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L’ancrage culturel et territorial du management des risques sportifs en nature

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Comme souvent dans les pratiques sportives de nature, un jour ou l’autre, la question de la sécurité va se poser pour envisager une gestion satisfaisante et acceptable des mises en danger des usagers en situation. Mais comment faire ? Par quel cadre opératoire faut-il rentrer pour analyser et expertiser la qualité du système de gestion des risques ? À partir de l’exemple des pratiques sportives de nature en Corse, on voudrait apporter une contribution à la compréhension de l’accidentologie pour en dévoiler les logiques territoriales et sociétales dans lesquelles elle se situe. Sans vouloir déresponsabiliser et contourner les pratiques sociales des touristes et des pratiquants qui ont, sans aucun doute, une part d’implication dans leur mise en danger, parfois dramatique, il importe d’ouvrir la perspective théorique et politique pour une approche plus exhaustive du sujet.

Introduction

Comme souvent dans les pratiques sportives de nature, la question de la sécurité va se poser pour envisager une gestion satisfaisante et acceptable des mises en danger des usagers en situation. La démarche que l’on pourrait qualifier de « technicienne » consiste à analyser les accidents, à faire une étude de victimisation et à remonter toute la chaîne sécuritaire pour corriger les dysfonctionnements observables. Cette conception de l’action sécuritaire peut-elle suffire pour éradiquer les formes de danger qui menacent la pratique des sports de nature ? Notre propos consiste à interroger les liens existants entre le dispositif sécuritaire et le système de gestion des risques pour entrevoir l’insuffisance de l’approche technicienne de la sécurité. Le cadre épidémiologique choisi concernant la gestion d’une pratique à risque s’orientera vers une lecture de la globalité des éléments qui interfèrent dans le fonctionnement d’une activité sécuritaire. Nous faisons l’hypothèse que cette entrée par l’accidentologie ne peut suffire pour intervenir efficacement sur les pratiques prophylactiques (1). Les pratiques et les dispositifs sécuritaires sont encastrés (Polanyi, 1946) dans un système d’action plus complexe où interfèrent différentes logiques d’action (Bernoux, 2004) situées à un niveau politique, économique ou territorial. Cette étude souhaite interroger les cadres cognitifs (Kalaora, 2013) par lesquels se pensent les formes d’intervention permettant d’améliorer la qualité des dispositifs sécuritaires. Si l’approche technicienne est l’objet d’une critique scientifique dans la manière de concevoir le fonctionnement des organisations sécuritaires (Roqueplo, 1995), il en sera de même concernant la lecture des personnes responsables de ces mises en danger. La centration sur les accidents a pour effet de minimiser les facteurs exogènes à la scène sportive et à maximiser les facteurs endogènes centrés sur le pratiquant. Celui-ci est bien souvent considéré comme le principal responsable des accidents qu’il produit ou subit par l’action d’un tiers (Corneloup, Soulé, 2007). À partir d’une étude réalisée sur la gestion des risques sportifs en Corse, cette recherche a pour objet de rendre compte de l’insuffisance des approches techniciennes qui privilégient la mise en place d’observatoires sur les pratiques accidentogènes. Celles-ci, si elles permettent d’observer les circonstances des mises en danger dans le contexte de leur émergence, effleurent un autre niveau de lecture des scènes accidentogènes. En interrogeant l’ancrage culturel et territorial du management des risques sportifs en nature, notre propos souhaite ouvrir la perspective théorique sollicitée. Il s’agira d’étudier la place qu’il faut accorder aux facteurs exogènes du système de gestion des risques dans la fabrique de ces mises en danger des pratiquants sportifs en nature.

I • Le contexte territorial et scientifique

Si l’île de Beauté est une invitation au voyage touristique, celui-ci peut se réaliser dans la montagne Corse en pratiquant des sports de nature. Après avoir présenté le contexte territorial de ces pratiques, on évoquera le cadre théorique et méthodologique de cette recherche.

A - De la Corse sportive aux observatoires des pratiques à risque

Jamais autant qu’en cette fin de XXe siècle et dans les premières années du XXIe siècle, cette demande d’immersion dans la grande nature est présente et caractéristique des pratiques touristiques en Corse. Nombreux sont alors les touristes qui s’adonnent à différentes pratiques de nature en kayak, en escalade ou en randonnée pédestre. Cependant, les accidents sont nombreux à se produire, comptabilisés par la DRJSCS (2). Chaque année, 400 sorties sont répertoriées que les équipes de secours réalisent, héliportées la plupart du temps, en montagne auprès des populations engagées dans la réalisation de parcours sportifs. Différentes circonstances humaines sont évoquées pour expliquer ces accidents : les pratiquants se perdent en randonnée, chutent en canyoning, font une erreur technique en VTT, manquent de condition physique en réalisant le GR 20, s’engagent imprudemment dans une cluse après un violent orage ou se font encercler par un feu de forêt. Au-delà des traumatismes personnels que ces accidents produisent sur les personnes secourues, ces actions sécuritaires entraînent des coûts importants pour la collectivité publique que ce soit en termes de dispositifs de secours (pompiers, gendarmes, hélicoptère, etc.), de frais d’hospitalisation ou d’arrêts de travail. De même, la mise en scène médiatique de ces événements peut jouer un rôle dissuasif pour les touristes désireux de découvrir ce monde, même si cette image dangereuse des sports de nature nourrit a contrario cette attirance pour les lieux risqués chez certains pratiquants. Ambivalence perpétuelle de ces pratiques qui cultivent cette double image, pour le meilleur et le pire, auprès des pratiquants et des secouristes.

Des pratiques institutionnelles se développent actuellement en Corse par l’intermédiaire du service des sports de nature au sein de la DRJSCS. Un observatoire a été mis en place depuis quelques années pour comptabiliser les accidents par l’intermédiaire de fiches d’intervention que les secouristes doivent remettre, suite à une opération de secours, à la DRJSCS. Mais quelle valeur faut-il accorder à celui-ci ? Agir sur l’accidentologie nécessite de posséder des données sur les pratiques accidentogènes et les chiffres des victimes annuelles. Mais quel sens celles-ci peuvent-elles avoir sans la connaissance globale des fréquentations annuelles et historiques ? Sans aucun doute, la Corse propose un ensemble de pratiques pour les locaux et les touristes dans le cadre de pratiques libres, aménagées ou encadrées. À l’écoute des professionnels, les pratiques dominantes sont la randonnée, l’escalade, le canyon et la baignade en rivière et dans les torrents. La baignade, la randonnée et l’escalade étant majoritairement des pratiques individuelles alors que le canyon est fortement encadré en Corse, contrairement à d’autres lieux d’activité. Mais combien représentent ces pratiquants ? Sont-ils nombreux ? Leur nombre évolue-t-il ? Bien des études accidentologiques peuvent être réalisées, mais si l’on ne connaît pas la fréquentation et son évolution, l’analyse des données permettant de rendre compte de phénomènes insécuritaires semble délicate. La DRJSCS annonce 20 000 pratiquants en canyon, 10 000 en escalade et 20 000 en randonnée estivale. Mais ces données sont floues et ne permettent pas d’avoir une connaissance fine de la population de référence et de son évolution d’une année sur l’autre. La DRJSCS tente bien d’instaurer des compteurs en canyon. Mais en peu de temps, ils sont détériorés par ceux qui souhaitent se protéger de trop de transparence comptable. Un biais scientifique et méthodologique est à noter, propre aux sports de nature. Il est toujours possible d’annoncer des évolutions de pratique comme cela se produit en hiver (en randonnée à ski par exemple) aux dires de certains, comme on note un peu partout un rétrécissement de la saison estivale, aux dires d’autres ; mais tout cela reste extrêmement fragile pour évaluer des changements significatifs ou dramatiser sur l’augmentation des accidents d’une année sur l’autre.

