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La femme, avenir du sport?

David Picot • david1picot@yahoo.fr

L'essentiel :
- Les femmes restent très largement minoritaires dans le monde sportif, aussi bien en termes de pratique que d'accès aux responsabilités. - La loi du 4 août 2014 vise justement à en installer davantage au sein des instances. - En parallèle, de nombreuses collectivités mettent en place des dispositifs pour attirer les femmes vers l'activité physique. Avec ou sans les clubs.

" Les femmes sont capables de prendre des responsabilités, il faut qu'on arrête de tourner dans un demi-cercle! "
Interview de Françoise Sauvageot, vice-présidente déléguée du CNOSF, présidente de la Fédération française d'éducation physique et gymnastique volontaire (FFEPGV) Avec un bureau exécutif composé de neuf hommes et de seulement deux femmes, le CNOSF est-il crédible pour faire passer des messages en faveur de la féminisation du sport? C'est vrai, il n'est pas exemplaire. Une des difficultés du CNOSF est qu'il est le représentant des fédérations où le vivier féminin est faible. Mais la prise en compte du sport au féminin par les fédérations et par le CNOSF est une question qui n'est plus à poser. Nous n'avons plus de fédérations résistantes pour la bonne raison que tout le monde a pris conscience que le sport féminin constituait un important facteur de développement. Comment parvenez-vous à faire entendre cette voix de la diversité? Au conseil d'administration, j'essaie de faire en sorte qu'on n'oublie pas que la moitié de la population est féminine. Cela avance d'autant plus lentement que le milieu du sport est à l'origine très masculin. Et quand il s'agit de se faire une place dans un milieu masculin, c'est un combat. On le constate aisément en regardant certaines fédérations et leur âge. Dans les plus jeunes comme celle du badminton, la place de la mixité est naturelle. Les femmes sont capables de prendre des responsabilités, il faut qu'on arrête de tourner dans un demi-cercle! Nous entendons souvent que les femmes n'osent pas prendre des responsabilités? Peut-être. À nous de donner les coups de pouce qu'il convient. Par exemple, avec l'association Fémix, le CNOSF a mis en place des programmes d'accompagnement en direction des femmes afin qu'elles puissent accéder aux fonctions dirigeantes dans les territoires ou au niveau national. Par exemple, pour l'accompagnement à l'échelon national, nous avions cette année, quinze participantes, dont quatre de fédérations olympiques. Lesquelles avaient bien sûr donné leur aval. Maintenant, reste à attendre le résultat des élections.

La femme,  avenir du sport?

© AleksandarNakic-istock

« L'égalité des femmes et des hommes dans le sport, comme dans le marathon, ce sont les derniers mètres les plus difficiles », plaisante la sénatrice PS du Puy-de-Dôme, Michèle André, chargée d'un rapport sur la place des femmes dans le sport. Si des améliorations sont constatées au niveau de l'accès à la pratique, la question de la représentativité au sein des instances dirigeantes n'est toujours pas résolue malgré l'impulsion de la loi du 4 août 2014 qui fixe des règles visant à approcher l'objectif de parité au sein des organes dirigeants. Un véritable enjeu pour les fédérations. Actuellement, seule une femme sur cinq exerce son activité sportive dans un club.

« L'essentiel est de changer le regard sur la femme dans le sport. Mais le travail est immense ». Extrait d'un rapport intitulé « Femmes et sports », de Brigitte Deydier datant de... 2004. À l'époque, l'ancienne judokate avait été missionnée par le ministre des Sports d'alors, Jean-François Lamour, afin de piloter un groupe de travail chargé d'émettre des propositions « pour améliorer la place des femmes et renforcer leur rôle dans l'activité sportive ». Déjà... Sept ans plus tard en 2011, autre groupe de travail, autre rapport, cette fois-ci sous la plume de la sénatrice PS du Puy-de-Dôme, Michèle André. Un brin plus optimiste. « L'égalité des femmes et des hommes dans le sport, comme dans le marathon, ce sont les derniers mètres les plus difficiles », soulignait-elle.

