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L'état d'urgence aura-t-il raison des manifestations sportives?

David Picot • david1picot@yahoo.fr

Les acteurs de la sécurité privéedoivent être associés en amont
Président de l'Union des entreprises de sécurité privée (USP), Claude Tarlet déplore que les acteurs de la sécurité privée soient toujours les appelés de la dernière minute. «Les organisateurs nous contactent généralement en bout de chaîne pour occuper des positions auxquelles nous n'avons pas été associées », souligne-t-il. «Pour l'organisation des rassemblements de masse dont les manifestations sportives, la solution passe par la création de comités de pilotage dans lesquels les services de l'État, les collectivités, les organisateurs et les acteurs privés de sécurité se rencontrent pour élaborer ensemble une vraie stratégie, en termes de ressources hommes et matérielles. Nous avons aussi une expertise et un retour d'expériences à apporter. Par exemple avec l'Euro 2016, nous avons vraiment développé notre savoir-faire sur tout ce qui concerne le contrôle, le filtrage et la palpation ». Il insiste: «nous ne pouvons plus appréhender ces épreuves sportives comme des manifestations exclusivement festives. Il doit se développer une culture de sécurité partagée ».

Rassemblements de masse: qui fait quoi?
La protection des rassemblements concerne plusieurs types d'acteurs: les organisateurs, l'autorité administrative (maires, préfets), les forces de l'ordre (police, gendarmerie, forces mobiles, polices municipales). Les organisateurs sont responsables de la sécurité générale du rassemblement, particulièrement celle des participants. Un service de sécurité propre doit veiller au bon déroulement du rassemblement (filtrage des accès, contrôle des personnes, service d'ordre) et assurer la liaison avec les forces de l'ordre. Elle peut être confiée à un service de sécurité privée. L'autorité administrative est responsable de l'ordre public. Elle vérifie les mesures prévues par les organisateurs au regard de la nature du rassemblement, de l'importance du public attendu, de la configuration des lieux et des circonstances propres à l'événement. En cas de risque de trouble à l'ordre public ou de menace particulière contre un rassemblement, elle peut l'interdire par un arrêté qu'elle notifie immédiatement aux organisateurs. Les forces de l'ordre peuvent être engagées sur décision de l'autorité administrative en fonction de la sensibilité ou de la vulnérabilité d'un rassemblement, pour des missions de régulation de circulation, de gestion de foule et de surveillance générale. Les autorités ont également conçu l'application pour smartphone baptisée « Système d'alerte et d'information des populations » (SAIP). En service depuis juin 2016, elle est conçue pour diffuser les alertes sur les attentats ainsi que les consignes de sécurité. Rendez-vous sur www.gouvernement.fr/appli-alerte-saip

L'essentiel
L'État d'urgence et le plan Vigipirate imposent de nouvelles contraintes notamment en matière de contrôle d'accès. Des solutions techniques existent mais peuvent entraîner des surcoûts importants. Chaque préfecture tient compte de l'ampleur de l'événement, du risque et des contraintes.

" Il suffit de pas grand-chose pour résoudre le problème. Juste de la bonne volonté et des gens formés "
Interview de Médéric Chapitaux consultant sécurité sportive* Demain, les structures sportives auront-elles toutes un référent sécurité? C'est à souhaiter. Elles doivent se structurer sur le plan de la sécurité comme l'ont fait les grandes entreprises face aux enjeux financiers par exemple. Aujourd'hui, dans les associations sportives, il manque effectivement ce type de personne qui fasse le tampon avec les services de l'État. Non seulement pour bien comprendre les exigences mais aussi pour être force de proposition. Comment peuvent-elles sy prendre aujourd'hui pour monter en compétence sur le sujet? En externalisant et en formant! À l'échelle d'une fédération, cela peut commencer par la réalisation d'un audit en matière de sécurité. Comment vos événements sont-ils sécurisés? On prend une épreuve nationale, une régionale et une locale. L'objectif serait de dresser un cahier des charges cohérent pour la structure, de le soumettre aux services de l'État et d'en arriver à quelque chose comme la réglementation des manifestations publiques de boxe. Ensuite, on greffe les dispositifs de secours et de sécurité classiques (médecins, secouristes...) auxquels on ajoute les besoins en sécurité privée imposés par le préfet en fonction des menaces qu'il a évaluées (maîtres-chiens, agents de sécurité, le contact au service de police averti au préalable, etc.). Comment le décliner au niveau local ensuite? Nous pouvons très bien imaginer un spécialiste de la sécurité dans chaque fédération qui tisse un réseau de spécialistes autour de la sécurité au sein des comités et des ligues. Lesquels spécialistes deviendraient les interlocuteurs des services de l'État. Il suffit de pas grand-chose pour résoudre le problème. Juste de la bonne volonté et des gens formés. *Auteur de « Le sport, une faille dans la sécurité de l'État », Enrick B. Éditions.

