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Les Etaps ont-ils encore un avenir?

Les Etaps ont-ils encore un avenir?

© BraunS - istock

Colonne vertébrale de la filière sportive, le statut d'Etaps vit des temps difficiles. Si les maîtres-nageurs sauveteurs apparaissent relativement préservés, les éducateurs terrestres voient leur recrutement freiné par le contexte budgétaire contraint des collectivités, la concurrence accrue de la filière « animation » voire celle des associations sportives. Sans compter que les métiers associés à ce statut évoluent grandement sous l'effet des politiques publiques toujours plus transversales. Les Etaps sauront-ils répondre présent?

Le patient « filière sportive » ne tient pas la grande forme... À en croire Laurent Quilès, vice-président de l'ANDIISS, l'Association nationale des directeurs d'installations et des services des sports, il serait même en « fin de vie ». Ce qui est particulièrement prématuré pour une filière qui date de 1992... Elle comprend actuellement trois cadres d'emplois: les conseillers (catégorie A), les éducateurs (catégorie B) et les opérateurs (catégorie C) des activités physiques et sportives. «Les premiers, malgré quelques avancées ces derniers temps, en termes de statut et d'avancement de carrière, sont toujours freinés par leur régime indemnitaire », poursuit celui qui est par ailleurs, directeur adjoint aux grands équipements de la ville de Nantes (Loire-Atlantique). Conséquence, «le statut d'attaché apparaît de plus en plus prisé, aussi bien par les employeurs que par les postulants ». Les opérateurs (Otaps)? Laurent Quilès en parle déjà au passé: «ce statut était surtout considéré comme un accès à la filière et ne permettait pas grand-chose en termes de responsabilités ».

 

Organiser le zapping

Du coup, « au sein d'une filière qui n'aurait en quelque sorte ni queue, ni tête, seuls les éducateurs (Etaps) pourraient perdurer, essentiellement, grâce au fait qu'ils soient imposés par la réglementation des piscines » (lire encadré juridique). Actuellement en charge de la coordination éditoriale d'Acteurs du sport, Patrick Bayeux était, à l'époque, coordonnateur national du secteur « sport » au centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT). Il a, de ce fait, participé à la mise en place de la filière et se souvient « qu'il y avait débat », sur la pertinence de créer une filière spécifique. L'alternative envisagée était « de mettre en place des options aux filières existantes.» Elle sera rejetée. «Nous étions dans l'idée de la construction de politiques publiques sportives qui allaient s'appuyer sur un cadre d'emplois d'éducateurs assez conséquents ». En l'occurrence les éducateurs territoriaux des activités physiques et sportives (Etaps). «L'enjeu était alors de permettre aux collectivités territoriales de développer des politiques sportives qui fassent le lien entre le service public de l'éducation physique et sportive (EPS) à l'école et la pratique en club ». Le dispositif envisagé reposait alors sur les écoles municipales des sports, justement chargées de ce lien. Leurs Etaps devaient en effet permettre aux jeunes de découvrir différentes pratiques avant, le cas échéant, de basculer vers le club. «Les jeunes changent régulièrement d'activité », reprend Patrick Bayeux. «Il s'agissait en quelque sorte d'organiser ce zapping. De leur faire découvrir une activité le temps d'un trimestre par exemple, puis d'en changer ».

 

Priorité aux MNS

Ce cadre d'emplois d'éducateur polyvalent a donc été défini dans cette optique, sans oublier bien sûr le périscolaire et les interventions en école, en appui des enseignants, sur des activités spécifiques comme la natation. D'où également une emphase spécifique liée aux maîtres-nageurs sauveteurs (MNS) pour la surveillance des piscines et l'apprentissage de la natation. Avec le recul, la mise en place de ces écoles s'est surtout heurtée aux premières difficultés financières des collectivités, apparues à peu près au même moment. «Les villes ont continué à recruter des MNS puisque c'est une obligation réglementaire mais elles n'ont pas recruté de terrestres'', en masse », enchaîne Laurent Quilès. «Cette fonction n'est pas particulièrement recherchée aujourd'hui par les collectivités. Quand elles recrutent, leurs choix se portent en priorité sur des MNS. Pour le reste, elles s'appuient aussi sur un tissu local d'intervenants, à travers les associations ».

18 400 Etaps
Les éducateurs territoriaux des activités physiques et sportives constituent un cadre d'emplois sportif de catégorie B au sens de l'article 5 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984. Ils sont régis par les dispositions du décret n° 2010-329 du 22 mars 2010 et par celles du décret n° 2011-605 du 30 mai 2011. Selon l'enquête nationale sur les métiers territoriaux au 31 décembre 2012, réalisée sous l'égide de l'observatoire de la FPT du CNFPT, ils seraient environ 18400. Dont 17100 animateurs-éducateurs sportifs. Ces derniers œuvrent principalement dans des communes de 20000 à 80000 habitants. Il convient également d'ajouter 1800 Etaps responsables d'équipement sportif et 1500 autres responsables des activités physiques et sportives. Par ailleurs, ce document recense 1300 directeurs de service des sports, rattachés à la filière administrative et donc au statut d'attaché

