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Le kitesurf, stratégie de développement territorial : le cas de Leucate avec le Mondial du vent

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Le sport fait partie de nos grands enjeux, car il participe au bien-vivre en société. Pour certains, il est devenu un mode de vie, pour d’autres, il répond à un souci d’entretien de leur santé. Ces intérêts adossés à l’esprit de découverte contribuent au développement de zones touristiques. C’est le cas pour certaines communes françaises notamment dans le Languedoc-Roussillon plus spécifiquement à Leucate. Le vent autrefois source de désespoir est devenu, avec l’émergence des sports de glisse et notamment avec la pratique exponentielle du kitesurf, une richesse pour les localités balnéaires. En quelques dizaines d’années, ce sport a connu des modifications importantes, le transformant, pour cette région et pour la classe politique, en une manne économique et sociale de développement. À Leucate, l’épreuve sportive internationale « Le Mondial du vent » est chaque année le lieu de confrontations entre les plus grands spécialistes de la discipline. Elle donne le goût, par les animations, les initiations, les expositions de matériels, à la pratique de ce sport où les sensations priment avant tout. De par son ampleur et sa notoriété croissante, cet événement éveille et génère des activités touristiques et sportives d’une résonance toute particulière dans le littoral languedocien : visite du Parc naturel régional de la Narbonnaise, découverte de la culture patrimoniale et gastronomique locale, mais aussi du farniente. Le but de cette contribution est de montrer que le vent constitue un atout majeur pour la promotion entre autres, de l’essor communautaire, culturel, économique, sportif et touristique. La méthodologie de recherche repose sur des entretiens semi-directifs réalisés auprès de personnalités impliquées dans et autour de l’événement, l’étude d’articles de journaux régionaux et l’analyse des données statistiques de la Fédération française de vol libre associée aux enquêtes réalisées par la CRCI et la DRIRE.

Dans son ouvrage La phénoménologie de l’esprit, Hegel soutient que penser et conserver sa liberté, c’est affronter courageusement et explicitement la mort : « C’est seulement par le risque de sa vie que l’on conserve sa liberté qu’on prouve que l’essence de la conscience de soi n’est pas l’être, n’est pas le mode immédiat dans lequel la conscience de soi surgit d’abord, n’est pas son enfoncement dans l’expansion de la vie ; […] on prouve qu’elle est seulement un pur être-pour-soi » (Hyppolite, 1946). L’incroyable succès des activités de loisirs et sports de nature est peut-être à rechercher dans nos sources ontogénétiques ancestrales animales afin de retrouver nos racines, pour se connaître dans les dangers, se reconnaître dans la conquête de liberté. Finalement, c’est une aventure intérieure, une découverte de soi par la confrontation sportive aux forces des éléments naturels (Queval, 2004).

Aujourd’hui, dans notre société moderne, ces sensations de défense et de protection s’estompent sans une quête de prises de risque volontaires (Faggini & Vinci, 2010). L’homme sportif se confronte alors aux éléments naturels. Comme pour un retour aux origines, à un besoin archaïque élémentaire de luttes face à l’adversité, il souhaite ressentir le souvenir de la lente conquête de sa liberté. Par sa confrontation aux éléments naturels, pour se déplacer, l’individu veut retrouver aussi son autonomie en rapport aux règles collectives contraignantes et de plus en plus nombreuses, s’affranchir des normes imposées par les autres, les tutelles traditionnelles qui pèsent sur son destin (Spracklen, 2013). La pratique des sports de glisse, appellation qui désigne les activités telles que le surf, le ski, la planche à voile, les petits catamarans (hobbycat), la planche et les patins à roulettes (skateboard et roller), l’aile volante et le speed-sail, autrement dit toutes les activités sportives au cours desquelles on glisse sur l’eau, l’air ou la terre (Loret, 1995), éveille cette sensation de libération individuelle (Lacroix, 1985).

Depuis son origine, l’homme a rêvé de se déplacer comme par nécessité de survivance et de compétition plus vite, plus longtemps et plus haut. Cette activité n’assouvit pas le rêve de voler, mais permet de flirter avec la troisième dimension, celle de l’air. La possibilité de s’arracher à l’attraction terrestre pour quelques secondes fournit cette sensation grisante de liberté oubliée dans nos modes de vie où le stress et la violence dominent (Bertin & Fière, 2003). Apparus dans les années 1950, sur les plages californiennes et hawaiiennes, les « nouveaux sports libres ou américains » selon l’expression de Pociello (1996) ont longtemps représenté une forme de « contre-culture » sportive à part entière, un étendard de la postmodernité sportive (Corneloup, 2009, 2011).

Ce phénomène n’a cessé de prendre de l’ampleur au fil des ans. Devenus une véritable culture sportive, c’est-à-dire « un modèle de référence aux actions et aux relations sportives » (Loret, 1995), les sports de glisse se caractérisent par quatre éléments organisateurs : la valorisation du vécu corporel, la recherche du bien-être, l’aspiration à la liberté et à l’émotion esthétique (Hillairet, 1984). Éloignées des modes de fonctionnement structurant les institutions sportives, ces caractéristiques composent, en définitive, ce que l’on nomme communément la logique de la glisse. Mais celle-ci ne recouvre pas seulement un ensemble de techniques corporelles. Elle renvoie plutôt à un système de valeurs particulières, forme une contre-culture sportive au sens où ce qu’elle contient représente une alternative aux codes ludomoteurs plus traditionnels. Elle est l’essence du fun, un symbole de liberté, de plaisir et de marginalité (Lacroix, 1984).

Cependant, la glisse n’est plus depuis plusieurs années une pratique réservée aux seuls passionnés. En effet, l’industrie de la glisse, par l’intermédiaire du surf, se trouve désormais fortement implantée notamment en Aquitaine, d’Hossegor à Saint-Jean-de-Luz. Cela permet à cette région d’occuper la troisième position mondiale après les États-Unis et l’Australie en termes d’industries vouées à la glisse. Tout en maintenant 4 % de croissance malgré la crise, la côte basque et le sud des Landes développent 80 % de l’activité européenne autour de 400 entreprises, 3 500 emplois. Le secteur a, aujourd’hui, acquis un poids économique certain, évalué à 8,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2011, dont 1,6 milliard d’euros en 2013 réalisés en Aquitaine selon l’organisation professionnelle EuroSIMA (European Surf Industry Manufacturers Association).

I • Le Languedoc- Roussillon : un territoire touristique particulier

Sur le plan de l’économie du loisir, la région Languedoc-Roussillon est la quatrième destination touristique française après les régions Île-de- France, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes. 15 millions de touristes y ont été accueillis (dont un tiers d’étrangers) et plus de 37 millions de nuitées annuelles vendues uniquement dans le seul département de l’Hérault, ce qui représente 40 et 45 % de l’activité touristique régionale. En 2013, 5,3 millions de touristes ont séjourné dans les hôtels et les campings de la région pour un total de 27 millions de nuitées. Après une année 2012 en demi-teinte, la fréquentation touristique, sur l’ensemble de ces hébergements, est en hausse de + 3,1 % du nombre de nuitées en 2013, bien que la clientèle française se détourne légèrement des hébergements hôteliers (en diminution de – 2,5 % par rapport à 2012). C’est notamment la clientèle étrangère qui soutient la fréquentation hôtelière de la région (le bilan économique présenté ici reprend en grande partie, les analyses des chapitres de la publication régionale L’année économique et sociale 2013 en Languedoc-Roussillon, fruit d’une collaboration de différents services statistiques de l’État, regroupés au sein du Groupement de la Statistique Publique (GSTAT) et de la Banque de France, 2014).