Comment aborder alors cette question des accidents sportifs en Corse pour en comprendre la réalité, en saisir les modes de gestion et les dysfonctionnements potentiels, observables en différents lieux accidentogènes ? Sans aucun doute, le temps est loin où ces pratiques s’inscrivaient dans un no man’s land où les formes d’organisation encadrant celles-ci étaient faibles voire inexistantes. Aujourd’hui, un système de gestion extrêmement développé est observable, au sein duquel se rencontrent les concepteurs de guides, les aménageurs, les équipeurs, les prestataires, les médias, les secouristes ou encore les institutionnels de la préfecture ou de la DRJSCS. Ces parties prenantes ont pour fonction d’encadrer la pratique, de faciliter l’usage des lieux d’action et de secourir les personnes en danger, tout en profitant des richesses produites sous forme de prestations, de salaires et de ventes de produits divers. Une économie touristique est ainsi attachée à cet univers, au-delà des profits et bienfaits symboliques, sanitaires et esthétiques que les uns et les autres viennent rechercher. L’enjeu est, dans le cadre de cette étude, d’évoquer les liens existants entre l’accidentologie, le système d’action sécuritaire et le système touristique et territorial Corse avec lesquels des liens perpétuels se nouent, se construisent et se dénouent.

B - Le cadre global de la recherche

Le dispositif sécuritaire ne concentre pas intérieurement l’essentiel des éléments qui concourent à la qualité des actions prophylactiques. C’est bien en interaction avec les autres éléments du système de gestion des pratiques que se situe la compréhension des mécanismes de production et de contrôle des mises en danger. La Corse produit une organisation sportive, faite de différentes interactions et relations entre les parties prenantes. Pour comprendre celle-ci, on situera cet objet d’étude dans une épistémologie relationnelle (Ingold, 2013) et compositionniste (Latour, 2011). Le territoire Corse possède en son système territorial et récréatif des cadres d’action qui sont plus ou moins adaptés à une pratique sécuritaire. Comment alors agir sur les dangers qui menacent le pratiquant sans évoquer ces éléments structurels, écologiques et interactionnels, engagés de près ou de loin dans ce dispositif ? La Corse propose une organisation des sentiers, des formes d’accès aux pratiques, des prestations gérées par les professionnels ou encore des guides de pratique. Celle-ci est le produit de l’histoire territoriale et des liens avec la préfecture, les instances politiques et institutionnelles en liaison avec le parc naturel régional, la DRJSCS ou les communautés de communes : tout un ensemble de processus humains, structurels, managériaux et politiques que l’on ne peut pas sous-estimer. L’environnement insulaire interagit avec le dispositif sécuritaire qui compose lui-même avec les différents acteurs et publics concernés par la gestion des pratiques sportives de nature.

Si l’environnement est sollicité pour étudier les effets relationnels induits par ces compositions sociales et institutionnelles, en dehors du système technicien mis en place dans le cadre d’un observatoire des accidents, reste à en qualifier le contenu. Le détour par l’anthropologie managériale (Corneloup, 1999) permet d’aborder la connaissance et l’analyse de ces pratiques d’intervention et de gestion en Corse, dans la continuité des travaux, menés dans l’étude de la gestion des risques en station de sports d’hiver (Corneloup, Soulé, 2004). Dès lors, les approches par l’accidentologie, si elles permettent de quantifier et de qualifier les engagements corporels pour en observer les logiques d’émergence et les formes d’éradication possibles, détournent l’analyse globale, de son objet de recherche et de compréhension du système de gestion. Cette centration quantitativiste et sociale (centrée bien souvent sur le pratiquant irresponsable et coupable) ne fait que reproduire l’analyse historique, technicienne et républicaine habituelle (Kalaora, 2013), évitant ainsi de saisir le problème dans le contexte global du système sociotechnique concerné. Le détour par l’anthropologie managériale interroge la rationalité des systèmes d’action en convoquant les données du social, du culturel et de l’humain dans la façon de comprendre le fonctionnement des organisations.

De même, en référence aux sciences du territoire (Di Méo, 1996), on voudrait évoquer les effets géographiques, politiques et culturels (Debarbieux, 2004) impliqués dans ce processus de gestion et de développement des pratiques de nature en Corse. En fonction des formes de développement (Corneloup, 2001) engagées dans le dispositif gestionnel et des relations entre les différentes parties prenantes, le système territorial, composé de différents éléments institutionnels et professionnels, ne produit pas la même vision et la même approche sécuritaires. Des particularités territoriales sont à prendre en compte qui participent à modifier la façon de penser l’action publique (Lascoumes, 2012) en lien avec le projet territorial défini (Jambes, 2001). Le cadre théorique proposé, qui combine les approches environnementale, managériale, territoriale et culturelle, permet d’aborder par un croisement disciplinaire l’étude du système de gestion des risques insulaire. Nous faisons ainsi l’hypothèse que le management des risques sportifs ne peut se suffire d’une approche rationnelle et instrumentale pour en comprendre les formes de développement et de gestion. Des cadres cognitifs (Kalaora, 2014) sont engagés dans la façon de penser l’action publique. Ils participent, bien souvent, à privilégier une forme de gestion parcellaire de la sécurité, de la même manière que des paradigmes scientifiques sont l’objet d’appropriations différentes par les chercheurs dans l’approche des pratiques d’engagement corporel (Soulé, 2007).

Pour analyser le système territorial, une étude de terrain a été réalisée en 2014 auprès des acteurs professionnels et institutionnels Corse3. Une vingtaine d’entretiens a été effectuée permettant de faire le lien entre leur pratique professionnelle en situation, leur vision de leur métier et des relations entre partenaires, et leur lecture du système territorial Corse. À partir d’entretiens thématiques et interactionnels (Nossik, 2011) privilégiant le dialogue, l’intercompréhension de l’univers concerné et la confrontation des regards sur le sujet abordé (Mondala, 2001), un corpus de données a été collecté. La production d’une intelligence méthodologique permet de faire le lien entre le cadre théorique et le corpus de données. Elle est au fondement de l’analyse d’un système d’action via les données récoltées qui permettent d’étudier le processus organisationnel ciblé. En croisant les lectures des uns et des autres, en établissant des relations entre les catégories de lecture présentées en fonction des positions institutionnelles, l’étude de la rationalité des acteurs est engagée pour en déceler les logiques d’action professionnelles (Bernoux, 2004). Celles-ci agissent et interfèrent dans le fonctionnement, la dynamique et la composition du système territorial. La connaissance du système territorial est au fondement de l’approche théorique et méthodologique proposée. La logique démonstrative n’a pas de valeur scientifique dans cette analyse. Notre propos interroge et met en exergue la connaissance pragmatique des acteurs de terrain pour comprendre les faiblesses et les incohérences d’un système territorial de gestion des risques. L’enjeu dans la continuité des perspectives théoriques développées par Kerven (4) (1995) est de rendre compte des principes et des processus périphériques au dispositif sécuritaire qui interviennent dans la mise en danger des pratiquants.

