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La prévention du vieillissement par les activités physiques au niveau municipal : diversité et fragilité

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La prévention du vieillissement est un axe fort des politiques de santé au niveau français et s’inscrit dans un contexte mondial et européen incitateur. Les activités physiques et/ou sportives font partie intégrante des dispositifs proposés et les encouragements à leur pratique sont multiples. C’est au niveau local que se met en place réellement l’organisation de la prévention à destination des populations vieillissantes mettant en jeu un maillage complexe d’organismes (caisses de retraites…), d’associations (sportives ou spécialisées dans la prévention…) et de collectivités territoriales… Nous portons dans cet article le regard sur le niveau municipal pour envisager la manière dont la prévention du vieillissement au moyen des activités physiques est prise en charge par les acteurs afin de mettre au jour leurs modes d’actions et leurs marges d’innovation en la matière. Trois formes d’actions ont été repérées dans l’enquête de terrain correspondant à trois formes d’engagements. Chacune témoigne des difficultés de la commune à organiser une véritable politique de prévention du vieillissement, a fortiori en mobilisant les activités physiques.

I • Introduction

Dès les années 1970, l’Organisation des Nations Unies pointe les conséquences économiques et sociales du vieillissement de la population. Parallèlement, au niveau scientifique les connaissances sur les liens entre pratique physique et santé se structurent avec par exemple, dès 1975, des recommandations de l’American College of Sports Medecine. L’Organisation Mondiale de la Santé leur confèrera dès 1999 une place à part entière au sein du processus de prévention du vieillissement (OMS, 1999). Ainsi la pratique physique deviendra un des piliers du vieillissement réussi (Trincaz, 2008) et du vieillissement actif (1) prôné par l’OMS (OMS, 2002). S’inscrivant au coeur du projet européen « Healthy Ageing » lancé en 2004 (2), la France fait de la lutte contre la sédentarité des personnes de plus de 50 ans une priorité notamment au travers du plan national Bien-vieillir (3) (PNBV, 2007-2009). Les différents plans nationaux ou internationaux proposent divers outils de mesure de l’état de santé des populations vieillissantes ainsi que des recommandations (4) pour maintenir, améliorer ou recouvrer un état de santé satisfaisant. Les plans proposent aussi la stimulation du monde sportif associatif et des actions au niveau local. Ainsi par exemple, l’axe 3 du PNBV est-il consacré à la promotion des APS (5) et présente des mesures en faveur de la pratique et d’une meilleure efficacité et lisibilité de l’environnement sportif… Par ailleurs d’autres programmes proposent des aménagements urbains (pistes cyclables, parcs accueillants…) propices à l’activité physique. Par exemple, le label « Bien vieillir-Vivre ensemble » (6) et le label « Villes Amies des Aînés » (7) qui lui fait suite, témoignent de la volonté de dynamiser la prise en charge des aînés au niveau communal par la valorisation des initiatives permettant la pleine participation, et intégration, des seniors dans la vie de la cité.

La décentralisation des politiques publiques à partir du début des années 1980 a permis une appropriation locale des politiques nationales et a stimulé les initiatives locales. La redistribution des compétences dans le cadre des lois de décentralisation fait la part belle aux départements dans la politique gérontologique mais la commune peut mener une politique sociale globale notamment à travers le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS).

Ainsi la prévention du vieillissement concerne les différents niveaux de l’action publique. L’articulation des échelles (Faure, Leresche, Muller, Nahrath, 2011) demeure au coeur des concrétisations des orientations dont l’échelle communale est le principal rouage (Frinault, Le Saout, 2011). La perspective Top Down (Lascoumes, Le Galès, 2012) pensant l’articulation des politiques du niveau international, au niveau national puis local comme un système d’emboîtement logique est un modèle dépassé (Hassenteufel, 2011). Le niveau communal est à lui seul un univers relativement indépendant où se joue un jeu complexe articulant politiques sportives (Hashar-Noé & al., 1998) et politiques vieillesse (Gucher, 1997) diversifiées prenant vie dans un environnement collectif et une équipe municipale (Sibertin-Blanc, 2008) et dont les actions sont souvent hétérogènes d’une commune à l’autre. Dans ce contexte local, les associations ont un rôle important et entrent en interaction avec les projets municipaux donnant ainsi naissance à différentes formes d’actions.