Il est intéressant de noter que la croissance démographique du Languedoc-Roussillon est aussi la plus forte de France, après la Corse, avec en moyenne 27 180 habitants supplémentaires par an, entre 2006 et 2011. L’afflux de population a pour effet de dynamiser l’emploi et de renforcer la vocation résidentielle de l’économie régionale. L’attractivité touristique s’ajoute à l’attractivité résidentielle. Le Languedoc-Roussillon est à ce titre la deuxième région pour la part des résidences secondaires dans le parc de logements et la première région pour le nombre d’emplacements de camping. Le dynamisme économique de la région se traduit également par le plus fort taux de créations d’entreprises des régions françaises de métropole même s’il s’agit pour l’essentiel de toutes petites unités. En effet, « […] la région conserve la première place pour le renouvellement de son tissu productif. Au regard du stock d’entreprises, le nombre de créations demeure le plus élevé des régions métropolitaines, 16,2 % contre 14,4 % pour la France métropolitaine, malgré un repli de – 1 point par rapport à 2012 » (Millet – INSEE, 2013). Le Languedoc se révèle un paradoxe, car tout en créant cette dynamique entrepreneuriale et d’attractivité démographie, le territoire possède un taux de chômage des plus élevés.

Alors que dans cette région, le tourisme génère 7 milliards d’euros de recettes soit 15 % du PIB régional, pour représenter 7 % de l’emploi total régional soit près de 60 000 emplois et 20 000 entreprises, 15 millions de touristes et 100 millions de nuitées par an (selon Christian Bourquin, président de la région Languedoc-Roussillon en 2013). Les loisirs de plein air caractérisent une part non négligeable de l’activité touristique. Le réseau Occigène, qui regroupe les professionnels des loisirs de nature, comptabilise ainsi 160 000 pratiquants de loisirs « nature » parmi lesquels, les loisirs du nautisme (Ascensio, 2014). En effet, côté Méditerranée, le département de l’Hérault dispose de 19 ports de plaisance, 30 clubs de voile, 40 structures de canoë-kayak et 21 clubs de kitesurf intervenant sur 15 zones référencées par la fédération française de vol libre (FFVL). Le littoral du Languedoc-Roussillon offre tout ce que recherchent les riders en mal d’espace, notamment des sites naturels et ludiques que les kitesurfers et windsurfers s’approprient pour en faire des spots, c’est-à-dire des lieux favorables sur l’espace littoral pour la pratique d’un sport de glisse. Ils se caractérisent par de nombreux éléments dont l’orientation de la plage et son exposition au vent, le sens probable de la déferlante ainsi que la nature et la forme du fond marin qui influent sur la puissance et la forme des vagues en fonction de la houle.

La façade littorale du Languedoc-Roussillon possède un véritable potentiel en matière de navigation concernant quatre départements et trente communes. On y situe quatre grandes agglomérations à une dizaine de kilomètres de la mer (Montpellier, Béziers, Narbonne et Perpignan), avec une côte rocheuse et sauvage prolongeant 180 km de côte de sable fin et de nombreux étangs littoraux, des vents particulièrement adaptés, des canaux, forment pour ce bord méditerranéen un formidable réseau de navigation (Figure 1).

Le Languedoc-Roussillon se révèle également être une place référente de la filière « kite ». Le territoire accueille des fabricants de renommée mondiale (F-One et Takoon), des magasins, des écoles, des médias spécialisés (Stance et Kitesurf Magazine) et des associations (Figure 2). C’est la seule région, avec Maui à Hawaï, qui concentre deux fabricants reconnus internationalement (DRIRE, 2008).

Ce tissu artisanal encore embryonnaire, constitué exclusivement de très petites entreprises (DRIRE, 2008), contribue à enrichir une filière nautique régionale forte de 1 790 entreprises et de 6 600 emplois, avec des établissements d’excellence comme les lycées de la mer de Canet-en- Roussillon et de Sète, ou encore l’Institut nautique de Méditerranée à Saint-Cyprien. Avec plus de 15 000 pratiquants en Languedoc-Roussillon, le kitesurf est un moteur de développement de l’économie maritime dans la région (1).

Sur le plan institutionnel, convaincu que la Méditerranée et le vent représentent des atouts majeurs pour le Languedoc-Roussillon, le conseil régional agit pour la croissance bleue. Dans ce cadre, il soutient le Mondial du vent de Leucate, le Défi Wind et le Défi Kite de Gruissan, ou encore le Festi Kite de Villeneuve-lès-Maguelone. D’autre part, le conseil régional s’est engagé, sous l’impulsion de Christian Bourquin, ancien président du conseil régional du Languedoc-Roussillon (2010- 2014), à créer un Parlement de la mer (2). Mis en place le 11 juillet 2013, il a fédéré tous les acteurs concernés et les membres de la communauté maritime du Languedoc-Roussillon. Damien Alary, président actuel de la région Languedoc-Roussillon, poursuit cette action et a décidé de renforcer le Parlement de la mer en créant une délégation qui lui est dédiée, au même titre que toutes les grandes missions de la région. Didier Codorniou, viceprésident de la région, a été investi de la présidence du Parlement de la mer le 12 novembre 2014.

Ainsi, avec cette structure inédite, la région Languedoc-Roussillon entend affirmer sa compétence et sa stratégie de différenciation dans les activités liées à l’économie littorale, plus particulièrement celles liées au nautisme et au tourisme sportifs.

II • Kitesurf, la glisse au vent portant

Trajectoire unique d’un sport nautique inventé entre Palavas et La Grande-Motte à la fin des années 90 (3), le kitesurf a depuis été exporté sur toutes les plages du monde (Belliard & Legrand, 2010). En France, il y a 13 774 pratiquants licenciés FFVL (4), 794 compétiteurs, 305 moniteurs fédéraux, 133 écoles et 194 sites de kitesurf. Parmi les licenciés, 85 % sont des hommes, l’âge moyen des pratiquants se situe à 38 ans pour les hommes et 30 pour les femmes selon les statistiques de la FFVL. En dehors du Languedoc-Roussillon, cinq territoires ont développé des espaces de pratique sécurisés : dans le Nord (Wissant), en Picardie (Cayeux), en Charente-Maritime (La Palmyre), dans le Morbihan (Quiberon où se déroule l’examen du brevet professionnel d’instructeur de kitesurf à l’École Nationale de Voile et des sports nautiques), et en Normandie (du côté de Caen et Franceville). Toutefois, le Languedoc-Roussillon se distingue à la fois par son ancienneté et par le fait que toute la côte, de Perpignan aux Saintes- Maries-de-la-Mer, connaît un essor de ce sport de glisse. La région se révèle un lieu de pratique privilégié du kitesurf eu égard à son littoral maritime et au nombre de pratiquants qui augmente chaque année (enquête Profession sport & loisirs 34, 2014, p. 33).

 

Encadré n° 1 : Le Parlement de la mer

Le Parlement de la mer s’organise en trois grandes missions, liées à l’emploi, à l’aménagement durable du territoire et sur l’identité régionale commune. Ces missions sont les suivantes :

- fédérer, rassembler et représenter la communauté maritime du Languedoc-Roussillon, partager les connaissances et une vision commune ;

- faire émerger les besoins, les projets et les idées nouvelles, valoriser les innovations et les bonnes pratiques ;

- organiser le dialogue, le débat entre tous les acteurs de la mer et favoriser la compréhension mutuelle ;

- coordonner les initiatives des différents acteurs de la mer ; - éclairer les décisions de la région en partenariat avec le conseil économique, social et environnemental régional.