Les acteurs de la sécurité privéedoivent être associés en amont
Président de l'Union des entreprises de sécurité privée (USP), Claude Tarlet déplore que les acteurs de la sécurité privée soient toujours les appelés de la dernière minute. «Les organisateurs nous contactent généralement en bout de chaîne pour occuper des positions auxquelles nous n'avons pas été associées », souligne-t-il. «Pour l'organisation des rassemblements de masse dont les manifestations sportives, la solution passe par la création de comités de pilotage dans lesquels les services de l'État, les collectivités, les organisateurs et les acteurs privés de sécurité se rencontrent pour élaborer ensemble une vraie stratégie, en termes de ressources hommes et matérielles. Nous avons aussi une expertise et un retour d'expériences à apporter. Par exemple avec l'Euro 2016, nous avons vraiment développé notre savoir-faire sur tout ce qui concerne le contrôle, le filtrage et la palpation ». Il insiste: «nous ne pouvons plus appréhender ces épreuves sportives comme des manifestations exclusivement festives. Il doit se développer une culture de sécurité partagée ».

Rassemblements de masse: qui fait quoi?
La protection des rassemblements concerne plusieurs types d'acteurs: les organisateurs, l'autorité administrative (maires, préfets), les forces de l'ordre (police, gendarmerie, forces mobiles, polices municipales). Les organisateurs sont responsables de la sécurité générale du rassemblement, particulièrement celle des participants. Un service de sécurité propre doit veiller au bon déroulement du rassemblement (filtrage des accès, contrôle des personnes, service d'ordre) et assurer la liaison avec les forces de l'ordre. Elle peut être confiée à un service de sécurité privée. L'autorité administrative est responsable de l'ordre public. Elle vérifie les mesures prévues par les organisateurs au regard de la nature du rassemblement, de l'importance du public attendu, de la configuration des lieux et des circonstances propres à l'événement. En cas de risque de trouble à l'ordre public ou de menace particulière contre un rassemblement, elle peut l'interdire par un arrêté qu'elle notifie immédiatement aux organisateurs. Les forces de l'ordre peuvent être engagées sur décision de l'autorité administrative en fonction de la sensibilité ou de la vulnérabilité d'un rassemblement, pour des missions de régulation de circulation, de gestion de foule et de surveillance générale. Les autorités ont également conçu l'application pour smartphone baptisée « Système d'alerte et d'information des populations » (SAIP). En service depuis juin 2016, elle est conçue pour diffuser les alertes sur les attentats ainsi que les consignes de sécurité. Rendez-vous sur www.gouvernement.fr/appli-alerte-saip

L'essentiel
L'État d'urgence et le plan Vigipirate imposent de nouvelles contraintes notamment en matière de contrôle d'accès. Des solutions techniques existent mais peuvent entraîner des surcoûts importants. Chaque préfecture tient compte de l'ampleur de l'événement, du risque et des contraintes.

" Il suffit de pas grand-chose pour résoudre le problème. Juste de la bonne volonté et des gens formés "
Interview de Médéric Chapitaux consultant sécurité sportive* Demain, les structures sportives auront-elles toutes un référent sécurité? C'est à souhaiter. Elles doivent se structurer sur le plan de la sécurité comme l'ont fait les grandes entreprises face aux enjeux financiers par exemple. Aujourd'hui, dans les associations sportives, il manque effectivement ce type de personne qui fasse le tampon avec les services de l'État. Non seulement pour bien comprendre les exigences mais aussi pour être force de proposition. Comment peuvent-elles sy prendre aujourd'hui pour monter en compétence sur le sujet? En externalisant et en formant! À l'échelle d'une fédération, cela peut commencer par la réalisation d'un audit en matière de sécurité. Comment vos événements sont-ils sécurisés? On prend une épreuve nationale, une régionale et une locale. L'objectif serait de dresser un cahier des charges cohérent pour la structure, de le soumettre aux services de l'État et d'en arriver à quelque chose comme la réglementation des manifestations publiques de boxe. Ensuite, on greffe les dispositifs de secours et de sécurité classiques (médecins, secouristes...) auxquels on ajoute les besoins en sécurité privée imposés par le préfet en fonction des menaces qu'il a évaluées (maîtres-chiens, agents de sécurité, le contact au service de police averti au préalable, etc.). Comment le décliner au niveau local ensuite? Nous pouvons très bien imaginer un spécialiste de la sécurité dans chaque fédération qui tisse un réseau de spécialistes autour de la sécurité au sein des comités et des ligues. Lesquels spécialistes deviendraient les interlocuteurs des services de l'État. Il suffit de pas grand-chose pour résoudre le problème. Juste de la bonne volonté et des gens formés. *Auteur de « Le sport, une faille dans la sécurité de l'État », Enrick B. Éditions.