De moins en moins de postes

Initiée en 2014, la réforme des rythmes scolaires qui imposait les temps d'activités périscolaires (TAP) n'a pas non plus entraîné de recrutements massifs d'Etaps « terrestres ». Les acteurs de terrain ont plutôt constaté un « glissement du temps des éducateurs, du scolaire vers le périscolaire », comme ce fut le cas à Dunkerque (Nord) par exemple (lire Initiative). Directeur des sports de Bègles (Gironde) et président de l'ANDIISS Nouvelle Aquitaine, Philippe Thourel ajoute « qu'avec cette réforme, la concurrence avec la filière animation s'est également accrue ». Aujourd'hui, les Etaps seraient environ 18400 en France (lire encadré). À en croire Laurent Quilès, la tendance de recrutement n'est pas vraiment à la hausse. «Il y a de moins en moins de postes et les concours sont organisés de plus en plus rarement », résume-t-il. Ils se déroulent en moyenne tous les trois ans dans la plupart des centres de gestion. Mais avec les décalages entre eux, plusieurs concours sont toutefois organisés chaque année sur le territoire national. Avec en moyenne, environ 200 nouveaux postes disponibles, un chiffre difficile à se faire confirmer. Quelques exemples? En 2016, seuls quinze postes étaient ouverts pour les départements du Calvados, de l'Eure, de la Manche, de l'Orne et de la Seine-Maritime. À l'échelle de la grande couronne de la région Ile-de-France qui déborde jusqu'au Centre-Val-de-Loire, les dernières épreuves d'admission avaient justement lieu cette année, avec l'ouverture de 166 postes.

 

Davantage de transversalité

Moins de places donc mais aussi des fiches de postes qui évoluent... Suivant la définition statutaire, « les Etaps préparent, coordonnent et mettent en œuvre sur le plan administratif, social, technique, pédagogique et éducatif des activités physiques et sportives de la collectivité ou de l'établissement public ». Ces derniers temps, constate Laurent Quilès, « sous l'effet de l'évolution des politiques sportives vers davantage de transversalité et de liens plus prégnants avec la santé ou l'aménagement urbain, les compétences requises ont évolué ». Directrice des sports à Dunkerque, Anne Cagna le constate tous les jours. «Nous considérons qu'un Etaps comme un MNS ne doit plus seulement être un bon technicien doté d'une parfaite connaissance de la réglementation. De notre côté, nous regardons aussi sa capacité à mettre en place des projets et des actions innovantes ». Même son de cloche du côté de Philippe Thourel, à Bègles, qui a été contraint « de retirer progressivement les Etaps du temps de l'Éducation nationale pour les redéployer vers les piscines, le péri et l'extra-scolaire ». Il pointe un « écueil lié à la formation de nos Etaps. Durant longtemps, nous avons favorisé un mode de recrutement issu de la filière Staps, avec des profils de licence Éducation et motricité. Aujourd'hui, nous constatons que ce ne sont pas les plus à l'aise pour intervenir sur ces métiers, davantage axés vers le portage de projets et l'animation sportive ». L'idéal? « Des profils doubles ».

 

De nombreuses réticences

La solution se situe-t-elle au niveau des formations continues? Anne Cagna « regrette que le catalogue des formations n'évolue pas aussi rapidement que la demande ». Responsable du domaine « Sport », Pôle Action éducative au CNFPT, Anne-Lise Brihayerappelle que « la formation est quelque chose de vivant, d'évolutif ». Elle prend appuie sur les programmes de sport-santé sur ordonnance: « ils ont d'abord ciblé les directeurs des sports avant d'être décliné au niveau des Etaps ». Philippe Thourel - par ailleurs formateur au CNFPT - ajoute qu'« il existe aussi des formations sur l'ingénierie de projet ». Ces différentes évolutions des métiers associés au statut d'Etaps ne seront toutefois possibles qu'avec l'assentiment des principaux intéressés, à savoir les éducateurs. Sujet sensible. «Sur le terrain », reconnaît Laurent Quilès, « nous nous heurtons à de nombreuses réticences de la part d'agents à qui l'on demande effectivement de basculer une partie de leur temps de travail vers des populations différentes qui ne sont pas forcément en phase avec leur formation et à des heures différentes, en soirée notamment. Ce n'est jamais simple. La demande actuelle de la population comme des élus se situe pourtant à ce niveau-là ». Sous-entendu: « il faudra bien y répondre »... Histoire de préserver encore un peu l'état du jeune patient.

 

Les formations statutaires obligatoires
Dans l'année qui suit leur nomination, les Etaps doivent suivre une formation d'intégration de dix jours, au terme de laquelle ils sont titularisés. Dans un délai de deux ans après leur nomination ou leur détachement, place à une formation de professionnalisation de cinq à dix jours. Au-delà des deux ans, une formation de professionnalisation est réalisée à raison de deux à dix jours, tous les cinq ans. À noter qu'en cas d'accès à un poste à responsabilité, les Etaps bénéficient d'une formation de trois jours, dans les six mois qui suivent leur affectation.

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