Nous suivre Acteurs du sport

Les sports d'hiver descendent de la montagne

David Picot • david1picot@yahoo.fr

Sujets relatifs :

,

En Vendée, on skie sur des aiguilles de pin
Les vacances d'hiver venues, rien de plus naturel que de miser sur les sports d'hiver. Y compris en Vendée. Lancée pour la première fois en 2010, sous l'égide du conseil départemental, cette approche consiste à proposer des activités dites « de montagne » adaptées au paysage balnéaire. Précisément à La Barre-de-Monts/Fromentine. L'occasion de glisser avec la luge, sur des pistes bleues, rouges et noires de Fromentine formées d'aiguilles de pin! Des courses de chiens de traîneau de type Alaskans sont aussi proposées au même titre que des randonnées en raquettes à neige. Mais sur le sable! « Nous affichons complet », à chaque édition, nous glisse-t-on du côté des organisateurs.

À Paris, des bobsleighs à roulettes
« Nous y pratiquons principalement de la poussée, sur des bobs à roulettes », souligne Michel-Ange Marie-Calixte, le manager général de la section bobsleigh du Paris Olympique Club. « Pour la descente, nous devons évidemment nous rendre à la Plagne. Nous réservons parfois des créneaux sur la piste mais c'est très cher ». Sans compter que les relations ne sont semble-t-il pas au beau fixe entre les bobeurs franciliens et leurs homologues montagnards. Mais aussi avec la Fédération française des sports de glace (FFSG) à laquelle est rattaché le bobsleigh. À tel point que l'ancien champion plaide en faveur d'un détachement pour créer une fédération à part entière. «C'est à cette condition que notre discipline pourra se développer en France et ramener des médailles. Car figurez-vous que même en Ile-de-France, nous avons de la demande, au niveau des jeunes ». Constat confirmé par Alain Martinet, un autre ancien champion français, à la tête d'Évry Olympique Club, une structure qui, elle, n'est pas affiliée à la FFSG. «On m'a refusé », commente-t-il... Les deux hommes évoquent également des discussions en cours avec la mairie de Paris pour la construction d'une piste de poussée en région parisienne. Sollicitée pour confirmation ou infirmation, la mairie n'a pas répondu. «Nous avons d'ores et déjà des partenaires financiers », promet Michel-Ange Marie-Calixte.

Les sports d'hiver descendent de la montagne

© Виталий Сова - adobestock

Faire du bobsleigh à Paris, skier en Moselle, dans le Nord Pas-de-Calais ou en Vendée! La pratique des sports d'hiver et disciplines apparentées sort progressivement - et modestement - des hautes altitudes. Les différentes initiatives sont fortement appuyées par les fédérations concernées, celle de ski notamment. Car proposer une activité tout au long de l'annéesur son territoirepermet de trouver une légitimité auprès des collectivités afin d'ouvrir des portes en matière de subventions.

Extraits d'une étude (1) du Credoc de 2010, les chiffres sont désormais bien connus: chaque année, l'hiver venu, de décembre à fin mars, à peine un Français sur dix part systématiquement aux sports d'hiver. Et 8 % part une année sur deux. Les raisons sont potentiellement nombreuses mais il semble que l'aspect économique penche fort dans la balance. «Partir en hiver est une pratique réservée à un public aisé », glissait alors le Credoc.

 

Un entre soi de classes supérieures

Huit ans plus tard, le constat n'a pas changé. À l'exception du cas des habitants situés proches des zones montagneuses qui pratiquent à la journée, les vacances d'hiver ne se sont pas démocratisées. Pour le sociologue Jean Viard, elles restent même « un entre soi de classes supérieures » (2). Sans surprise, les clients les plus accros sont issus du grand Sud-Est. Selon les résultats de l'étude ConsoMontagne 2017 (3) conduite pour l'Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM), 29 % des clients des stations viennent des anciennes régions Rhône-Alpes, Auvergne, Paca ou Languedoc--Roussillon. Mais 21 % proviennent du Nord-Est (Alsace, Bourgogne, Champagne-Ardenne, Franche-Comté, Lorraine). Un client sur cinq également (21 %) est issu de l'Ile-de-France; une proportion un brin plus élevée que ceux (18 %) qui font la route depuis le Nord-Ouest (Bretagne, Centre, Basse-Normandie, Haute-Normandie et Pays de la Loire). Enfin, 12 % sont en provenance du Sud-Ouest (Aquitaine, Limousin, Midi-Pyrénées, Poitou-Charentes). L'étude révèle donc un attrait réel - sinon inattendu en termes de proportions - de vacanciers issus de territoires éloignés des sites traditionnels de pratique.