Les rassemblements sportifs de masse constituent des cibles de choix pour des terroristes. En plus des dispositifs habituels, les organisateurs doivent désormais appliquer les préconisations préfectorales en lien avec la situation d'état d'urgence et le plan Vigipirate. Ce qui pose des problèmes d'organisation parfois difficilement surmontables. Sans parler des coûts qui viennent grever le budget de manifestations parfois à peine à l'équilibre.

Bernard Amsalem est inquiet. Le président de la Fédération française d'athlétisme (FFA) affirme « avoir de plus en plus de remontées d'organisateurs qui n'en peuvent plus des contraintes de sécurité imposées pour leurs organisations. N'oublions pas que ce sont des bénévoles qui réalisent un travail déjà considérable ». En coulisses, il se murmure que les championnats de France de marathon qui se sont déroulés le 18 septembre dernier à Tours (Indre-et-Loire) ont été à deux doigts d'être annulés face aux exigences préfectorales. La situation aurait même été rattrapée au dernier moment par le secrétaire d'État aux Sports en personne, Thierry Braillard...

 

Nous n'étions pas en mesure d'assumer...

Seulement, tous les organisateurs ne bénéficient pas d'un appui ministériel. Ces dernières semaines, plusieurs courses ont ainsi été annulées. À l'image du semi-marathon de Meaux (Seine-et-Marne) ou de celui du Grand Nancy (Meurthe-et-Moselle). « J'assume cette décision », lâche au bout du fil, Philippe Fabris, le président de l'ASPTT Nancy, organisateur du semi-marathon du Grand Nancy qui devait se dérouler le 2 octobre 2016. Contraint et forcé, il a dû renoncer à cette dixième édition qui devait réunir 3000 participants. La suite est racontée par Patrick Baudot, adjoint aux sports et au domaine public à la ville de Nancy. «Il y a des obligations formulées par la préfecture dans le cadre du Plan Vigipira te, que nous n'étions pas en mesure d'assumer sur notre territoire où devaient se dérouler les opérations de départ et d'arrivée ». Il s'agissait en l'occurrence de bloquer toutes les voies parallèles à celles du parcours sur les premiers 2 km et sur les 2 derniers km. Sans compter une interdiction de laisser des voitures en stationnement sur l'ensemble du parcours du semi, à savoir 21,1 km.

La mairie de Nancy a particulièrement buté sur le blocage des rues situées en plein centre-ville. «Cela nous contraignait à barrer vingt-huit intersections à l'aide de plots de béton, ce qui sur le plan de l'organisation est très problématique », poursuit M. Baudot. «Au début du mois d'août, avec la préfecture, nous avons donc demandé à l'ASPTT Nancy de changer les sites de départ et d'arrivée ». Ce qui revient en fait à modifier l'ensemble du tracé. «Or nous n'avions pas la possibilité de proposer un parcours alternatif en quelques semaines ni de compenser le manque de policiers municipaux de Nancy », poursuit Philippe Fabris, qui planche déjà sur une édition 2017 qui pourrait se dérouler fin mars, en dehors du centre-ville.

 

Rendre les endroits stratégiques « opaques »

À une cinquantaine de kilomètres d'ici, le marathon de Metz Mirabelle (9 octobre) lui était bien maintenu à quelques semaines du jour J, à l'heure où nous bouclions ces lignes. Mais le dispositif de sécurité a été considérablement renforcé au niveau notamment du village, des zones de départ et d'arrivée. L'objectif étant « de rendre ces endroits stratégiques « opaques » à toute tentative d'intrusion par un véhicule », rapporte la ville de Metz. Laquelle, au-delà du barriérage, a combiné deux systèmes: le lestage grâce à des blocs de 1,6 tonne et la mise en place de véhicules.