II • Les effets sociogéographiques sur le système de gestion des risques

Suite à ce cadrage théorique et méthodologique, les données collectées permettent, dans un premier temps, de saisir les contraintes qui pèsent sur le milieu et interviennent sur la qualité du dispositif sécuritaire. Dans un deuxième temps, on évoquera les formes de gouvernance possibles pour une gestion optimale des risques sportifs en Corse.

A - Les facteurs de déstabilisation

1. Les effets géographiques

Comment par exemple ne pas évoquer l’effet de la désertification de la montagne Corse, marquée par la disparition progressive des bergers comme étant un élément qui participe à la production d’accidents ? Petit à petit, les bergers disparaissent ou descendent dans la vallée alors qu’auparavant ils participaient à la vie de la montagne, des sentiers et des lieux. Leur présence permettait d’accompagner les visiteurs, de les guider et de leur indiquer le bon chemin à suivre. Ils étaient les sentinelles de la montagne évitant à de nombreux touristes de se perdre. De même, le changement de style des gardiens de refuge est significatif lorsque ceux-ci deviennent bien plus des commerçants de hautes terres que des « montagnards », capables de discuter et de conseiller les pratiquants lors de leur passage en ces lieux. Ce changement est un activateur des mises en danger potentiel des pratiquants. Sur un autre registre, la montagne Corse est souvent marquée par un balisage très superficiel de certains sentiers voire par l’absence de balisage alors que le sentier est répertorié dans les guides. Cette situation, connue de tous les acteurs et de pratiquants, ne s’explique pas seulement par un dilettantisme ou un manque de conscience sécuritaire. Les « bonnes raisons » se situent en partie du côté des mentalités corses. Les locaux souhaitent conserver un « esprit Corse » (Martinetti, 1989), là où tout n’est pas normalisé selon une logique républicaine (5), là où tout n’est pas pensé pour les touristes, mais là aussi où le manque de balisage est une invitation à prendre un guide ou un accompagnateur en moyenne montagne pour ne pas se perdre en cours d’itinérance. Des processus insulaires, politiques, professionnels et culturels sont observables. Ils participent à comprendre les dispositifs sécuritaires imparfaits. 

2. Effets pervers des changements institutionnels

La question de l’accès est aussi l’objet de bien des différences de point de vue dans la manière de gérer les flux et les pratiques des uns et des autres. Au-delà de la question des panneaux d’information et de la signalétique qui est loin d’être située dans une démarche qualité acceptable et adaptée au public actuel, des questions se posent sur le rôle et la pratique des guides du parc naturel régional. Petit à petit, ceux-ci occupent des « postes et des pratiques » de bureau, au détriment des actions historiques de terrain qu’ils menaient auparavant. De même, il y a quelques années sur la route d’accès à la Restonica depuis Corté, on trouvait une maison de la montagne qui permettait d’informer les gens. Le responsable des sapeurs pompiers de la Corse du Nord passait du temps à échanger avec les offices du tourisme pour leur transmettre de précieuses informations sur les conditions de pratique et la connaissance des espaces d’activité. Comme nous l’avons déjà signalé auparavant, la baisse du nombre de bergers et des gardiens-montagnards participe de ce même mouvement de fragilité des passerelles informationnelles entre les pratiquants et les lieux d’exercice.

À un autre niveau, l’année 2014 a été marquée par un nombre important de sauvetage de touristes qui ont été bloqués par la montée des eaux dans les rivières de montagne, alors que des informations avaient été communiquées auparavant par la préfecture et les médias. D’où la question de la transmission des informations, dans la forme comme sur le fond, pour communiquer auprès des publics sur leur responsabilité et les risques qu’ils encourent en cas de crues. De même, la Corse souffrait jusqu’à cette année d’un manque de précision météorologique à cause de l’éloignement de la station météorologique située du côté d’Aix en Provence pour transmettre les bulletins météo des périodes à venir. Dans certains cas, la préfecture aurait souhaité déclencher un plan d’alerte, mais le bulletin continental ne permettait pas un affinement sur les conditions météorologiques réelles de la Corse. De même, la question du téléphone se pose dans sa capacité à émettre et à recevoir des messages sur les lieux d’activité. D’où le développement de multiples actions pour répertorier les lieux de réception. Pratique qui semble assez bien fonctionner en canyon (pour les professionnels) mais qui n’existe pas pour les randonneurs. La DRJSCS envisage même de faire les trajets avec les téléphones des principaux opérateurs pour répertorier selon les opérateurs les lieux de réception en cas de problème. Certains prestataires obligent par exemple leurs moniteurs à partir avec deux téléphones (opérateurs différents) pour être joignables constamment. À un autre niveau, jusqu’à une certaine époque, les gardiens de refuge avaient une fréquence radio qui leur permettait de communiquer à tout instant. Aujourd’hui, cette fréquence leur a été retirée car elle était sur les mêmes ondes que celles des secouristes. Le responsable des services au PNR de Corse évoque une amélioration de la communication téléphonique grâce au portable, possédé par les gardiens. Mais est-ce suffisant pour être informé des activités qui se déroulent en montagne ?

3. Les logiques d’action professionnelles

Sur un autre plan, la sécurité concerne la pratique des professionnels encadrant les sports de nature. Ceux-ci sont organisés en structures associatives ou commerciales, avec des modèles entrepreneuriaux très différents. Des effets paracommerciaux sont souvent observables sous l’effet d’une concurrence forte entre les uns et les autres : les continentaux et les locaux, les free lance estivaux et les structures pérennes, et les indépendants et les prestataires gérant un collectif de moniteurs. Des différences dans l’approche de la sécurité sont observables concernant les formes de connaissance des milieux de pratique, les formations sécuritaires des moniteurs estivaux, les conceptions de la pratique, les démarches qualité mises en place ou encore la bataille pour les accès au canyon (par exemple).

