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Les boxes poings pieds se fédèrent

Denis Cheminade • denischeminade@gmail.com

Abrégé des sports poings pieds
Le kickboxing est apparu aux États-Unis dans les années quatre-vingt à l'initiative de karatéka qui voulaient porter réellement les coups. Il est décliné en différentes disciplines. Le muay thaï a été importé de Thaïlande, mais dans ce pays on compte aussi plusieurs formes de boxe thaïlandaise. Un point commun cependant: la victoire par KO est reconnue pour les compétiteurs les plus expérimentés. Suivant les disciplines, les sports poings pieds combinent: les frappes directes, les prises ou tenues de l'adversaire, les balayages, les projections. Les frappes sur l'adversaire à terre sont interdites (autorisées dans le MMA). Suivant les sports, les armes (poings, pieds, coudes, genoux), les surfaces de frappe autorisées diffèrent ainsi que les tenues des boxeurs. Classiquement, ces différents sports se pratiquent sous trois formes: - une pratique éducative: les coups sont interdits, on privilégie la maîtrise de soi et de ses émotions, l'acquisition d'habiletés motrices, le jeu. Entrent dans cette catégorie les activités de forme (combat sans adversaire: aérokick et les formes en musique); - une pratique à la touche. Chaque touche autorisée permet de marquer des points. Le vainqueur est celui qui a le plus de points: assaut ou pratiques light; - au sommet de la pyramide, seule une petite proportion de combattants est autorisée au combat par KO sans protection (catégorie promotionnelle). Il leur faut auparavant faire leurs preuves dans un championnat où ils portent obligatoirement des protections. Disciplines pour lesquelles la FFKMDA est délégataire: - kick boxing: low kick, k1 rules, light contact, kick light, point fighting, full-contact, musical forms; - muay thaï. S'il devait être autorisé, le MMA, proche du pancrace, pourrait rejoindre la FFKMDA.

La Fédération française de muay thaï, kick boxing et disciplines associées a entrepris de fédérer les boxes poings pieds modernes. Une initiative soutenue fortement par les pouvoirs publics soucieux de clarifier et sécuriser des pratiques en fort développement particulièrement dans les zones urbaines sensibles et les quartiers de la politique de la ville où ils sont souvent les seuls à émerger spontanément.

Kick boxing (low kick, full-contact, k1 rules), muay thaï... difficile pour le responsable sportif territorial d'une collectivité ou d'une administration de s'y retrouver dans cette myriade de sports de combat poings pieds apparus depuis une trentaine d'années. Un exercice d'autant plus compliqué que la même activité peut avoir plusieurs appellations, être revendiquée par plusieurs organisations concurrentes et qu'elles peuvent être désignées dans le langage ordinaire par des termes boxe américaine, boxe thaïlandaise qui ne correspondent à aucune discipline sportive! « Il faut mettre fin à la confusion actuelle », souligne Albert Pernet, directeur technique national (DTN) de la Fédération française de kick boxing, muay thaï, et disciplines associées (FFKMDA). « Une année, dans une même catégorie de poids, j'ai recensé six Français champions du monde. Certaines fédérations internationales ne sont guère plus que des officines qui vendent des ceintures sans toujours se préoccuper de garantir la sécurité et la santé des boxeurs ».

 

Une seule fédération

Un désordre auquel la France n'échappait pas. L'agrément par le ministère des Sports de fédérations spécifiques, censé organiser et pacifier le secteur, n'a pas permis d'éviter les guerres de chapelle tandis que ces organismes se sont révélés incapables de répondre à leurs obligations de fédération. Si bien qu'en mai 2014, fait exceptionnel, le ministère retire les agréments et/ou délégations délivrés pour les confier à un unique organisme: la FFKMDA qui devient la seule fédération reconnue pour ces sports. « Notre ambition est de devenir la fédération ombrelle des sports poings pieds en les accueillant dans une grande maison où ils se sentent bien et de les accompagner dans leur développement. Nous le ferons en garantissant aux boxeurs et aux pouvoirs publics que ces activités sont organisées dans des conditions de sécurité satisfaisantes et que la santé des boxeurs est préservée », déclare Nadir Allouache, le président.

