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Le Paps, un lien entre les professionnels de santé et le mouvement sportif

Denis Cheminade • denischeminade@gmail.com

Le Vidal du sport
Quelle activité sportive prescrire pour quelle maladie? Quand il s'agit d'un médicament, le médecin s'appuie sur le dictionnaire Vidal pour affiner sa prescription. Rien de tout cela dans le sport. « Nous devons établir une véritable pharmacopée du sport, cela exigera un travail considérable », affirme Alain Calmat, président de la commission médicale du CNOSF, médecin, ancien ministre et ancien champion de patinage. C'est l'ambition du « dictionnaire à visée médicale des disciplines sportives » (Vidal du sport) dont le Comité olympique et sportif français a entrepris l'élaboration. Ce dictionnaire permettra: - au médecin prescripteur de rechercher les sports et les exercices adaptés à un patient et une pathologie donnée; - d'orienter le patient et le travail de l'éducateur sportif dans la mesure où celui-ci a déjà choisi une activité. Le dictionnaire inclura des recommandations, en termes d'activités physiques et sportives, pour les seniors et pour les malades chroniques. Il contiendra également des programmes « sport santé » plus détaillés pour les groupes cibles, avec l'idée de fournir un programme précis pour chacun d'entre eux ainsi que l'environnement « sport santé » proposé par les fédérations, et les « profils de santé » pour chacune des disciplines (indications, contre-indications). Dans le cadre de la commission médicale du CNOSF, trente-cinq fédérations se sont déjà engagées dans ce travail et vingt-quatre commissions fédérales sport santé ont déjà produit des recommandations. Les protocoles sont en cours de validation pour une publication à partir de 2015. Pour plus d'information: site du CNOSF, commission médicale, journée sport santé du 11 juin 2014.

Chiffres clés du Paps (CDOS Mayenne 2013)
• 392 patients.

• 8 ateliers: Laval (4), Mayenne (1), Château-Gontier (1), Évron (1), Craon (1).

• Pathologies (plusieurs possibles):

- surcharge pondérale: 218;

- diabète non insulinodépendant: 191;

- diabète insulinodépendant: 9;

- cardiovasculaire: 86.

• Prescripteurs:

- réseau diabète santé 53: 42 %;

- unité prévention cardio 16 %;

- médecins libéraux: 14 %;

- diététiciens libéraux: 7 %;

- institut interrégional pour la santé (IRSA): 12 %;

- autres: 9 %.

• Orientation:

- ateliers hospitaliers: 42 %;

- refus ou attente: 14 %;

- pratique seul: 14 %;

- association labellisée: 28 %.

Contact Aline Carlier, CDOS Mayenne, 0243671030, mayenne@franceolympique.com

Le Paps, un lien entre les professionnels de santé et le mouvement sportif

© Courtney Keating - iStockphoto.com

Le département de la Mayenne, a créé le « parcours activités physiques et sportives » (Paps), qui permet aux professionnels de santé de recommander, en lien avec le mouvement sportif, une activité adaptée aux pathologies rencontrées. Un dispositif que le CNOSF voudrait étendre à d'autres départements.

L'iinactivité physique est le 4e facteur de risques de décès. Si la personne a une ordonnance, il est facile de trouver une pharmacie pour se procurer des médicaments. Mais si on lui prescrit de l'activité physique pour améliorer sa santé, où va-t-elle?

 

Plan sport santé

Dans le département de la Mayenne, la réponse c'est le Paps, né d'une rencontre entre le responsable d'un réseau diabète et le médecin responsable du plateau technique médical géré par le comité départemental olympique et sportif (CDOS) de la Mayenne. Le réseau avait besoin de faire pratiquer les activités physiques et sportives par ses patients, le plateau technique disposait d'une éducatrice pour laquelle cette nouvelle mission de sensibilisation à l'activité physique pouvait apporter un complément d'activité. Rapidement, le dispositif a été étendu à d'autres pathologies que le diabète et le Paps intégré au plan régional sport santé bien-être lancé en 2012 par Valérie Fourneyron et -Marisol Touraine alors respectivement ministres des Sports et des Affaires sociales.