Ces logiques professionnelles s’inscrivent dans des schémas d’action très hétérogènes (6). Dès lors, les pratiques sécuritaires ne se situent pas dans les mêmes procédures de réalisation. Lorsqu’il faut « se battre » pour faire « la et sa saison », lorsque les pratiques financières d’encadrement des uns et des autres diffèrent ou lorsque les associatifs se mélangent avec les structures commerciales (soumises à des règles financières plus contraignantes), des univers de pratiques se télescopent. Ces situations induisent des obligations de résultat élevées pour « s’en sortir » financièrement. Là encore, des facteurs exogènes aux dispositifs sécuritaires peuvent être évoqués dans la compréhension des processus de mise en danger. Le canyoning est illustratif de cette situation en prenant l’exemple des moniteurs continentaux qui viennent l’été « faire la saison » : ils ont une connaissance plus superficielle du milieu de pratique ; selon les structures d’encadrement, ils n’ont pas la même formation sécuritaire avant le début de la saison ; ils n’hésitent pas à faire plusieurs canyons dans la journée pour augmenter leurs chiffres d’affaires. Lorsqu’ils sont moniteurs indépendants, leurs charges sont moindres et ils ne déclarent pas tous les revenus encaissés aux impôts. Cette situation produit une tension professionnelle qui augmente la concurrence et la course à la rentabilité des pratiques encadrées (7). A la lecture des données accidentologiques, il apparaît que les accidents de pratiquants dans le cadre d’activités encadrées sont nombreux (75 % des secours) ; mais que les données explicatives sur la cause des accidents restent parcellaires, du fait de fiches signalétiques très sommaires, remplies et rendues par les secouristes à la DRJSCS.

4. Modification des règles sécuritaires

Au niveau institutionnel, lorsque les règles de pratique changent, des effets négatifs sont observables. Ce changement réglementaire induit des adaptations plus ou moins faciles à assimiler pour continuer à équilibrer financièrement l’activité des professionnels. La diminution du nombre de pratiquants en groupes, de jeunes encadrés (passant de 12 à 8 dans le cadre d’accueil de collectif de mineurs), l’interdiction de pratiquer à certaines heures de la journée lors de dangers liés aux crues et aux feux, ou l’apparition de nouvelles normes sécuritaires ou commerciales (casque, TVA, équipements spécifiques, téléphone…) sont autant de nouvelles contraintes, louables en soi, mais obligeant à repenser les logiques commerciales d’exercice des professionnels. La critique, faite par ces derniers, ne porte pas seulement sur l’excès de normes et de contraintes qui limitent leur liberté d’action mais sur l’augmentation des coûts induits que cela génère, nécessitant d’accroître encore un peu plus le volume d’activités à faire pour rentabiliser l’activité. Une concurrence déloyale est aussi observable entre certains qui se « plient » aux règles institutionnelles et commerciales, et les autres qui « s’en jouent », parfois avec la complicité des instances institutionnelles, évoquée par certains. À l’écoute des professionnels, il semblerait ainsi que les contrôles de gendarmerie effectués par le PGHM ne soient pas si efficaces que cela. Les dissidents sont bien souvent informés des contrôles réalisés et peuvent échapper à ceux-ci. Logique asymétrique observée dans l’application des mesures institutionnelles, mais l’analyse ne porte pas tant sur l’objectivité de ces observations indigènes, que sur la création d’un climat professionnel suspicieux qui augmente le sentiment de différences de traitement entre les uns et les autres. À l’écoute des professionnels de l’encadrement, un malaise social est observable par ce sentiment exprimé, évoquant un traitement inégal des situations des uns et des autres (8).

5. Contrôle et gestion des informations accidentogènes

La question de l’information se présente comme un enjeu central pour améliorer la qualité de la pratique et les opérations de secours, en cas de problème. Une des faiblesses du dispositif de gestion des risques se situe à ce niveau comme si l’information, sa qualité et sa forme sémantique, induisait des effets non négligeables sur l’accidentologie et les pratiques sécuritaires induites. L’accidentologie est par exemple liée aux informations transmises dans l’accès aux lieux de pratique. En Corse, les panneaux d’information au départ des lieux de pratique sont bien souvent absents ou de mauvaise qualité (9) ; tout comme, on peut penser l’existence de décalages entre la représentation de la pratique par les concepteurs de guides (qui sont bien souvent des experts) et celle des touristes. Des différences fortes existent dans la maîtrise des codes de pratique et la manière de définir une longue ou une petite randonnée (par exemple). Ces codes ne qualifient pas les mêmes distances entre différentes petites randonnées (10). D’où la présence de facteurs informationnels, amplificateurs des mises en danger, attachés à ces différences linguistiques, sémantiques et culturelles entre les profanes et les experts.

6. De l’asymétrie professionnelle à une nécessaire gouvernance

Les études accidentologiques qualitatives permettraient sans doute d’observer les différences pouvant exister entre les professionnels : selon le statut juridique des uns et des autres, le nombre de moniteurs embauchés et les « rotations » effectuées, la formation suivie ou encore les différences entres les locaux et les continentaux. Si tout un discours institutionnel circule pour clarifier la situation accidentogène liée à ces configurations professionnelles, les données accidentologiques manquent pour rendre compte d’un possible phénomène à ce niveau. Mais comme l’observatoire des accidents, via les fiches transmises par les secouristes, n’intègre pas ces données signalétiques, il n’est pas possible aujourd’hui de préconiser des mesures correctrices en allant dans le sens des préconisations avancées par les locaux. Mais plus globalement, cette approche professionnelle de la filière des sports de nature en Corse pose la question de la gouvernance de ce système d’action pour en harmoniser le développement. Bien souvent, les professionnels rendent compte d’un manque de soutien de la part des instances publiques ou d’un manque de coordination entre les différentes parties prenantes, engagées dans la gestion de ces pratiques. Cette situation ayant pour effet de créer perpétuellement un climat de concurrence, d’asymétries territoriales et professionnelles entre la mer et la montagne, entre les « honnêtes » et les « malhonnêtes » ou entre les territoires bien aménagés et les autres. Cette situation a sans nul doute des effets sur la gestion sécuritaire de ces pratiques amatrices et professionnelles par manque de coordination et d’ajustement entre les parties prenantes, évoquées par certains (les institutionnels) mais rejetés par d’autres (les professionnels de l’encadrement). Ces derniers préfèrent évoquer la logique du marché et la mise en place de labels de qualité pour un meilleur management des pratiques à risque.

Ces enquêtes qualitatives sur les pratiques professionnelles rejoignent les travaux de Bouhaoula (2008) sur les micromentalités des professionnels, sur les cultures professionnelles des moniteurs en escalade (2003) ou sur les formes de développement dans les territoires ruraux développées par les acteurs du lieu (Mao, 2005). Des controverses et des différences émergent dans la manière de penser la qualité sécuritaire et la culture professionnelle entre les acteurs du système territorial Corse. Le management des risques sportifs en milieu rural est encastré dans des logiques géographiques, institutionnelles et professionnelles de la même manière que cela a pu être étudié dans la gestion des risques en station sportive de montagne (Soulé, 2002). La Corse comme les autres territoires de pratique n’échappe pas à la combinaison de facteurs exogènes au dispositif sécuritaire qui participent à créer des déficits cindynogènes.

