettent en compétition des équipes qui portent le nom de la commune. Les activités sportives de plage innovantes ouvrent aussi la voie aux communes à une notoriété plus large à l’échelle régionale, nationale, européenne voire internationale (étape d’un championnat du Monde de beach tennis à Saint- Georges-de-Didonne, étape du beach soccer tour, compétition de surf ou body board…). « L’image de marque [des sports de plage] de la destination est le procédé utilisé pour développer une identité propre à la destination en question, et différente de celles des destinations concurrentes » (Morrison et Anderson ; 2002, p. 17). Le profit en termes d’image, économique et politique est donc important si les conditions essentiellement en termes de communication (radio, télévision, Internet, réseaux sociaux…) sont réunies.

Une identité locale sportive apparaît alors comme « le résultat d’agrégations cohérentes de traits, de propriétés matérielles et sociales, constituant de véritables systèmes et fonctionnant comme des signes de reconnaissance » (Michon et Terret ; 2004, p. 11). Si les activités sportives de plage peuvent être instrumentalisées, elles peuvent aussi être utilisées comme un outil de marketing territorial et une manière de formaliser et rendre visible et lisible une nouvelle identité pour les communes littorales. Cette opération n’est réalisable que si les conditions et les intérêts réunissant acteurs politiques, économiques, associatifs, sportifs… convergent autour d’une stratégie commune de redynamisation des sites et du territoire ciblé. Les sports de plage sont au coeur des dynamiques des stratégies sportives des communes littorales et constituent un axe majeur de leur développement économicotouristique. Les activités sportives font rayonner à l’échelle régionale, nationale, européenne parfois internationale (étape d’un championnat du monde de beach tennis, de voile…), l’image des communes initiatrices des stratégies. Les événements récréatifs et sportifs mis en oeuvre sur certaines plages (spot de body board et de kite surf aux Mathes-La Palmyre) sont alors un gage d’attractivité et de retombées financières pour les communes (hôtellerie de plein air, restauration, commerces…). Le sport devient ainsi progressivement pour certaines communes un axe stratégique du développement touristique des littoraux. Au regard du territoire littoral de l’agglomération royannaise, une hiérarchisation progressive au niveau des plages urbaines et « naturelle-sauvages » s’impose de par le rayonnement des sites, l’offre des équipements, les besoins d’espaces et l’investissement des acteurs à faire vivre leurs sports. Selon les différentes disciplines, des « spots » s’inscrivent comme les lieux idéaux pour leur pratique (Plage de Vallière : site pour le char à voile à marée basse). Des volets « sports et activités récréatives » dans les Plans locaux d’urbanisme et le Schéma de Cohérence Territoriale peuvent offrir de nouveaux éclairages (diagnostics/enjeux/perspectives) et dynamiques économico-territoriales pour les territoires littoraux.

Devant une société d’individuation qui prend une place de plus en plus importante en France et en Europe, la Communauté d’agglomération Royan Atlantique, les communes et les sociétés-initiatives privées encouragent certaines pratiques sportives sur les plages à travers des politiques ciblées sur des événements récréatifs et conviviaux. Randonnées gourmandes le long des plages (plages de Saint-Palais sur Mer), manifestations équestres (plage de Pontaillac-Royan), tournois de beach soccer (plage de Saint-Georges de Didonne) participent à l’innovation des pratiques sur les plages et rompt avec les pratiques individuelles Par ailleurs, ces évènements visent à diversifier l’offre des pratiques et à valoriser de manière dynamique le territoire et l’image du littoral royannais. Les sports de plage se pratiquent ainsi sur des sites développant de multiples avantages environnementaux, financiers… garantissant une certaine qualité d’accessibilité, de disponibilité de surfaces, symbolisant l’intégration réussie de l’Homme au sein de la nature sauvage, et cela dans un site unique même si « l’essor de ces activités sportives anciennes (joggers, cavaliers, vététistes…) et nouvelles (beach tennis, beach soccer…) souvent exigeantes en espace soulève de délicats problèmes de gestion et de surveillance des plages, souvent résolus à coups de zonages et d’interdictions » (Gamblin dir., 1998, p. 184).

