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Les sols des piscines entrent en résistance

Sylvie Roman • sylroman@yahoo.fr

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Les sols des piscines entrent en résistance

© rades - ADOBESTOCK

Adhérence, hygiène, résistance, les sols d’une piscine doivent répondre à des contraintes quasi contradictoires. Les matériaux utilisés (carrelage, résine) seront donc différents selon les zones. Mais la conception est un élément important pour réduire les risques. Ainsi que le bon suivi des travaux et l’entretien au quotidien.

Les sols de piscine couvrent un large spectre, avec des fonctions, usages, typologies de fréquentation, risques et impératifs d’hygiène divers. La réglementation régit à la fois la qualité du sol (rugosité, porosité, adhérence) et les pentes (afin d’éviter les eaux stagnantes, sans être dangereux pour un baigneur), catégorisées en cinq zones : zones de déchaussages et vestiaires, douches, plages, pédiluve et bassins. « Les exigences ne sont évidemment pas les mêmes dans la zone de déchaussage, les vestiaires, les douches, les sanitaires, puis bien sûr sur les plages des bassins », précise Patrick Duny, expert de ces questions, et président de la Commission Afnor « piscine publique ». La norme expérimentale XP NFP 05-011 qui concerne exclusivement les sols est en cours de révision et sera publiée début 2019.

Couloirs d’accès

Dans les zones les plus exposées aux risques sanitaires (à cause de la présence possible de chaussures dans des lieux déchaussés) comme les couloirs, les cabines de déshabillage et devant les casiers, le sol doit répondre à la classification PN18 (adhérence moyenne), avec une pente du sol très légère. Celle-ci est comprise entre 1 et 3 %, dirigée vers les différents dispositifs d’évacuation des eaux, qui peuvent soit courir en bas de murs, soit être centralisés, pour une facilité d’entretien. Dans ces zones « entre deux », le risque de glissance est relativement maîtrisé (puisque les pieds ne sont pas totalement mouillés, mais simplement humides), et les enjeux majeurs sont liés à l’hygiène. Aussi, les recommandations des autorités sanitaires en termes de nettoyage et de désinfection sont élevées : plusieurs fois par jour pour les zones de circulation, les vestiaires, les WC et les douches, couplés à un détartrage une fois par semaine, excepté pour les zones de circulation.

 

Douches et pédiluve

La zone des douches, ainsi que le cheminement vers le pédiluve, est par définition en permanence mouillée, ou très humide. Si les recommandations portent aussi sur un sol PN18, la maîtrise d’œuvre peut agir sur une meilleure évacuation des eaux, en accentuant la pente à 3 %, « en préférant par exemple une rigole a effet continu, en bordure de murs, plutôt que de grandes dalles avec un siphon central », explique Annabelle Deverge, architecte à l’agence TNA, spécialiste des piscines. La rigole continue permet une meilleure répartition de l’évacuation des eaux, avec une réduction de l’accidentologie mais aussi une meilleure hygiène et facilité d’entretien. Par ailleurs, dans ces zones qui concentrent beaucoup de passages dans un espace réduit, il est aussi possible d’agir directement sur les caractéristiques de la couverture du sol. « Nous avons souvent recours à une typologie de carrelage différente, comme à Épinay-sur-Seine (lire p. 19) où le sol des douches est réalisé avec un carrelage à picots, offrant une adhérence optimale, tout en respectant les contraintes de pentes, d’hygiène, surtout une grande facilité d’entretien », ajoute l’architecte.

 

Autour du bassin

La partie bassin est subdivisée en têtes de bassin, margelles, parois, escaliers et fonds (partie non traitée ici). Ces zones en permanence mouillées font l’objet de nombreuses attentions, en termes de glissance et d’adhérence, avec la recommandation d’un sol classé PN24. Une alternative peut être un mix entre un carrelage accolé à une résine forte, très adhérente, autour du pédiluve par exemple. Pour Aldric Singher, directeur des piscines de l’agglomération d’Aix-en- Provence, la conception est primordiale : à la fois les dimensions des caniveaux, mais aussi les grilles de protection (sens des rainures), le positionnement des rigoles, et pourquoi pas, un chauffage par le sol, qui évite la formation de zones humides.

