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Les piscines se chauffent au bois

Les piscines se chauffent au bois

© Aleks Kend - adobestock

Le bois est aujourd'hui l'énergie la moins chère pour le chauffage. Logiquement, les équipements sportifs et notamment les piscines se tournent vers cette ressource qui a, de plus, souvent l'avantage d'être locale. Les avancées techniques, de maintenance, de gestion centralisée et automatisée en font un système intéressant financièrement et écologiquement pour peu qu'il soit bien dimensionné.

«Depuis quelques années, on constate des avancées technologiques dans le fonctionnement des chaudières au bois », note Vincent Trolle, ingénieur et gérant de KEO ingénierie qui souligne que « l'installation d'une chaudière bois est plus particulièrement indiquée pour les équipements les plus énergivores, comme les piscines ». En effet, la consommation énergétique globale d'une piscine, qui se mesure en mètres carrés de bassin, se situe aux environs de 250 à 300 euros/m² pour un bassin en extérieur, et 100 à 150 euros/m² pour un bassin couvert. Ces consommations sont dues pour moitié aux besoins thermiques, et pour -moitié aux besoins électriques (éclairage, fluides, etc.). Et globalement, le passage à un système bois permet d'économiser de 50 à 60 % en coût de fonctionnement par rapport à un système au gaz ou au fuel, qui représente souvent un budget de plusieurs centaines de milliers d'euros par an, pour une piscine.

 

Bien dimensionner ne signifie pas surdimensionner

« Le bon dimensionnement d'une chaudière au bois est un point absolument essentiel, souligne toutefois l'ingénieur. L'analyse des besoins doit donc permettre de dimensionner la puissance -nécessaire pour chauffer le bâtiment, l'eau chaude sanitaire, et dans le cas d'une piscine, l'eau des bassins, et son renouvellement ». Mais attention, « bien dimensionner ne signifie pas surdimensionner », prévient Vncent Trolle, qui cite le cas de chaudières d'une puissance de 800 kW, mais qui fonctionnent de façon très réduite à 200 kW. « Cela signifie des surcoûts à l'installation, mais aussi des problèmes de fonctionnement et de maintenance ». En effet, une chaudière bois (dont la durée de vie est identique aux autres systèmes) est cependant moins flexible qu'une chaudière gaz ou fuel, et fonctionne mieux à plein régime, et surtout, avec une régularité constante. La puissance de la chaudière a par ailleurs une incidence sur la consommation de combustible, sur sa typologie, et donc sur la taille du silo de stockage, la fréquence d'approvisionnement et l'architecture même des bâtiments. Il faut en effet prévoir une place suffisante pour un silo efficient, mais aussi, la rotation des camions d'approvisionnement. Ces deux points constituent un frein au développement des chaudières au bois dans des zones trop denses, comme les villes, ou des villages difficiles d'accès.

 

Un surcoût amorti sur 5 à 7 ans

Aux Arcs 1800 (Savoie), la chaudière de la piscine installée en 2014 ne fonctionne que sur la période hivernale. Et pendant cette période, elle n'est absolument pas accessible par la route. L'ensemble de l'installation (la chaudière et le silo) est donc dimensionné en conséquence. Pour limiter au maximum la consommation et assurer un meilleur rendement, le programmiste a choisi un système à granulés. Les livraisons de début de saison permettent de faire face aux six mois d'ouverture de la piscine! C'est bien sûr un cas extrême, mais qui illustre la relative malléabilité des chaudières au bois. Par ailleurs, même si ce n'est pas obligatoire, les bureaux d'études préconisent souvent l'installation d'une deuxième chaudière (de secours ou d'appoint). Elles peuvent fonctionner aux énergies fossiles ou, comme à Courchevel pour le gymnase, au bois, avec des granulés. Mais certaines installations, comme la salle multisport de Mézieux par exemple, fonctionnent sans système parallèle de secours, et sont 100 % bois. L'ensemble de ces différentes installations représente un surcoût par rapport à une chaudière au fuel ou au gaz naturel qui est en moyenne amorti sur cinq à sept ans. En revanche, la maintenance, l'entretien et le suivi nécessitent des compétences particulières, qui ont aussi une répercussion sur le coût de fonctionnement. Les filières bois sont encore trop peu développées de façon homogène sur tout le territoire, et parfois les compétences manquent encore, d'où des soucis constatés lors de la mise en route des installations, et sur les premiers mois d'exploitation. «On mise sur l'humain, sur la formation des techniciens locaux, indispensable. Par ailleurs, ce sont des emplois non délocalisables, avec en général un fort impact sur la filière locale, depuis l'extraction du bois en forêt, à sa transformation, à la livraison », précise Vincent Trolle.