Afin que tous les résidents de la mer puissent participer au fonctionnement du Parlement, son organisation a été pensée pour représenter le plus largement la communauté maritime. Il se compose de trois instances : le Forum, l’Assemblée et le Bureau. Pour remplir ses missions, les conseillers travaillent en commissions autour de trois thématiques :

- activités, emplois et métiers d’avenir : la Méditerranée est un horizon d’avenir ; le Parlement de la mer propose et agit pour soutenir les emplois et développer l’économie de demain ;

- aménagements durables et environnement : parce que la Méditerranée est un cadre de vie, le Parlement de la mer propose et agit pour concilier, dans la durée, dynamisme démographique, attractivité et préservation des espaces fragiles ;

- coopérations et vivre ensemble : parce que la Méditerranée est un patrimoine commun, le Parlement de la mer propose et agit pour une communauté maritime solidaire, porteuse de l’identité régionale et moteur de coopérations élargies. Source : http://www.laregion.fr/57-le-parlementde- la-mer.htm

 

Encadré 2 : Historique et descriptif du kitesurf

Le kitesurf apparaît sur le territoire français dans les années 1987-1988. Ce sport a bénéficié du travail de recherche et de mise au point de Bruno et Dominique Legaignoux dans les années 1980. En effet, c’est en 1984 qu’ils déposent le brevet de l’aile marine, qui ne coule pas, flotte, redécolle lorsqu’elle est posée sur l’eau. La mise au point de la technique de navigation sur un flotteur se situe vers la fin des années 1980.

Le kitesurf est la branche nautique des glisses aérotractées (kite est la traduction anglaise de cerfvolant). Le pratiquant (kiter ou kitesurfer) se tient en équilibre dynamique sur sa planche, la propulsion est assurée par une aile aérotractrice. L’aile (que les riders appellent aussi le kite, le cerf-volant ou la voile) est reliée au pratiquant par des lignes, une barre de pilotage. La glisse s’effectue sur une planche qui peut être soit directionnelle (sa forme implique un sens de déplacement), soit twin tip (pas de sens de déplacement impliqué par la forme). Le pratiquant possède un harnais pour répercuter les efforts de traction et entraîner le déplacement. En reprenant le même principe de traction par un cerf-volant, mais en remplaçant le flotteur par une grande planche de skate (dirigeable par des trucks et développée pour descendre les pentes) en évoluant sur une surface roulable, que ce soit une plage, un parking ou un champ qui aura été coupé assez court, les pratiquants ont développé le Landkite ou Kite mountain board.

Source : Pôle ressources national sports de nature (2011).

Pour le grand public, le kitesurf reste un sport confidentiel. Pour cause, il ne bénéficie pas de la même ancienneté que les sports de glisse traditionnels tels que le surf ou le snowboard. Cependant, les entreprises et les passionnés constatent que les activités commencent à se développer. Aujourd’hui, le Languedoc-Roussillon est devenu le territoire le plus important en termes de regroupement mondial de fabricants de planches et de voiles de kitesurf, de réparateurs (La voilerie, Leucate Voilerie), d’écoles et de riders. « On est la région de France où l’on vend le plus de planches à voile et de kite et toute une industrie, on peut le dire, est en train de se mettre en place. On fabrique des planches à Leucate, on fabrique des voiles » souligne Monique Ching, 1re adjointe au maire et déléguée au tourisme et à l’événementiel. Le Languedoc-Roussillon peut donc être considéré comme LA région française du kitesurf.

Au-delà des lieux de pratique et d’un point de vue plus spécifique, le kitesurf en Languedoc- Roussillon concerne 15 000 pratiquants dont 2 000 licenciés FFVL (soit près de 15 % des licences nationales), 2 000 à 3 000 pratiquants réguliers et 4 000 à 5 000 pratiquants en saison non licenciés (CCI de Montpellier, Association KLR, 2014). Cette activité permet de générer 980 emplois, associés aux emplois indirects liés au tourisme, 120 acteurs économiques (revendeurs, écoles, fabricants, organisateurs d’événements, sportifs professionnels) autour de 12 champions du monde toutes disciplines kitesurf confondues (CCI de Montpellier, 2014).

Après avoir profité de la baisse d’engouement pour la planche à voile dans les années 90, le « kite » s’est installé durablement et solidement dans le paysage des sports de glisse. Les chiffres de l’essor industriel et économique de la pratique sont éloquents. En France, en une dizaine d’années, pendant la période de 2001 à 2011, les ventes de planches sont passées de 4500 à 8000 et d’ailes de 7 000 à plus de 17 000 (Pôle ressources national sports de nature, 2011). Que ce soit en termes de licenciés ou de vente d’ailes, le kitesurf est le sport qui a enregistré la plus forte progression ces dernières années (Figures 5a et 5b). Cependant, faute de statistiques, il est difficile de déterminer avec exactitude le nombre de personnes pratiquant le kitesurf en France. En effet, certains sont licenciés auprès de la FFVL, d’autres sont membres du réseau français des écoles de kitesurf, Prokite. Alors que d’autres s’adonnent librement à cette activité éolienne.

Comme le souligne la Fédération des industries nautiques (FIN – 2014), le domaine de la glisse tout en restant un secteur jeune et dynamique, connaît de fortes mutations depuis ces dernières années. De nouvelles pratiques sont apparues et les pratiquants adaptent, aujourd’hui, de plus en plus leur support en fonction des conditions météo rencontrées. Concernant le kitesurf, « la fréquentation des écoles et le nombre de pratiquants sont en hausse constante. Toujours plus nombreux, les néophytes se laissent tenter et deviennent de grands passionnés de ce sport proposant une glisse aéro-tractée inventé il y a plus de trente ans et commercialisé depuis une quinzaine d’années. Les chiffres présentés par les acteurs du marché français le confirment. La saison 2012/2013 enregistre une progression des ventes d’ailes de 4 % et le nombre de flotteurs vendus reste stable. Si les croissances sont moins fortes qu’à la fin des années 2000, le kitesurf peut se targuer d’une belle progression dans un marché national atone » (FIN, 2014, p. 31).

Au cours de ces dernières années, la transformation des structures d’encadrement pédagogique et l’amélioration du matériel ont connu une évolution fulgurante, contribuant à rendre la pratique du kitesurf beaucoup plus sûre et accessible au plus grand nombre (Boutroy, Soule & Vignal, 2014). En effet, les ailes, les planches et les accessoires bénéficient des progrès de l’aéronautique, de l’industrie des matériaux composites et des utilisateurs-pionniers (Hillairet, 2014) pour devenir des outils légers, performants et sécurisants, capables de produire des forces de traction considérables. Les types de cerfs-volants ont favorisé l’émergence d’activités diverses réunissant plaisir de la glisse et pilotage. Le kite permet de découvrir une nouvelle dimension de la glisse avec l’opportunité de se délester d’un matériel souvent bien encombrant comme la planche à voile.

L’image médiatique du kitesurf professionnel est positive, mais c’est un sport qui peut être apprécié et surtout pratiqué sans crainte par un large public, lorsque les consignes élémentaires de sécurité sont respectées. Ces dernières années, les fabricants, tout en considérant la mer comme terrain de jeu et le vent comme moteur, ont diversifié la pratique du kite permettant ainsi la naissance de nouvelles disciplines comme la vague, la longue distance et la vitesse, rendant cette activité accessible à une population plus importante et diversifiée. Les efforts dans les secteurs de la recherche et du développement (R&D) ont permis l’amélioration de l’utilisation du matériel et la sécurité facilitant ainsi l’enseignement et donc l’accessibilité aux plaisirs des sensations de glisse au plus grand nombre. Comme le souligne Nicolas Hulot, acceptant de parrainer l’édition 2014 de la Coupe d’Europe junior de kitesurf, les vertus du kite dans son aventure de liberté éducative restent à promouvoir : « […] le kite est un réservoir d’émotions inépuisables. Il combine des sensations multiples et agit sur vous comme l’antidote magnifique au stress et aux mauvaises ondes. Il est le sésame qui ouvre un horizon inespéré de liberté. Le kite vous mêle aux éléments et consacre les noces de l’eau et de l’air » (La Dépêche du Midi, 14 avril 2014).

« Ce succès de la pratique des sports de glisse s’est traduit sur un plan économique de façon très nette », souligne l’ancien responsable de la communication à la mairie de Leucate, Jacques Hiron. Dès 2010, ce sont 12 actions effectives sur les 29 prévues qui se sont déroulées autour du projet intitulé « Le kite, un potentiel unique en Languedoc-Roussillon ». L’objectif était d’identifier les axes stratégiques de développement économique et de proposer un programme d’actions collectives, destiné aux acteurs du kite, autour de mesures dites prioritaires, à savoir la création de nouvelles zones de pratiques et d’un label régional « zone kite ». Ce projet organisé par la Chambre de Commerce et d’Industrie de région Languedoc-Roussillon (CCIR-LR), en collaboration avec la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de Montpellier, l’appui financier de la Direction régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (DRIRE) et la société privée IDECO Marketing a facilité la structuration de différents spots.

