Nous suivre Acteurs du sport

Le sport se voit un avenir intercommunal... ou pas !

Soyez le premier à réagir

Soyez le premier à réagir

Groupements, associations, coopérations de clubs ou d’équipes d’un même bassin… des initiatives naissent ici ou là pour réorganiser le mouvement sportif au niveau des intercommunalités. Avec le projet de réforme territoriale à venir et des contraintes fi nancières déjà palpables, élus comme responsables sportifs doivent prendre les choses en main. Mais l’esprit de clocher reste puissant…

La future réforme territoriale inquiète aussi le mouvement sportif. Le sport restera- t-il une compétence partagée au titre de son caractère transversal ? Ou trouvera-t-il sa voie à travers les régions, placées en chef de file  ?

Plus forts en faisant les choses ensemble

Quel que soit le scénario, l’un des éléments moteurs de la modernisation et de l’organisation du sport dans notre pays pourrait devenir l’intercommunalité. D’autant plus que la réforme territoriale va renforcer cet échelon et en redessiner les contours. À partir du 1er janvier 2017 en effet, les intercos devront être plus grandes : 20 000 habitants au lieu de 5 000 actuellement. Michel Champion, trésorier de l’Association nationale des élus en charge du sport (Andes) est en tout cas très clair « nous devons encore lui laisser du temps du fait de son peu d’ancienneté mais l’intercommunalité est une échelle pertinente pour conduire une politique sportive ». En matière de gestion des équipements – 80 % appartiennent aux collectivités – mais pas seulement. Depuis quelques années, les intercos s’engagent aussi sur d’autres terrains comme l’événementiel, la promotion du haut niveau ou l’animation. « La politique sportive d’un territoire est avant tout liée à son développement et son dynamisme économique », nous explique Loïc Bourserie, le directeur du service sport , jeunesse, prévention de Vitré Communauté (Ille-et-Vilaine). « Ensuite, il y a la volonté politique de redistribuer les richesses, comme c’est le cas chez nous. Cette approche nous permet d’appliquer une politique dirigée, en plus des équipements, vers l’animation sportive et encore l’organisation d’événements comme l’Ultra Tour du Pays de Vitré. Il est très intéressant d’aller au-delà de son clocher. Nous sommes plus forts si nous faisons les choses ensemble à ce niveau intercommunal que séparément à un échelon inférieur. Je suis persuadé que l’intercommunalité va continuer à se développer ».

Il faut une locomotive

Vice-président d’Amiens Métropole (Somme) en charge des sports, Guillaume Dufl ot a pour mission de mettre en place une nouvelle politique sportive, « susceptible de redonner attractivité et rayonnement au territoire ». Il confirme : « nous sommes sur une échelle à taille humaine, qui permet encore de gérer les attentes et les besoins des clubs et des sportifs. Aujourd’hui, une mairie n’est plus suffisante quand il s’agit d’investir des millions d’euros pour rénover des équipements sportifs. Si nous ne sommes pas dans le cadre d’une intercommunalité, ne serait-ce que pour négocier des aides, nous ne pouvons pas y répondre ». À la tête de la direction des sports au sein de la communauté du pays d’Aix (Bouches-du-Rhône) depuis une dizaine d’années, Hervé Liberman a eu le temps de mesurer les changements. « Nous avons surtout constaté que l’interco a donné un vrai coup de fouet au sport de la commune centre. À tel point qu’Aix-en-Provence, qui avait l’image d’une cité culturelle, devient progressivement une ville sportive ». Sous l’impulsion notamment d’une politique dirigée vers le haut niveau. « Car il faut une locomotive, une vitrine qui donne envie de pratiquer, d’aller dans les stades ou les salles », poursuit Hervé Liberman, « et pour cela, nous devons sans cesse investir dans ces indispensables outils ».

Une coopération territoriale de clubs

Investir oui mais avec quelles ressources ? Christophe Bernard, secrétaire général de l’Assemblée des communautés de France (AdCF) l’admet sans ciller : « Au regard des moyens dont elles disposent, les ambitions des intercommunalités risquent d’être très limitées dans les années à venir. Cette situation peut être l’occasion de réfléchir, à l’échelle de l’intercommunalité, à une meilleure efficacité et certaines formes d’optimisation autour de clubs susceptibles de rayonner sur plusieurs communes ». Une approche qui présente en outre l’avantage d’éviter la dispersion des subventions, voire rattacher celles-ci à des stratégies spécifiques (haut niveau, formation de jeunes…).

Depuis quelque temps, des initiatives naissent en France pour mettre davantage en rapport l’action sportive et les enjeux du territoire. Parfois sous l’impulsion des élus comme à Aix : « en matière de basket-ball par exemple, nous incitons effectivement des clubs proches sur le plan géographique et évoluant dans une même division à se regrouper », glisse Hervé Liberman. Certaines fédérations ont aussi pris les choses en main, à l’image de celle du basket-ball (FFBB). Comme nous l’explique Jean-Pierre Siutat, son président, l’idée est aussi de créer une « sorte d’intercommunalité des clubs ». Le concept porte le nom de coopération territoriale de clubs (CTC). « Il s’agit d’un nouvel outil de collaboration entre deux clubs qui souhaitent mutualiser des ressources humaines et matérielles ». Des équipements donc mais aussi des joueurs, des entraîneurs ou des arbitres : un joueur d’un club A qui évolue en départemental peut aussi se frotter à l’échelon régional avec l’inter-équipe créée dans le cadre d’une CTC par un club B. « Ce système permet à un bon élément de s’essayer à un niveau supérieur ou à un autre plus fragile de jouer à un échelon inférieur, le temps de s’aguerrir », précise Philippe Caballo, le responsable du service développement et accompagnement à des structures à la FFBB. Depuis juillet 2013, environ 400 clubs (sur les 4 500 affiliés à la fédération) se sont lancés dans l’aventure à travers 170 CTC.