Nous nous intéresserons dans cet article aux différentes formes que peuvent prendre des projets de communes dans la prise en charge de l’activité physique des publics âgés et plus précisément dans la prévention du vieillissement, axe majeur des politiques nationales et internationales. Il ne s’agira pas de regarder les clubs des communes qui prennent en charge un public senior mais de nous centrer sur les actions des services municipaux (CCAS et service des sports notamment) dans le montage de projets dans lesquels ils sont particulièrement impliqués. Notre enquête par entretiens (8) a été menée au sein des différents services de cinq communes de l’est parisien et d’associations sportives (FFEPGV (9), FFEPMM (10), UFOLEP(11) ou spécialisées dans la prise en charge des personnes âgées (ADAL (12), Siel Bleu (13) qui se donnent pour but la prévention du vieillissement et dont la présence au niveau communal est particulièrement importante.

Nous avons pu mettre au jour trois types de projets : les projets ponctuels et limités dans le temps qui prennent souvent la forme d’ateliers ou de manifestations, les projets suivis en coordination avec une association, les projets institutionnalisés dans des structures municipales pérennes. L’analyse de ces projets sera l’occasion d’examiner le fonctionnement municipal dans la prise en charge de l’activité physique du public âgé et dans la politique de prévention du vieillissement, de montrer dans quel contexte ces projets se développent et les difficultés rencontrées dans l’action concrète pour la prévention du vieillissement que les instances politiques internationales et nationales appellent de leurs voeux mais dont la réalisation pratique pose de nombreux problèmes.

II • Ateliers et Semaine bleue : une mise en valeur à moindre coût de l’action municipale

L’action municipale dans son ensemble et plus précisément en matière de prévention du vieillissement se concrétise souvent autour d’événements rassemblés dans le temps. Dans le cadre de notre enquête deux types d’actions de cette nature ont émergé. L’animation de la Semaine bleue d’une part et la mise en place d’ateliers de prévention du vieillissement d’autre part.

La Semaine bleue trouve son origine dès 1951 avec la « Journée des vieillards » (14) dont le but était de faire une quête afin de subvenir aux besoins des plus nécessiteux. Fruit d’une longue évolution (15), elle se transformera en « Semaine bleue » en 1977. Organisée sur une semaine, ou moins, elle permet aux acteurs travaillant auprès des aînés d’organiser des animations pour informer et sensibiliser l’opinion sur la contribution économique, sociale et culturelle des personnes âgées. Ainsi à B. dans le 77, la commune organise à cette occasion des randonnées pédestres, une rencontre sportive intergénérationnelle avec le club de pétanque associant les jeunes du conseil municipal des enfants et des seniors :

« C’est très convivial, tous les gens qui ont envie de participer à cette Semaine bleue, font dans la semaine des activités sportives, des activités ludiques dans le sens où effectivement, la randonnée pédestre permet aussi de découvrir la faune, la flore, et profiter un petit peu de la richesse de notre territoire… ». (Élue en charge des personnes âgées).

Dans les différentes communes observées nous pouvons constater que durant la Semaine bleue des événements dont la mairie s’attache à faire la promotion sont programmés. Ainsi nous retrouvons des conférences sur divers thèmes (alimentation, voyage, succession, prévention des chutes, santé, aménagement du domicile, etc.), des ateliers informatiques, des tournois amicaux de jeux, des activités physiques (tournois de pétanque, randonnées pédestres), après-midi dansants, dictées intergénérationnelles, etc. Plusieurs des villes observées s’inscrivent dans ce projet mais les animations restent cependant souvent limitées.

D’autres formes d’événements sont aussi proposées sous la forme d’ateliers. Des fédérations sportives (comme la FFEPGV ou la FFEPMM) ou des associations (comme Siel Bleu ou ADAL) sont porteuses de programmes de prévention à destination des seniors et les proposent aux différentes municipalités. Ainsi par exemple, la FFEPGV propose-t-elle trois ateliers spécifiques : Gym’Mémoire®, Gym’Équilibre® et Gym’Autonomie®. Ces ateliers (16) se font sur une période de plusieurs semaines (12 pour Gym’Mémoire® par exemple) et comportent des tests initiaux et finaux. La FFEPGV prend ainsi en charge une quarantaine d’ateliers dans une quarantaine de communes de la région parisienne. Elle est particulièrement active sur ces ateliers au niveau communal en raison de son maillage territorial par le biais des associations qui permettent de rendre disponibles des éducateurs spécialisés (c’est-à-dire ayant reçu la formation spécifique GV sur ces ateliers). Le lien avec les mairies et plus précisément avec les CCAS se fait par l’intermédiaire du PRIF (17) (Prévention Retraite Ile de France) pour la prévention des chutes (18) :

« La mairie finance cet atelier en payant mais aussi en mettant à disposition une salle. Et éventuellement un système de transport pour aller chercher les gens chez eux. Il y a des supports mis à disposition. Ils s’occupent aussi du recrutement des personnes qui participeront à l’atelier. Le PRIF fait une offre de service aux municipalités, les associations étant alors prestataires de services » (directeur technique GV 77).