Dans le cadre de la prochaine programmation des fonds européens 2014-2020, l’Union européenne a demandé aux régions d’élaborer une stratégie de recherche et d’innovation de spécialisation intelligente (Smart Specialisation Strategy, dite 3S). Finalement 7 domaines d’innovation transparaissent, notamment l’économie littorale, afin de développer des solutions originales pour des secteurs liés au nautisme. Et cela dans l’optique d’enrichir une offre intégrée de services/produits innovants liés à la filière régionale du kitesurf. En 2013, sur le site Internet de l’association KLR (Kitesurf Languedoc-Roussillon), Nicolas Caillou, designer, impliqué aux niveaux R&D et marketing dans l’entreprise Zeeko, s’exprimait au sujet de l’influence de l’association sur certaines perspectives à envisager. Le développement économique pouvait notamment favoriser le tourisme sportif en intersaison, en particulier, sur « des aménagements spécifiques et originaux des zones de pratiques qui vont permettre de mettre en place une offre touristique et d’activités innovantes. Il en découlera une augmentation de la fréquentation touristique liée au kitesurf. […] en informant sur l’actualité de la zone et sur les activités sportives culturelles, en organisant des zones avec des éléments spécifiques (structures gonflables, zones de chronométrage, gonfleur d’aile de kitesurf, aménagement favorisant la R&D), et en développant une offre touristique spécifique mettant en avant une activité pérenne en intersaison ainsi qu’un développement d’événements sportifs ».

Le profil du pratiquant de kitesurf en Languedoc- Roussillon permet d’envisager des perspectives de croissance intéressantes dans la région, berceau historique de la pratique. Selon l’enquête Profession sport & loisirs 34, le kitesurfer « type » est un homme, âgé de 30 à 49 ans, en emploi, de statut cadre et de niveau de pratique qualifié de bon à expert. Il réside dans une région côtière en Atlantique ou Méditerranée. Il se fournit, en matériel, principalement dans les magasins spécialisés de la région. En Languedoc-Roussillon, ce kitesurfer type pratique toute l’année. La saison d’été est la plus fréquentée et les périodes de vacances sont un autre moment privilégié. De nombreux kitesurfers favorisent les courts séjours pour pratiquer leur passion en Languedoc- Roussillon très majoritairement en mer et pour une minorité sur les étangs qui offrent des endroits plus faciles d’exercices lorsque le vent est trop violent en mer. L’accessibilité, l’orientation du vent favorisant cette pratique. La majorité des kitesurfers privilégie une pratique sécurisée et réglementée : zones balisées/dédiées. Les hauts lieux, en Languedoc-Roussillon, sont Leucate (Figure 6), Port-Camargue, Canet-en-Roussillon et La Grande-Motte. Le pratiquant de kitesurf en Languedoc-Roussillon est « installé » économiquement, son pouvoir d’achat est élevé et il n’hésite pas à consommer pour améliorer sa pratique. Il se déplace facilement sur le bandeau littoral, en fonction des conditions météo, et revendique aujourd’hui un confort de pratique qu’il n’arrive pas encore à trouver malgré les progrès (Roux, 2014).

III • Leucate ou l’économie du vent

Le littoral languedocien est fouetté par un vent violent, la tramontane (5) qui fut longtemps un frein au développement économique régional (DRIRE, 2008). Autrefois boudée par les vacanciers, cette côte attire désormais les amateurs de sports de glisse.

Le vent a toujours été perçu comme un frein au développement touristique. « À l’époque, c’était difficile d’utiliser le vent comme atout. Les communes, les villes comme Leucate ne l’utilisaient pas, le cachaient dans l’argumentaire » dixit Pascal Maka, organisateur du Mondial du vent (6). « C’était un frein à la naissance de Port-Leucate » rajoute Philippe Moncelet, Directeur de l’Office Municipal de Tourisme de Leucate. « Avant la commune de Leucate était tournée vers la terre, maintenant elle est tournée vers la mer » souligne Monique Ching. Depuis les années 2000, la situation s’est inversée : le vent est devenu un véritable atout, une authentique carte maîtresse du tourisme, liée aux activités nautiques. L’apparition et le succès des sports de glisse, comme le kitesurf, ont favorisé la mise en place d’une véritable économie du vent à Leucate. « Aujourd’hui, le vent sert à construire une activité économique autour de la tramontane, autour du vent aussi. C’est comme ça que c’est parti. Tout le monde travaille autour du vent » déclare Pascal Maka. « 10 % de la population active de la commune de Leucate travaille dans le monde de la glisse » souligne, quant à lui, Jacques Hiron, ancien responsable de la communication de la Ville de Leucate. Il évoque également que « le vent est une énergie renouvelable qui génère une force économique qui ne dépend pas que de la saison estivale, une force qui a fait jaillir une source de développement durable pendant les ailes de saison ». « Nous avons tout misé sur les événements avant et après saison. […] En juillet-août, on communique moins sur le vent, sur les sports de glisse parce que les gens viennent à la plage. Mais en hors saison, c’est important de dire : venez faire du sport » souligne Monique Ching.

 

Encadré n° 3 : Historique du Mondial du vent

« Le Mondial du vent s’est inscrit dans un phénomène presque naturel », souligne Jacques Hiron, ancien responsable de la communication de la Ville de Leucate. Pour le comprendre, il y a deux dates à retenir : été 1975, apparition des premières planches à voile à Leucate alors qu’elles n’étaient même pas encore vendues en France ; et 1978, le premier surfshop (en France) s’installe à Port-Leucate.

« Leucate a été, dans les années 70, colonisée par des personnes qui aimaient la planche à voile (des riders pros) et de là, cette tribu a, dans les années 80, cessé la pratique et s’y est installée, avec la mise en place de shops, de restaurants, divers hébergements. Et c’est un peu comme ça qu’est né le Mondial du vent » selon Philippe Moncelet, directeur de l’Office du tourisme de Leucate. « C’est un événement qui a été repris l’année suivante par la municipalité avec la volonté d’en faire un événement majeur et donc la municipalité y a mis énormément de moyens financiers. Et très vite, ça a accroché, on a trouvé les partenaires et 19 ans après, le Mondial du vent est ce qu’il est aujourd’hui. Parce qu’au mois d’avril, mars, après la sortie de l’hiver, alors qu’il y avait toujours énormément de vent sur cette destination, il fallait que ces nouveaux businessmen trouvent un moyen pour faire venir un peu de monde dans leur hébergement ou leur restaurant. D’où l’idée de créer un salon, un salon de la glisse avec une compétition. Et c’est comme ça qu’est né cet événement : le Mondial du vent ».

« Créé en 1998, le Mondial du vent a commencé par une épreuve de vitesse en windsurf. Ça a démarré tout petit : une tente, un resto, un chronométrage, 500 coureurs, une discipline » d’après Pascal Maka. C’est en 1998 que le kitesurf (flysurf à l’époque) fera sa première apparition lors de cette compétition en tant que discipline de démonstration. « Michel Py (à l’époque plus jeune maire de France) est à l’origine, avec quelques pratiquants de Leucate » de cet événement majeur. « La volonté politique a été un déclencheur, le maire a été à l’écoute, il a été un visionnaire dans ces options-là. […] Toute cette culture est le résultat de la vision du futur de Michel Py » dixit Pascal Maka.