B – Anticiper les nouvelles pratiques des sports de plage pour permettre à l’agglomération royannaise et aux communes littorales d’adapter leurs politiques publiques sportives

Comment anticiper les nouvelles pratiques des sports de plage ? Suivre les nouvelles consommations sportives diffusées par Internet (sites des territoires littoraux français et étrangers…), les observations réalisées lors de voyages, les reportages à la télévision, les questionnaires de satisfaction et d’attentes des touristes et les revues spécialisées mais aussi les nouvelles stratégies industrielles (matériel en vente dans les franchises d’articles de sport) peut permettre aux communes de définir leur stratégie de développement des équipements de plage. « Tous les nouveaux sports apparus depuis 20 ans sont en effet essentiellement des activités à forte valeur ajoutée technologique qui nécessite la maîtrise de nouveaux marchés pour les entreprises » (Loret ; 2004, p. 4). Dès lors, les stratégies des grandes entreprises spécialisées dans les pratiques des sports de plage ne doivent pas être négligées. Les collectivités territoriales mais aussi les acteurs privés s’adaptent et s’investissent aussi dans les marchés porteurs. Une société de location de jet ski sans permis avec un accès direct sur la plage de Saint-Georges de Didonne propose aux touristes une série de services payants. « Ce modèle s’appliquent à une mosaïque de pratiques et d’espaces ayant leur propre spécificité est encore complexifié par la tendance toujours plus forte à la multi-activité et au panache des pratiques qui nécessitent des outils d’interprétation pour analyser l’organisation des territoires sportifs » (Augustin, Bourdeau et Ravenel ; 2008, p. 3). Les techniques et nouvelles technologies amènent les sports de plage ainsi que les éléments socioculturels a évoluer si rapidement qu’il est parfois difficile pour les communes de l’agglomération royannaise de développer et/ou de maintenir des équipements adéquats aux pratiques attendues. La stabilité des sports classiques de plage connaît des changements profonds, l’instabilité des pratiques sportives y est très élevée. Face aux nouveaux comportements des usagers, le territoire intercommunal royannais cherche à s’inscrire dans une démarche de « proactivité » afin d’arrêter une stratégie des sports de plage sur un temps long. La Communauté d’agglomération Royan Atlantique via les stations nautiques dispersées dans les différentes communes littorales met en avant les pratiques à la mode développées sur d’autres territoires littoraux français et étrangers (stand up paddle, marche aquatique…). Est-ce finalement aux collectivités territoriales ou aux acteurs privés d’initier ou de s’approprier les secteurs des activités récréatives et sportives à la mode sur les plages ?

Conclusion

Les différents acteurs publics et privés des communes littorales du territoire intercommunal développent de nombreux moyens pour rendre leurs plages attractives. L’innovation, la communication et l’implication de tous les acteurs du territoire dans la recherche d’une politique cohérente des sports de plage participent à la reconnaissance des sites.

Innover, communiquer et consommer les sports de plage : le triptyque gagnant pour le territoire intercommunal royannais ?

