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Équipements sportifs: le coup de jeune attendra

David Picot • david1picot@yahoo.fr

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Nantes opte pour l'éphémère
Faute d'infrastructures requises, l'organisation de grandes compétitions mondiales constitue un frein pour bon nombre de fédérations françaises. Par exemple, à la Fédération française de handball (FFH), Joël Delplanque fait face « à un problème de jauge ». Pour un match international, il faut compter idéalement 10000 places. Difficile d'y prétendre, à moins de construire une aréna à l'image de celle de Montpellier. À Nantes, alors que le Palais des sports de Beaulieu (5000 places) est vieillissant, un projet de ce type a été balayé d'un revers de la main il y a quelques années. Trop coûteux. La ville a donc opté pour une rénovation de Beaulieu, couplée à une installation éphémère! Elle adapte une vaste halle (appelée, la Halle XXL, 12500 mètres carrés) du Centre des expositions de la Beaujoire, pour accueillir tel ou tel événement. À l'image d'un match phare de handball. C'est simple: à chaque fois, tout (aire de jeu, tribunes, vestiaires, salons VIP, signalétique, raccordements en eau, installations électriques, etc.) est installé/désinstallé, du sol au plafond. Comme l'explique Ali Rebouh, adjoint au maire en charge des sports, les motivations sont économiques. « Ce choix a été réalisé au regard des coûts de construction d'une aréna évalués à 100 millions d'euros, sans compter ceux liés à son entretien annuel ». Pour un match de handball, le budget est de l'ordre de 500000 euros. Selon l'élu, « l'objectif serait d'accueillir deux ou trois fois par an, des manifestations sportives nationales ou internationales ». Joël Delplanque (FFH) trouve la stratégie plutôt « innovante, ne serait-ce que pour éviter des surcoûts observés dans d'autres villes ». De quoi donner quelques idées.

À consulter
- « Chiffres-clés du sport en France, 2013 », ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports: http://www.sports.gouv.fr/IMG/pdf/ccs_fevrier_2013-2.pdf - « Recensement des équipements sportifs (RES) », ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, http://www.res.sports.gouv.fr/

Le vieillissement et la conformité des équipements sportifs inquiètent de plus en plus les élus locaux. Même si l'intercommunalité a redonné un peu de souffle en la matière, collectivités territoriales comme fédérations sportives composent avec les moyens du bord. Et le pire pourrait être à venir dans un contexte de baisse des dotations qui va grignoter les capacités d'autofinancement. À tel point qu'une panne sèche au niveau des investissements est redoutée.

Piscines, gymnases, terrains multisports, dojos et autres courts de tennis: la France regarde ses équipements sportifs vieillir. Inexorablement. La majorité a été mise en service ou construite dans les années 1970-1990. Résultat, aujourd'hui, 42 % de ces infrastructures sont âgées de plus de trente-cinq ans. La moitié des installations a même vingt-cinq ans et plus. Ce qui, en la matière, n'est pas vraiment le bel âge... Les trois quarts des 265368 équipements sportifs français sont la propriété des communes. Un constat qui signifie deux choses principales: un, que ces collectivités supportent depuis des années une grande partie de l'effort public en matière de construction et de rénovation de ces infrastructures. Deux, qu'elles devront encore supporter des coûts d'investissement dans les années à venir, pour rénover ce patrimoine sportif. À condition qu'elles puissent encore investir, ce qui apparaît loin d'être gagné dans le contexte de baisse des dotations.

Plan Marshall

L'Association nationale des élus en charge du sport (Andes) sonne l'alarme depuis quelques années déjà. En 2014, elle a même appelé à un Plan Marshall des équipements sportifs. Elle voit là, en effet, un levier économique non négligeable étant donné que 85 % du parc est public. Ce qui représente la bagatelle de 226954 équipements.

« Il est vrai que beaucoup de facteurs dépendent des collectivités territoriales et particulièrement des communes », explique Claire -Delpech, responsable finances et fiscalité au sein de l'Assemblée des communautés de France (AdCF). « La grande majorité des équipements ont été construits dans les années 1960-1970 ». Et cela, sous l'impulsion forte des pouvoirs publics, à travers notamment des opérations majeures comme celle des Mille piscines. « Mais ces dernières années, l'intercommunalité a beaucoup fait dans le domaine. Elle a apporté une force de frappe considérable en matière de rénovation ou de création », poursuit-elle. Un constat partagé par Guillaume Duflot, vice-président d'Amiens Métropole (Somme), en charge des sports, qui nous déclarait en novembre dernier: « Aujourd'hui, une mairie n'est plus suffisante quand il s'agit d'investir des millions d'euros pour rénover des équipements sportifs. Si nous ne sommes pas dans le cadre d'une intercommunalité, ne serait-ce que pour négocier des aides, nous ne pouvons pas y répondre ».

L'intercommunalité au secours

L'engagement des intercos est en effet très marqué sur la partie «équipements sportifs». D'après les derniers chiffres de 2012, de l'observatoire de l'intercommunalité de l'AdCF, 64 % des communautés ont adopté la compétence en question. Dans le détail, c'est effectivement le cas de 76 % des agglomérations et de 62 % des communautés de communes.

