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L'insertion par le sport donne du sens aux politiques sportives

David Picot • david1picot@yahoo.fr

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8 propositions pour développer l'éducation par le sport
À l'occasion des premières rencontres territoriales du sport qui se sont tenues en octobre dernier à Paris, l'Agence pour l'éducation par le sport (Apels) a édité huit propositions pour développer l'éducation par le sport en France. 1. Affichage du défi social à relever que ce soit le raccrochage scolaire, l'insertion professionnelle, la santé, les rythmes de l'enfant etc. 2. Implication totale du maire et de ses adjoints autour d'un projet écrit, compréhensible par tous. 3. Mise en place d'outils de concertation des différentes parties prenantes (associations, clubs, établissements scolaires, services territoriaux, services de l'État, entreprise, milieu médical, etc.). 4. Intégration de l'axe éducation par le sport dans les territoires. 5. Renouvellement du champ de formation continue des acteurs territoriaux et associatifs (élus et techniciens) pour favoriser la création de compétences dans le montage de projets d'éducation par le sport et l'accompagnement des associations. 6. Mise en place d'une communauté d'acteurs multidisciplinaires autour du projet. 7. Expérimentation préalable et évaluation de l'utilité sociale avant de généraliser une politique d'éducation par le sport. 8. Passage d'un « militantisme associatif à un entrepreneuriat social dans et par le sport en intégrant pleinement l'économie sociale et solidaire. Ces nouveaux entrepreneurs seront capables d'associer l'école, les clubs, les assistantes sociales, les médecins, etc. autour d'un projet partagé ».

À consulter
- Agence de l'éducation par le sport (Apels): http://www.educationparlesport.com/ - Association Émergence: www.emergence-asso.fr/ - Projet calaisien d'éducation par le sport - site de la ville de Calais: www.calais.fr/ - Guide sur la méthodologie de projet d'éducation et d'insertion par le sport - site du ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports: http://developpement-durable.sports.gouv.fr/ - Guide sur le financement de projet d'éducation et d'insertion par le sport - site du ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports: http://developpement-durable.sports.gouv.fr/

À ce jour, rares sont les collectivités qui mettent en œuvre de véritables politiques d'insertion par le sport. Un problème d'organisation, de formation des personnels, de budget ou de volonté politique? Toujours est-il qu'elles interviennent plutôt en soutien d'initiatives locales portées par des associations. Mais les choses pourraient changer...

Tout est parti de... Jean-Pierre Pernaut et de son émission télé « Combien ça coûte » sur l'argent public gaspillé! Un soir de 2001, il est question d'une vieille piscine au Havre. Une piscine laissée à l'abandon depuis plus de vingt ans, en plein cœur du quartier populaire de Mont--Gaillard au nord de la cité portuaire.

Tout part du terrain

Un déclic pour Madjid Nassah. Boxeur de haut niveau et éducateur sportif, il a grandi à 2 km de là. Il n'en peut plus de voir cette enceinte murée rongée par les herbes folles. Avec son ami Allaoui Guenni, il file à la mairie pour proposer un concept alors innovant et un brin utopique: transformer cette ruine en gymnase, siège d'une association de médiation et d'insertion sociale et professionnelle par le sport. Émergence naît en 2002 et c'est, aujourd'hui, l'une des rares réussites françaises en matière d'insertion professionnelle par le sport. Car si cette expression revient souvent dans les discours des élus, l'impulsion est surtout donnée par des associations locales. Des associations qui impulsent, des collectivités qui accompagnent: « c'est effectivement la tendance en matière d'insertion professionnelle par le sport », confirme -Benjamin -Coignet, directeur technique de l'Agence pour l'éducation par le sport (Apels). C'est le principe du « bottom up », où tout part du terrain avant de remonter progressivement vers le politique, alors posé en facilitateur.

 

Au top pour un job

Au Havre, la mairie subventionne l'association. Elle a aussi financé, à hauteur d'un million d'euros, le complexe omnisport, élément central d'Émergence qui abrite notamment une salle de boxe et de fitness, ouverte à tous. Madjid Nassah raconte: « nous avons trois volets: boxe, médiation et insertion. Au fil du temps, nous avons créé un véritable parcours d'insertion baptisé Au top pour un job'' ». Le concept repose sur des sessions de formation encadrées par deux conseillers en insertion professionnelle. Elles visent à accompagner les postulants, les orienter, les aider à refaire leur CV. Du grand classique avec toutefois une pointe d'originalité. « Nous avons aussi des sessions de sport, ce qui est vraiment très utile pour connaître le fond des personnes et leur motivation », reprend Madjid Nassah. « Et donc ensuite pour savoir si nous pouvons les orienter vers une entreprise ou pas ». Les résultats en tout cas sont là. « En dix ans, nous avons réussi à mettre sur le chemin de l'emploi environ 800 jeunes sur 1000 venus nous voir », garantit Madjid Nassah. Soit un taux de réussite de 80 %! Malheureusement, cette proportion ne grimpera plus. Le programme vient en effet d'être mis en stand-by, faute de modèle économique probant, « dans un contexte économique difficile caractérisé notamment par la baisse de l'aide européenne ». Madjid Nassah va donc réorienter son association « vers le social »...