L’agglomération royannaise via ses communes imagine et orchestre chaque saison estivale la gestion des sports de plage perçus comme « nouveau » pour le public qui les découvre pour la première fois, même si la pratique existait par le passé sous cette forme ou sous une autre. Dès lors, tout consiste pour les communes à identifier un besoin de sports de plage non formulé et à en susciter le désir pour les résidents et les touristes susceptibles de les pratiquer au cours de leurs séjours au sein des communes littorales. Selon le modèle classique de Rogers (1983), celui-ci distingue cinq facteurs favorisant la diffusion d’une innovation (des sports de plage) : l’avantage concurrentiel du sport de plage nouveau tel qu’il est appréhendé par le public (1), la compatibilité avec les normes et les réformes actuelles des pratiquants (2), la simplicité de la pratique (3), la facilité d’accès à moindre coût (4) et sa possibilité d’être pratiqué ici (sur la plage) et ailleurs (en milieu urbain) (5), la visibilité dans l’entourage social en mesure de provoquer un élargissement de sa diffusion et sa communicabilité. Dès lors, trois conditions sont à remplir pour promouvoir les nouvelles pratiques des sports de plage. Pour reprendre Gatignon et Robertson (1985), il s’agit de briser les habitudes de consommation mais en respectant les normes sociales de référence. Il faut mettre en avant l’image de crédibilité et de légitimité forte dans le secteur des sports de plage. Enfin, il est nécessaire de définir le coût d’acquisition de la nouvelle activité qui doit être relativement attractive afin de réduire le risque de son développement. À titre d’exemple, développer une offre récréative/sportive régulière, maîtrisée, originale, variée et adaptée pour la population retraitée résidente serait vecteur de retombée positive pour la commune littorale initiatrice.

L’innovation des sports et activités récréatives de plage nourrit alors l’image du territoire qui l’accueille. « Tout se passe comme si les destinations touristiques, emportées par des effets de mode, amplifié par l’aspect spatio-temporel de ces activités temporaires, accélération du temps et concentration dans l’espace, cherchaient à tout prix à proposer de nouvelles activités sur leur territoire, sans se préoccuper de l’origine ou de la dispersion de celles-ci dans d’autres territoires, dans une vision trop ethnocentrée. Ce qui n’est pas sans susciter des mouvements de résistance de la part d’autres pratiques plus ancrées, alors que par le simple jeu de la concurrence, la saturation du marché est proche et le bénéfice escompté évanoui : la banalisation rapide de l’innovation aura tué celle-ci » (Hazebroucq ; 2007, p. 17). Elle ancre la discipline dans son espace et légitime les politiques sportives retenues et engagées. Les communes littorales du territoire intercommunal royannais adaptent les sports de plage pour être attractives et entrent en concurrence avec les autres territoires littoraux touristiques français. À titre d’exemple, sur les plages, dans les vagues et dans l’océan, la station nautique propose les activités à la mode comme la marche aquatique, le standup paddle… Le Centre Nautique de Saint-Palais-sur- Mer propose des séances payantes de char à voile sur la plage de la Grande Côte. Une flotte de 20 chars à voile adapté à tous les publics est mise à disposition. La communication sur les activités récréatives et les sports de plage insuffisamment coordonnée et maîtrisée par les acteurs territoriaux ne permet pas de dynamiser suffisamment ce secteur à l’échelle intercommunal. Dès lors, « les nouveaux espaces d’expression pour les internautes [pratiquants] favorisent le passage d’une société de l’information à une société de la recommandation » (Kalfon ; 2009, p. 108). La simple diffusion et l’accès aux informations en temps réel sont le meilleur moyen de rendre captivant le site de pratique. Quels que soient les sites fréquentés, les manifestations sportives organisées, les différents moyens de communication s’inscrivent en temps réel, sous peine de fragiliser la fréquentation et leur participation. Le touriste

est un « consommateur multicanal, surinformé et zappeur » (Ibid ; p. 8) qui recherche l’offre personnalisée, originale et à la mode. Le développement d’une programmation visible, lisible et innovante serait source de dynamisme économique, de convivialité et de sociabilité pour le territoire intercommunal royannais, les communes littorales, les annonceurs et autres entrepreneurs. Néanmoins, « l’évolution de la demande sportive en raison des modes et des niveaux de vie pose la question de l’adéquation des installations à la consommation » (Corneloup ; 2002, p. 5).

Impliquer tous les acteurs du territoire dans la mise en cohérence des sports de plage : vers un mode de gouvernance intercommunal touristico-sportif pour des retombées économiques ?

