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Filière sportive: un constat d'échec?

Laurent Bigot lbigot@netcourrier.com

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ILS ONT DIT...
Entre ceux qui se sont battus pour faire émerger la filière et les nouveaux venus, qui ne veulent pas d'une carrière en impasse, l'Andiiss n'a pas à trancher. Alexandre Chevailler, président de l'Andiiss (Association nationale des directeurs et intervenants d'installations et des services des sports)

ILS ONT DIT...
À l'Andiiss, ce n'est pas le statut mais la fonction qui nous rapproche. Toutefois, nous continuons à solliciter le ministère pour débloquer la situation des Ctaps et attendons les suites du rapport Pêcheur. Laurent Quilès, secrétaire général de l'Andiiss

ILS ONT DIT...
J'ai passé le premier concours externe en 1994. Et ce n'est pas parce que j'ai aujourd'hui le grade de directeur dans la filière administrative que je ne suis plus directeur des sports. C'est le métier qui compte! Samuel Cardona, directeur des sports de la ville de Limoges

À consulter
Rapport sur la filière sportive d'Isabelle Belotti et Jean-Claude Lenay, CSFPT, février 2009, 46 pages (téléchargeable sur www.csfpt.org).

Créée en 1964, l'Andiiss, principal réseau de responsables et agents territoriaux du sport, fêtera bientôt ses 50 ans. Celle qui a participé à la création de la filière sportive territoriale en 1992 continue à la défendre. Mais, après des années de lutte pour plus de reconnaissance, parfois, le cœur n'y est plus. Et nombreux sont ceux qui préfèrent faire le choix de leur carrière.

«De mon point de vue, l'Andiiss n'est pas là pour défendre une filière, mais des métiers!» par ces mots, Stéphane Rivaud, qui préside la section francilienne de l'Association nationale des directeurs et des intervenants d'installations et des services des sports, aimerait contribuer à clarifier la situation: non, le «réseau territorial du sport» ne fêtera pas ses 50 ans autour d'un constat d'échec.

 

Choix personnels

Certes, d'aucuns lui reprochent de ne pas tenir bon pour faire évoluer la filière sportive territoriale, obtenue de haute lutte en 1992 et régulièrement désertée depuis par ses agents de cadre A. Mais ceux-là se tromperaient de combat et seraient enfermés dans des positions de principes dépassées aujourd'hui. «La filière, on continue de la soutenir, mais en comprenant les choix personnels et professionnels qui incitent certains conseillers territoriaux des APS à la quitter», dit-on en substance dans les rangs de l'organisation mi-syndicale, mi-associative. Et pour cause. Nombreux sont les membres de l'Andiiss - y compris parmi les plus ardents et les plus anciens défenseurs de la filière sportive - qui ont eux-mêmes fait le choix de prendre leurs distances avec cette famille territoriale. Le choix de quitter leur cadre d'emplois de conseiller territorial des APS (le cadre A de la filière qui compte aussi un cadre B, avec les éducateurs, et un cadre C avec les opérateurs) pour se faire nommer, généralement, sur un cadre d'emplois de la filière administrative, plus avantageux. Qui pour pouvoir bénéficier d'un régime indemnitaire jusqu'à trois fois supérieur, qui pour accéder à un grade de «directeur territorial» (pour l'appellation autant que pour la faible différence de traitement de base) ou au grade supérieur d'administrateur, qui, enfin, pour gagner en «crédibilité» et se laisser la possibilité d'être nommé un jour à des postes de direction générale, plus souvent confiés à des ressortissants de la filière administrative qu'à ceux de la filière sportive.

