Nous suivre Acteurs du sport

Les équipements sportifs font leur révolution

Alain Loret*etPatrickBayeux• patrick-bayeux@orange.fr

Dans les années soixante, concevoir un équipement sportif était simple. Aujourd'hui, l'évolution des attentes et les innovations technologiques contraignent les collectivités à concevoir les équipements sportifs selon d'autres standards que ceux du XXe siècle. Avec comme maître mot la technologie numérique dédiée au sport.

En 1967, des instructions pédagogiques officielles d'éducation physique contraignirent les enseignants à utiliser le sport en cours d'EPS. À l'époque, les élus locaux n'avaient donc d'autre choix que celui des équipements dédiés au sport éducatif ou de compétition. Durant cette période, la conception des équipements sportifs était standardisée avec le soutien de l'État, de ses fameuses lois-programmes et des grilles d'urbanisme. La génération des Cosec(complexes sportifs évolutifs couverts) et Mille piscines, dont de nombreux exemples demeurent aujourd'hui, a ainsi largement contribué à accompagner le développement de la pratique sportive sur l'ensemble du territoire.

 

1980-1990: une nouvelle économie du sport

Les décennies 1980-1990 voient l'environnement du sport se complexifier. Deux paramètres inédits conduisent alors les architectes à faire évoluer les projets sportifs :

• L'apparition d'une nouvelle économie du « sport qui se regarde » dès la création de Canal+ en 1984 et la privatisation de TF1 en 1986. La télévision devient alors un partenaire économique incontournable des fédérations sportives. Elle va très vite imposer ses propres normes comme la profondeur de champ et un éclairage performant. La conception de l'équipement devient ainsi une aide à la production d'images de qualité. Sous la pression des ligues professionnelles nouvellement créées, les élus accompagnent cette professionnalisation en construisant de nouveaux équipements pour les clubs professionnels.

• L'apparition d'une nouvelle économie du « sport qui se pratique » reposant sur le développement rapide des sports dits « alternatifs » (skateboard, basket de rue, running, escalade artificielle, fitness, etc.). Ils rejettent la compétition pour promouvoir le plaisir, la forme, la rencontre ou encore le bien-être et la santé. La surprise passée, de nombreux élus considèrent un peu vite que ces nouvelles motivations n'entrent pas dans le cadre du service public. Ils ne les prennent donc pas en compte et laissent la place à un secteur marchand qui va établir ses propres standards de conception des équipements. Un postulat s'impose progressivement: le sport traditionnel est à la charge des collectivités alors que l'innovation sportive repose sur le secteur marchand.

Au début des années 1990 s'amorce toutefois un premier virage avec les piscines qui deviennent progressivement des « centres aquatiques ». Le bassin normé de 25 mètres laisse la place à des aménagements ludiques puis, plus tard, à des espaces dédiés à la forme et au bien-être. De nouveaux services suivent. Ils sont destinés à toutes les catégories d'âge et se développent au sein d'équipements qui deviennent multifonctionnels.

 

2000-2010: les équipements doivent vivre toute l'année

La décennie 2000 inaugure une phase de rupture dans la conception des équipements sportifs et de leurs modèles économiques. La distinction entre le « sport qui coûte » et le « sport qui rapporte » s'estompe. Une idée-force s'impose: les stades, arénas et palais des sports doivent vivre toute l'année et non pas seulement vingt soirs par an.

La multifonctionnalité s'affine encore par le biais de cabinets d'architecture qui n'hésitent plus à innover au-delà des piscines. Ils cherchent à associer les besoins du « service public administratif » (EPS, entraînement/compétition) avec des besoins de types industriels et commerciaux (spectacles/téléspectacles, pratiques ludiques et de santé) au sein de concepts d'équipements à l'architecture qui devient très travaillée.

Dans le même temps, les maîtres d'ouvrage contraints par des budgets qui se réduisent et n'ayant qu'un savoir-faire limité en -marketing-management font appel à de nouveaux montages juridiques: DSP, PPP, BEA. Ils associent des opérateurs privés à une partie des risques d'investissement et d'exploitation que prennent les collectivités.

 

2010-2020 : la naissance des équipements connectés

Corrélativement, au début de la décennie 2010, aux États-Unis les ligues professionnelles conçoivent des « équipements sportifs connectés ». L'objectif connu sous le nom de « digital sportainment » consiste à dynamiser le spectacle en exploitant un concept inédit: la « réalité sportive augmentée » qui consiste à combiner des données virtuelles et le monde réel. Naissent ainsi des équipements d'un autre type qui s'inscrivent dans une nouvelle dynamique urbaine baptisée « smart-city ». C'est-à-dire une « ville intelligente » exploitant massivement les technologies numériques, notamment le big-data.