Pour les communes de l’agglomération royannaise, la valorisation du territoire est une source d’enjeux multiples dont l’objectif est bien d’acquérir ou de maintenir une position territoriale dominante au regard des territoires concurrents ou bien de développer leurs faiblesses territoriales. Au regard de la spécificité des enjeux, de la multiplicité et l’hétérogénéité des acteurs et de la territorialisation dans le domaine des sports de plage, la question de l’aménagement des sites sportifs et de son organisation territoriale à l’échelle de l’agglomération royannaise se pose. Les sports de plage pratiqués sur l’espace littoral du territoire intercommunal royannais peuvent alors devenir source d’innovation et de dynamisme économique. Dès lors et plus globalement le rôle de la gouvernance touristico-sportive à l’échelle intercommunale est primordial pour une meilleure cohérence, visibilité et lisibilité des projets d’aménagement et d’organisation des sports de plage. La pertinence de cette échelle d’intervention vient de la capacité de mutualiser les idées, les moyens humains, matériels et financiers ce qui permet d’orchestrer et observer le bon déroulement des actions mises en oeuvre. Ainsi, « réformer la gouvernance des organisations sportives [et des compétences sportives] fait écho à une réelle attente sociale autour des champs du sport mais aussi à son nécessaire enjeu de modernité » (Bardet et Dimeglio ; 2011). Les élus des communes littorales ont un rôle majeur à jouer à travers les compétences basculées à l’échelle intercommunale (mutualisation des moyens, visibilité des actions, rayonnement des événements…). Si la Communauté d’agglomération Royan Atlantique dispose sans aucun doute d’un territoire aux aménités environnementales et patrimoniales, certaines favorisant les sports de plage, l’orchestration cohérente d’une gouvernance efficiente se joue très certainement à l’échelle intercommunale. D’importantes retombées économiques sont en jeu. La catégorie des sports de plage est une niche spécifique de l’ensemble des activités sportives existantes. Les acteurs participant à leur développement sont nombreux et hétérogènes (bénévoles, salariés du public et du privé), les structures juridiques multiples (association, gestion publique et SARL…), les financements différents (privés, publics, semi-publics), la pratique de ces sports hétéroclites (individuel, collectif…). La structuration de l’offre fragmentée des activités sportives et récréatives n’est pas suffisamment mise en valeur. Une gouvernance intercommunale de mutualisation de moyens financiers et humains ouvrirait de nouvelles perspectives dynamiques pour le territoire littoral royannais. « La gouvernance est un dispositif de coordination capable de favoriser le transfert de connaissances [et de coordination] entre les acteurs a priori hétérogènes. Elle apparaît comme un processus qui implique des relations, des règles et des normes envers l’ensemble des acteurs concernés » (Perez, 2003 et Vailleau, 2008). Toutefois, malgré leurs caractéristiques propres des sports de plage, des intérêts communs émergent et reposent sur la mise en oeuvre nécessaire d’un dispositif d’offres visibles et lisibles aux objectifs précis et approuvé par l’ensemble des acteurs des communes littorales étudiées. Par ailleurs, la surfréquentation touristique de certaines plages en période estivale pose la problématique de leur capacité de charge. Une gestion planifiée des espaces littoraux de loisirs s’impose face à la surfréquentation.

