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Héritage territorial: Paris peut-il concrétiser les promesses des jeux?

Héritage territorial:  Paris peut-il concrétiser les promesses des jeux?

© goodwin_x _ adobestock

« L'héritage territorial est la clé de la réussite des Jeux olympiquespour embarquer l'ensemble de la population », a déclaré Anne Hidalgo, maire de Paris, lors du récent Congrès des maires. Rien de bien original puisque cette notion d'héritage figurait également au cœur des ambitions des organisateurs des Jeux de Londres en 2012 puis de ceux de Rio en 2016. Avec un bilan pour le moins contrasté. Paris fera-t-il mieux?

L'essor de la pratique du sport et le développement des équipements surl'ensemble du territoire: voilà les quelques mots sur lesquels repose le programme Héritage 2024, dont il est déjà beaucoup question, à plus de six ans des Jeux. Cette notion a d'ailleurs fait l'objet d'un forum « JO 2024 : un héritage territorial à construire », organisé par l'Association des maires de France (AMF), le 22 novembre dernier à Paris à l'occasion du 100e Congrès des maires. Pourquoi est-il autant question d'héritage? Anne Hidalgo y a répondu: « à un moment donné, il y a effectivement eu des questionnements: à quoi serviront ces Jeux?'' Ou la dépense est-elle opportune?'' Pour répondre oui, il convient que cette dépense et les recettes qui vont venir soient utiles à la population ». Autrement dit, Bernard Lapasset, coprésident du comité d'organisation, a beau répéter que « les Jeux financeront les Jeux »; pour convaincre les foules, il est inutile de justifier l'accueil d'un tel événement sous le seul angle de sa rentabilité économique. D'ailleurs, comme ne cessent de le rappeler les économistes - du Centre de droit et d'économie du sport (CDES) de Limoges notamment - l'accueil d'une grande compétition sportive ne se justifie pas sur une seule base économique. Il est nécessaire d'y associer la réalisation d'objectifs publics élargis, en matière de santé publique, d'accessibilité des équipements, d'urbanisme pour ne citer qu'une poignée d'exemples.

 

Rio et ses stades abandonnés

Cette stratégie était également celle des organisateurs des deux derniers Jeux d'été, à Londres en 2012 puis à Rio en 2016. Au Brésil - qui a dépensé dix milliards d'euros pour construire de nouvelles infrastructures sportives - l'heure est à la désolation. Il était notamment question « d'équipements nomades » à l'instar de l'Arena do Futuro qui a accueilli les compétitions de handball. Construite en préfabriqué, elle devait être démontée puis transformée en quatre écoles dans les favelas... Piscines olympiques, rivière artificielle construite pour les épreuves de canoë et de kayak, stade Maracaña, parcours de golf... les images d'équipements laissés à leur triste sort ont aussi des effets désastreux sur l'opinion publique. Même le village olympique, grillagé de toutes parts, ressemblerait à un village fantôme (1). Il était pourtant question d'en faire des logements. La seule bonne nouvelle viendrait du projet urbain de Porto Maravilha, l'ancien quartier portuaire négligé aujourd'hui transformé. Les mauvaises langues diront qu'il devait l'être pour la Coupe du monde de football 2014. Les cariocas ont finalement patienté deux ans de plus pour voir des centres d'affaires et autres musées s'y installer.

 

Londres, un effet temporaire...