 

Pas de consensus

«Il est clair que nous n'en sommes plus à une approche consensuelle pour défendre la filière, reconnaît Alexandre Chevailler, président de l'Andiiss et lui-même Ctaps, directeur des affaires sportives à Montbéliard (Doubs), mais plutôt sur une approche individuelle en fonction de la plus-value que la filière peut ou non apporter à chacun en fonction de sa position.» En clair: le pragmatisme doit l'emporter. A fortiori lorsque le syndicat et le réseau auquel on adhère font - comme d'autres acteurs - chou blanc depuis de nombreuses années pour tenter de rendre la fameuse filière plus solide et plus attractive. «Nous avons fait partir un énième courrier fin janvier au ministère en charge de la Fonction publique, soupire Laurent Quilès, secrétaire général de l'Andiiss et chef de secteur à la direction des sports de la ville de Nantes. Nous verrons bien. Mais nous le faisons depuis 2001, nous suscitons des questions parlementaires, rencontrons la DGCL (Direction générale des collectivités locales, NDLR) en vain depuis longtemps. Cela devient compliqué de retenir les gens après toutes ces années!» Lui-même n'est-il pas, aujourd'hui, directeur territorial...

En chiffres
La filière sportive territoriale • 22 ans d'existence pour la filière sportive de la FPT, créée le 1er avril 1992 par les décrets nos 92-363, 364 et 368. • 18000 titulaires et non-titulaires de la FPT environ (1% des effectifs totaux), dont: - 1170 conseillers territoriaux des APS en catégorie A (Ctaps, 3 grades), dont 111 non-titulaires; - 15033 éducateurs territoriaux des APS en catégorie B (Etaps, 3 grades), dont 4191 non-titulaires; - 1797 opérateurs territoriaux des APS en catégorie C (Otaps, 4 grades), dont 610 non-titulaires. • 50000 agents environ œuvreraient pour le sport dans les collectivités. Sources: Observatoire de la FPT, novembre 2013, données 2011.

 

Rien n'a bougé

Et d'enfoncer le clou: «Bien sûr qu'il y a encore des gens qui tiennent bon et veulent défendre la filière à tous crins. Mais, souvent, ceux-là ne connaissent que leur cas personnel et n'ont pas tous les éléments de contexte et de chronologie en tête.» Peut-être, en effet, ne lirait-on pas de leur part, comme sur la liste de discussion d'Acteurs du sport récemment, des formules aussi définitives que «il y a, dans ce cas (le changement de filière, NDLR), une forte perte d'identité» ou encore «ce n'est pas en quittant le navire que l'on fera avancer les choses». D'autant que -l'Andiiss n'est pas la seule organisation à s'être mobilisée sur ce thème. La CGT, la CFDT ou encore FO y sont elles-mêmes allées de leurs actions et tentatives de mobilisations. Sans plus de résultats, comme le concède, un brin amer, Jean-Claude Lenay, secrétaire national de la fédération Interco CFDT et auteur du «Rapport sur la filière sportive» remis en 2009 au Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT): «Depuis, rien n'a bougé! Nous reposons régulièrement la question, mais elle ne semble pas prioritaire. Peut-être pourra-t-on profiter, pour l'évoquer, de la future discussion sur les grilles de rémunération et les carrières dans la foulée du rapport Pêcheur sur la fonction publique?» Rien de très encourageant...

 

Mort annoncée

Comment, dans ces conditions, continuer à faire comme si l'issue était proche et demander aux Ctaps de renoncer à l'opportunité offerte par la loi «mobilité» du 3 août 2009 et le décret du 17 mai 2010 sur le détachement ou l'intégration directe entre corps et cadres d'emplois équivalents? Un véritable appel d'air qui pourrait pourtant avoir des conséquences désastreuses, à terme, pour le sommet de la filière sportive: «La courbe du nombre de Ctaps commence à fléchir, observe Laurent Quilès. Et les concours sont moins nombreux, plus espacés dans le temps avec moins de candidats, tandis que les départs en retraite s'accélèrent.» La chronique d'une mort annoncée pour la filière sportive, recroquevillée sur ses Etaps? Alors l'Andiiss, comme d'autres organisations et bien qu'elle soit historiquement un syndicat de responsables de piscines (souvent des Etaps, le principal bataillon - de loin - de la filière sportive), se veut force de proposition: par exemple la création d'une filière «services à la population» qui élargirait les rangs ou encore l'émergence d'une spécialité «sport» du grade d'attaché, comme c'est le cas pour les animateurs (qui, eux, revendiquent un cadre A spécifique!).