Nous sommes passés de la N3 à la N1

À Rouen (Seine-Maritime), selon un modèle très proche, l’impulsion est donnée par un président de club : Bernard Amsalem. Car le président de la Fédération française d’athlétisme (FFA) est aussi et – surtout – un passionné de handball. « L’idée est en effet de créer des groupements de clubs à l’échelle intercommunale », explique-t-il, rejetant en bloc le terme de fusion, laquelle « réduit la surface d’intervention. À l’image de l’intercommunalité au sens territorial du terme, des clubs ou des équipes de clubs se regroupent et délèguent des prérogatives, le haut niveau par exemple, à une nouvelle structure ». Voilà pour la théorie. En pratique, cela donne le Crea handball- Oissel, le club phare de la métropole rouennaise. Tout est parti, il y a quatre ans, de la construction du nouveau Palais des sports de Rouen, le Kindarena. « Je suis allé voir les huit clubs de handball de l’agglomération pour leur proposer cette idée de groupement pour qu’un jour il puisse y avoir du haut niveau dans cette salle », nous raconte Bernard Amsalem. « Nous avons alors misé sur Oissel, le club le mieux placé dans la hiérarchie. Il porte aujourd’hui le haut niveau senior. Nous sommes passés de la N3 à la N1. L’objectif est de monter en D2 l’an prochain, puis en D1 ». Avec les Montpellier, PSG, Chambéry et autres Nantes.

L’esprit de clocher est antinomique de l’idée de performance

Ces quelques initiatives montrent donc que certains clubs sportifs n’ont pas attendu la réforme territoriale pour redessiner leur propre carte, à l’échelle de l’intercommunalité. « Mais le processus est long et fastidieux », constate tous les jours Hervé Liberman. La raison ? L’esprit de clocher, un frein au regroupement. Bernard Amsalem le déplore également : « Il est décidément très présent et très prégnant dans le sport français. Cet esprit est assez utile pour faire de l’animation territoriale ou développer du sport-loisir. En revanche, il est antinomique de l’idée de performance et de haut niveau. Lequel repose sur la mutualisation et l’optimisation des ressources ». En somme, le passage d’une logique de clocher à une logique de projet sera très progressif…

À consulter

- www.gouvernement.fr La réforme territoriale : http://www.gouvernement.fr/ action/la-reforme-territoriale

- ADCF, Revue « Intercommunalités », avril 2014, n° 188, pages 5 à 8.

- Fédération française de basket-ball (FFBB), Coopération territoriale de clubs – Entente – Union, présentation des dispositifs 2014-2015, janvier 2014.

Au-delà des équipements

« L’enjeu d’une prise en charge au niveau intercommunal du sport dépasse la gestion vertueuse des équipements et le développement des pratiques », expliquait Daniel Delaveau, président de l’Assemblée des communautés de France (AdCF) en 2012. « Il tient à des préoccupations d’aménagement du territoire recouvrant l’identité locale, l’attractivité, le développement économique, la cohésion sociale ou encore le cadre de vie ».

Historiquement, l’engagement sportif des communautés urbaines, agglomération et autres communautés de communes s’est surtout effectué par l’intermédiaire des équipements. De quelle façon les choses évoluent-elles ? Selon le dernier Observatoire de l’AdCF, réalisé il y a deux ans auprès de 1 617 communautés, l’engagement de ces dernières reste bien plus marqué sur la partie équipements que sur la sphère animation. Pour cause, 64 % de l’ensemble des communautés sont engagés dans la compétence équipements sportifs (76 % des agglomérations et 62 % des communautés de communes). Christophe Bernard, le secrétaire général ajoute que « 35% des communautés de communes exercent une compétence animation.

Et c’est le cas de 27 % des agglomérations. C’est loin d’être marginal et la tendance est plutôt à la hausse ». À noter enfi n que derrière ce mot « animation », se cachent des politiques « très disparates. Il peut s’agir de soutien aux clubs et aux associations et/ ou de formation d’animateurs pour les centres de loisirs et d’hébergement voire dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires », conclut Christophe Bernard.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news hebdomadaire d’Acteurs du Sport

Nous vous recommandons

Le MPGP n'est peut être pas aussi engageant sur le plan juridique que le libellé peut le laisser penser - Interview de Eric de Fenoyl

Le MPGP n'est peut être pas aussi engageant sur le plan juridique que le libellé peut le laisser penser - Interview de Eric de Fenoyl

Interview de Eric de Fenoyl, Avocat associé au cabinet TAJ Sur le plan juridique, quel est le principal avantage du MPGP? La caractéristique essentielle du contrat est dans le libellé: la globalité.[…]

Le marché global de performance:  un effet de mode?

Le marché global de performance: un effet de mode?

Le handball pense le coup d'après

Le handball pense le coup d'après

Roller et skate veulent jouer collectif

Roller et skate veulent jouer collectif

Plus d'articles