Sur l’atelier équilibre plusieurs fédérations et associations interviennent avec leurs programmes spécifiques : Gym’Équilibre® pour la FFEPGV, ADAL ou Siel Bleu, Programme PIED (19) pour la FFEPMM.

Les ateliers sont des actions ponctuelles qui permettent aux CCAS de proposer des animations en direction de la prévention du vieillissement pour les personnes âgées de la commune pour un coût modique. Le montage financier n’est en effet pas très coûteux pour les communes : « Un atelier de groupe coûte à peu près 1 200 euros par exemple pour la prévention des chutes. Il y a 800 euros versés par le PRIF, 450 euros pour la commune mais les participants payent en général 30 euros. En bref, la prise en charge pour la commune est de 150 euros » (directeur technique GV 77). D’autres structures peuvent financer, comme l’Agence régionale de santé (ARS) pour les ateliers Mémoire. L’intérêt des communes pour ce genre d’activité est variable. Certaines peinent à mobiliser leur population âgée : « Par exemple à D. (toute petite commune) on a 70 personnes et à M. une ville de 40 500 habitants c’est pareil !!! On rencontre de tout dans les mairies. » (directeur technique GV 77), « Par exemple, le programme D-marche, c’est 15 personnes que tu formes… La mairie de M. (20) a trouvé cela génial mais a précisé qu’ils ne trouveraient pas 15 personnes ! » (Employé ADAL). Les ateliers sont souvent à destination des publics les moins fragilisés et des seniors actifs. En outre, ils sont circonscrits à quelques semaines et ne s’inscrivent pas dans un projet suivi de prévention du vieillissement : « Quand on anime… on propose un atelier à un CCAS, une fois que le programme se termine, les personnes rentrent chez elles. » (GV 77), « un atelier dure un trimestre et qu’est-ce qu’il y a après ? Si c’est pour faire 13 séances et s’arrêter. L’atelier mis en place n’a aucune rentabilité » (directeur ADAL). L’objectif est souvent de proposer une gamme vaste d’activités sans que le projet de prévention soit vraiment porté au niveau de la mairie : « Souvent ça sert à faire une belle plaquette, une bonne communication. Mais l’investissement réel dans la prévention est très faible » (employé ADAL).

III • Des projets coconstruits dans la durée avec le monde associatif : un investissement aléatoire dans la prévention du vieillissement

Dans certains cas, les actions mettent en présence une ou des associations et les services communaux dans le cadre d’un projet global dont la vocation est de durer dans le temps. C’est le cas par exemple de communes qui ont intégré le programme D-marche de l’association ADAL. Cette dernière a proposé 60 programmes D-marche dans environ 50 communes en 2014. L’idée du programme est de favoriser la marche au quotidien au travers d’une formation, d’une appréhension de l’environnement immédiat, d’un contrôle de l’activité par un podomètre et d’un suivi par l’intermédiaire d’un site Internet dont l’objectif est de construire une communauté de D-marcheurs et de lier les projets des personnes y participant.

« C’est concrètement un événement très particulier d’une demi-journée… Cette formation est très importante car elle met en place cette notion de communauté liée au programme, elle permet de remettre le podomètre dans des conditions particulières […]. C’est une formation qui dure trois heures, une heure sur les bienfaits de l’AP […] Le rapport Toussaint, tout le monde en parle, la marche est une activité physique à part entière. Donc il faut réintégrer la marche dans le quotidien. Donc une partie sur l’AP et une partie prévention […]. Il y a en général un gros déclic notamment chez les seniors. Et une deuxième partie, c’est le podomètre. On leur apprend à l’utiliser […]. Il y a donc un temps de formation à l’utilisation de l’outil. Troisième temps, on travaille sur les freins : j’ai pas le temps, il pleut tout le temps, j’habite en montagne… Comment on amène les gens à réfléchir à leur vie de tous les jours et comment ils peuvent insérer des quantités de pas. D’autant que toutes les études scientifiques montrent les bienfaits de la marche… » (responsable ADAL).