Chiffres clés
- 1000 clubs. - 45000 licenciés (+ 15 % entre 2015 et 2016). - Une licence unique pour toutes les disciplines de la fédération. - 15 % de compétiteurs. - 35 % de moins de 18 ans. - 22 % de féminines (en augmentation rapide). - 2 millions d'euros de budget (+ de 90 % de ressources propres). - 3 cadres techniques d'État. - 1000 brevets fédéraux et 100 brevets d'État délivrés en 2015. - 2008 : création de la Fédération des sports de contacts et disciplines associées (FFSCDA). - 2014 : retrait des délégations de la Fédération de muay thaï et disciplines associées (FMDA) et de la Fédération française de full-contact et disciplines associées (FFFDA). - 2014 : évolution de la FFSCDA en Fédération de kickboxing, muay thaï et disciplines associées (FFKMDA) et attributions des délégations correspondantes. FFKMDA, 144 avenue Gambetta, 93170 Bagnolet, 0143605395, www.ffkmda.fr

Appellation générique

Quand il faut ouvrir des lieux pour l'entraînement, autoriser des compétitions à qui faire confiance? Et cela d'autant plus que chaque structure, compte tenu des passerelles qui existent entre ces différents sports, développe souvent non pas une seule mais un ensemble de ces disciplines. Abandonnez l'idée selon laquelle à un nom d'activité correspond un sport, une fédération nationale et une internationale. Les différences entre disciplines peuvent être si ténues (un vêtement, quelques techniques différentes par exemple) et si variables qu'une autre approche doit être retenue. « C'est pour cela que nous avons décidé de changer l'intitulé de la fédération », poursuit le président. « Nous nous appelions Fédération française des sports de combat et disciplines associées (FFSCDA). Nous avons fait évoluer l'intitulé en Fédération française de muay thaï et kick boxing. Ces deux appellations sont génériques'' et regroupent plusieurs formes de boxes poings pieds, un peu comme la natation sportive connaît la brasse, le crawl... Par kick boxing, il faut entendre l'ensemble des sports organisés par la World Association of Kickboxing Organizations (WAKO) et par muay thaï les pratiques relevant de l'International Federation of Muaythaï Amateur (IFMA), les piliers mondiaux de ces sports dont nous sommes aujourd'hui les seuls représentants en France ». En pratique, pour les clubs, l'affiliation à la FFKMDA est l'unique gage de confiance et les associations existantes doivent être encouragées à la rejoindre. Pour les organisateurs de galas internationaux, dans l'ensemble de ces disciplines, seuls ceux agréés par la FFKMDA sont susceptibles d'être autorisés et soutenus. Quant aux éducateurs, un brevet d'État « sports pugilistiques » garantit leur capacité à encadrer l'ensemble de ces activités.

 

Faciles à organiser

Sur le terrain, les choses vont vite. En peu d'années, la fédération agrège plus de 1 000 clubs et compte près de 50000 licenciés. C'est que ces sports ont de nombreuses vertus. Ils sont présents sur tout le territoire mais également dans les zones urbaines sensibles et les quartiers de la politique de la ville. Dans ces lieux, ce sont souvent les seuls sports qui émergent spontanément. Correctement enseignés, ce sont des vecteurs d'apprentissage et de mise en valeur du respect des règles et de l'arbitre, de maîtrise de ses émotions et de goût de l'effort. Ils sont faciles à organiser, à pratiquer: une salle, un tatami, des gants suffisent pour débuter. En témoigne la décision récente de l'UNSS d'ouvrir ses portes à ces pratiques à travers le kick light. Beaucoup de clubs de fitness accueillent des cours consacrés à ces activités au titre de la remise en forme (kick en musique) ou de la défense. Les éducateurs de la fédération forment le GIGN, le Raid, les éducateurs de rue et interviennent dans les lieux de détention.

 

Vers un statut pro

À l'attrait pour la pratique s'ajoute celui du spectacle. Un spectacle qui génère une économie, son cortège d'excès et de dérives dont les plus alarmants peuvent être de ne pas garantir la sécurité et la santé des boxeurs. Un défi auquel la fédération entend répondre par la formation des tireurs et des éducateurs, un encadrement strict des pratiques ainsi que l'évolution vers un véritable statut de boxeur professionnel. Un chemin qui promet de ne pas être « un long fleuve tranquille » mais qui, après des errements passés, semble aujourd'hui entre de bonnes mains.

 

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