Son succès populaire est le fruit d’un investissement de plusieurs années. « Tout le monde n’y croyait pas, c’est certain, parce que le vrai Leucatois au fond de lui, c’était la pêche, c’était les huîtres du grand étang, c’était le tourisme en été sur des périodes très courtes, de quatre à cinq semaines. Après la station retombait dans l’anonymat, parce qu’après août, plus personne ne venait en station, à part quelques week-ends. Aujourd’hui, les ailes de saison sont pleines : en avant saison, pendant la saison et après saison. Cela a permis de prolonger les ailes de l’année touristique grâce à l’utilité économique et à la pratique du kite, du paddle, de la planche et de toutes les disciplines » dixit Pascal Maka. « Avant le Mondial, les magasins étaient fermés et ouvraient seulement en juillet-août. Maintenant, les magasins sont ouverts d’avril à fin septembre » souligne Monique Ching.

« En 1998, il y avait eu un gros conflit entre les ostréiculteurs, les pêcheurs et les kitesurfers. Mais à partir de 2002, l’engouement a été plus important, tout le monde a travaillé ensemble. Le Mondial a eu un impact sur plein de personnesressources qui ont décidé de développer les activités. Les gens ont compris que c’était un événement porteur, le Mondial a été un élément déclencheur » dixit Pascal Maka.

En 2001, « la municipalité s’est rapprochée des services des riders pour l’organisation de cet événement. Elle rémunère deux personnes à temps plein pour s’occuper de l’organisation du Mondial du vent » dixit Philippe Moncelet. Aujourd’hui, le Mondial du vent est une marque déposée.

 

Avec la présence permanente du vent, la station balnéaire de Leucate est une destination prisée des windsurfers et des kitesurfers du monde entier (Européens, Américains, Australiens, Brésiliens). Son emplacement, à la sortie des Corbières, en fait un spot d’exception où vent marin et tramontane permettent aux riders d’assouvir leur passion. De par sa position favorable, Leucate offre aux touristes l’opportunité, entre autres, de pratiquer des sports de glisse dans une atmosphère où nature et culture s’associent pour le mieux (Northcutt, 1996). Avec 300 jours ventés par an et un souffle régulier (un vent side/onshore(7), toutes les conditions sont présentes, dans la commune, pour la pratique et l’organisation de compétitions de windsurf et de kitesurf « le Mondial du vent ». Au fil des années, le Mondial du vent s’est imposé comme l’événement international de référence de kitesurf et de windsurf, pour devenir aujourd’hui le 1er événement en France. Le rayonnement du Mondial du vent a fait de Leucate une place forte des sports de glisse sur le plan national et international.

IV • Méthodologie de l’étude

L’objet de cet article est d’analyser un événement sportif utilisé comme un outil de développement territorial. L’idée est de caractériser que ce type de manifestation peut être un levier de développement à la fois économique et touristique pour un territoire, aussi bien à court qu’à long terme. Tout en nous appuyant sur l’économie du vent développée par le territoire et à travers la pratique du kitesurf, nous tenterons de démontrer que le Mondial du vent constitue un atout majeur et promotionnel du tourisme sportif (8) pour la ville de Leucate.

La recherche ici questionne donc l’influence d’un événement sportif sur la proximité territoriale. In fine, l’objet est de déterminer l’impact de la production d’un événement comme le Mondial du vent à l’échelle d’un territoire géographique restreint comme celui de la ville de Leucate. Un territoire répond aux mêmes exigences marketing d’attractivité et de préférence qu’une marque. Il s’agit, plus précisément, dès lors que l’on évoque le marketing territorial d’attirer des habitants, des touristes et des entreprises. Ce champ de recherche, née au début des années 1990, apparaît particulièrement intéressant, pour comprendre les stratégies de développement d’un territoire. En effet, la notion de marketing est connue de tous, mais souvent mal maîtrisée. Lorsqu’il s’agit d’étudier ce domaine envisagé dans le cadre de l’action territoriale, il y a alors des notions à définir pour ne pas tomber dans le lieu commun. Du point de vue du marketing, le territoire se révèle donc être un espace porteur d’enjeux où des projets vont être mis en place pour le promouvoir. Ces projets sont portés et ne peuvent exister que par l’action d’acteurs aux intérêts divers. Pour Bonnet et Girard (2012), le marketing territorial est « l’étude des relations entre ces espaces à enjeux et leurs acteurs dans l’objectif d’optimiser le développement local ». Ce dernier sera conditionné par la seule capacité des acteurs locaux à définir une vision stratégique commune pour le territoire,

ainsi qu’un plan d’actions. Comme le soulignent Hautbois et Desbordes (2008), les objectifs sont divers et dépendent principalement du contexte qui entoure le territoire. Pour Gollain (2014), « le marketing territorial est l’effort collectif de valorisation et d’adaptation des territoires à des marchés concurrentiels pour influencer, en leur faveur, le comportement des publics visés par une offre différente et attractive dont la valeur perçue est durablement supérieure à celle des concurrents ». Le marketing territorial est donc assimilable à un ensemble de méthodes, d’outils et de bonnes pratiques consistant à renforcer l’attractivité d’un territoire. Comme évoqué précédemment, il y a donc la nécessité de travailler à l’échelle d’un espace géographique pertinent pour le public ciblé, plutôt qu’à l’échelle définie d’un territoire administratif comme la région ou le département. Comme le souligne Di Méo (1991, pp. 169-170), « à partir du moment où l’on accepte de prendre en considération l’espace vécu, on ferme la porte aux certitudes territoriales d’une géographie plus traditionnelle. La région, espace vécu, « n’est pas un objet ayant quelque réalité en soi », nous a appris A. Frémont ». « […] la prise en compte des représentations nous permet d’approcher la nature profonde d’un espace des hommes qui ne se résume ni à la région de l’économie, ni à la région administrative, ni à la région naturelle ».

Dans le cadre de notre enquête, s’en tenir à une analyse ciblée sur la région du Languedoc- Roussillon ne semble pas approprié. Il convient donc d’utiliser une échelle qui soit plus proche des caractéristiques locales telles que le tissu artisanal et commercial. Se pose alors la question du rayonnement de l’événement, objet de notre travail. Du fait de l’absence d’études préalables menées pour déterminer les impacts de cette manifestation, la voie la plus appropriée semble de chercher à en percevoir les effets à l’échelle locale, c’est-à-dire de la ville en particulier de Leucate. Cela permet de réduire le champ d’étude à un espace géographique plus restreint, pour analyser des données significatives qui pourront prendre sens auprès des acteurs locaux.

Le recueil des données présentées provient de quatre entretiens semi-directifs réalisés auprès de personnalités impliquées dans et autour de l’événement : Pascal Maka, organisateur sportif du Mondial du vent ; Philippe Moncelet, directeur de l’Office du tourisme de Leucate ; Monique Ching, 1re adjointe au maire et déléguée au tourisme et à l’événementiel et Jacques Hiron, ancien responsable de la communication de la Ville de Leucate. L’examen d’articles de journaux régionaux complète cette méthodologie. Cette recherche documentaire a consisté à analyser la presse locale depuis les bases de données bibliographiques Factiva, Europresse (9), Mediapart et Worldpress. Le recueil de littérature scientifique concernant les mots-clefs « kitesurf, kitesurf & Leucate, Mondial du vent » s’est effectué en consultant 12 autres bases de données.

 

Encadré 4 : Cadre théorique retenu pour cette étude

En France, depuis les années quatre-vingt, la géographie, considérée alors comme la discipline de l’analyse spatiale, s’enrichit du mot « territoire ». Une multitude de définitions apparaît, et celles qui ont trait à la dimension politique ou éthologique deviennent plus complexes. Dès lors, la notion de « territoire » n’est plus seulement un espace sur lequel s’exerce une autorité limitée par des frontières politiques et administratives. Elle devient un système spatialisé, mettant en relation une multitude d’agents et d’objets matériels et immatériels.