 

Bassin urbain

La pratique sportive de sports d'hiver, tout au long de l'année, est loin d'être un sujet incongru au regard de l'organisation territoriale de la Fédération française de ski (FFS): 130000 adhérents dans 950 clubs affiliés, répartis dans... 17 comités départementaux et régionaux. « Nous recensons 200 clubs situés dans des stations de montagne. Les 750 autres sont plus ou moins proches », explique Samuel Lopes, en charge du développement à la FFS. « Notre cœur de cible est représenté par des clubs en bassin urbain situés à moins de deux heures des stations », mais existe aussi des clubs à Brest (Finistère) par exemple, avec le Ski club d'Armor (Finistère), à Vern-sur-Seiche (Ille-et-Vilaine), au Breizh Ski Roues où le slogan est « Skions toute l'année » (lire Initiative p. 13)! Des villes comme Laval (Mayenne), Nantes (Loire-Atlantique), Dijon (Saône-et-Loire), Decize (Nièvre), etc. en accueillent également, au-delà bien sûr des historiques clubs alpins. D'une manière générale, les structures les plus éloignées des stations « ont été créées par des passionnés dans le but de skier ensemble et de mutualiser les coûts de déplacement et d'hébergement », enchaîne Samuel Lopes. Ces dernières années, un virage a toutefois été amorcé avec « l'objectif d'encourager ces clubs à avoir une activité annuelle, synonyme de lien social, de convivialité. De vraie vie de club, en somme. Il s'agit de passer d'un club de ski à un club sportif affilié à la FFS, qui fait du ski ».

 

D'abord loisirs puis forme

L'impulsion a été donnée à travers le premier plan national de développement 2014-2018, d'abord orienté « loisirs » puis « forme ». Le technicien décrit tout un travail réalisé auprès des clubs afin qu'ils développent des activités liées ou non à la pratique de la neige. Qu'il s'agisse de marche nordique, de randonnée, de préparation physique, avec là aussi, la formation progressive de moniteurs fédéraux susceptibles de mettre en place des activités différentes. Illustration à Paris avec la section du Paris Université Club (PUC) qui propose, outre les traditionnels stages, week-end ski et autres randonnées, des activités bihebdomadaires de préparation physique spécifique au ski. Au menu, de la variété sur la piste d'athlétisme du stade Charléty avec des courses, des sauts, du gainage, du travail d'équilibre, etc.

 

Licence à l'épreuve

Proposer une activité tout au long de l'année sur son territoire: l'enjeu pour ces clubs est aussi de trouver une légitimité auprès des collectivités. «Il s'agit de donner davantage de sens et de contenu à l'activité afin aussi d'ouvrir des portes en matière de subventions. Mais toute cette démarche est encore récente. Il faut du temps », renchérit M. Lopes. Pour promouvoir les pratiques, des comités investissent également dans des simulateurs de descente. À l'image de celui de Bourgogne qui met sa machine à disposition du public lors de salons et autres foires. Dans sa quête de développement, la fédération mise aussi sur un accès facilité à la compétition, quel que soit l'endroit du territoire. Cela pourrait passer par une sorte de licence à l'épreuve, « pour celles et ceux qui mettent un dossard pour une épreuve comme la Transjurassienne, une référence du ski de fond. «Il existe une vraie attente de la population sur ce plan », reprend le représentant de la FFS.