La ville de Londres bénéficie d'un peu plus de recul pour analyser les effets de l'héritage - Legacy - laissé par les Jeux de 2012. Les promesses étaient doubles. Il s'agissait en premier lieu « d'inspirer une génération » comme l'y invitait le slogan. C'est-à-dire de laisser une empreinte sportive au sein de la population, particulièrement les plus jeunes, avec également des enjeux d'amélioration de la santé. Sur ce plan, les résultats sont très mitigés comme a pu le montrer une étude réalisée à l'université de l'Essex (Royaume-Uni) (2). Dès 2008 - soit quatre ans avant les JO - le Dr Gavin Sandercock et son équipe ont entamé un suivi de plus de 1600 enfants et adolescents âgés de 10 à 16 ans, scolarisés dans un rayon de 50 km autour du parc olympique. Ils ont été interrogés sur leurs pratiques sportives puis évalués sur le plan physique (test d'effort...), avant puis après les Jeux. Les résultats mettent bien en évidence une augmentation des pratiques sportives. En revanche, les effets sur le plan physique, mesurés grâce à la VO2max - c'est-à-dire, la consommation maximale d'oxygène utilisée par les muscles au cours d'un effort -, ont montré que cet élan s'était finalement peu prolongé après les Jeux olympiques. Lesquels auraient donc eu un effet très temporaire. Constat confirmé par la Chambre des Lords dans un rapport de novembre 2013 selon lequel « les changements envisagés pour augmenter la participation des Britanniques à différents sports, ne se sont pas matérialisés » (3).

 

... et un bilan social nuancé

La seconde promesse était urbanistique. L'objectif était de profiter de l'effet JO pour accompagner le renouveau urbain de l'est londonien, notamment le quartier démuni de Stratford, là où se trouvait le parc olympique. Évalué par sept étudiants de l'École urbaine de Sciences Po (Paris), les résultats font apparaître « une reconversion technique réussie » (4). Démontables ou modulables, les équipements sportifs ont évolué pour s'adapter aux besoins post-Jeux, notamment en termes de jauge. C'est le cas par exemple du vélodrome - London Velopark - du centre aquatique ou de la Copper Box Arena qui avait reçu les épreuves de handball et de -pentathlon moderne. C'est aujourd'hui un centre multi-usage, ouvert au public pour des activités diverses: fitness, compétitions sportives, concerts... Quant au stade olympique, il est aujourd'hui utilisé par le club de West Ham, avec une capacité passée de 80000 à 50000 places. Le village olympique, lui, a bien été transformé en logements: 3600 au total. En revanche, le bilan social apparaît plus nuancé. Les auteurs de ce travail mettent en avant un processus de gentrification du quartier. «Les nouvelles infrastructures, la connexion des transports au centre de Londres et la construction de logements plus adaptés aux jeunes ménages londoniens ont attiré de nouveaux habitants qui remplacent progressivement les populations préexistantes », soulignent-ils.

 

Un accélérateur du Grand Paris?

Pour Paris 2024, Laura Flessel, la ministre des Sports a évoqué un « héritage matériel et immatérielà construire », qui rejoint les ambitions fixées par les organisateurs londoniens. Le « matériel » fait bien sûr référence aux équipements. En tout cas aux « 5 % des équipements à construire », comme le dit Anne Hidalgo. À l'image du bassin olympique qui fera face au Stade de France, « dans un département où des progrès sont à faire en matière de savoir nager », a-t-elle poursuivi. Elle imagine même des équipements « qui vont capter, peut-être, l'énergie des athlètes et des spectateurs »! L'événement olympique promet également d'être un accélérateur du Grand Paris. Illustration avec Mohamed Gnabaly, maire de L'Ile-Saint-Denis, terre du futur village olympique. «Lorsque nous avons appris que nous serions de la fête, nous ne savions pas trop comment l'annoncer à la population ». Sous-entendu, qui a d'autres soucis'' avec notamment ses 16,6 % de taux de chômage. «Nous avions une friche industrielle et un projet d'écoquartier depuis une dizaine d'années. Les Jeux ont été un accélérateur mais à une condition: les intégrer dans notre projet urbain ». Et non l'inverse. Et le maire d'ajouter « une accélération de projets tels que l'enfouissement des réseaux, le recouvrement de l'A86, l'aménagement des berges ». À l'échelle de Plaine Commune, « un milliard d'euros vont être investis tandis que nous injecterons environ 35 millions d'euros sur sept ans », a précisé Patrick Braouezec, à la tête de l'EPCI de Seine-Saint-Denis. «Mais l'héritage n'appartient pas seulement à Paris et à l'Ile-de-France », rappelle Laura Flessel qui cite « les nombreuses collectivités qui m'ont déjà contacté pour être base arrière » (lire encadré).