Le principe est celui d’une délégation du savoirfaire selon les différentes configurations locales : « Vous allez au fin fond du 77 dans une petite commune il n’y a que des bénévoles… et encore. Vous allez dans la ville de Paris, vous avez des salariés qui peuvent s’occuper de l’accompagnement et organiser ces temps où les gens se regroupent. Il faut proposer des modes d’action qui correspondent à chaque cas de figure » (responsable ADAL).

Le programme se pense en collaboration avec les communes dans un projet global. Par exemple, dans la ville de C dans le 94, le projet a intégré la participation d’une géographe de la santé afin de réfléchir à l’aménagement urbain et rendre les stations de RER accessibles à pieds : « On a formé des gens dans le programme D-marche qui ont été suivis par la géographe de la santé et ont travaillé sur les déplacements dans la ville ». Dans une autre ville du 94, la formation au programme D-Marche est prise en charge par un éducateur et une association subventionnée par la mairie :

« Tous les retraités jouent le jeu. L’animateur, il adore la randonnée alors il propose des randos avec les outils D-marche… Il est payé par la ville. Ça fait partie de son job. Il est payé par l’association Le Forum qui fait partie de la ville » (responsable ADAL).

On peut noter aussi que certaines communes s’impliquent financièrement dans des cours collectifs adaptés au public âgé, pris en charge par des associations (comme Siel bleu par exemple) en finançant une partie de ceux-ci :

« Certaines communes paient la moitié de l’adhésion des personnes aux cours collectifs, ce qui revient pour les personnes à 30 euros par trimestre. On est donc à 90 euros par ans et bien en deçà des tarifs des clubs. Certaines communes appliquent un tarif au quotient familial. C’est un peu compliqué mais cela fonctionne bien » (responsable départemental Siel bleu).

L’organisation passe souvent par une association locale car l’implication financière du CCAS est un peu « problématique car qui dit facturation dit délibération dans les conseils, c’est une simplification financière » (idem). Cette association peut être un centre socioculturel associatif (comme dans l’exemple de D-marche) ou un club du 3e âge…

Dans ce cas, l’investissement des communes dans un projet de prévention est bien plus avancé que dans les cas précédents. À partir d’un système collaboratif, la ville peut valoriser un projet transversal touchant le CCAS, le service des sports mais aussi, parfois, l’urbanisme… La prévention est pensée de manière beaucoup plus systémique et s’inscrit dans un temps plus long. Néanmoins, la structuration du projet et sa durée dans le temps sont très fragiles et dépendent de l’adhésion au projet initial qui résulte surtout de « rencontres et de la motivation des personnes de la commune qui veulent s’impliquer » (Employé ADAL) ainsi que des moyens que la commune accepte de mettre en jeu pour pérenniser l’action.

IV • Un projet institutionnalisé sur le long terme : une implication sectorielle de la commune

Nous avons observé dans une commune du 77 de 22000 habitants, la création d’une école municipale multisports pour seniors. Sport-Loisir (SL) a été créée le 17 septembre 1996 par le coordinateur des sports de la commune. Celui-ci a répondu à une demande du Maire de l’époque qui souhaitait rassembler ses citoyens autour d’une activité, d’un lieu. En effet, la topographie de la commune étudiée présente un éclatement entre quatre pôles géographiques qui divisent la population :

« […] quand on parle de marche en forêt, c’était un lieu de rencontre pour échanger avec des gens qui étaient dans des endroits géographiques totalement différents… » (coordonnateur des sports).

SL a alors eu pour première vocation de rassembler géographiquement mais aussi socialement les habitants. La découverte et la pratique physique et/ou sportive n’ont été qu’un prétexte. Aujourd’hui forte de dix disciplines proposées, elle rassemble environ 250 adhérents et intègre des objectifs liés à la prévention du vieillissement par l’activité physique et la participation sociale. L’objectif est de proposer des animations sportives quotidiennes. SL est ainsi ouverte à tous les habitants âgés de plus de 50 ans. Outre l’activité physique dispensée, les maîtres mots sont la convivialité et la sympathie, permettant aux adhérents de se retrouver ensemble car nombre d’entre eux sont isolés. Elle offre de l’activité physique à la carte et adaptée à son public (par exemple, le tennis est du « mini-tennis » avec des balles en mousses et des petites raquettes) tout comme les plages horaires :

« Ça a été créé en fonction des spécificités du public senior. Par exemple, le mercredi ils gardent souvent les petits-enfants, donc ça, j’en ai tenu compte pour la création de SL. Ce qui m’a aussi permis de dire «Je vais le faire PENDANT les horaires scolaires » (coordonnateur des sports).