La plage est donc un support d’activités sportives et culturelles multiformes sur le territoire intercommunal royannais. « La restructuration des loisirs [sports de plage] peut également participer d’une salutaire « débanalisation ». Bien des destinations sont en effet menacées d’une indifférenciation qui les rend vulnérables à la concurrence des produits du bassin méditerranéen par exemple. Le redéploiement raisonné des offres de loisirs participe donc de façon significative à un processus de (ré) identification et d’authenticité des destinations » (Origet du Cluzeau ; 2000, p. 62). Il est alors nécessaire pour les territoires littoraux de mettre en oeuvre une veille stratégique en identifiant l’évolution des pratiques de loisirs, en développant sur un site une pratique identitaire, en mettant en valeur les spécificités du territoire, en préservant la rareté territoriale, en développant la qualité des sites, des pratiques, de l’accueil et du matériel. Les communes littorales profitent aussi pleinement de leurs aménités de leurs plages pour tirer leurs feux d’artifice, réaliser des concerts, des fêtes avec des « DJ » à la mode, des pièces de théâtres, projeter des films ou bien encore d’y organiser des événements musicaux reconnus (Les Violons sur le Sable à Royan : manifestation musicale organisée en période estivale sur la plage centrale de Royan…). L’interaction globale des activités formalisée par un rapport qualité/prix pour les différentes prestations proposées offre des perspectives intéressantes pour les pratiquants mais aussi le public en quête de découverte de territoire sportif. Alors que les stations-communes-intercommunalités diversifient leurs prestations sportives de plage pour les touristes/les résidents et s’adaptent dans le même temps à de nouvelles pratiques, les activités nautiques et les activités d’arrière-pays (culturelles, sportives et festives) se sont aussi développées. Développer une cohérence territoriale de l’action publique devant la fragmentation et la multiplication des pratiques récréatives et sportives de plage se révèle être un exercice complexe pour les acteurs des territoires littoraux concernés. Pour reprendre les propose de Patrick Viceriat, président de l’Association française des experts et scientifiques du tourisme (2010), « il serait utile d’initier et de favoriser, à l’échelon d’un territoire, les échanges et les débats, en associant l’ensemble des professionnels concernés par la chaîne touristique au travers de la création de clubs de réflexion stratégique et de groupes de projets, animés par des organismes institutionnels, des organismes consulaires, ou des syndicats professionnels ». Les interactions et les décisions entre les différents intervenants publics sont nombreuses, parfois en désaccords. Dès lors, des compromis sont régulièrement trouvés dans l’intérêt des pratiquants. Selon la configuration d’accès et la morphologie des plages, les interactions entre acteurs décisionnels et sports pratiqués se multiplient. Si l’agglomération royannaise dispose d’un schéma nautique et d’un plan plages, une organisation planifiée et coordonnée des activités récréatives et sportives de plages à l’échelle intercommunale serait sans aucun doute un facteur de dynamisme territorial supplémentaire. L’échelle intercommunale est indéniablement la « bonne » échelle de gestion des activités touristico- sportives sur les littoraux. Elle permet de prendre une certaine distance avec les actions locales, de planifier de manière cohérente l’offre récréative et sportive littorale, de proposer des événements au rayonnement régional et national, de garantir la sécurité pour les pratiquants en période estivale, d’observer l’offre des territoires littoraux limitrophes et de centraliser les financements régionaux, nationaux et européens. Dès lors, les intercommunalités littorales doivent accélérer la prise de compétence « sports de plage » pour dynamiser leur économie et leur attractivité territoriale.

 

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1 Limite de navigation autorisée pour les engins de plage auxquels appartiennent les kayaks, paddle board, petits voiliers, kitesurf et planches à voile.

2 Observations réalisées en période estivale en 2012, 2013 et 2014 sur les plages du territoire royannais. De plus, une vingtaine d’entretiens informels avec des touristes, des résidents et des professionnels ont complété la phase d’observation.

3 « Les jeux de boules métalliques sur la plage sont régis par arrêté municipal qui interdit bien souvent leur pratique sur les plages urbaines, puisque considérés comme dangereux. Des zones sont parfois aménagées pour l’activité (exemple de la conche de Saint- Georges). Cette activité particulièrement ancienne conserve son lot d’adeptes et rencontre toujours un franc succès » (Plan Plages – CARA ; 2012).

 

Cet article a été écrit par :

Bertrand Piraudeau Docteur en géographie-aménagement du territoire bertrand.piraudeau@laposte.net

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