 

Réseaux de chaleur

À Modane (Savoie), l'intercommunalité puis la commune se sont lancées... il y a plus de dix ans dans une politique de transition énergétique, profitant de la «fin de vie » de plusieurs de ses installations au fuel ou au gaz. L'intercommunalité s'est donc tournée vers la filière bois, mettant en avant les importantes ressources de son territoire de montagne. Le premier réseau, installé en 2005, alimentait un gymnase et un bâtiment abritant les locaux de la maison cantonale de Modane. «La commune avait dès le départ fait le choix de la filière courte, et de la production de plaquettes, en contractant avec l'ONF », explique Natacha Bois, chargée de projets à la communauté de communes Haute Maurienne Vanoise (CCHMV), qui a repris ce dossier en charge. Depuis, plusieurs petits réseaux de chaleur ont été créés, alimentant chacun trois ou quatre bâtiments, tous communaux. Dernière livraison, livrée cet été, la chaudière à bois déchiqueté qui alimente à la fois la piscine et trois bâtiments dont un local du stade de foot. La chaufferie du réseau de chaleur, un local indépendant de 217 m², est équipée d'un quai d'approvisionnement pour la livraison du bois déchiqueté; celles-ci sont stockées dans trois bennes de 30 m³ disposées sur une plateforme. La chaudière, de fabrication française, développe 440 kW, et est entièrement automatisée, avec un rendement très performant, peu de cendres résiduelles et des émissions dans l'atmosphère filtrées, inférieures à la norme en vigueur. L'ensemble de ce réseau de chaleur représente un investissement de 900 000 euros HT, dont plus de la moitié est financée par des subventions croisées (agence régionale de l'Ademe, conseil régional, État et conseil départemental).

 

Filière courte

La particularité du système tient aussi dans son mode de gestion, en grande partie par la CCHMV, depuis la valorisation et la transformation du bois en plaquettes, jusqu'à l'entretien, la maintenance, les vérifications, par du personnel de la communauté de communes. «Il y a eu bien sûr une période de rodage, car il fallait notamment connaître cette nouvelle chaudière, équipée de beaucoup -d'automatisme », détaille encore Natacha Bois. Ce système s'avère rentable à plusieurs niveaux: pour les finances de la communauté de communes, puisqu'il y a une relative maîtrise du process (hormis notamment la phase de déchiquetage du bois), pour la valorisation et l'entretien des forêts locales, via les coupes, et cela constitue en outre un débouché non négligeable pour l'ONF, gestionnaire des forêts communales. En effet, chaque année la communauté de communes achète un volume de bois, qui est ensuite broyé, grâce à une broyeuse itinérante postée au niveau de la station d'épuration intercommunale, le bois déchiquetté étant ensuite livré par camions à chacun des quais d'approvisionnement des différentes chaufferies. Ce système a aussi l'avantage d'utiliser du bois impossible à vendre autrement. Plusieurs autres projets de réseaux de chaleur en filière courte sont en cours dans les communes de la vallée, pour alimenter une école et un boulodrome.

 

Aides ciblées

En ce qui concerne les chaudières (hors réseau de chaleur), il n'existe pas de politique globale à l'échelle du territoire. Mais souvent les aides sont plutôt ciblées vers les très grandes installations, et plus spécifiquement vers les réseaux de chaleur au bois: ainsi l'Ademe Ile-de-France, principal partenaire des collectivités en ce qui concerne les énergies renouvelables, a fixé le seuil minimal pour ses subventions au-dessus de 1 200 Mwh/an. Et très souvent ce seuil et cette politique d'aides sont suivis par les autres collectivités, les conseils régionaux et les conseils départementaux. Malgré tout, certains territoires suivent une ligne plus macro--économique, au plus près des besoins des collectivités, comme dans la région Auvergne Rhône-Alpes par exemple, où on note plusieurs projets de chaudières bois, ainsi que des petits réseaux de chaleur reliant deux ou trois bâtiments seulement. Le coût d'investissement, la maintenance, l'approvisionnement expliquent cependant que même si ce n'est pas contre-indiqué, l'installation d'un système bois est rarement employée dans de simples gymnases, ou salles de sport de faibles superficies.

Plaquettes ou granulés ?
Parce qu'il y a une différence de coût substantielle entre les plaquettes et les granulés, les applications ne sont pas les mêmes. « L'utilisation de plaquettes, moins chères, est plus indiquée pour un projet gros consommateur. Mais la chaufferie doit aussi être facilement accessible pour l'approvisionnement par les camions », précise Vincent Trolle. Le système à plaquettes implique aussi un silo plus important pour stocker la ressource, et limiter au mieux les rotations des camions de livraison, et assurer un minimum d'autonomie. De plus, le pouvoir calorifique inférieur, PCI (qui « mesure » l'efficience d'un combustible), est sans équivoque : 1 m³ de granulés équivaut à 5 à 6 m³ de plaquettes.

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