Au-delà de l’approche républicaine, rationaliste et scientiste qui voudrait imposer une logique surplombante, descendante et uniforme sur la manière de penser les dispositifs sécuritaires dans la gestion des pratiques sportives de nature, les approches empiriques et territoriales permettent d’évoquer la présence et la nécessaire prise en compte de l’environnement territorial. En France, l’histoire de l’action publique est marquée par cette vision uniforme et centralisée du management institutionnel (Lascoumes, 2012) et l’environnement a toujours été sous-estimé dans la façon de penser l’action collective (Kakaora, 2013). Des relations multiples entre les différentes composantes d’un système d’action territorial participent largement à comprendre les logiques asymétriques, spécifiques et contextuelles qui interfèrent sur la rationalité instrumentale, supposée définir la qualité attendue. L’enjeu ne consiste pas à vouloir les éradiquer, mais à composer avec elle pour constituer un management territorial des risques, adapté aux configurations du milieu (11).

III • Les formes de gouvernance envisageables

La gouvernance peut se définir comme un processus compositionnel (Latour, 2011) produit des relations entre les parties prenantes en fonction des formes de coordination mises en place qui peuvent reposer sur différents cadrages politiques. Entre les gestions informelles et formelles, peu participatives ou très collaboratives, publiques ou privées, marketing ou managériales, des formes variées de gouvernance sont possibles (Petrella, 2009). On évoquera dans le cadre de cet article quelques propositions préconisées par les acteurs corses. À la lecture des propos émis par les acteurs du système territorial concernant les formes de gestion optimales des ENS (événements non souhaités), différentes conceptions émergent. On peut les organiser en deux grandes catégories entre une plus normative et libérale et une autre plus délibérative et collective mais qui ne va pas s’en poser certains problèmes.

A - Démarche qualité et acteur légitime

Pour les prestataires touristiques, l’amélioration du système d’action nécessite d’augmenter l’entrepreneuriat des structures professionnelles en limitant le nombre d’associations de prestations sportives. Le professionnalisme serait plus performant dans un cadre marketing et entrepreneurial à l’image des démarches qualité qu’il faudrait mettre en place en référence aux labels existants dans la gestion des parcs acrobatiques. Ces évaluations permettraient de faire état de la cohérence des actions développées, aussi bien dans l’accueil et le prêt de matériel que dans la gestion sécuritaire des pratiques (casques, points d’ancrage, téléphone, etc.). Pour d’autres acteurs, plutôt institutionnels, le problème se situe au niveau de la formation et des informations dispensées. Ils évoquent la nécessité de développer des plans de formation, de renforcer les liens avec l’université et les formations adaptées, de repenser les plans de communication et de promotion… tout en doutant du rôle d’un observatoire de l’accidentologie dans la gestion des pratiques récréatives de nature. Dans toute forme de gouvernance, la question de l’acteur légitime se pose pour enrôler les autres dans un projet commun de développement en fonction des cités des grandeurs référentes (Bolstanski, 1991) ou des formes de développement acceptables (Corneloup, 2001). Entre les logiques endogènes ou exogènes au territoire, les formes de légitimité et d’acceptation ne sont pas les mêmes selon si l’acteur est du pays ou pas et selon le projet de développement envisagé. Certains acteurs évoquent les résistances sociales et politiques à collaborer avec les acteurs institutionnels représentant l’État12. En Corse, la mise en place d’une gouvernance sécuritaire est animée par la DRJSCS, en tant qu’organisme d’État et non par un acteur territorial régional. Ce jeu des codes symboliques (Bourdieu, 1984), attachés à des instances institutionnelles représentant l’État, joue sans nul doute en Corse un effet dissuasif auprès des professionnels de la filière dans leur collaboration à un projet commun de gestion. Cette distance est observable dans la sympathie « naturelle » que les professionnels accordent aux secouristes de la sécurité civile par rapport au PGHM13, représentant la gendarmerie nationale. Si aujourd’hui14 la compétence des uns et des autres n’est pas remise en cause dans leur fonction d’intervention, il n’en est pas de même dans le lien que ces groupes d’acteurs tissent avec le territoire : les « rouges » (représentant les pompiers et les locaux), surtout pour les plus anciens, étant les amis, les gens du pays, qui connaissent bien « leur montagne » ; les « bleus » (le PGHM) étant irrévocablement des étrangers et encore un peu plus à cause de leur attachement à l’État et à son pouvoir de police. La lecture portée sur les corps d’intervention n’est pas seulement attachée à la personne et à la qualité professionnelle des individus mais à ce qu’ils représentent symboliquement auprès des professionnels de la filière sportive corse. La question de l’acteur légitime est alors posée dans la façon de penser la gouvernance territoriale des pratiques sportives de nature que la théorie de la traduction a bien identifiée (Callon, 2006).

B - Des logiques partisanes à la privatisation des lieux

De même, on peut évoquer la présence d’un effet géographique régional et communautaire qui impose aux habitants et à leurs représentants des règles du jeu (Reynaud, 1989) concernant les pratiques économiques acceptables. Ainsi, tout le monde ne peut écrire un topoguide en Corse. La règle du « milieu », à l’écoute d’un habitant, nécessite « d’être du pays » pour éditer un ouvrage15. Si pour l’instant, les enjeux économiques de la montagne ne sont pas à la hauteur des pratiques maritimes, des contraintes locales pourraient se développer auprès des structures performantes ; tout comme, on observe l’émergence d’une « privatisation » de certains canyons où les usages professionnels ne sont pas possibles pour tous, par l’établissement de conventions avec certains prestataires et les communes concernées. Ces marchandisations et privatisations des lieux de pratique pourraient avoir des effets sur le modèle de gestion des risques et pourquoi pas à terme sur la facturation des secours dans les lieux privés d’exercice (canyon, via ferrata, parc aventure, etc.). Derrière ces quelques exemples, se posent des questions de gestion d’un système dans sa capacité à s’adapter aux évolutions des pratiques et des formes économiques montantes. Ses compositions organisationnelles asymétriques interfèrent dans la définition des règles du jeu (Reynaud, 1989) limitant la mise en place de gouvernances collectives et globales du dispositif sécuritaire. Et cette difficulté est amplifiée par l’absence d’un syndicat des professionnels du plein air. Cette situation nuit à leur représentativité dans la mise en place d’une gouvernance commune.

C - Définition d’un cadre global et commun

La majorité des acteurs institutionnels interrogés considère que le défaut de qualité sécuritaire est en partie lié à un manque de gouvernance de cet ensemble, partagé entre des luttes politiques et territoriales des villes dominantes (Bastia et Ajaccio) ou entre la Corse du Sud et du Nord, mais aussi par un manque de gestion politique de la filière tourisme de la Corse intérieure. Une gestion insulaire des pratiques récréatives de nature (regroupant la Corse du Sud et du Nord) est ainsi demandée et encouragée pour rendre plus pérennes, stables et durables les pratiques des uns et des autres. À la fois en termes de formation, de promotion et d’aménagement, mais aussi concernant les rencontres entre professionnels encadrants pour mieux penser leur pratique et la gestion sécuritaire des sites, une gouvernance est souhaitée. La coordination entre les acteurs, dans le cadre d’une gouvernance insulaire, permettrait de stabiliser les positions et de mieux défendre la situation des professionnels dans leur participation à la définition des règles sécuritaires. Il est par exemple surprenant que le responsable des aménagements et des pratiques au sein du parc régional de la Corse (PNRC) ne possède aucune donnée sur l’accidentologie en montagne et n’ait jamais participé à une réunion territoriale pour aborder ces questions avec les différents acteurs concernés.