Pour le marathon de Toulouse (Haute-Garonne), le 23 octobre 2016, le dispositif concerne notamment « les restrictions de circulation et de stationnement », détaille Frédéric Rose, directeur de cabinet du préfet de région, préfet de la Haute-Garonne. Elles « ont pour objet de prévenir les risques liés à un véhicule bélier ou véhicule piégé ». Mais aussi « le contrôle d'accès pour éviter l'introduction d'objets ou véhicules dangereux; la surveillance interne et externe pour détecter et signaler les comportements et colis suspects dans le périmètre du rassemblement et aux abords ». Sans oublier les « protections passives » qui visent à « protéger le public en ralentissant ou faisant obstacle à un véhicule bélier ».

 

Des traitements différents selon les préfectures?

Ces systèmes de chicanes et autres buses anti-intrusion «constituent une nouvelle donne », observe David Lappartient, président de la Fédération française de cyclisme (FFC) et organisateur des championnats d'Europe qui se sont déroulés à Plumelec (Morbihan), après que Nice a renoncé (lire Initiatives fédérales p. 24). « Les organisateurs doivent la prendre en compte, avec potentiellement des surcoûts importants ». C'est pourquoi selon lui, « les exigences en matière de sécurité laissent planer une menace sur l'organisation des événements sportifs en extérieur. Mais il faut bien avoir à l'esprit qu'il n'existe pas de système parfait et que les organisateurs ne peuvent pas être derrière tout le monde. L'objectif est donc de minimiser les risques ».

Bernard Amsalem acquiesce. «Bien sûr que j'ai conscience des enjeux », lance-t-il. Mais il se demande surtout pour quelles raisons « les contraintes sont si différentes d'un territoire à un autre ». Il cite le cas d'un comité départemental d'une contrée rurale « sur le point de laisser tomber face aux demandes incompréhensibles de la préfecture alors que dans le même temps des événements rassemblant plus de 30000 personnes sont autorisés à Paris. Pour être schématique, je dirais que c'est bien plus simple lorsque le contact préfectoral est coureur lui-même »... Le président de la FFA met ainsi le doigt sur une forme d'incompréhension parfois constatée entre des acteurs du sport et les représentants de l'État. Les premiers reprochant le plus souvent aux seconds d'ouvrir le parapluie d'une façon un peu systématique et/ou trop large. «Chaque préfecture tient compte de l'ampleur de l'événement, du risque et des contraintes », glisse Frédéric Rose de Toulouse. Autrement dit, au-delà de l'application des circulaires ministérielles, les préfets agissent en fonction des informations à leur disposition. «Des informations qu'ils ne peuvent bien sûr pas communiquer au risque de créer une psychose », complète Médéric Chapitaux, consultant sport et sécurité, par ailleurs ancien gendarme et ex-directeur technique national par intérim de la Fédération française des sports de contact et disciplines associées. Ce qui ajoute un peu plus d'incompréhension. D'autant plus qu'« il n'existe pas de culture commune de la sécurité » (lire l'interview p. 12).

Une vigilance accrue des équipes

Cette culture apparaît plus présente dans la sphère du football. «Par rapport à d'autres sports, nous sommes depuis longtemps habitués à traiter des questions liées au supportérisme voire au hooliganisme », explique Xavier -Pierrot, Stadium manager du Parc Olympique, le nouveau stade de l'Olympique Lyonnais. «Cela signifie déjà que nous sommes sensibilisés aux réunions de sécurité avec les pouvoirs publics. De ce fait, il a été moins compliqué qu'ailleurs de déplacer le curseur lorsque le risque attentat a dû être ajouté.» Qu'a-t-il changé? «Les chiens renifleurs sont passés des fumigènes aux explosifs», enchaîne-t-il. «Cela passe aussi par une vigilance accrue des équipes de façon à appréhender tout comportement suspect et une -rigueur approfondie au niveau des outils de palpation».

Affluences en baisse

À la Ligue de football professionnel (LFP), Didier Quillot, le directeur général répète que « notre responsabilité commence par l'application stricte des consignes des pouvoirs publics et par la nécessité de tenir compte de l'état d'urgence » (1). Lequel entraîne-t-il un impact sur les affluences? C'était en effet l'une des inquiétudes qu'il formulait au début du mois d'août juste avant le début du championnat. Au bout de quatre journées, les affluences cumulées étaient en baisse de 3 % par rapport à la saison précédente. Ce qui représente 23599 spectateurs en moins. Une diminution pas si insignifiante. Sur la base des championnats d'Europe et Coupe du monde précédents, les économistes avaient prédit une augmentation de 15 %.

 

(1) «France Football », 9 août 2016.

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