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La voile change de cap

Denis Cheminade • denischeminade@gmail.com

Chiffres clés
• 1 065 clubs.
• 34 400 habitables, 17 000 dériveurs, 9 000 catamarans, 8 000 planches à voile.
• 251 000 licenciés : 90 000 femmes, 161 000 hommes ;
• 49 000 en région Sud, 31 000 en NouvelleAquitaine, 17 000 en Occitanie, 54 000 en Bretagne.
• 155 000 passeports voile régionalisés.
• 12,5 millions d’euros de budget.
• 10 séries olympiques.
• Des activités qui vont de la course au large, au Match Race (coupe de l’America), au Kiteboard (dit Kitesurf) et à la voile tradition.

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La voile change de cap

dynamic team struggle to the regatta sailing ship

© ©yanlev - stock.adobe.com

La Fédération française de voile s’est fixé comme objectif de passer de 300 à 500 000 licenciés. Ambitieux et atteignable estiment les dirigeants à condition de modifier les rapports de la fédération aux adhérents et aux clubs. Et de concilier le sportif et le loisir.

Le Salon nautique 2018 vient de se terminer sur une note positive. « Nous venons de traverser une crise de dix années. En 2008, le marché de la plaisance s’est effondré. Même si, grâce à l’export, la France a mieux amorti cette crise, elle a été violente mais nous en sortons progressivement », explique Éric Mabo, délégué général adjoint de la Fédération des industries nautiques. Les raisons ? la situation économique naturellement mais pas seulement : « L’économie de la plaisance historiquement centrée sur la propriété est en train de changer. Auparavant, pour accéder à la voile, il y avait deux solutions : s’inscrire dans un club ou acheter son embarcation. Aujourd’hui, on voit se développer de nouvelles formules : propriété partagée, location assistée, co-navigation, location avec skipper… qui pour certaines posent des problèmes réglementaires », analyse le délégué.


Nouvelle équipe


Ces évolutions interpellent les acteurs de la pratique nautique. La fédération a fait le choix historique de gérer à la fois le compétitif et le développement. « Mais dans la mesure où certaines politiques nationales attachent parfois beaucoup d’importance au sportif, il peut être difficile d’intervenir avec le même niveau d’efficacité dans ces deux domaines ». C’est dans ce contexte que, à l’issue des Jeux olympiques de Rio, une nouvelle équipe emmenée par Nicolas Henard s’installe en 2017 à la tête de la Fédération française de voile (FFV). Double champion olympique dans la catégorie Tornado en 1988 (Séoul) et 1992 (Barcelone), jeune (né en 1964), au cursus atypique de professeur d’EPS puis HEC avec une brillante carrière dans le monde de l’entreprise, sa campagne préfigure ses orientations : 200 000 km parcourus pour aller à la rencontre des clubs et faire de la FFV une « fédération de clubs » et principalement de « passer d’une fédération de 1000 clubs à une fédération de 1 000 clubs en bonne santé ».


Réforme en cours


Une ambition qui s’appuie sur une évolution importante de la gouvernance fédérale. «Depuis dix ans, les effectifs de la fédération plafonnent au-dessous des 300 000 licenciés. Avant même les déclarations de la ministre des Sports (3 millions de pratiquants de plus en 2024), le président avait fixé un objectif de 500 000 licenciés. C’est un objectif ambitieux et atteignable », souligne le directeur technique national Jacques Cathelineau. « Mais cela nécessite de changer de braquet, de modifier nos rapports aux adhérents et aux clubs. Le contrat fédéral est considéré comme daté, ne correspondant plus aux nouveaux champs sociaux et économiques. Une réforme est à l’étude qui pourrait être présentée à l’AG 2019. »