Les prix sont en outre particulièrement faibles (21), la mairie s’engageant financièrement dans ce projet. Le recrutement d’un éducateur spécialisé pour le public senior témoigne aussi de l’investissement dans la structure. En outre, l’école est pensée pour faire le lien avec la pratique associative proposée dans la commune :

« Ils ont une première approche du sport qu’ils ne connaissent pas forcément… […] Voilà, la dame en tennis par exemple, elle découvre, elle joue et ça lui plaît et hop, elle va vers le club de la commune qui propose du tennis… » (éducateur sportif).

Dans ce cas, la mairie a pris sous sa responsabilité avec le service des sports la dynamisation de la pratique physique pour les personnes âgées ce qui reste peu fréquent dans les observations que nous avons menées où très souvent cette tâche est déléguée entièrement aux associations sportives de la commune qui selon leurs configurations (en termes de projets et d’activités) accueillent plus ou moins de seniors mais souvent assez peu. Néanmoins, cette action n’est pas pensée en collaboration avec les services concernés par les personnes âgées, notamment ici le CCAS qui reste extérieur à toute l’organisation de l’école des sports et qui de son côté propose des ateliers de prévention (mémoire, équilibre…) parfois à la même population. Le mode d’organisation de l’activité physique des communes est en partie responsable de ce constat. En effet, dans la ville observée seul le service des sports s’intéresse à la pratique physique des seniors, le CCAS étant bien plus centré sur les services à domicile et l’animation sociale (22) : « le centre social est distinct de nous, bien sûr que l’on travaille en partenariat mais on n’a pas le même budget, on n’a pas les mêmes… enfin voilà, les organes de décision ne sont pas les mêmes… » (directrice du CCAS). L’activité physique de nature sportive est laissée au service des sports qui de son côté délaisse le travail sur la prévention pour favoriser la dimension sociale alors que le CCAS s’occupe de la prévention mais dans le cadre d’activités physiques très réduites à la prévention de la dépendance. Cet éclatement est d’ailleurs souligné par les acteurs associatifs intervenant au niveau local :

« On n’a pas forcément de contacts. On ne sait pas à qui s’adresser. Par exemple une commune, comme S (dans le 94), tu as deux élus aux personnes âgées… Tu peux être sûr que rien est fait. Qui fautil aller voir pour faire une action ? On a des responsables de CCAS qui ne savent même pas ce que l’on  peut mettre en place au niveau préventif » (employé ADAL). En outre, l’intercommunalité mise en place pour certaines petites communes complexifie souvent encore l’organisation des activités pour les personnes âgées. Ainsi par exemple, MH (commune de 7 000 habitants) a un CCAS mais dépend aussi d’un Centre Social Intercommunal (CSI). Le CCAS de MH ne fait rien en termes d’animation ou de prévention (il se concentre sur les prestations sociales) et délègue cela au CSI. Mais le CSI ne fait rien de spécifique pour les personnes âgées non plus et, lors de notre entretien, son directeur précise que ce domaine est du ressort de la commune. Notons néanmoins que certaines structures de coordination peuvent rendre les contacts plus faciles. C’est notamment le cas des CLIC (centre local d’information et de coordination) (23) :

« Le CLIC est un partenaire privilégié pour nous. Il permet des contacts, par exemple il permet de contacter des CCAS et des foyers logements gérés par les CCAS. Les CLIC jouent leur rôle de coordination. C’est un des partenaires privilégiés pour organiser les rencontres » (responsable départemental Siel bleu).

 

Conclusion

Ces trois exemples nous permettent de tirer quelques conclusions concernant la prise en charge de la prévention du vieillissement au moyen des activités physiques et sportives au niveau local de la commune. La première constatation est celle de la fragilité de la mobilisation autour de la prévention du vieillissement en général et a fortiori par les APS. Les programmes restent très hétérogènes sur le territoire étudié et dépendants de motivations individuelles ou de rencontres entre des promoteurs de la prévention (par exemple les associations étudiées) et des responsables municipaux réceptifs à leurs projets. Force est de constater que les projets ambitieux sont extrêmement rares et que la prévention du vieillissement ne prend pas vraiment corps au niveau des politiques municipales même dans les communes comportant une forte proportion de personnes âgées ou de taille importante.