 

Carrelage ou résine

De par sa grande diversité, le carrelage convient parfaitement à l’ensemble du cheminement piéton « pied humide » (PN). Formes, couleurs, fabricants, c’est un matériau pratique qui répond globalement aux normes et classifications en vigueur, tant pour la sécurité (glissance) que pour la facilité d’entretien, la désinfection, etc. Les résines coulées en place, sont en général cantonnées à une partie seule- ment de la piscine, la plus mouillée et soumises aux risques d’infiltration et de dégradations, c’est- à-dire les plages autour des bassins. D’un coût légèrement supérieur à du carrelage de qualité (norme européenne), la résine permet une multitude de couleurs, notamment selon les zones de la piscine, quais, passages autour du pédiluve, petits bassins, mais ce procédé est soumis à un certain nombre de contraintes. « Ces sols monoblocs sont une bonne alternative au carrelage, mais leur coulage en place nécessite une grande maîtrise de la part de l’entreprise », explique Aldric Singher. Surtout, « il faut un entretien sans faille, et éventuellement pouvoir resabler ou recharger en silice selon les zones, avec un risque évident de changements de couleurs de la résine. Il faut aussi une mise en place irréprochable, pour ne pas avoir de ruptures de niveaux, etc. ».

 

Mesures d’hygiène

Les résines spécifiques aux milieux mouillés et humides contiennent en effet un pourcentage de silice ou d’agrégats, qui apportent de l’adhérence, mais aussi une certaine pérennité et une résistance. Cet avantage peut aussi s’avérer être un inconvénient : attention à ne pas tomber dans l’excès inverse, et avoir un sol limite abrasif ! Dans ce cas, outre la gêne occasionnée au « toucher »  et les risques d’égratignures, s’ajoute une difficulté de nettoyer correctement le sol. «  La graisse, ou les peaux mortes, etc., ont tendance à s’agglutiner dans un sol trop rugueux ou siliceux, il y a donc par ricochet un problème d’hygiène et d’entretien, et d’usure prématurée, du fait de l’emploi de produits trop corrosifs pour essayer de pallier le dépôt de matières organiques et de matières grasses »,  souligne Alain Hamida, directeur du service des sports de la communauté d’agglomération du Grand Dole et président d’Asporta (Association sport et agglomération). Au vu des problématiques soulevées par ces sols particulièrement adhérents, les autorités sanitaires envisagent d’ail- leurs de nouvelles mesures d’hygiène, portant sur des analyses des sols !

Zones tampon

Les piscines extérieures sont soumises à des contraintes liées à la présence de matériaux  indésirables comme la terre ou le gazon, qui peuvent se retrouver dans le bassin. Il est donc important de prévoir des zones tampon, par exemple traitées avec des bétons désactivés, qui ont l’avantage de ne pas trop chauffer au soleil (au contraire de la résine), et d’être d’un entretien très facile. Enfin, pour assurer une hygiène optimale entre intérieur et extérieur, l’aménagement d’une « flaque », sorte de pédiluve très peu profond, quelques centimètres, tout le long des baies vitrées donnant accès au bassin intérieur est aussi une réponse est aussi adaptée.

Nettoyer sans abîmer

Quel que soit le type de sol, la qualité de la pose puis le nettoyage et l’entretien sont des points essentiels. Pour le carrelage, la maîtrise d’ouvrage doit être particulièrement vigilante à la qualité des joints. Mal réalisés, ils peuvent être à l’origine de fuites vers les galeries techniques, mais aussi provoquer des coulures et des traces, particulièrement difficiles à enlever par la suite. Elles constituent aussi des nids à microbes et à saletés. « Il est indispensable de s’en tenir scrupuleusement aux recommandations, aux protocoles des fabricants et aux produits indiqués », insiste Christian Vinson, président de la commission Afnor de révision de la norme expérimentale (XP NFP 05-011). Lors d’une rénovation partielle d’une piscine portant sur les sols, c’est d’ailleurs l’une des difficultés : « Non seulement il est indispensable que les équipes d’entretien se forment aux nouvelles procédures et protocoles, mais aussi qu’elles utilisent les produits adaptés pour chaque type de sol », précise encore Annabelle Deverge. « La plupart des fabricants de sols, notamment pour les résines, proposent des formations spécifiques, à la fois pour la pose des revêtements, mais aussi pour leur entretien », indique Christian Vinson. Faire participer les agents d’entretien à ces formations est donc fortement recommandé.

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