À la Fédération française des sports de glace (FFSG) où dix disciplines très différentes les unes des autres cohabitent, l'approche n'est pas la même Et pour cause: « le fer de lance est constitué des disciplines d'expressionqui représentent 97 % des licenciés », nous explique Didier Gailhaguet, le président. À travers les 175 patinoires réparties plus ou moins équitablement sur le territoire (4), les pratiques de patinage sur glace dépassent très largement les sites de montagne bien sûr. En revanche, les autres disciplines sont bien moins pourvues, à l'image du bobsleigh. Il n'existe qu'une seule piste en France, à la Plagne, héritage des Jeux olympiques d'Albertville en 1992. Ce qui n'empêche pas l'existence d'un club à... Paris. Le Paris Olympique Club (OC) en l'occurrence, qui a même un projet de piste (lire encadré).

 

Pistes artificielles

En matière d'équipement justement, saviez-vous qu'il existait une piste de ski, hors des stations en altitude? Précisément à Nœux-les-Mines (Pas-de-Calais), sur un ancien site minier. Géré par la communauté d'agglomération de l'Artois, Loisinord (5) - c'est son nom - attirerait 30000 skieurs par an, sur sa piste artificielle de 320 mètres de long. Et pour le ski en intérieur, il convient de prendre la direction d'Amnéville (Moselle). La plaquette publicitaire met en avant « une piste de ski indoor (6), la plus longue du monde: 620 m de long, 35 m de large et 90 m de dénivelé. Ouverte toute l'année, elle permet de goûter aux joies des sports d'hiver en toute saison ». Mais à quel prix? En février 2016, ce snowhall, dont la gestion a été confiée à la « régie municipale d'exploitation de la piste de ski indoor -d'Amnéville » a été épinglé par la Cour des comptes (7). L'institution avait pointé du doigt « un équipement sous-utilisé, un investissement risqué. [...] La gestion de la piste de ski, équipement qui s'inscrit dans le développement du pôle thermal et touristique d'Amnéville, est structurellement déficitaire, situation masquée pendant des années. Cet équipement ne présente pas de perspectives de redressement et fait peser un risque sur les finances communales », lit-on dans le rapport (lire l'interview). Ils ne sont pas pour autant snobés par la FFS. «Nous y organisons régulièrement des formations, hors saison d'hiver », illustre Samuel Lopes. Plusieurs projets de piste artificielle sont également en cours en France, à des stades plus ou moins avancés, à l'image -d'Europa City (8) en région parisienne. Rappelons que le dernier projet en date, porté par l'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, à Élancourt, point culminant de l'Ile-de-France, avait progressivement glissé vers les abîmes en 2014, fautes notamment de financements.

(1) Rapport « Un désir de renouveau des vacances d'hiver », Credoc, juillet 2010: http://bit.ly/1eiwNbg

(2) France Info: http://bit.ly/2DgakQ6

(3) Étude ConsoMontagne 2017 réalisée par G2A-LHM pour l'Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM). Environ 1000 répondants. Échantillon représentant les Français de 18 ans ou plus ayant effectué au moins un séjour (avec minimum une nuitée) aux sports d'hiver.

(4) Acteurs du sport n° 189, mai 2017.

(5) https://www.noeux-les-mines.fr/Loisinord.html

(6) https://snowhall-amneville.fr/

(7) http://bit.ly/2mFD4IA

(8) http://www.europacity.com/

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news hebdomadaire d’Acteurs du Sport

Nous vous recommandons

 Lancement de la conférence sur l’aisance aquatique

Lancement de la conférence sur l’aisance aquatique

La ministre des sports Roxana Maracineanu a lancé à Reims la conférence sur l'aisance aquatique, qui devrait donner lieu à des mesures concrètes. Selon le ministère l’aisance aquatique[…]

Niort, un pass commun piscines-patinoire

Niort, un pass commun piscines-patinoire

Tournon-sur-Rhône, le choix des clubs

Tournon-sur-Rhône, le choix des clubs

Financements : les fédés passent en mode projet

Financements : les fédés passent en mode projet

Plus d'articles