 

Des progrès dans la pratique

À l'aube de 2017, ces « derniers mètres » apparaissent encore loin d'être parcourus... Le sport constitue plus que jamais « le miroir grossissant des inégalités auxquelles sont confrontées les femmes dans la société », Michèle André. Auteure de l'ouvrage intitulé « Du sexisme dans le sport », Béatrice Barbusse, sociologue (université Paris-Est à Créteil), ancienne sportive de haut niveau et présidente du club professionnel de l'US Ivry handball (2008-2012), relève que « plus on se rapproche du terrain, moins il y a de femmes. Et que plus l'on monte dans la hiérarchie des structures (clubs, comités, ligues, fédérations), moins nous trouvons de femmes également ». Avant d'ajouter toutefois « qu'il y a des progrès ». La présidente du conseil d'administration du Centre national pour le développement du sport (CNDS) fait surtout référence à l'accès à la pratique. Il faut dire que certaines fédérations partaient de très loin en la matière. Illustration avec le football: en 2012-2013, les femmes et jeunes filles représentaient 3,3 % des licenciées contre 4 % en 2014-2015. La hausse peut sembler négligeable mais dans les faits, la part de joueuses a augmenté de 30 % sur la période contre seulement 6 % pour les joueurs. D'une manière générale, sur l'ensemble des fédérations (olympiques, non olympiques et multisports), les femmes représentent à peine plus d'un tiers des licenciés (36,9 %).

 

Un entre soi, d'hommes blancs et âgés

Côté instances en revanche, les postes à responsabilité restent dans « un entre soi, d'hommes blancs et âgés », schématise à peine Béatrice Barbusse. Actuellement, seule une femme préside une fédération olympique, au nombre de... 31! En l'occurrence Isabelle Lamour (lire encadré p. 12), à la tête de la Fédération française d'escrime (FFE). Le nombre grimpe à douze, si l'on élargit à l'ensemble des 114 fédérations. Soit 10,5 %. Quant aux postes de conseillers techniques sportifs (CTS), ils reviennent aux femmes dans seulement 17 % des cas, tendance en légère hausse par rapport à 2010 (15 %). Et que dire des rôles d'arbitres et d'entraîneurs... « Il faudra du temps », précise la sociologue car l'accès à ces différentes fonctions est aussi une question de formation.

Par le passé, le législateur est souvent intervenu pour prendre le relais de la lente évolution des mentalités. Pour rappel, le code du sport (art. R.131-3) prévoit que les fédérations doivent « avoir adopté des statuts comportant des dispositions qui garantissent leur fonctionnement démocratique, la transparence de leur gestion et l'égal accès des femmes et des hommes à leurs instances dirigeantes ». Ce texte a été notamment précisé par la loi du 6 juillet 2000. Laquelle stipulait que l'agrément des fédérations sportives serait subordonné à la présence dans leurs statuts, de dispositions garantissant notamment l'égal accès des femmes et des hommes à ces instances dirigeantes. Depuis, les statuts de la majorité des fédérations sont à jour. Mais dans les faits...

À la télé, la visibilité du sport féminin est passée de 7 à 14 %
Lancées en 2014 pour développer les pratiques sportives féminines et leur exposition médiatique, les « 24 heures du sport féminin » sont devenues cette année les « 4 saisons du sport féminin. L'objectif reste de développer la visibilité du sport féminin dans les médias. Entre 2012 et 2014, elle est passée à la télévision de 7 % à 14 %. « L'intérêt grandissant que semblent porter les médias au sport féminin est-il éphémère ou révélateur d'un changement profond », se demande d'ailleurs Béatrice Barbusse dans son livre « Du sexisme et du sport » (Anamosa Éditeur), paru le 13 octobre dernier. Sur le même thème, deux autres ouvrages récents méritent une attention particulière « Des femmes et du sport » d'Anne Saoutier (Payot Éditeur) et « A vos baskets toutes! Tour de France du sport au féminin », de Fabienne Broucaret (Michalon Éditeur). Et si ce n'est déjà fait, procurez-vous « Les Sportives », qui se définit comme le premier et unique magazine papier sportif et féminin ou encore « Women Sports ». En kiosque.

Des objectifs mais pas de sanction

Que faut-il alors attendre de la loi du 4 août 2014 qui fixe des règles visant à approcher l'objectif de parité au sein des organes dirigeants des fédérations? De façon concrète, « lorsque la proportion de licenciés de chacun des deux sexes est supérieure ou égale à 25 %, les statuts prévoient [...] une proportion minimale de 40 % des sièges pour les personnes de chaque sexe ». Et si la part des licenciés (hommes ou femmes) est inférieure à 25 %, le pourcentage des sièges, lui, ne pourra être inférieur à 25 %. Pour reprendre l'exemple de la Fédération française de football qui compte 4 % de licenciées, ses instances devront - sauf dérogation bien sûr - comporter 25 % de femmes. À quelques mois des prochaines élections de mars 2017, son bureau exécutif n'accueille qu'une seule femme sur douze membres. Soit 8 %.

Sous l'impulsion de cette loi, des plans de féminisation ont ainsi été inclus dans les conventions d'objectifs signées entre le ministère et les fédérations. Mais comme souvent, le texte ne prévoit pas de sanction envers les élèves récalcitrants. Le ministère osera-t-il les pénaliser à travers les subventions annuelles versées? Un premier bilan sera réalisé au printemps prochain au terme des élections au sein des instances sportives.

