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Le mouvement sportif en marche vers la coresponsabilité

Denis Cheminade • denischeminade@gmail.com
Le mouvement sportif en marche vers  la coresponsabilité

© djama - adobestock

Le mouvement sportif a globalement bien accueilli les principes d'une nouvelle gouvernance. Mais passer de partenaire à codécideur réclame des moyens mais aussi un changement de posture. Les fédérations sont-elles prêtes? À quelles conditions?

Vice-président du CNOSF, Bernard Amsalem ne cache pas son optimisme. «Nous avons acté d'un principe: faire évoluer le système vers une plus grande coresponsabilité: État, mouvement sportif, collectivités locales et entreprises. Ce n'était pas évident. Il faut maintenant aller rapidement vers une loi qui transformera ces principes en actes. Cette réforme va donner de la crédibilité et une autre image au sport en le positionnant d'utilité sociale. Sait-on que le département de la Seine-Saint-Denis détient le record de médaillés olympiques? Cela témoigne de la capacité du sport à participer à la construction des individus et à la promotion des valeurs républicaines ».

 

Élargir le cercle

Même analyse du côté de l'Usep. Pour sa présidente, Véronique Moreira, la coresponsabilité est « une voie de progrès » qui permettra « d'élargir le cercle des acteurs ». Autre sujet de satisfaction, le fait que le haut niveau et le développement du sport soient traités par la même structure « le haut niveau ne doit pas être déconnecté du sport de masse ». Positif encore le fait de « ne pas opposer les différents types de pratiques, pratiques en club, pratiques organisées hors club et pratiques auto--organisées », pointant la nécessité de trouver une articulation entre les différentes formes de pratiques. Pour cela, il faudra « regarder les pratiques du point de vue des pratiquants, modeler le sport de demain par la demande ». Une analyse et une orientation qui préfigurent de profondes réorganisations fédérales.

Tout est à faire

L'accord étant établi sur la base du principe de responsabilités partagées, chacun s'accorde à dire que tout dépendra de la mise en œuvre et des structures mises en place. «Tout est à faire », souligne Roselyne Bienvenu, vice-présidente de la région des Pays de la Loire et ex-administratrice de la Fédération française de basket-ball, ajoutant « cela donne un peu le vertige car on ne sait pas faire ». Soulignant aussitôt que c'est un des effets de la démarche adoptée et « se satisfaisant du faitque tout n'ait pas été écrit d'avance, ce qu'on aurait pu craindre ». Agence, GIE, SEM, GIP... les pistes techniques et juridiques ne manquent pas. Bernard Amsalem exprime ses préférences. «Pourquoi ne pas s'inspirer des principes de l'économie sociale et solidaire, les ouvrir à une représentation des usagers? ». Un travail qui doit être mené de pair avec la nécessité de « travailler à la définition d'un projet sportif partagé ».

 

Sanctuariser et clarifier

Bien évidemment, les questions financières sont au cœur des préoccupations. Pour Véronique Moreira, la nouvelle organisation doit inviter les collectivités et les entreprises à « mettre plus dans le pot commun ». Ajoutant que « si on a besoin d'un financement plus important, il doit être aussi mieux organisé ». Même exigence pour Bernard Amsalem, « la nouvelle structure doit aider à sanctuariser les ressources du CNDS et clarifier les relations entre budget de l'État et ressources extrabudgétaires ». Dans ce domaine, un geste est attendu. «Si on a des objectifs de médailles ambitieux pour 2024 et la volonté d'augmenter le nombre de pratiquants, ce sont au moins 400 millions qui sont attendus ». Objectif atteignable « en déplafonnant le prélèvementsur la Française des jeux ».

 

Possible désorganisation

Interrogation aussi sur la nature des politiques à mettre en place et sur la juxtaposition au sein de la future structure du haut niveau et du développement. Claude Fauquet (président du Cros Hauts-de-France) pose des limites: « les exigences du haut niveau sont très spécifiques. Il doit être organisé pour être efficace, se situer hors des luttes d'influence », se référant en cela à une structure mise en place par les Anglais pour la préparation des Jeux de Londres, UK Sport. Éric Journaux, directeur du Creps de Toulouse, aurait préféré que l'on parle de « performance » plutôt que de « haut niveau », craignant que, dans l'urgence de Paris 2024, ce vocable réserve ces politiques aux médailles des seules fédérations olympiques. Il s'inquiète d'une possible désorganisation d'une filière qui alimente le haut niveau et est une part importante des fonctions sociales du sport. «Ces problèmes seront à régler en avançant et le Creps peut, dans la future organisation, être une ressource commune à l'ensemble des parties prenantes et constituer un espace « neutre » où se développe le dialogue entre tous les acteurs ».