Il nous semble que l’organisation municipale ne favorise pas la structuration d’une véritable politique de prévention du vieillissement. Gucher (op. cit.) montre que les politiques sociales municipales s’articulent autour de trois piliers tous présents mais avec des niveaux de priorités différents : l’assistance aux plus démunis, l’insertion sociale qui donne lieu à de nombreuses actions municipales (associations de soutien (24), services d’aide à domicile subventionnées par les communes…) et l’action sur la santé/médicalisation (maintien des personnes dépendantes dans leur logement…). Dans cette perspective, la prévention du vieillissement n’est pas un secteur encore très investi. On observe de surcroît une dissociation de la politique préventive entre deux logiques dont l’articulation est rarement envisagée : une logique du bien vieillir et une logique sociosanitaire (Billé, Martz, 2010). La première est déléguée, pour la pratique physique, aux associations prenant en charge les APS et s’adresse aux seniors actifs, la seconde reste centrée sur des priorités sociales et médicales. Le travail sur l’activité physique au sein des CCAS de manière globale reste, de fait, assez peu investi si ce n’est sous la forme de quelques ateliers épars. L’activité physique est davantage prise en charge par le service des sports mais dans ce cas, le public cible est essentiellement le public jeune, ou délégué complètement aux associations sportives la plupart du temps et le versant sportif prend le pas. Le public senior n’est souvent pas le coeur de cible des clubs sportifs (25) et peu d’aménagements spécifiques sont proposés par les différentes activités sportives aux différentes tranches d’âge correspondant à la population vieillissante. De fait, le public âgé peu sportif ou fragilisé ne trouve pas de lieu d’accueil pour pratiquer une activité physique adaptée.

Si d’une manière générale, dans le domaine des personnes âgées, Guillemard (1986) a montré que la politique publique ne pouvait pas être considérée selon une logique purement descendante, des sommets de l’État vers les acteurs de terrain mais qu’au contraire, certains acteurs locaux – qualifiés d’innovateurs périphériques – ont joué un rôle moteur dans l’élaboration et la diffusion de nouvelles normes constitutives de la politique vieillesse à partir de la fin des années soixante, on ne peut pas dire que les innovations locales en matière de prévention du vieillissement au moyen des AP soient très dynamiques et témoignent d’une réelle ambition, bien que les élus locaux soient sensibles à ces problématiques (26). Comme le souligne Argoud (2012), les élus locaux se rendent compte que la dépendance est un problème qu’il faut anticiper, une politique préventive est un moyen clairement identifié pour éviter les phénomènes d’isolement, de dépendance dont pourraient souffrir leurs administrés. Ainsi un des responsables locaux de Siel bleu souligne-t-il l’accroissement du souci préventif :

« Il y a quelques années je n’avais pas beaucoup d’appels des communes pour demander un programme d’actions préventives maintenant quand même le mot prévention revient plus souvent. Avant, mettre en place des choses de ce type était très rare, c’est un peu moins rare aujourd’hui » (responsable départemental Siel bleu).

La mise en pratique de réelles mesures préventives s’avère cependant peu effective. Comme le précise Argoud (op. cit.) : une politique préventive suppose de promouvoir une action publique intersectorielle mobilisant de nombreux leviers afin de pouvoir agir sur les trajectoires de vie des individus : habitat, transport, formation, vie sociale, santé, valorisation de l’utilité sociale des retraités… Or, elle se heurte à une diversité et une fragmentation des actions comme nous avons pu le montrer.

 

Bibliographie

American College of Sports Medicine. (1975). Guidelines for graded exercise testing and exercise prescription. Lea & Febiger.

Argoud, D. (2012). La prévention : un nouveau référentiel pour une politique du vieillissement ? Gérontologie et Société, (5), 93-100.

Billé, M., & Martz, D. (2010). La tyrannie du « bien vieillir. », Lormont : Le Bord de l’eau.

Faure, A., Leresche, J.-P., Muller, P., & Nahrath, S. (2007). Action publique et changements d’échelles : les nouvelles focales du politique. Cambridge : Cambridge Univ Press.

Frinault, T., & Le Saout, R. (2011). Communes, intercommunalité et action sociale. Les contraintes d’un changement d’échelle territoriale. Revue Française Des Affaires Sociales, (4), 115-134.

Gucher, C. (1997). L’action gérontologique municipale : une entreprise de définition de la vieillesse et de ses pratiques. Paris : Éditions L’Harmattan.

Guillemard, A.-M. (1986). Le déclin du social : formation et crise des politiques de la vieillesse. Paris : Presses universitaires de France.