Pour les auteurs, le territoire est un système complexe qui doit être abordé de manière globale. Les outils mis en oeuvre pour l’étudier doivent intégrer la diversification et la complexité des dimensions sociales, politiques, économiques et environnementales. Il faut également considérer l’ensemble des usages du territoire, sur la base d’une occupation, d’une appropriation et participation de plus en plus active, de la population, des représentants de la société civile, des acteurs institutionnels ou professionnels, ruraux et urbains.

Ainsi, le territoire est une « construction sociale, il résulte des interactions entre les acteurs et les activités et peut s’analyser en tant que réseau de relations. C’est aussi un cadre, un contexte, un environnement au sein duquel s’inscrivent ces relations, c’est le support de ressources. C’est également un espace approprié par les acteurs et dont les ressources sont valorisées, qui conditionne le déroulement des activités et les capacités d’interaction entre les acteurs tout en générant de nouvelles potentialités et de nouvelles opportunités. Enfin, c’est un lieu d’enjeux » (Lardon et al., 2001).

V • La contribution du Mondial du vent au développement territorial de Leucate

Gard, Hérault, Aude et Pyrénées-Orientales : tous les départements du littoral languedocien possèdent leurs spots de glisse. Le Languedoc- Roussillon accueille les plus importantes compétitions nationales, européennes et mondiales. Certains événements sportifs peuvent servir de tremplin pour le développement touristique, c’est le cas du Mondial du vent (Leucate), le Trophée Saint Clair (Sète), le Défi Wind (Gruissan). Ce sont des manifestations qui donnent une renommée mondiale au territoire en termes de sports de glisse et plus particulièrement de kite (Duchet, 2013). Plus spécifiquement, le Mondial du vent est une épreuve internationale en kitesurf et windsurf, qui se déroule, chaque année, pendant les vacances de Pâques, dans la station balnéaire de Leucate-La Franqui, située entre Narbonne et Montpellier. L’événement rassemble chaque année, plus de 160 000 spectateurs sur 9 jours (Midi Libre, 8 décembre 2013) et semble posséder des retombées économiques : « L’investissement de la commune est de 400 000 € et le retour recette immédiate est de 200 000 €, pour un retour média de 4,5 m€. Le retour sur investissement est multiplié par dix », selon Philippe Moncelet. La renommée du Mondial du vent a permis, à la ville de Leucate, d’organiser, depuis 2007, l’unique manche française du circuit de la Coupe du Monde de kitesurf en freestyle (PKRA). Le public de passionnés se retrouve au bord de l’eau pour participer, ou admirer, les différentes compétitions de haut niveau comme la compétition de kitesurf freestyle, la SOSH Cup (vitesse entre windsurf et kitesurf), la SOSH Cup Pro-Am (longue distance kitesurf entre professionnels et amateurs), et les Stand Up Paddle Days (parcours de 15 km avec le vent dans le dos). En plus des compétitions professionnelles, sont proposées des initiations au Stand Up Paddle, à l’aile de traction, des ateliers pour enfants (création de cerfs-volants, ateliers éducatifs et de sensibilisation sur l’eau et l’environnement). Jacques Hiron rajoute que « c’est aussi un « salon de l’essai » au cours duquel les fabricants, petits et grands, viennent présenter leurs dernières nouveautés en matière de windsurf, de kitesurf et de char à voile ».

En 2010, la plage de La Franqui fut classée par le quotidien national France Soir, 4e plage la plus propre et la plus agréable du littoral, des côtes bretonnes à la Méditerranée juste derrière les trois destinations exceptionnelles que sont les plages de Saint-Clair au Lavandou (Var), de Santa Giulia à Porto Vecchio (Corse) et de La Nartelle à Sainte-Maxime (Var). La station balnéaire de Leucate gagne aussi en crédibilité avec les commentaires de la journaliste Marie-Laure Hardy qui ajoute que « la plage est située au pied des falaises calcaires du Cap Leucate, aux abords d’un ancien village de pêcheurs. Très venté, ce spot de kitesurf et de funboard est à conseiller à tous les amateurs de sports nautiques ». En effet, en kitesurf, comme en planche, La Franqui est un spot réputé pour sa vitesse. Sa particularité est que le vent souffle de la terre, et de ce fait, les riders peuvent vraiment raser la plage et s’envoler au profil du spectacle, des sensations fortes, du plaisir entre ciel et mer. Très souvent les conditions sont optimales pour faire de Leucate un véritable stade de kite, au pied de la falaise. Pour la chaîne d’informations télévisées américaine CNN International, le spot de Leucate – La Franqui est classé parmi les douze meilleurs sites européens pour pratiquer surf, kitesurf, windsurf et stand-up paddle. (L’Indépendant, 10 juin 2013).

D’autre part, le spot de La Franqui est singulier à plus d’un titre, hormis des statistiques de vent parmi les trois plus importantes d’Europe, il se compose de plusieurs zones de kitesurf officialisées en mer et d’une plage offrant un espace de pratique sécurisé (elle fut la première en France). On y retrouve également le Kitesurf Leucate (KSL), deuxième club français de kitesurf en termes d’effectifs avec 241 adhérents à la fin de l’année 2014. Sur 98 clubs français en 2014, le KSL vient d’être classé deuxième en compétition freestyle et vitesse par la FFVL. De plus, en marge des stages réservés aux jeunes et de l’initiation à la pratique du Landkite (ou Kite Mountainboard), l’association sportive a été choisie pour organiser en 2015 deux épreuves majeures : le championnat de France de freestyle et de vitesse. Un réseau de professionnels agissant au sein du réseau des Écoles françaises de Kitesurf (EFK, réseau FFVL) et des structures d’accueil adaptées aux sportifs et stagiaires viennent compléter cette singularité.

VI • Un événement structurant

En quelques années, Leucate a su devenir LE spot méditerranéen de référence pour tous les amateurs de kitesurf et windsurf grâce à des conditions idéales. Depuis les années 2000, les acteurs politiques locaux n’ont eu de cesse d’encourager le développement de cette économie de la glisse en créant, entre autres, le Mondial du vent en 1998. Mme Ching souligne que ce dernier est « le point de départ de la saison touristique pour la ville de Leucate » (troisième budget communal du département). La ville est aujourd’hui connue et reconnue comme l’un des moteurs du rayonnement culturel et sportif de la Narbonnaise, de l’Aude et du Languedoc-Roussillon. D’après Philippe Moncelet, « il y a un retour qui est important : il ne se fait pas sur une ou deux typologies d’acteurs de l’économie locale. C’est sur l’intégralité de l’économie locale, mais aussi régionale puisque lorsque l’on parle de votre destination au 20 heures de TF1 en plein mois d’avril, ce n’est pas la station de Leucate sur lequel il y a un focus, c’est toute la région Languedoc-Roussillon ». Par ailleurs, Monique Ching souligne « qu’il y a un impact important au-delà de l’Aude […] les retombées média sont très importantes. C’est toute une région qui bénéficie de cet événement » (10).

Dans le domaine du rayonnement, plusieurs exigences guident les choix de l’action de la ville pour des événements de grande qualité, de proximité et à la diffusion exceptionnelle. D’un côté, offrir, quel que soit l’âge, de vrais moments de plaisir, de partage et de découvertes avec la population locale. De l’autre, permettre à toute une région d’être connue et reconnue auprès des touristes pour la qualité de ses loisirs et de ses sites touristiques. « Le focus autour du sport nous permet avec cet événement de 9 jours d’avoir une visibilité dans tous les médias spécialisés d’une année, ce qui fait qu’on parle de Leucate tout le temps, et ça, sur une communication complètement gratuite » […] « La station touristique de Leucate avec la commune voisine de Gruissan représente la moitié des nuitées touristiques du département (de l’Aude) » soit au total 8 millions de nuitées pour l’année 2014, souligne Philippe Moncelet.