Dans le domaine du « sport qui se pratique », dès l'année 2013, apparaissent en France de nouvelles applications révolutionnaires via les smartphones et les réseaux sociaux. Proposées par des startups comme la française Unlish qui n'existait pas un an plus tôt, elles reposent sur l'organisation « informelle » des pratiques sportives. Celles-ci s'inscrivent dans cette fameuse « économie du partage » qui a pris le nom d'ubérisation. D'ici 2017, le succès de ces applications conduira à une mise en danger pouvant aller jusqu'à la disparition de certaines structures associatives « physiques ». Plus insidieusement, cette véritable « disruption sportive » conduira les communes à revoir l'usage et le management des équipements. Elles devront combiner certains équipements avec les espaces publics. La ville de Paris est d'ores et déjà en pointe dans ce domaine. Pour une raison simple: une étude a montré que 60 % (!) des sportifs parisiens pratiquaient le sport de manière autonome dans les jardins publics.

 

Leds, big data, services à la place: les innovations sont déjà là

Les leds vont envahir les équipements sportifs. On les retrouvera bientôt dans trois secteurs essentiels: les écrans individuels « à la place », les planchers et l'éclairage. Ce dernier est aujourd'hui retravaillé aux États-Unis selon de nouvelles exigences des télévisions qui exploitent des technologies de captation de séquences de jeu en 3D. Elles nécessitent un éclairage très sophistiqué et surtout très homogène autour des joueurs. Avec une capacité de production d'images d'une qualité exceptionnelle capable de séquencer des vues à 360°, c'est actuellement une startup israélienne - FreeD -Technology - qui semble la plus avancée dans ce domaine. Au-delà, c'est l'architecture des équipements elle-même qui inclura bientôt structurellement des caméras fixes. Les arénas seront ainsi moins conçues pour les spectateurs que pour les téléspectateurs.

Les « données massives », en anglais « big data », enrichiront le spectacle sportif selon un concept qui va vite s'imposer: la réalité augmentée. Il s'agit de fournir des informations capables d'expliquer une action de jeux avec une précision et des détails que seuls les meilleurs entraîneurs sont en mesure de déceler empiriquement aujourd'hui. Les images de sport deviendront ainsi « didactiques » enrichissant d'autant les spectacles de sport. Au-delà, les coachs disposeront de données susceptibles de faire évoluer leurs tactiques de jeux comme l'on fait les -Allemands lors du dernier -Mondial de football. Plusieurs sociétés comme IBM avec le tennis, par exemple, se spécialisent à grands pas dans ce secteur prometteur.

Une innovation étonnante concernera les planchers des gymnases. La société allemande ASB Systembau propose aujourd'hui une structure numérique intelligente dite « smart floor ». Elle est capable de fournir des informations techniques ou tactiques en temps réel mais aussi de proposer des publicités durant la mi-temps.

En matière de « sport qui se pratique », des gymnases entièrement numériques vont être conçus. Ils proposeront des activités de type « cybersport ». Des « cubes immersifs » combinés à des « murs d'images » et à des « planchers digitaux » associés à des dispositifs comme celui que propose la marque Oculus autoriseront des activités très différentes de celles que nous connaissons. Elles permettront à des sportifs « non experts » de pratiquer des activités vertigineuses - donc dangereuses! - issues des sports de glisse non pas de manière artificielle mais... virtuelle. En 2016, la société Pavegen, basée à Londres, est en pointe dans ce domaine. Pour se faire une idée de l'importance et de la vitesse d'évolution des innovations qu'elle propose, il suffit de considérer que ses propositions technologiques actuelles seront dépassées dans un an...

Dans le domaine du confort, les « services à la place » se développent d'ores et déjà dans les arénas connectées aux États-Unis. En France, une société comme Digifood propose une application capable de géolocaliser les commandes des fans qui se font ainsi livrer durant les matchs sans avoir à se déplacer.

Une chose est sûre: une révolution des équipements sportifs est en cours. Bien que contraintes financièrement, les collectivités ne peuvent pas l'ignorer.

* Docteur ès sciences de gestion, fondateur de SWI, startup de prospective dédiée au sport, sur Twitter: @Sport_Web_I]

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news hebdomadaire d’Acteurs du Sport

Nous vous recommandons

À Sète, le solaire hybride fait baisser la consommation

À Sète, le solaire hybride fait baisser la consommation

Le centre balnéaire Raoul-Fonquerne de Sète est équipé de plusieurs technologies de pointe de production énergétique, où les énergies renouvelables apportent l'essentiel des besoins:[…]

Le solaire, pour quels équipements et quels besoins?

Le solaire, pour quels équipements et quels besoins?

Piscine : la filtration sur céramique tient ses promesses à Annecy

Piscine : la filtration sur céramique tient ses promesses à Annecy

Quel système de filtration de l'eau pour les piscines?

Quel système de filtration de l'eau pour les piscines?

Plus d'articles