Ce changement d'échelle a pu bien faire sauter quelques verrous, ici ou là. Mais dans bon nombre de cas, il n'a fait que déplacer le problème d'un cran. « Notre objectif est désormais de mutualiser les équipements existants », souligne Hervé Thaunay, élu en charge des sports à la communauté de communes de Segré (Maine-et-Loire). « Aujourd'hui, même si nous avons des demandes, nous ne pouvons pas accueillir de sport supplémentaire. La dernière fois que nous l'avons fait, c'était avec le rugby. Nous avons accepté la demande d'un club. Nous avons récupéré un terrain parmi ceux dédiés au football. Mais aujourd'hui, ce club a 130 licenciés. C'est très bien mais nous sommes coincés. Nous ne pouvons rien lui proposer pour son évolution. Même chose avec la piscine qui est à saturation. Nous devons limiter le nombre de nageurs. Il existe bien un projet de nouveau centre nautique mais il est en stand-by. En résumé, nous faisons avec les moyens dont nous disposons. Comme tout le monde en somme... ».

Normes et conformité...

Michel -Champion, trésorier de l'Andes, évoque « un vrai sujet d'inquiétude pour les élus. Des créations d'équipements vont être retardées voire purement annulées au profit, au mieux, de projets très coûteux de rénovation ou de remise aux normes, notamment en termes d'accessibilité. Car la conformité est aussi une préoccupation grandissante ».

Pour Christophe Bernard, secrétaire général de l'Andes, le pire serait d'ailleurs encore à venir... Il redoute carrément une panne sèche en matière d'investissements. « Nous pensons que les répercussions de la baisse des dotations se feront surtout sentir à partir de 2017. Et ce, au regard des capacités d'autofinancement des collectivités qui seront progressivement rognées. En conséquence, à partir d'un certain moment, elles risquent de ne plus pouvoir conduire d'emprunt. C'est pourquoi, nous les poussons à établir des plans pluriannuels d'investissements et surtout à les réviser régulièrement, en fonction de leurs capacités d'autofinancement ».

Système D

Comment ces perspectives sont-elles vécues du côté des fédérations? Curieusement, l'inquiétude apparaît bien souvent mesurée comme si chacun était habitué au système D. À la tête de la Fédération française de handball, en pleine croissance ces dernières années dans le sillage des Experts, Costauds et autres Barjots, Joël Delplanque compose. « Oui, il existe des zones très tendues comme c'est le cas à Paris. Mais notre difficulté principale reste de recruter des encadrants pour répondre à la demande de licenciés. En matière d'installation, nous parvenons toujours à trouver des solutions ».

À la Fédération française de judo, ju-jitsu, kendo et disciplines associées (FFJDA), Jean-René Girardot, vice-président et secrétaire général, précise que « les bonnes années nous avons un dojo subventionné par le Centre national pour le développement du sport (CNDS). Là, je pense que nous allons passer à un tous les deux ans... Pour le reste, notre discipline se pratique dans environ 6200 sites, comme des gymnases. De ce fait, notre problème est davantage lié à la cohabitation avec les autres disciplines. L'objectif est alors de rechercher des mutualisations avec d'autres arts martiaux pour pouvoir obtenir de nouvelles salles ».

Ère de la cohabitation

La cohabitation, voilà un mot qui revient aussi très souvent dans le discours de Joachim Arphand, responsable service Territoires & équipements au sein de la -Fédération française de natation (FFN). Aujourd'hui, nos vieilles piscines sont au mieux rénovées sinon transformées en centres nautiques et autres centres aquarécréatifs. « Pour les collectivités, c'est devenu un moyen d'offrir à la population des pratiques qui sortent du champ sportif traditionnel, avec la volonté de minimiser les coûts », précise-t-il. En conséquence, « oui, il existe en France un problème évident d'accès aux bassins mais il est aussi lié au fait que ces derniers sont sous-dimensionnés pour permettre à tout le monde de pratiquer dans de bonnes conditions ». La fédération a fait ses petits calculs: « nous estimons avoir besoin de 175 à 200 mètres carrés de bassin éducatif et sportif pour 10000 habitants. À l'échelle du pays, il nous faudrait donc entre 1,3 et 1,6 million de mètres carrés. Or, nous en sommes actuellement à 800000 mètres carrés », ajoute Joachim Arphand.

Au pied d'une montagne

Ce souci de faire cohabiter les activités se retrouve dès la genèse des projets: « prenons l'exemple d'un territoire qui va avoir besoin d'un bassin de 25 mètres de long avec huit à dix couloirs de nage et d'un bassin « multifonction » d'apprentissage et d'activités d'éveil et de remise en forme en complément », poursuit M. Arphand. « Bien souvent, les collectivités vont privilégier un six couloirs'' destiné à la fois aux activités sportives et éducatives afin de faire place à un bassin parallèle qui va répondre à des fonctions essentiellement ludiques. Et au final, les deux bassins seront embouteillés ». Et Michel Champion (Andes) de rappeler que « tout cela va forcément avoir un impact » en termes de développement des disciplines. « Sans compter que le problème dépasse largement le cadre du sport. Tous les équipements publics (écoles, centres culturels...) sont potentiellement concernés. Nous sommes au pied d'une montagne ».

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