Ce n’est pas tant au niveau des CDESI (16) dans une seule gestion des ESI que cette question se pose mais plutôt dans la mise en place d’un plan de développement de la Corse de l’intérieur (plan montagne) en intégrant les liens entre l’agriculture, l’environnement, les sports de nature et les autres pratiques territoriales concernées (17). Bien des opérateurs interrogés observent le manque de considération de leurs pratiques et du rôle du tourisme sportif de nature en Corse d’intérieur pour en faire une priorité politique insulaire (18 19). Mais cela induit un financement public important pour changer de modèle de gestion et mieux intégrer la place des sports de nature dans le projet de développement de la Corse (Simeoni, 2007). La gestion de la sécurité de ces pratiques ne dépend pas seulement de la qualité des dispositifs d’intervention (20) mis en place, mais de la manière de gérer globalement cette filière dans le cadre territorial qui est le sien. Le développement d’un territoire de projet concernant l’approche politique des pratiques récréatives de nature en fonction des priorités culturelles, économiques et patrimoniales identifiées peut se penser comme un cadre cognitif d’action référent. Mais comment peut-on envisager celui-ci dans la définition de principes d’action et de gestion commune lorsque la mise en place des CDESI au niveau des conseils généraux est très modérée et leur conception trop technicienne et aménagiste ? (Falaix, 2015).

D - Vers une gouvernance contextualisée des savoirs et des expériences partagés

Pour parfaire la qualité du système, un début d’organisation collective envisage de mieux coordonner les relations entre les différentes parties prenantes : la préfecture organise par petits groupes, en fonction des sujets et des urgences, des rencontres avec les collectifs concernés. La responsable de la sécurité civile à la préfecture de la Corse du Sud préfère cette forme souple de gestion contextualisée et ciblée en fonction des problèmes rencontrés ; la DRJSCS en début et fin d’année met en place des rencontres entre professionnels du canyon pour échanger sur leur expérience et réfléchir à des améliorations des techniques d’équipement et de sécurité. Les responsables des structures sont invités à former leurs moniteurs en début de saison. Chaque hiver, trois journées d’initiation et de rencontre sont organisées entre professionnels (secouristes, PGHM, guides…) mais aussi avec les pratiquants à Veyne sur les questions d’avalanche, de progression en neige, de secours. Certains voudraient développer une carte des points GPS sur les itinéraires de pratique ; d’autres demander aux opérateurs téléphoniques d’augmenter la qualité des couvertures téléphoniques. Pour améliorer la qualité du système d’action territorialisé, différents acteurs tentent d’augmenter chaque année leur capacité à s’organiser et à réfléchir à des modes de régulation possible… même si l’on sait que cette organisation reste fragile et délicate.

Le système progresse tout doucement dans son organisation collective, sans être capable de franchir un cap pour proposer un système plus performant dans la définition des règles du jeu, de l’image plein air en Corse et dans le rôle et la fonction attribués à l’accidentologie et à ses données comme procédure pour penser la qualité de cet ensemble. Sans doute, le parc régional naturel pourrait jouer un rôle pour impulser un changement dans le rapport à la sécurité via son comité scientifique. Mais celui-ci n’est pas saisi de cet objet alors que la pratique des sports de nature est une activité dominante qui se déroule dans ce parc. Entre les CDESI (en phase d’émergence), les régulations ciblées et homéopathiques, la mise en place d’un comité insulaire des sports de nature ou encore la création du plan montagne pour la Corse, différentes orientations sont possibles pour mieux coordonner les relations entre les organismes et les acteurs, présents dans la gestion et la sécurité des sports de nature. Mais les tensions politiques entre les deux départements, les réticences à accorder une place centrale aux représentants de l’État (Préfecture, DRJSCS, PGHM), le poids dominant du tourisme balnéaire, l’absence d’un syndicat des professionnels ou encore les manques de moyens financiers et de ressources humaines dans la gestion globale de cet ensemble sont autant de freins à une amélioration du système d’action territorialisé, tel qu’il fonctionne aujourd’hui. Comme le soulignait un des acteurs institutionnels : « … Mais la chaîne n’est pas bouclée ! Nous n’en sommes qu’au début du processus. On commence avec les formations des « pro », le reste suivra petit à petit… ». Une composition organisationnelle se met en place qui puisse dans différents registres de gouvernance territoriale. Mais celle-ci reste fragile dans la fabrique de ce réseau sociotechnique (Calon, 2006), engagé dans le management des pratiques à risque. Toute nouvelle situation-problème peut de nouveau entraîner une fragilisation de cet édifice collectif comme Obin (2015) l’a démontrée dans ces travaux de recherche sur les sports de nature à Millau.

IV • Vers une gouvernance écologique et culturelle des territoires de pratique

Les formes de gouvernance évoquées peuvent s’inscrire dans un autre cadre, en référence à la cité écologique de Bolstanski et Thévenot (1991), à des questions environnementales et écosystémiques (Kalaora, 2013) ou au marquage culturel des territoires de pratique (Corneloup, 2006). La mise en place d’un plan montagne écotouristique, envisagée par différents acteurs, aura pour effet d’introduire d’autres facteurs de gestion de ce système. On peut évoquer quelques éléments qui pourraient avoir des effets non négligeables en lien avec les principes socioécosystémiques activés : gestion spécifique de la nature et des écosystèmes locaux ; définition de capacités de charge dans certains lieux de pratique (comme dans les canyons) pour définir une qualité de pratique pour les « clients » ; présence d’équipes et de structures professionnelles pérennes, moins engagées dans la course aux « rotations » pour faire la saison… Certains évoquent la nécessité d’imposer la possession d’un DU (diplôme universitaire) sur l’écologie régionale aux moniteurs plein air, à la fois pour une meilleure gestion des espaces fragiles et pour intégrer un contenu écologique à la sortie nature, mais aussi pour renforcer l’économie et les emplois locaux et par ricochet pour diminuer l’accidentologie dans la gestion des pratiques récréatives de nature. Ces procédures s’inscrivent plus globalement dans l’émergence de la société du durable qui envisage de s’inscrire dans des perspectives posttouristiques repensant les formes de développement des territoires ruraux (Bourdeau, 2013). L’émergence de l’écotourisme (Gagnon, 2010) participe de ce mouvement en développant des écolabels qui concourent à l’émergence de cultures transmodernes (Corneloup, 2011) dans l’approche de la nature en faisant l’hypothèse que celles-ci peuvent interférer sur le marquage culturel des territoires récréatifs de nature et le rapport à l’engagement corporel.