Instiller une culture sportive

La ministre insiste enfin sur l'aspect immatériel. «Il s'agit d'amener les gens à penser le sport au quotidien et à pratiquer une activité physique de façon régulière. En 2024, nous visons trois millions de pratiquants supplémentaires. Il convient d'aller les chercher, notamment dans les écoles et les universités ». Des travaux seraient en cours, avec les ministres Jean-Michel Blanquer (Éducation nationale) et -Frédérique Vidal (Enseignement supérieur et Recherche). Avec le premier, « il s'agit d'inscrire le sport à l'école dès le plus jeune âge ». Avec la seconde: « le réintroduire à l'université ». Il reste sept ans pour transformer toutes ces belles promesses et autres ambitions en traductions concrètes.

Bases arrière: un cahier des charges pour 2018
« Nous attendons le cahier des charges »... À l'image de Pierre Pouliquen, vice-président aux sports de la région Bretagne, des dizaines d'élus envisagent de postuler pour que leur territoire devienne base arrière des Jeux olympiques de Paris 2024. Le 22 novembre dernier, au Congrès des maires, la ministre de Sports Laura Flessel a annoncé « préparer la création d'un programme de labellisation des sites d'accueil des délégations étrangères. Il sera lancé en septembre 2018 par le biais d'un appel à projets et sous l'égide du Comité d'organisation des Jeux olympiques (COJO) et de la délégation interministérielle aux Jeux olympiques présidée par Jean Castex ». Rappelons que pour les Jeux olympiques de Londres en 2012, environ 600 sites avaient ainsi été sélectionnés. Dont certains dans l'ancienne région Nord-Pas-de-Calais, « pour des retombées estimées à 6 millions d'euros », nous précise Florence Barisot, actuelle vice-présidente en charge des sports des Hauts-de-France. Laquelle considère également la région « comme la bonne strate pour être l'interlocuteur du Cojo ». Autrement dit, pour centraliser toutes les demandes du territoire.

 

 

Il y a un moment donné, où les décideurs ne paient pas
« C'est la France tout entière qui doit bénéficier de cet héritage », souligne David Lazarus, maire de Chambly (Oise) et coprésident du groupe de travail Sports de l'Association des maires de France (AMF). Encore faut-il que le monde du sport ait les moyens de cette ambition. L'élu a profité du Congrès des maires pour interpeller une nouvelle fois la ministre des Sports Laura Flessel autour de ce qu'il appelle des « formes d'impôtsde plus en plus appliqués qui pénalisent les acteurs de terrain ». En particulier les petits clubs et par ricochet, les collectivités. Un exemple? « Avec la nouvelle organisation territoriale, certains clubs qui évoluent à un niveau régional ont triplé leurs frais kilométriques. Et ils se retournent vers nous, collectivités, pour compenser... Mais nous recevons moins de moyens de l'État. L'autre forme d'impôt est liée aux règlements fédéraux sur les équipements. Ils sont souvent imposés par des règles internationales mais il y a un moment donné, où les décideurs ne paient pas. Et à l'arrivée, le club ou les fédérations se tournent encore vers nous. Peut-être y a-t-il un équilibre à trouver à travers la Commission d'examen des projets de règlements fédéraux relatifs aux équipements sportifs (Cerfres). Nous y travaillons ».

(1) Ouest-France, 2 août 2017. (2) British Medical Journal, 22 novembre 2016. (3) « London Olympics 2012 : a sporting legacy? », n° 04868, 18 mars 2016, House of Commons Library. (4) http://www.demainlaville.com/parc-olympique-londres-reversibilite/

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