Priorité à l’efficacité


Atteindre cet objectif oblige à interroger les orientations et actions de la fédération. Depuis plusieurs décennies, la FFV a fait des grands efforts pour professionnaliser ses structures à travers une orientation vers l’économie et le recrutement de personnels salariés « mais cela ne doit pas constituer la seule réponse aux évolutions. Les collectivités attendent de nos structures qu’elles les aident aussi à répondre aux questions sociétales, tout ne se résume pas à l’économie », poursuit le DTN constatant que « même avec le recours à l’économie, la professionnalisation des directeurs, nos structures ne sont pas encore au niveau pour répondre à des appels d’offres de délégation de service public quand cela est envisagé par la collectivité, même si le secteur des clubs de voile a su générer un marché de l’emploi conséquent, permanent et pérenne ». En cette période de ressources rares, la priorité doit être donnée à l’efficacité. Le DTN rejoint ainsi Éric Mabo pour qui « la saisonnalité des activités pourrait peut-être être appréhendée de manière un peu différente, à l’image du ski par exemple ? ». Des orientations qui annoncent de profonds changements. Et on sait combien les fédérations sont sensibles à tout ce qui remet en cause les fonctionnements habituels. « Pas question de forcer qui que ce soit à agir sous la contrainte », explique le DTN. « Nous souhaitons avancer avec les volontaires et là où les conditions sont réunies. Et nous ne laisserons personne sur le bord du chemin. Il sera toujours temps pour ceux qui le veulent de se joindre au mouvement ». 

 

Contractualisation avec les régions et les EPCI 

Anticiper, proposer, concentrer les moyens sont les maîtres mots de la démarche fédérale. Comme pour la création des nouvelles régions, domaine où la fédération avait pris de l’avance au point, dans certains cas, d’avoir réalisé les fusions de ligue avant la mise en place effective de la nouvelle organisation régionale. « Nous avons choisi de procéder par étapes. Dans un premier temps, nous avons sélectionné trois régions sur lesquelles nous faisons porter nos efforts (lire encadré). Nous avons conduit un état des lieux pour y repérer la concordance d’une volonté politique volontariste, le poids du nautisme et nos capacités, analysé les domaines dans lesquels la voile pouvait apporter un soutien aux politiques de la région, formulé des propositions que nous avons présentées aux décideurs régionaux. Nous en sommes à la contractualisation. À chaque fois, la fédération , garante de l’efficacité de la maîtrise d’œuvre, est partie des conventions, aux côtés de la ligue et de Jeunesse et sports. Et nous mettons les moyens », poursuit le DTN. « Je détache un cadre national pour quinze à dix-huit mois pour piloter la mise en place du plan d’action ». Une démarche bien acceptée en interne, en particulier par les clubs, et appréciée par les collectivités. En trois ans, tout le territoire national devrait être couvert. La méthode devrait ensuite être déployée à l’échelle des EPCI

 

3 régions pilotes pour les conventions territoriales

Région Sud : c’est Marseille qui accueillera les épreuves de voile dans le cadre de Paris 2024. L’occasion pour l’exécutif régional de fédérer ses partenaires afin de dynamiser et renforcer la filière nautique à travers un « plan Voile et nautisme 2018-2024 » doté de 21 millions d’euros sur plusieurs années et prévoyant des équipements structurants au bénéfice de tous. Une des missions de la voile (150 clubs) sera de « tourner les résidents vers la mer afin de ne laisser personne en dehors de l’événement ». Le programme « voile itinérante (un package avec matériel, remorque et encadrement) » contribuera à développer la voile scolaire en animant les plans d’eau intérieurs. Dans les ports, la fédération animera des communautés de plaisanciers dans l’esprit « ceux qui savent aident ceux qui ne savent pas ». Objectif : faire naviguer les bateaux ventouses.

Nouvelle-Aquitaine : 720 km de littoral, 33 ports, 51 000 emplois : la nouvelle région concentre le surf français (ex-Aquitaine) et la plaisance (ex-Poitou-Charentes). La voile (100 clubs) contribuera à la construction d’une identité régionale nautisme forte et plurielle et « au mieux vivre en Nouvelle-Aquitaine » en développant des animations sur les plans d’eau intérieurs.

Occitanie : la fédération a fait apparaître que, en dehors de la saison touristique, la région était le rendez-vous des experts européens de la glisse. La tramontane (prévisible et stable) et la diversité des plans d’eau (littoral maritime et 60 plans d’eau intérieurs de plus de 30 h) garantissent des conditions de pratique exceptionnelles. Le mondial de la glisse réunit chaque année 3 000 participants. La fédération « mettra ses 80 clubs au service de la mer » qu’il s’agisse d’animer les ports (25), d’apporter des solutions aux problèmes environnementaux (sentinelles de la mer) ou de régler des conflits d’usage : installations de pontons au large des plages pour le départ des kytesurfs, évitant ainsi les accidents avec les baigneurs. Sans oublier le fort patrimoine de gréements traditionnels qui pourrait être mobilisé dans le cadre de la voile scolaire.

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