La lecture du système d’action territorial peut aussi s’effectuer par l’étude des relations des pratiquants avec les espaces risqués via les médiations communicationnelles potentielles qui interfèrent sur les modes de gestion envisageables. Différents changements structurels en lien avec les transformations des cultures sportives de nature participent à modifier les formes sécuritaires envisageables et les engagements corporels en nature observables et souhaités. Derrière l’accidentologie se dévoilent les valeurs par lesquelles se donnent à voir le sens des engagements et des éthiques auxquelles ceux-ci sont liés (Andrieu, 2013) mais aussi les formes culturelles qui interviennent dans le rapport à l’engagement corporel (Corneloup, 2015).

A - De la géographicité des milieux de la pratique

Les caractéristiques morphogéographiques de la Corse en font un milieu très spécifique ayant sans aucun doute des effets sur l’accidentologie insulaire. De même, les données climatiques et météorologiques en font une Île très ventée, soumise à des changements de temps très rapides, à la présence d’orages spectaculaires et parfois imprévisibles, ou encore à des déclenchements de feu qui augmentent l’insécurité des visiteurs. La proximité entre la mer et la montagne, la côte méditerranéenne et les sommets, le chaud et le froid ou les maillots de bain et la polaire des hautes terres invite les touristes à partir, en toute tranquillité, faire un « petit tour en montagne ou dans une cluse ». Ces situations sont renforcées par certains guides et brochures touristiques qui présentent une image hédoniste, ludique et bucolique de la Corse intérieure. Ces représentations participent à envelopper la montagne d’une image de facilité qui donne l’impression que tout est facile et « comme à la mer ». Au-delà des imprudences que ces images véhiculent, elles encouragent la pratique d’une nature ludique où la sensation l’emporte sur l’appropriation d’une culture plein air. Le manque de condition physique, la fatigue urbaine, les surcharges pondérales et l’envie de se libérer et de profiter fortement de cette nature généreuse et splendide sont autant de prémices à l’émergence d’accidents. Ce que les professionnels ne manquent d’évoquer lorsqu’il s’agit de qualifier le profil des clients. Le temps est loin où les touristes étaient des sportifs confirmés et venaient en Corse pour entretenir et parfaire leur culture plein air.

Des questions se posent alors pour penser la gestion des accès et des publics encadrés ou libres. Si certains professionnels et guides touristiques jonglent et surfent sur la vague d’une Corse intérieure ludique, d’autres professionnels préfèrent parler d’une éducation ou d’une transmission d’une culture plein air de la Corse, faite de valeurs insulaires, de caractères trempés, de senteurs et d’odeurs variées, sans sous estimer la présence d’une riche faune et flore, unique en son genre qui se mixe avec des paysages entre mer et montagne. Mais en même temps, la montagne corse est exigeante, à cause des conditions climatiques changeantes, de son isolement, des sentiers très empierrés, des routes escarpées, de la chaleur estivale et aussi des hivers parfois très rudes et compliqués pour le ski de randonnée. Dès lors, certains considèrent que la perte de cette culture plein air participe à augmenter l’accidentologie par manque de dispositions spécifiques pour s’adapter à cet univers. Le tout ludique, transféré à la montagne, aurait ses limites pour ceux qui veulent transformer celle-ci en Lunapark, à l’image de bien des canyons du massif de Bavella.

Le changement d’état d’esprit des touristes et leur manque de culture plein air participent aussi à cette réalité. À l’image du GR 20, qui draine des milliers de touristes chaque année qui n’ont plus le profil des randonneurs d’autrefois. Ils surestiment leur niveau et leur condition physique et sont surchargés de bagages pour des étapes qu’ils ne pensaient pas aussi longues. D’où cette prédisposition accidentogène qui les menace dès l’accès au sentier. De même, on peut noter la modification des usages pour des touristes qui ne font plus le GR comme épreuve que l’on réalise en une seule fois, mais en plusieurs étapes et donc dans un état d’esprit qui n’est plus celui des baroudeurs d’autrefois. Fragilité des usages qui interfère sur la chaîne sécuritaire et fait de la randonnée en montagne (en Corse, mais aussi dans bien des massifs français) la pratique la plus insécuritaire via le nombre d’appels de secours que reçoit le CODIS (21) chaque année (22).

B - De la culture hédoniste à la culture du plein air

Un ensemble de débats et de controverses porte alors sur cette ambivalence entre la norme et la maîtrise de la culture plein air. Faut-il aseptiser la pratique et les espaces pour en faire des lieux urbanisés où le sauvage disparaît ou faut-il penser autrement la gestion et l’accompagnement des gens en montagne ? On peut toujours emmener 12 ou 15 personnes faire un canyon mais est-ce la même gestion du groupe et de son rapport au plein air ? La gestion de l’accidentologie ne se pense pas de la même façon selon les orientations prises. Après avoir rendu le casque et le portable obligatoires, recommandé une hauteur des sauts raisonnable (23) et défini le nombre de clients par moniteurs, faut-il rendre obligatoire le port de chaussures spécifiques en canyon ? Faut-il obliger les moniteurs saisonniers à faire une formation de plusieurs jours sur place avant le début de la saison ?

Faut-il limiter l’accès des canyons à un nombre restreint de moniteurs ? Certains professionnels (et touristes) pratiquent le canyon comme un parc aventure et souhaiteraient que les usages sécuritaires des parcs deviennent petit à petit les références pour penser la pratique de nature. Si le canyon devient un parc aventure, alors les mêmes règles et protocoles sécuritaires doivent s’appliquer dans la gestion des collectifs en pratique. Une fois de plus, la question de l’accidentologie est posée en fonction de la définition du plein air et des pratiques qui y sont associées. En Corse, ces débats se posent et sont l’objet de polémiques entre les uns et les autres, mais on perçoit lors des entretiens la volonté de poser des limites au Lunapark Corse, comme conception du plein air Corse. Une chaîne de la valeur est ainsi qualifiée et interrogée qui ne repose pas sur le même montage financier, le même modèle économique et la même vision de la pratique acceptable et envisageable dans les années à venir. D’où ce souhait, pour certains, de repenser l’esprit de la montagne Corse en direction des touristes, mais aussi du côté des Corses eux-mêmes qui n’ont pas cette culture du plein air. Cette résistance des Corses de l’intérieur à l’esprit et à la pratique du plein air peut aussi se présenter comme un frein pour accompagner l’expansion du plein air Corse et sa qualité.