Autre signe notable du développement économique local, l’implantation des magasins spécialisés. Il y a 10 ans Leucate en comptait seulement 2. Aujourd’hui ils sont une dizaine qui prospère grâce à l’engouement du kitesurf. « Pour un shop, le chiffre d’affaires annuel va de 700 000 € à un million d’euros. L’école de kite, 25 000 à 30 000 € annuel et l’école de voile 450 000 à 500 000 € annuel » d’après Philippe Moncelet. « En 2009, un magasin a même fait +24 % de chiffres d’affaires » comme l’indique Monique Ching. Dans certains commerces, le personnel est passé de deux à une dizaine d’individus pour multiplier le chiffre d’affaires par 7 ou 8. Aujourd’hui, c’est près de 270 emplois, plus de 30 % des emplois sur la commune qui sont directement ou indirectement liés aux sports de glisse à Leucate. Ces chiffres considérables s’expliquent par le fait que « les shops qui sont ici ont réussi à éliminer toute concurrence à proximité immédiate » selon Philippe Moncelet.

Il est important de préciser qu’étant donné la temporalité de l’événement, l’impact touristique sur l’économie locale reste non démontré scientifiquement. Aucune étude de marché n’a été réalisée par la commune de Leucate afin de mesurer les retombées économiques de l’événement sportif. « Nous n’avons pas de chiffres ou de données qui expliquent la renommée ou les retombées du Mondial du vent pour la ville de Leucate », souligne Monique Ching. Cette absence d’indicateurs ne nous permet pas d’objectiver les retombées directes liées à la pratique du kitesurf sur le territoire leucatois.

« Leucate compte aujourd’hui huit surfshops, neuf écoles de kite et deux écoles de windsurf ouvertes toute l’année, une base de char à voile et une école de voile » d’après Philippe Moncelet. Tous les amateurs de glisse qui viennent pratiquer à Leucate sont aussi des consommateurs et ils constituent une clientèle supplémentaire pour les commerçants locaux. « Cela représente 12 % de notre clientèle touristique, ce qui est énorme parce qu’elle est présente de mars jusqu’au mois de décembre donc elle permet d’animer une activité économique, sur la station, quasiment toute l’année » toujours, selon Philippe Moncelet. Certains types de services se sont créés grâce à eux, comme l’hébergement. « On a une résidence de tourisme spécialisée dans l’accueil des riders et un camping spécialisé dans l’accueil des riders et ça, on est la seule station du littoral français à proposer ce type d’accueil » dixit Philippe Moncelet. C’est ainsi qu’est née la première structure spécialisée de ce type en 1983 : le camping Mer, sable et soleil est équipé de mobil-homes, et occupé en majorité par des windsurfers. « Le gérant s’est adapté à cette pratique (le kite), à cette manne économique et il cible une clientèle qui vient pratiquer » selon Pascal Maka. Plus tard, d’autres établissements comme le Fun Hôtel et le Leukos ont été réalisés pour recevoir cette clientèle sportive. En 2010, « une aire d’accueil pour campingcaristes a été créée avec des emplois à la clé » dixit Monique Ching. Aujourd’hui, la commune de Leucate dispose de trois aires de camping-cars proches des spots de kitesurf et de windsurf (à Leucate Plage, à La Franqui, et à Leucate Village).

D’autre part, comme le souligne Pascal Maka, « le Mondial du vent est à l’origine de l’implantation de nouveaux acteurs économiques et industriels comme la société DOLL Kiteboarding ou Sea Clone (fabricant de planches de kite), Genetrix (fabricant d’ailes de kite). Sur la ZAC de Leucate, on a un fabricant de lattes gonflables sur mesure » (l’entreprise Wanikou). « Notre politique est d’aider de jeunes entreprises dynamiques et innovantes à s’installer sur la commune, dans le domaine de la glisse » souligne Monique Ching, comme la société Maverix, spécialisée dans les skateboards électriques. Depuis 1999, la ville de Leucate dispose d’une structure innovante, le Sky Fly, qui permet de pratiquer le kitesurf, en toute sécurité, sur la plage, grâce à un cerf-volant de traction relié à un grand mât pivotant. Afin de faire franchir au kitesurf une nouvelle étape de sa structuration et de son développement, la FFVL a désigné Leucate comme premier Centre National Excellence Kitesurf Languedoc-Roussillon (CNEK). Suite à la reconnaissance du kitesurf comme sport de haut niveau en février 2013 et dans le cadre du parcours de l’excellence sportive (11) (PES) mis en place par la FFVL, le CNEK permettra la prise en charge de la discipline, en encadrant l’accès aux compétitions internationales de référence et en permettant d’accueillir ponctuellement les équipes de France de kitesurf. L’engagement historique des acteurs locaux se voit ainsi récompensé en faveur de la promotion du kitesurf et de l’ensemble des sports de glisse. Prochainement implantée à La Franqui, la structure portera un double projet : mettre en valeur la vie sportive et la vie scolaire/universitaire ; apporter un suivi médical et psychologique. « Aujourd’hui, l’équipe de France vient s’entraîner à Leucate, on a un pôle Espoir qui a été créé, des jeunes sont hébergés toute l’année » souligne Monique Ching. Cela permet de « monter en gamme et d’accueillir une nouvelle clientèle toute l’année » surenchérit l’adjointe au maire.

VII • Une contribution limitée

La singularité du territoire leucatois et les relations qui se tissent avec le Mondial du vent incitent à la prudence dans notre analyse et à la formalisation de limites géographiques, politiques et environnementales. Malgré l’exposition d’un sport éolien en plein essor, des faiblesses et des difficultés apparaissent notamment dans la gestion de l’afflux pendant la pleine saison. La commune de Leucate doit faire face à l’accueil massif des touristes en haute saison. La population permanente a été estimée à 3 710 habitants en 2010, contre plus de 72 000 en période estivale. Ce qui a conduit la station balnéaire à redimensionner ses équipements collectifs : réseau d’eau et d’assainissement, parcs de stationnement, collecte et traitement des déchets ménagers, équipements riders et culturels notamment. En 2009, la commune de Leucate a dû entre autres, réaliser une nouvelle station d’épuration pour un montant de 14,5 M€, pour faire face à la variation importante de ses besoins en période estivale.

La conscience environnementale s’est développée autour des pratiques sportives de nature avec l’élaboration de chartes et d’actions pour réduire l’impact sur l’environnement (12). La pratique du kitesurf au contact des éléments naturels invite à la prudence et au respect de la nature, à l’apprentissage de gestes de la vie quotidienne, plus respectueux de l’environnement, plus soucieux d’une éthique de responsabilité. Cette activité sportive aide à prendre en compte la vulnérabilité de la biodiversité et de la rapidité des phénomènes de dégénérescence. Pourtant, certains acteurs politiques ou environnementalistes viennent entraver le bon développement de l’événement sportif comme le souligne Pascal Maka : « les écologistes sont trop radicaux, ce qui a occasionné la fermeture de plusieurs spots à Leucate ». Philippe Moncelet illustre ces restrictions d’accès à la pratique : « on est touché par les zones de nidification des oiseaux de passage ».

Selon l’enquête Profession sport & loisirs 34 (2014, p. 34), la très grande majorité des pratiquants de kitesurf en Languedoc-Roussillon est sensibilisée à la protection de l’environnement, notamment ma sensibilisation au réseau Natura 2000, principalement par le réseau fédéral FFVL. Les pratiquants de kitesurf sondés, dans leur quasitotalité, adaptent leur pratique aux éventuels impacts environnementaux qu’elle pourrait susciter en utilisant les moyens mis à leur disposition – zones dédiées, poubelles collectives, panneautage/ information. Ils déclarent à la quasi-unanimité être prêts à suivre les règles et orientations qui leur seraient soumises. Il faut malgré tout relativiser ces propos : même si les riders privilégient une pratique sécurisée et réglementée du kitesurf, ils sont également sujets à des conflits d’usage liés principalement à la notion de « territoire de pratique ». Ces derniers se concentrent principalement avec les pêcheurs, les chasseurs et les autres pratiquants de loisirs nautiques.