 

Raccrocher les décrocheurs

Quelques collectivités ont toutefois pris la main directement. Le plus souvent sous l'impulsion d'élus « porteurs » comme à Calais (Pas-de-Calais). En 2010, la ville s'est lancée dans une expérimentation qui visait à utiliser le sport à des fins éducatives, notamment auprès de décrocheurs scolaires. Avec succès si l'on en croit Guillaume Duchateau, à la tête du département Jeunesse et sports. « Nous avons identifié des jeunes qui étaient totalement sortis du réseau éducatif ou de formation et qui ne voulaient plus en entendre parler », explique-t-il. « Nous leur avons donc proposé de les remobiliser avec des horaires, à travers l'activité sportive. Nous avions à notre disposition un minibus pour sillonner les quartiers et les emmener en séance. Progressivement, les jeunes sont venus. La finalité était de leur permettre de réintégrer un cursus ou une formation, ce qui a été le cas pour quinze d'entre eux. Cela peut paraître restreint mais à la base, il faut avoir à l'esprit qu'ils étaient totalement hors circuit ».

 

Un projet professionnel

À Sevran (Seine-Saint-Denis), le rugby au féminin est aussi devenu une passerelle vers l'emploi. En 2013, la ville a mis en place une action qui s'adresse à quinze jeunes femmes de 18 à 25 ans, « éloignées de l'emploi, en rupture avec le service public de l'emploi et désireuses de s'inscrire dans un parcours d'insertion professionnelle ». Il s'agit tout bonnement de les mobiliser autour de leur projet professionnel en utilisant la pratique du rugby pour s'approprier ses valeurs (respect de la hiérarchie, solidarité, respect des règles, initiative...) et les transférer vers le monde de l'entreprise. Ce n'est pas tout puisque des temps de rencontres sont aussi organisés avec les employeurs associés au projet.

Le conseil général de l'Oise expérimente aussi une action originale avec la création d'une plateforme dédiée à l'insertion professionnelle par le sport. « L'enjeu est d'utiliser le sport comme outil supplémentaire pour confirmer ou infirmer un choix professionnel », résume Laurent Catelle, l'un des deux pilotes du projet avec Pierre Verbraeken. « Les jeunes - vingt-quatre au total de 18 à 25 ans - viennent avec leur projet. En face, nous avons des clubs sportifs -(athlétisme, boxe, escalade, escrime, natation, tennis...). L'objectif de notre expérimentation est de voir s'il y a concordance ou non, entre le projet et les qualités développées lors de la pratique sportive. Prenons l'exemple de la natation. Cette discipline très exigeante requiert des qualités mentales fortes. Sans compter qu'elle exige de l'organisation pour s'entraîner souvent tôt le matin. Est-ce compatible avec le projet du jeune? Comment se comporte-t-il face à la difficulté? Ces questions font aussi l'objet d'échanges intéressants entre deux populations qui se côtoient peu: les conseillers en insertion des missions locales et les coaches sportifs ». Lesquels vont adopter face au jeune, la même posture. Les mêmes attentes.

 

Entrepreneur socio-éducatif

De tels exemples restent toutefois assez exceptionnels. « Il faut dire que l'insertion professionnelle par le sport, c'est pointu », précise Benjamin Coignet, directeur technique de l'Apels, qui sous-entend que les élus doivent être impliqués à 300 %. Sans compter que dans un contexte économique tendu, la question reste de savoir si les collectivités vont maintenir leurs efforts. Benjamin Coignet préfère positiver et voit au contraire dans ce contexte morose, « une formidable occasion de réorienter les politiques sportives des collectivités pour leur donner un sens nouveau, de mobiliser le service des sports pour changer ses finalités ». L'idée étant que cette structure soit moins portée sur la subvention et la gestion des équipements, et davantage sur la démarche de projet avec à sa tête « une sorte d'entrepreneur socio-éducatif ». Un entrepreneur qui deviendrait alors plus directif auprès des clubs. Au point de revoir les critères de subventions et de les baser sur ces considérations éducatives et sociales? Pourquoi pas? Porteur de ce changement radical, l'Apels propose déjà un bouleversement sémantique. L'agence rêve que les services des sports deviennent des services d'éducation et d'innovation sociale par le sport. L'idée est lancée mais « cela risque d'être très long », conclut Benjamin Coignet.

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