En activant l’étude des déficits cindynogènes dans la 2e partie de l’article, différents dysfonctionnements ont été qualifiés qui permettent de rendre compte du rôle de l’environnement géographique dans la manière de penser le management des pratiques risquées en nature. Le balisage léger des sentiers en dehors du GR 20, la moindre présence des gardes du PNR sur le terrain, les spécificités climatiques, la migration des bergers dans la vallée ou encore les tensions professionnelles constituent un ensemble d’éléments qui viennent relativiser la référence exclusive à l’approche technicienne et quantitative des observatoires des risques en nature. Ces différents éléments associés à des cultures professionnelles diverses et à des cultures sportives hédonistes fortes participent à rendre le système territorial plus fragile et compositionnel dans la manière d’envisager la gouvernance de ces pratiques. Mais au-delà des arrangements qui doivent émerger des échanges entre toutes les parties prenantes du système terriorial corse et non pas seulement des acteurs du dispositif d’intervention (CODIS, préfecture, PHHM, SDOS, médecins…), la dernière partie pose la question du marquage écologique et culturel des territoires de pratique dans la façon de penser l’orientation culturelle des mises en danger en fonction des valeurs référentes et de l’écologie relationnelle (Ingold, 2013) envisagée avec les territoires et les milieux de pratique développés (Berque, 2014).

Cette lecture politique de la sécurité et de l’engagement corporel en montagne Corse ne se réduit pas à l’étude de la filière des sports de nature mais interroge d’une manière plus subtile la question du régionalisme dans la façon de penser la culture insulaire corse. L’implication des populations montagnardes et des cultures rurales dans la gestion et le développement des engagements récréatifs et corporels en Corse peut participer à changer la conception du régionalisme en Corse et plus globalement dans l’Europe méditerranéenne (Vinventelli, 1989). L’émergence d’une gouvernance participative pourrait modifier les cadres cognitifs, historiquement définis et présents actuellement…

Conclusion

À la lecture de ces éléments d’analyse se dévoile la présence d’un système d’action territorialisée qui encadre la pratique et la gestion du dispositif sécuritaire. L’entrée par l’accidentologie, si elle invite à penser qu’une normalisation des engagements est possible, contourne la prise en compte des effets environnementaux, les logiques d’action des acteurs et les changements culturels qui interfèrent sur les formes de régulation possibles. Le détour par une épistémologie relationnelle et compositionniste réintroduit le milieu d’action, les dynamiques territoriales et les compositions humaines et non humaines dans la manière d’analyser la dynamique sécuritaire et ses évolutions possibles. L’anthropologie et l’écologie managériales permettent de penser autrement la gestion des systèmes organisés en considérant qu’au-delà des engagements corporels et de l’avènement des événements non souhaités, la prise en compte des vulnérabilités induit que c’est le système écosociosystémique qui fabrique ses espaces de fragilité. Au-delà des théories de Douglas (1983) et de Beck (2002), cette posture ne signifie pas d’en rester qu’à une lecture globale des sociétés, mais de renforcer le développement d’un management agile des organisations accidentogènes à partir d’approches pragmatiques des systèmes d’action territorialisés.

 

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1 Le rapport remis en 2014 à la fondation Petzl et diffusé à toute la communauté institutionnelle des sports de nature s’inscrit dans cette approche sécuritaire des engagements corporels (Soulé et al, 2014).

2 DRJSCS : direction régionale de la jeunesse des sports et de la cohésion sociale

3 Différentes institutions et professionnels ont été concernés par cette étude et interrogés dans le cadre d’entretiens individuels : guides de haute montagne, prestataires touristiques, accompagnateurs en randonnée, responsable sécurité du PNR Corse, référent sports de nature à la DRJSCS, responsable des secours au SDIS en Corse du Sud, responsable du PGHM en Corse, directrice du service de la sécurité civile à la préfecture…

4 Pour reprendre les termes de Kerven concernant les sciences du danger, on parlera de déficits cindynogènes pour expliquer l’émergence d’événements non souhaités (ENS) qui participent à la production de danger.

5 La logique républicaine induirait que le même balisa

6 Les pratiques professionnelles s’inscrivent dans des formes de développement et des micromentalités différentes (Corneloup, 2003) qui renvoient à des approches spécifiques des métiers. Chaque style professionnel n’a pas le même rapport au dispositif sécuritaire. D’où la présence de controverses entre ces acteurs.

7 Ces analyses empiriques sont confirmées par Simeoni (2007) en montrant les fortes oppositions et controverses qui existent entre les associations et les entreprises du plein air en Corse. Un climat relationnel tendu (Gaulejac, 2005) serait observable pouvant avoir des effets négatifs dans le management collectif des pratiques sportives à risque.

8 Les travaux sur les conflits dans les organisations, l’ergonomie au travail et l’idéologie productiviste (Bréard, 2007 ; Gaulejac, 2005) évoquent l’existence de facteurs relationnels nuisibles à la qualité de l’action professionnelle.

9 Le CG2A dans le cadre de la CDESI travaille actuellement sur des panneaux d’information. De nombreux travaux de terrain en Corse ont montré l’effet accidentogène d’une faible signalétique qui a pour conséquence d’augmenter le nombre de pratiquants qui se perdent sur les lieux de pratique.

10 Il semblerait que la FFRP travaille actuellement sur une uniformisation de la cotation des itinéraires de randonnée.

11 On rejoint dans cette perspective les travaux de recherche d’Obin (2014) dans son analyse des organisations territoriales des sports de nature qui font référence à une épistémologie compositionniste (Latour, 2011). Ses travaux ont permis d’identifier et de qualifier les arrangements entre parties prenantes (humains et nonhumains) pour tendre vers un compromis acceptable.

12 Bien des travaux scientifiques confirment cette lecture dualiste de la Corse que Martinetti (1989) évoque dans son ouvrage de géographie politique.

13 PGHM : Peloton de gendarmerie de haute montagne

14 Au début des années 2000, de nombreux conflits opposaient ces deux corporations dans la définition de leur légitimité professionnelle à intervenir sur le terrain.

15 Les Corses qualifient l’étranger de « frusteru », ce Français étranger par rapport au national (Martinetti, 1989, p. 8) qui n’est jamais totalement intégré à la communauté corse.

16 CDESI : Commission départementale des espaces, sites et itinéraires.

17 La critique porte sur l’approche républicaine de ces secteurs d’activité évoquant le cloisonnement des services et les approches plus verticales qu’horizontales. Celles-ci limitent la possibilité de proposer un projet d’ensemble du développement de la montagne Corse.

18 Le rapport réalisé par un cabinet en études touristiques et territoriales confirme cette analyse (Simeoni, 2007).

19 On rejoint ici les travaux de Martinetti (1989) qui opposent la Corse rurale et la Corse maritime. La première étant plus régionaliste que la seconde et plus communautariste et traditionaliste.

20 L’expertise du dispositif d’intervention en Corse ne montre pas de dysfonctionnement important dans la manière dont celui-ci fonctionne et réalise les interventions de secours (Corneloup, 2014).

21 CODIS : Centre opérationnel départemental d’incendie et de secours. 

22 Les données statistiques communiquées par l’observatoire des sports de montagne font le même constant sur les aspects accidentogènes de la randonnée. 

23 Il semblerait qu’il n’existe pas de texte évoquant la hauteur des sauts maximale. Le SNAPEC (syndicat national des professionnels de l’escalade et du canyon) recommande une progression pour les débutants mais pas d’interdiction formelle.

 

Cet article a été écrit par :

Jean Corneloup Maître de conférences, HDR, UMR PACTE, Grenoble

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