 

Évolution des méthodes

Sur le plan local, Roselyne Bienvenu rappelle que « les clubs sont fragilisés par la baisse du CNDS et des financementset que la diversification dans les fonctions sociales du sport épuise les dirigeants ». Le principe de coresponsabilité suppose des relations entre égaux. Or, le sport n'est pas préparé à l'autonomie, encore moins à l'indépendance. Le pilotage des politiques fédérales par la demande et à partir des territoires suppose donc une profonde évolution des méthodes et des pratiques. Constatant que dans sa région des Pays de la Loire quatre clubs de basket-ball sont en pro, Roselyne Bienvenu s'interroge: « est-il raisonnable dans la région des Pays de la Loire de laisser les clubs décider seuls de leur accès au championnat professionnel et des financements qui vont avec? ». Prenant sa casquette d'ancienne responsable fédérale, elle estime que les fédérations « ont du mal à faire évoluer leurs règlements ». Elle propose par exemple « d'attacher la licence à la personne », ce qui permettrait par exemple aux enfants dont les parents pratiquent la garde alternée de pratiquer dans plusieurs clubs suivant l'endroit où ils sont.

 

Niveau de maturité

Si le mouvement sportif partage l'idée que « le système actuel est à bout de souffle et qu'il faut en changer », l'espace de temps dans lequel on sait que les choses vont changer et où on ignore à quoi vont aboutir les futurs arbitrages se révèle paralysant et anxiogène. Pour devenir un acteur à part entière des politiques sportives, il doit conduire en même temps une stratégie de changement et répondre à l'urgence du quotidien. Or, selon un connaisseur, « le mouvement sportif n'a pas encore le niveau de maturité souhaité ». Ce qui fait dire à Emmanuel Rorteau, responsable du service des sports de la région Pays de la Loire, qu'il faut aider le mouvement sportif à se structurer, se former, à « non seulement être capable de définir des projets, mais d'être aussi en capacité de les promouvoir en interne et dans les territoires ».

 

Les territoires en mode laboratoire
Pour Claude Fauquet, nouveau président du Cros Hauts de France (et ancien DTN de la natation), la question c'est qui piloteet pour quelle efficacité? « Le mouvement sportif est habitué à avoir un fonctionnement pyramidal, il doit évoluer. La complémentarité, ça ne se revendique pas, cela s'organise. Pour cela, le Cros vient d'adopter un projet où chacun doit travailler à son niveau ». Les conférences régionales du sport préfiguraient l'organisation qui devrait se mettre en place. Roselyne Bienvenu est confiante. «Nous avons un savoir-faire à travers la conférence régionale du sport qui travaille maintenant depuis douze années ». Mais la nouvelle donne oblige à évoluer « l'opérationnalisation sera sans doute complexe. Nous devons nous mettre en mode laboratoire pour faire de la prospective, réfléchir au projet. Nous devons concevoir une nouvelle organisation pour l'ensemble, mais aussi pour chacune des composantes. Intégrer les demandes de nos concitoyens qui font de l'espace public un terrain de sport, réaliser l'assemblage des différentes stratégies des territoires et des disciplines ». Un travail déjà engagé à travers la mise en place d'une plateforme collaborative intercollectivité dont la mise en place a été expliquée et acceptée par le mouvement sportif et l'État. Mais pour Emmanuel Rorteau, il faut maintenant « aller plus loin que l'échange d'information pour permettre l'articulation des ambitions et des interventions au sein de l'espace régional dans le cadre d'un service public du sport ». Pour l'instant, dans les clubs et les comités, c'est plutôt l'attentisme et l'inquiétude qui dominent. Comme l'exprime sous couvert de l'anonymat un responsable départemental qui « manque d'information », « s'inquiète des financements » et « a peur que le sport perde son âme dans cette réforme ».

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