 

« On a oublié les filles »!

Béatrice Barbusse se montre vigilante mais optimiste. « Ce texte va installer des femmes dans les fédérations et pour une durée de quatre ans ». Au-delà des questions de justice, d'égalité et encore de mixité, quelles évolutions peut-on espérer sur le plan du développement du sport? « En comité exécutif, le critère féminin est davantage pris en compte lorsqu'il y a des femmes », poursuit-elle. « Cela peut aller jusqu'à des interventions du style: pardon, mais là nous avons oublié les filles''... » Elle donne l'exemple de sa Fédération française de handball (FFHB) dont le bureau rassemble un tiers de femmes: « nous organisons début 2017 les Mondiaux masculins en France. Et bien en 2018, nous aurons les championnats d'Europe féminins ». La FFHB, qui compte par ailleurs 35 % de licenciées, envisage même d'appliquer la loi du 4 août au niveau local, c'est-à-dire au sein des ligues régionales et des comités départementaux.

Isabelle Lamour: il faut que les femmes osent se présenter
Plus de 94 % des voix exprimées pour un taux de participation de 55 %: le 8 octobre dernier et en l'absence de liste d'opposition, Isabelle Lamour a conservé la présidence de la Fédération française d'escrime (FFE). Et elle n'est pas prête de se montrer agacée face au journaliste qui l'interroge surtout en sa qualité de seule présidente d'une fédération olympique. « Du moment que cela fait parler d'escrime », sourit-elle. « Mon combat, c'est l'escrime. Bien sûr, je regrette qu'il n'y ait pas plus de femmes dans les instances dirigeantes du sport mais il faut aussi qu'elles osent se présenter. À condition bien sûr d'être soutenue par une équipe solide ». Sitôt sa première élection en 2013, Isabelle Lamour a constaté « qu'il fallait en faire davantage quand on était une femme, ne serait-ce que pour montrer qu'on est aux responsabilités ». Surtout quand, en plus on est « la femme de... », comme l'ajoute l'épouse de Jean-François Lamour, ancien ministre des Sports et champion olympique de sabre en 1984 et 1988.

« Les clubs n'y arrivent pas »

Les collectivités aussi ont leur mot à dire. À Bordeaux, Arielle Piazza, l'adjointe aux sports, se bat depuis des années pour « que les femmes puissent elles aussi atteindre les objectifs qu'elles se fixent ». Elle le revendique haut et fort: « le prisme féminin est nécessaire pour faire avancer le sport. La sensibilité féminine apporte une diversité et un autre regard sur les problématiques ». Son arrivée dans l'équipe municipale en 2008 a d'ailleurs fait grincer quelques dents. Dans une logique de « sport pour tous », elle conditionne par exemple l'allocation des subventions aux associations sportives à quelques critères « objectifs ». Comme la formation des jeunes, le développement du handisport et celui du sport féminin. Pour ce qui est de ce dernier, « les clubs n'y arrivent pas. Ce n'est pas dans leur culture. Les collectivités sont capables d'autres choses sur ce thème ».

 

Le goût du libre

L'élue plaide aussi en faveur du sport « où je veux, quand je veux ». Car « l'accès à l'activité physique doit aussi être facilité ». À Bordeaux, des séances de fitness, de gym suédoise ou de tai-chi sont désormais proposées sur les quais de la Garonne, dans les quartiers ou au jardin botanique. En accès libre. Même approche à Strasbourg: étant donné la difficulté de concilier vie professionnelle et activités de loisirs, des créneaux spécifiques en direction des femmes sont proposés entre midi et deux! Précisément les mardis, jeudis et vendredis dans différents équipements. Au menu du déjeuner: de la douceur avec du qi gong, du taï-chi-chuan ou encore du yoga. Ou de la tonicité avec de la gym suédoise ou du body taekwondo.

De fait à l'échelle du pays, seule une femme qui exerce une activité sportive sur cinq, le ferait dans un club! Les autres ont adopté un mode de pratique libre. « Les fédérations ne peuvent pas les ignorer », souligne Françoise Sauvageot, vice--présidente déléguée du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), en charge de la diversité des pratiques et de la vie associative. Comme le soulignait Brigitte Deydier dans son rapport de 2004, « si le monde associatif souhaite garder toute sa place dans la vie civile française au cours des prochaines années, il a intérêt à considérer l'investissement des femmes en termes de ressource et non plus de concurrence ». Une mise en garde plus que jamais d'actualité.

(1) Fédération française de football (FFF) - statistiques licenciés. (2) Les chiffres-clés du sport, ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sport, septembre 2015. (3) Loi du 4 août 2014 pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes.

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