Haschar-Noé, N., Bayeux, P., Klein, G., Vigneron, J. (1999). Les politiques sportives et les services des sports des villes françaises de plus de 3 000 habitants. Revue Européenne de Management du sport, n° 1, Voiron : PUS, 159-208.

Hassenteufel, P. (2011). Sociologie de l’action publique. Paris : Armand Colin.

Lascoumes, P., & Le Galès, P. (2012). Sociologie de l’action publique : domaines et approches. Paris : Armand Colin.

Ministère de la santé et des solidarités, Ministère délégué à la sécurité sociale, aux personnes âgées, aux personnes handicapées et à la famille, & Ministère de la jeunesse, des sports et de la vie associative. (2007, 2009). Plan « Bien Vieillir ».

Organisation Mondiale de la Santé. (1999). Journée mondiale de la santé Restons actif pour bien vieillir.

Organisation Mondiale de la Santé. (2002). Vieillir en restant actif. Cadre D’orientation : Contribution de l’OMS À La 2e Assemblée Mondiale Des Nations Unies Sur Le Vieillissement.

Organisation Mondiale de la Santé. (2007). Guide mondial des villes-amies des aînés. World Health Organization.

Sibertin-Blanc, M. (2008). La culture dans l’action publique des petites villes. Un révélateur des politiques urbaines et recompositions territoriales. Géocarrefour, 83(1), 5–13. Sweden, & National

Institute of Public Health. (2004). Healthy ageing : a challenge for Europe.

Sweden, Stockholm : National Institute of Public Health.

Trincaz, J., Pujalon, B., & Humbert, C. (2008). La lutte contre le vieillissement. Gérontologie et Société, (2), 23–37.

 

1 La notion de « vieillissement actif », issue des travaux réalisés par Alan Walker (2002) dans le cadre d’une étude commanditée par la Commission Européenne, est développée initialement par l’OCDE et la Commission européenne et renvoie essentiellement au vieillissement productif et à la sphère du travail (comme nous le verrons dans la deuxième partie). Ce sont essentiellement l’OMS et l’ONU qui développeront une conception élargie du vieillissement actif qui s’étendra ensuite. Ainsi La Commission européenne définit-elle l’année 2012 comme celle du vieillissement actif, ce dernier renvoyant à trois points centraux : l’employabilité des seniors, la participation à la vie sociale, le vieillissement en bonne santé et la solidarité entre les générations.

2 Active Aging. Good Health adds life to years. World health Organization, Europe. Dix pays sont réunis dans le projet européen Vieillir en bonne santé, mené par l’Organisation mondiale de la santé. L’objectif est de faire circuler les bonnes pratiques et de formuler des recommandations d’action.

3 Plan national « Bien Vieillir » 2007-2009. Il a été précédé, en 2003, par le Programme national « Bien vieillir ». Il est placé sous l’égide du ministère de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative et du ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la Solidarité. Il s’adresse aux seniors âgés de 50 à 75 ans.

4 Au niveau international et dans de nombreux textes nationaux (comme le Plan National Bien-Vieillir) les recommandations sont ancrées dans le slogan : « au moins trente minutes de marche rapide chaque jour ». Les 30 minutes d’activité physique par jour d’intensité modéré apparaissent pour la première fois en 1995 conjointement au sein de l’ACSM, du CDC (Centers for Diseases Control and Prevention), de l’OMS et de la FIMS (International Federation of Sports Medecine). Ce repère est présent dans la plupart des textes suivants.

5 Nous parlerons d’activités physiques et/ou sportives car la pratique sportive n’est qu’un cas possible des formes de pratiques, il s’agit le plus souvent d’une activité physique au sens large (et souvent « adaptée » selon les publics).

6 Cette initiative a pris fin en 2013 afin de pleinement s’insérer dans une démarche européenne et ne se concentrer que sur l’unique labélisation « Ville amie des aînés ».

7 Lancé en 2007, ce label vise l’adaptation de la commune faisant l’objet d’une demande de labélisation à ses citoyens âgés. Ce processus recouvre 8 domaines d’action auxquels doivent se conformer les villes : communication et information, participation citoyenne et emploi, respect et inclusion sociale, soutien communautaire et service de santé, espaces extérieurs et bâtiments, transports, habitat et enfin participation au tissu social.

