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De la polyvalence à la multimodalité

Gérard Baslé • consultant ISC

Illustration sur un projet de tennis de table
L'équipement comprend quatre espaces correspondant à des offres complémentaires autour d'un espace central de convivialité: - le parvis aménagé, très accessible, ouvert aux pratiques spontanées, ludiques, espace modulable et évolutif, capable également d'accueillir des événements sportifs; - le préau sportif, en complément du parvis mais en interface avec les espaces couverts; il offre une activité duelle, très accessible, ludique, mais pouvant également recevoir des pratiques sportives normées; - la grande salle, ou gymnase, lieu de formation, d'apprentissage, de compétition de moyen niveau, ouvert aux clubs, aux associations pour une pratique encadrée, modulable et évolutive, il trouve sa place, ses dimensions en fonction de la thématique principale du projet; - la salle spécialisée pour la pratique du sport de haut niveau, aux dimensions variables, réservée aux experts, mais permettant à tous de regarder sans déranger les entraînements de haut niveau; - au centre, le lieu de vie, avec accueil club-house, bureau de l'association, local pour les entraîneurs/animateurs du lieu, avec un regard sur tous les espaces ouverts et semi-ouverts, et un contrôle d'accès pour gagner les vestiaires et les locaux pour une pratique encadrée.

Équipement emblématique des années 1970, l'équipement sportif multifonction montre aujourd'hui ses limites. Et doit laisser place à un nouveau concept capable de s'adapter aux mutations de la demande et au renouvellement des politiques publiques.

«On manque d'équipements sportifs, toutes les enquêtes le prouvent, il faut construire plus de gymnases!» Mais, face aux évolutions de la pratique, de la demande sociale, certains équipements sportifs se transforment, les piscines par exemple, quand d'autres au contraire restent figés dans des modèles immuables.

 

Le type C «figure imposée»

Le type C symbolise l'équipement standardisé issu des lois de programmation de 1970. Ce gymnase polyvalent d'une dimension de 44 m x 24 m offre souplesse, flexibilité dans les propositions de réponses que les collectivités peuvent proposer aux différents acteurs locaux. Le principe est de pouvoir répondre à «toutes les demandes» avec un seul équipement. Ce choix consensuel est considéré comme idéal par l'Éducation nationale et constitue la figure imposée des réponses aux besoins de l'EPS pour toute construction d'un collège et d'un lycée en dehors de toute autre approche des demandes locales. Le syndicat des enseignants d'EPS a toutefois proposé des versions plus pertinentes au regard des pratiques scolaires. D'autre part, la question de l'ouverture de ces gymnases en dehors des horaires scolaires est devenue un objectif prioritaire pour les collectivités locales régionales et départementales.

Les limites de ce modèle sont en effet importantes. Sous l'angle des pratiques, les aires sportives définies à l'intérieur du périmètre de 20 m x 40 m du terrain de handball ne sont pas compatibles avec toutes les disciplines, certaines ne s'y retrouvent qu'au prix d'aménagements spécifiques (le rink hockey) et ne s'y optimisent que dans une aire de pratique élargie. Le choix du sol sportif constitue également une limite à la diversification des pratiques, la trop grande multiplication des tracés les rendant illisibles. Vu sous l'angle du développement durable, certaines pratiques utilisent toute l'aire de jeu et tout le volume, d'autres beaucoup moins. Certes «qui peut le plus peut le moins», mais quand on pratique «le moins», on chauffe, on éclaire, on entretient ce qui correspond au plus! Enfin, ce modèle s'avère au final peu pertinent y compris quant à la réponse aux besoins. Dans la réalité, l'équipement ne peut pas répondre de façon égale à tout le monde. À la lecture de chaque planning de salle polyvalente, on observe une hiérarchisation de fait, entre les disciplines: il y a les bons créneaux horaires, et les créneaux délaissés ce qui impose une forme de «guerre des créneaux», véritable difficulté au quotidien pour les responsables des services des sports en charge de cette organisation impossible.

 

Smart Cosec

Un nouveau rapport au temps rend aujourd'hui nécessaire une ouverture à faible contrainte. L'évolution de la demande sociale a eu pour conséquence une diversification de l'offre d'activités des associations (segmentation par rapport à l'âge, multiplication des modalités loisirs santé, recul des compétiteurs, offre en direction des touristes...). Force est de constater qu'actuellement la dimension santé dans les gymnases se limite à une infirmerie (réduite) et à une obligation de locaux pour le contrôle anti-dopage, ce qui constitue une liaison étrange entre la santé et le sport! Or l'équipement sportif peut et doit jouer un rôle dans la nouvelle économie de l'offre associative. C'est pourquoi les politiques d'équipement doivent promouvoir le «smart Cosec» (complexe sportif évolutif couvert), un concept d'équipement sportif multimodalité qui puisse permettre:

- un accueil à faible contrainte, avec des pratiquants autonomes, à charge pour l'association et les animateurs d'entrer en contact avec eux, sans imposer trop de règles;

- le développement d'une offre de loisir et de santé sans mettre en cause la fonction première de formation, d'apprentissage, de perfectionnement et de compétition, avec au contraire des options de partage avec d'autres pratiquants, le préau sportif est justement un lieu partagé, ouvert aux pratiquants autonomes, mais pouvant également être utilisé par les membres de l'association dans le cadre de projets d'animation et de rencontres;

- la capacité d'accueillir de nombreux types de pratiquants aux attentes variées et ainsi de générer des recettes nouvelles par des activités négociées avec le monde éducatif (rythmes scolaires) des entreprises, des acteurs du secteur social, paramédical, sur des temps longs ce qui permet de développer une nouvelle économie de l'association et de pérenniser les emplois.

 

Enjeux d'avenir

Le Smart Cosec répond au développement de la pratique sportive à plusieurs titres :

- la nécessaire mise en cohérence territoriale de l'offre sportive par l'élaboration de schémas d'équipements fondés non plus sur une échelle communale, mais sur une lecture au niveau des bassins de vie sportive (cf. le «Guide pratique pour les schémas d'équipements du MJS») ;

- la lecture des coûts des équipements à la charge de la collectivité. Il s'agit de construire des équipements au plus près des exigences des pratiques et des modalités de pratiques. Les coûts de construction sont réduits en fonction des niveaux de confort exigés selon les sous-espaces.

Le concept de « Smart Cosec » permet en tout cas de reformuler les questionnements préalables à tout projet d'équipement sportif. La nouvelle économie des associations rendue possible par l'équipement aura un impact sur les charges assurées par la collectivité en termes de fonctionnement de l'équipement dans lequel il faut bien inscrire les aides directes et indirectes aux associations. Enfin, le coût social résiduel (résultat brut d'exploitation d'un équipement sportif rapporté au nombre total de passages par an), véritable indicateur de la performance sociale des politiques sportives, sera considérablement amélioré par l'augmentation effective des pratiquants sur l'équipement.

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