Accueil individualisé

Concrètement, le Paps est un parcours en quatre étapes qui commence dans le cabinet du médecin ou du spécialiste. En fonction de la pathologie et de la situation de son patient, le professionnel de santé peut recommander la pratique d'une activité physique adaptée. Il en discute avec la personne et avec l'accord de celle-ci un rendez-vous avec une éducatrice médico-sportive est pris. L'entretien est l'occasion de s'assurer de la motivation de la personne, de la conseiller sur les activités physiques les plus adaptées à sa situation, de préciser les avantages qu'elle peut retirer de l'activité physique: tonifier son corps pour le rendre plus solide, améliorer les capacités cardio-vasculaires pour mieux supporter l'effort, augmenter son endurance, diminuer la fatigue par exemple... Cet accueil individualisé vise aussi à créer une relation de confiance et de proximité entre l'éducatrice et le patient, accompagnement qui sera entretenu tout le long du parcours.

 

Ateliers découverte

Si tous les feux sont au vert mais que la personne ne peut être dirigée directement vers un club, l'éducatrice lui propose l'inscription à un « atelier de découverte ». Dans cet atelier, après un test d'évaluation de la capacité physique (marche 6 minutes) et pendant douze semaines, au rythme de deux séances par semaine, le patient bénéficie de séances d'activités physiques et sportives adaptées à sa pathologie et ses goûts. Les mots-clés sont plaisir et bien-être. En complément des séances encadrées par des professionnels formés, la personne reçoit des conseils pour adapter son alimentation à l'activité physique (une à deux séances). Quelques semaines plus tard, le patient est alors à la moitié de son parcours. Il commence à ressentir les bienfaits de la pratique physique régulière. Pour continuer à progresser, l'éducatrice lui propose de poursuivre les séances dans un club labellisé « sport-santé » et lui donne une liste de clubs qui organisent des séances spéciales d'activités pour les personnes engagées dans le Paps. Avec l'accompagnement de l'éducatrice, le patient fait son choix et prend contact avec l'association. À la fin, la personne se voit remettre une attestation de parcours qui témoigne de son passage dans le Paps et lui permet de bénéficier d'une prise en charge financière sur une partie de la licence et de l'adhésion au club.

 

Beaucoup poursuivent une pratique autonome

La proximité avec le CDOS a permis de mettre rapidement le mouvement sportif dans la boucle, offrant un prolongement de l'activité des ateliers en club et leur ouvrant ainsi (à condition de répondre à un cahier des charges) ce nouveau marché. Aujourd'hui, le Paps accueille 400 bénéficiaires chaque année, « son régime de croisière », observe Daniel Murail, vice-président du comité régional olympique et sportif des Pays de la Loire, mayennais et initiateur du dispositif. « Dans notre département de 310000 habitants, le nombre de candidats est forcément limité car le Paps est réservé aux personnes qui ont des pathologies importantes. Ce qui est essentiel, c'est le nombre de patients qui continuent. Quand nous avons commencé, nous avions pour objectif de capter 50 % des personnes qui pouvaient entrer dans le dispositif. Aujourd'hui, nous sommes à 80 %, et beaucoup, à l'issue des ateliers découverte, rejoignent le réseau des clubs labellisés ou poursuivent une pratique des APS de manière autonome », précise-t-il.

 

Un protocole contrôlé et validé

Pour Patrick Magaloff, directeur sport santé de la commission médicale du CNOSF, « le Paps représente le principe même de ce qu'on veut faire au niveau national. Il permet la mise en place d'un relais qui favorise la prise en charge des patients par le mouvement sportif dans le cadre d'un protocole contrôlé et validé ». Naturellement, cela ne peut pas se faire à n'importe quelles conditions. « Les points clés sont la formation des encadrants et l'agrément des associations ». À cela Daniel Murail ajoute: « le suivi et l'accompagnement individualisé des patients et l'existence d'un réseau étroit et entretenu entre tous les acteurs: monde médical, milieu sportif et partenaires institutionnels (État, collectivités, mutuelles et partenaires) ». Cette vision pratique et concrète de la relation sport-santé mérite indiscutablement de rentrer dans le « Vidal du sport » (lire encadré) et de contribuer à ce que le sport devienne un des éléments de la pharmacopée médicale.

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