L'Andiiss fête ses 50 ans
L'Association nationale des directeurs et des intervenants d'installations et des services des sports (Andiiss) célèbre, les 26 et 27 mars 2014, lors de ses 8es Journées d'étude nationales, à Agde (Hérault), un demi-siècle d'actions orientées vers le sport territorial. Une histoire entamée dès 1964, alors que les emplois sportifs dans les communes n'existaient pratiquement que dans le secteur des piscines. C'est donc une Amicale des directeurs de piscine, associative, qui a été créée à l'origine, transformée, en 1971, en Fédération nationale des directeurs de centres nautiques et sportifs, puis, à la faveur d'un changement de statuts, en 1976, Syndicat national des directeurs de piscines, centres sportifs et de loisirs (direction des services des sports). Il faudra attendre 1979 pour qu'apparaisse l'appellation «Andiss» (il manque encore le «i» des intervenants), qui se donne pour ambition de rassembler des gestionnaires polyvalents: «Cela nous permettra d'établir avec les élus un climat de confiance à l'intérieur d'un cadre de valeur rigoureux». La devise de ce groupement professionnel sera ensuite appliquée à la lettre: «Soyons plus performants ensemble». Avec des débats, des formations et des journées d'étude à la clé. Si bien qu'en 1988, lorsque sont annoncés les travaux sur la filière sportive territoriale, l'Andiss entame quatre années de propositions, d'échanges de courriers, d'entrevues, etc. Jusqu'en 1992, donc et la promulgation de textes imparfaits, mais nécessaires. Ce n'est qu'en 1999 que naît l'Andiiss, avec deux «i», progressivement reconnue par l'ensemble des institutions pour ses qualités d'expertise, la richesse et la polyvalence de son réseau (jurys de concours, formations du CNFPT, DRJS, etc.). Structure qui, de par ses statuts actuels, est à la fois un syndicat professionnel (loi de 1884) et une association, l'Andiiss regroupe aujourd'hui près de 600 adhérents occupant des missions diverses et variées dans les domaines du sport, de la jeunesse, des loisirs voire du tourisme et de la direction générale. Source: andiiss.org

 

Moulins à vent

Et tant pis si, dans ses rangs, derrière un président qui milite pour la reconnaissance des «spécificités des managers du sport», d'autres, comme Stéphane Rivaud, lui-même attaché principal, n'hésitent pas à «conseiller aux jeunes d'opter d'emblée pour la filière administrative», ne serait-ce que pour anticiper une future évolution de carrière. «Car, sur le terrain, le débat est bel et bien tranché, dit-il. Marre de se battre contre des moulins à vent!» «Difficile pour -l'Andiiss de se positionner en réalité, résume avec sagesse Jean-Luc Ghiliani, Ctaps, directeur des sports de la communauté du Bocage coutançais et adhérent depuis 1977. D'autant que la volonté de mobilité, y compris pour exercer des missions hors du sport, est assez nouvelle et peu accessible en restant Ctaps.» Lui-même directeur des sports à la ville de Limoges et directeur territorial, Samuel Cardona l'assure: «Il est très difficile d'être conseiller et de se voir confier des postes en dehors du sport. Là, je sais que ce sera possible pour moi et je considère que, d'une certaine façon, les conseillers qui glissent vers d'autres cadres d'emplois et d'autres fonctions tirent la filière vers le haut.» À moins qu'ils ne se placent eux-mêmes en danger en prenant le risque de se voir confier des attributions qui les éloignent trop de leur passion initiale.

 

Alignement

Dans ces conditions, seule une décision de la DGCL pourrait mettre rapidement tout le monde (ou presque) d'accord: «L'alignement du régime indemnitaire des conseillers et des attachés ramènerait de la sérénité et stopperait l'hémorragie qui est en train de tuer la filière», veut croire René -Pintureau, Ctaps du service des sports de la ville de Poitiers et membre du Collectif filière sportive de la CGT Services publics. Il est vrai que cela ne coûterait ni à l'État ni aux collectivités qui ne voudraient pas s'en servir. Pourquoi, alors, continuer à s'en priver? Dans les nombreux débats qu'elle organise, nul doute que l'Andiiss aura l'occasion d'y revenir.

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