8 15 entretiens ont été menés dans les communes et 10 entretiens avec les acteurs associatifs et fédéraux (au niveau départemental pour être au plus près des actions de terrain). Les communes ont été choisies pour leur diversité de taille, de couleur politique et d’implantation territoriale (rurale dans le 77 et très urbain dans les autres départements : 91, 93, 94). Le spectre des expériences dans les communes s’est élargi par le biais des entretiens avec les acteurs associatifs qui nous ont brossé leurs différentes actions en région parisienne et leurs actions dans les communes avec lesquelles ils travaillent. Les noms des villes sont restés anonymes pour préserver l’identité des personnes interviewées.

9 Fédération française d'éducation physique et de gymnastique volontaire.

10 Fédération française de l'entraînement physique dans le monde moderne – Sport pour tous.

11 L’Union française des oeuvres laïques d’éducation physique.

12 À la découverte de l’âge libre est née en 1992 et poursuit « un objectif de prévention globale partagée entre l’investissement collectif et l’engagement individuel et a pour intention citoyenne et sociale de favoriser la prise d’initiative d’évolution(s) comportementale(s) positive(s) » (http://adal.fr/adal/). ADAL intervient prioritairement en région parisienne sauf pour le programme D–marche.

13 Sport initiative et loisir bleu. Association créée en 1997 à Strasbourg mais ayant à présent un rayonnement national avec près de 4000 salariés. L’association se fixe pour objectif de « prévenir les effets néfastes de la sédentarité et du vieillissement chez les personnes âgées, malades et/ou en situation de handicap grâce à des programmes d'activités physiques adaptées (APA) » (http:// www.sielbleu.org).

14. Créée par arrêté du ministère de la Santé publique et de la Population.

15 « Journée des vieillards », « Semaine nationale des vieillards », « Semaine nationale des retraités et des personnes âgées et de leurs associations », « Semaine bleue ».

16 Les ateliers font également référence aux formations des animateurs sportifs EPGV portant le même nom afin d‘assurer leur compétence à encadrer ce type d’atelier.

17 Le PRIF regroupe trois caisses de retraites : MSA Ile-de-France, CNAV Ile-de-France, RSI Ile-de-France Centre, Ouest et Est.

18 Ce programme, en 12 séances, correspond à un protocole adapté aux plus de 55 ans permettant de prévenir les chutes par le biais de séances collectives d'activité physique qui vise l’entretien et la stimulation de l'équilibre.

19 « Le programme PIED a été conçu par une équipe de spécialistes de la prévention des traumatismes et de gérontologie de la Direction de santé publique de Montréal. Il entre dans la catégorie des programmes multifactoriels préconisés par l’INPES dans le référentiel de prévention des chutes chez les personnes âgées à domicile (INPES, 2005). », http://www.sportspourtousmarne. org/actions_pied.html.

20 Ville du 93 de 100000 habitants.

21 19 euros pour une année de pratique (avec un forfait supplémentaire, en fonction du quotient familial, pour l’aquagym et le yoga).

22 « On gère un service de maintien à domicile (…). on gère aussi un service qui propose de l'animation sociale aux personnes retraitées de la ville, jeunes et moins jeunes, c'est un espace où l'on peut venir déjeuner, c'est le Foyer restaurant, où l'on peut venir déjeuner du lundi au vendredi le midi » (directrice du CCAS)

23 Les CLIC sont des guichets d'accueil, de conseil et d'orientation. Ils s'adressent aux retraités, aux personnes âgées et à leur entourage, et travaillent en réseau avec les professionnels de la gérontologie et de l'aide à domicile. Créés à titre expérimental en juin 2000, ils ont été généralisés par la loi du 20 juillet 2001 créant l'APA (allocation personnalisée d'autonomie). On en compte aujourd'hui plus de 500, répartis dans 96 départements.

24 Les communes ont aidé les clubs du 3e âge dans les années 1970 et continuent de le faire.

25 Même la FFEPGV présentant de nombreux projets pour les seniors trouve son coeur de cible dans la population adulte entre 25 et 55 ans.

26 Le responsable départemental de Siel Bleu, la plus importante des associations spécialisées dans la prévention par l’AP, nous a cité une (seule) commune de son département dans laquelle le maire a intégré pleinement la prévention du vieillissement dans sa politique municipale et a incité fortement le CCAS à mettre en place une véritable politique de prévention dans le cadre de laquelle Siel bleu a été contacté comme partenaire.

 

Cet article a été écrit par :

Cécile Collinet et Christine Caluzio

Membres de l’ACP (EA 3350), UPEM, 77454 de l’université Paris-Est, Marne-la-Vallée

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