En termes de gouvernance, celle-ci semble être toute relative. « Il y a un conflit d’étiquettes politiques, ça ralentit le développement » d’après Pascal Maka. « Il y a une reconnaissance politique, mais quand il faut agir et donner du fric, il n’y a plus personne. Il y a également un manque de reconnaissance de la part de la région (Grand Narbonne). Elle donne seulement une enveloppe de 25 000 € pour le Mondial ». Jacques Hiron conforte le propos sur le fait que « le Conseil Général du Languedoc-Roussillon (Majorité socialiste) n’apporte aucune subvention à cet événement. C’est le maire (Michel Py) qui arrivait, avec ses relations au gouvernement, à trouver des subventions auprès du Ministère de l’Équipement par exemple (sousentendu, quand la Droite gouvernait) ». Une diatribe sur l’implication ou pas du politique est difficile à appréhender rationnellement, mais qui a toutefois valeur de témoignage venant d’un des principaux organisateurs de l’événement. L’élaboration d’indicateurs nécessaires à l’évaluation des manifestations sportives reste nécessaire pour souligner les problèmes de choix des villes. Cependant, selon les études de Georges Calixte (2006), il semble que les décisions de politiques sportives s’organisent sur quatre stratégies de légitimation : l’appropriation de fait des compétences par les acteurs politiques, la construction d’un référentiel de l’action publique, le contrôle de l’inscription des problèmes à l’agenda politique et la mise en place d’un réseau. Sur le plan organisationnel, le Mondial du vent et Leucate sont arrivés à terme : la ville est urbanisée à 30 % avec 70 % d’espaces verts. « On ne peut plus s’agrandir aujourd’hui, construire de nouveaux équipements, c’est quasiment impossible. La seule chose que l’on réussit à faire, c’est requalifier des établissements, c’est la seule dynamique que l’on peut mettre en place. On n’a pas d’espace de pratique qui peut se développer puisqu’on est sur un espace naturel. On a la même problématique que les stations de montagne avec les pistes de ski » souligne Philippe Moncelet. Sur le plan des infrastructures, la ville de Leucate doit faire face aux problèmes rencontrés pour les accès des plages : « l’accès auto ne peut plus se faire, La Franqui est un cul-de-sac […]. On est obligé de faire de grand parking de délestage avec des systèmes de petits trains » souligne Jacques Hiron. C’est pourquoi le Mondial du vent se doit d’évoluer : « On doit changer d’organisation sur le plan logistique et changer de cible. Actuellement, on est sur une cible sport/famille, on doit passer à une cible sport. Il faut que les passionnés reviennent, on est en perte de visiteurs » précise Philippe Moncelet.

Conclusion

Depuis les années 2000, la ville de Leucate a réussi progressivement « à faire du vent un ami » comme le souligne Monique Ching. Ce dernier constitue, aujourd’hui, une énergie renouvelable qui génère une force économique tout au long de l’année, une force qui a fait jaillir une source de développement économique et durable sur ce territoire. En effet, la station balnéaire a su s’adapter au développement croissant de la pratique du kitesurf, pour en faire ensuite une ressource touristique. En multipliant les événements sportifs et culturels (Sol Y Fiesta et Voix d’étoiles), cela lui a permis d’allonger et de développer une offre touristique de hors et pleine saison. Il en est de même pour son capital image13 : « le Mondial du vent permet de confronter la forte vocation nautique et maritime de la commune […] forge une image médiatique dont les retombées contribuent directement à la promotion de la commune […] » souligne Jacques Hiron.

Dans cette dynamique, Leucate a su créer un événement grand public, structurant et attractif : le Mondial du vent. Preuve du savoir-faire et de l’attractivité du territoire leucatois, il constitue, aujourd’hui, un atout majeur du tourisme sportif local et représente un support de communication actif utilisé dans de nombreux supports promotionnels : site internet, flyers…

Pour la ville, ce type d’actions de très grande valeur permet donc le développement de sa notoriété régionale et de son capital territorial (Bessy, 2013), justifiant l’utilisation du marketing territorial événementiel par les acteurs politiques locaux (Ferrand et Chanavat, 2006). La station balnéaire doit maintenant pérenniser cette résonance locale à l’échelle nationale. Cela permettra ainsi la venue de nouveaux partenaires/sponsors pour le Mondial du vent mais également de nouveaux capitaux d’entreprises pour la filière du kitesurf, et en faire ainsi un pilier de l’avenir de la commune de Leucate.

Malgré cela, la station balnéaire est devenue « dépendante » du Mondial du vent : « c’est simple, s’il n’existait plus, cela porterait préjudice à la station, sur beaucoup de points », souligne Philippe Moncelet. C’est pourquoi les organisateurs et la municipalité se doivent de le faire évoluer. Dans un premier temps, il serait opportun d’identifier et de valoriser les avantages compétitifs de l’événement, pour ensuite les croiser et les mutualiser avec les caractéristiques positives du territoire leucatois. Cependant, cette vision prospective ne pourra se réaliser sans la mise en place d’une stratégie touristique commune, concrète et lisible en matière de sport de glisse, et ce, à l’échelle régionale. Les 16es assises du tourisme d’octobre 2014 sous l’égide de la CCI de Narbonne autour du thème de l’événementiel sur le littoral audois révèlent cette préoccupation d’évaluer avec précisions les retombées des événements sportifs (Mondial du vent, Défi Wind, Défi Kite et Championnat de France kitesurf junior) qui rythment, depuis plusieurs années, la vie sportive, économique et touristique. Il s’agit dorénavant d’évaluer avec précisions les retombées de ces événements pour enrichir l’attractivité de la région et ainsi, favoriser l’implantation touristique de façon pérenne.

Source : http://www.tourisme-leucate.fr/

 

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1 Cf. Figure 3.

2 Cf. Encadré 1.

3 Cf. Encadré 2.

4 Cf. Figure 4.

5 Nom donné à plusieurs vents soufflant vers le Golfe du Lion. En Catalogne et en Languedoc, il s’agit d’un vent du nord-nord ouest.

6 Cf. Encadré 3.

7 C’est un vent parallèle et légèrement en direction de la plage. Source : DRIRE Languedoc-Roussillon 2008.

8 Dans cette expression, qui émane des collectivités territoriales et du secteur du tourisme, la dimension économique des activités prime. Les dimensions éducatives, hygiénistes ou sportives passent au second plan. En Amérique du Nord, cette expression a un sens très différent, et renvoie au tourisme sportif événementiel (des touristes qui viennent sur un site pour un spectacle ou un événement sportif). François Beauchard, « Sports de Nature. De quoi parle-t-on ? », Cahier Espaces n° 81, mai 2004.

9 Cf. Tableau.

10 Afin de « rompre avec le sens commun » (Bourdieu, Chamboredon & Passeron, 1967), nous avons adopté une posture intellectuelle de distance critique et accepté les limites pour « lire et traiter » les informations récoltées auprès de notre échantillon.

11 Le PES succède aux Filières d’accès au sport de haut niveau depuis le 1er juillet 2011. Il est constitué d’un réseau de structures permettant la détection, l’entraînement et l’accès au plus haut niveau.

12 Enquête Profession sport & loisirs 34.

13 Sans parler directement de cause à effet, depuis 2011, l’office de tourisme travaille son image de « station dynamique, sportive et connectée », en développant sa stratégie d’implication sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Tweeter, refonte du site Internet). L’agence de social média We Like Travel, accompagnant les professionnels du tourisme sur les réseaux sociaux a désigné Leucate second meilleur Office de Tourisme de France par son taux d’engagement sur Facebook, avec « 7 500 fans, et 160 000 personnes touchées par semaine », précise Philippe Moncelet.

 

Cet article a été écrit par :

Philippe Campillo Maître de Conférences, Faculté des Sciences du Sport et de l’Éducation Physique Université Lille Nord de France (EA4110) philippe.campillo@univ-lille2fr

Guillaume Richard Maître de Conférences, Faculté des Sciences et Métiers du Sport Université de Valenciennes et du Hainaut Cambrésis (EA1384) guillaume.richard@univ-valenciennes.fr

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