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Covid-19 : comment les services des sports font-ils face ?

Samuel Cardona

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Covid-19 : comment les services des sports font-ils face ?

© OFC Pictures - stock.adobe.com

L’activité des services des sports des collectivités locales est liée à celle du mouvement sportif, clubs, comités, ligues, et fédérations, et au rythme scolaire. La fermeté progressive des mesures de distanciation sociale prises par le Gouvernement a donc directement affecté l’organisation de ces services. Le temps de l’après-confinement fait aujourd’hui débat dans les services des sports où on imagine mal un retour rapide à la normale.

Le 29 février, le ministre de la Santé annonce que, dans toute la France, les rassemblements « en milieu confiné » de plus de 5 000 personnes seront annulés jusqu’à nouvel ordre. Sans véritable conséquence pour les services des sports, cette décision a en revanche contraint les clubs professionnels de sports « indoor » à réduire leur jauge de spectateurs dans les arénas, et certains organisateurs de courses hors stade à annuler leur manifestation (semi-marathon de Paris par exemple). Le 9 mars, les rassemblements de plus de 1 000 personnes, confinés ou non, sont désormais interdits dans le pays. Le 12 mars, Emmanuel Macron annonce que les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés sur l’ensemble du territoire jusqu’à nouvel ordre. Le lendemain, Édouard Philippe complète ces fermetures par l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes.

L’activité quotidienne des services des sports des communes qui consiste à accueillir les écoles dans les équipements sportifs est suspendue de fait. La question se pose alors du maintien ou non de l’ouverture des gymnases aux associations sportives, pour les entraînements habituels. Les piscines publiques ferment dans la plupart des communes de France. La situation est vite clarifiée. Un peu plus tard, Édouard Philippe annonce que « les lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays » seront fermés dès minuit.
Le lundi qui suit, dans les services des sports, on s’active pour actualiser le plan de continuité de  l’activité. Et dans la soirée, sans prononcer le mot « confinement », le chef de l’État annonce que « dès demain [mardi] midi, et pour quinze jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits ».

Préparer la mise en place du télétravail

Dès lors, mettre en place un télétravail dans les services des sports du jour au lendemain ne s’est pas avéré facile. Au conseil départemental du Calvados, Aurélien Richard, chef du service des sports, a dû s’adapter rapidement à la situation : «  N’étant pas dimensionné pour un télétravail généralisé au sein de la collectivité, il a fallu prioriser les agents qui auraient accès soit uniquement aux mails, à l’intranet et aux guichets de téléservice, soit  à l’ensemble de nos outils et serveurs ».  À Limoges, Grégory Gaveriaux, directeur adjoint des sports, insiste sur la phase transitoire pendant la première semaine de confinement « où le personnel administratif a pu se rendre au bureau par alternance, avant progressivement d’organiser l’accès des postes de travail à distance.  Le télétravail est surtout utile pour les relations interservices, pour continuer à suivre les dossiers et préparer l’avenir ».

Réaffecter les agents dans les services indispensables

À Villeurbanne, Xavier Fabre, directeur des sports, a rapidement mis à disposition des Ehpad et des maisons de retraite des agents pour  compléter les équipes d’entretien. Un peu partout, les services des sports ont renforcé les effectifs des CCAS pour le portage des repas. À Dunkerque, Anne Cagna, directrice des sports, a fait appel aux Etaps pour accueillir les enfants des personnels de santé dans les écoles. Anne Cagna insiste sur la réactivité du service avec un certain humour : « j’ai travaillé avec les médecins de SOS médecins pour mettre en place une unité de soins dédiée au Covid-19 et j’ai coordonné les actions puisqu’en résumé, ils n’ont aucun moyen et qu’on a tout fourni par la débrouille, y compris en récupérant masques et produits dans les entreprises via un appel général. Finalement, on se rend compte que les sportifs sont efficaces dans l’organisation ! ». 

Surveiller et maintenir le patrimoine sportif

Malgré leur fermeture, les équipements doivent être entretenus un minimum et être surveillés pour se prémunir d’éventuels actes de vandalisme, ou d’accès sauvages. À Villeurbanne, c’est aussi l’occasion de réaliser, pour  Xavier Fabre, «  des petits travaux dans des conditions sanitaires adaptées ».

Organiser le suivi des dossiers

Dans les équipes administratives, on continue à suivre à distance  les dossiers, à préparer les délibérations, les marchés publics, mais certains dossiers sont plus compliqués à faire avancer.

Pour Aurélien Richard, « les dossiers qui bloquent réellement sont ceux dédiés au sport scolaire, puisqu’avec la fermeture des établissements scolaires, il est impossible pour un collège de valider en conseil d’administration une convention tripartite dédiée à la mise à disposition des installations sportives pour la pratique de l’EPS ».

Dans les communes, la programmation de l’utilisation des équipements sportifs pour 2020-2021 s’annonce compliquée en raison de la fermeture des établissements scolaires. À Limoges, Vincent Burbaud, chef du service « grands équipements », ne pense pas encore à la saison prochaine : «  Si on commence à y voir clair dans les compétitions de sport amateur qui sont  annulées au fur et à mesure par les fédérations, on est encore dans l’incertitude en ce qui concerne les championnats professionnels. Tous les jours nous apprenons l’annulation d’un événement sportif de plus en plus éloigné dans le temps ».

À Agen, Jean-Baptiste Chipy entrevoit une autre difficulté : « le report du second tour des élections municipales nous oblige à repenser les calendriers de travaux dans un contexte où les élus communautaires et communaux ne sont pas encore connus et quand les anciens sont largement mobilisés sur la gestion de la crise ».

Développer les activités numériques

À Poitiers, Agnès Desvaux, en charge de l’animation sportive, a demandé à ses équipes de préparer des fiches pédagogiques destinées aux écoles primaires. Partout, les Etaps ont  rivalisé d’ingéniosité pour diffuser sur les réseaux sociaux de leur collectivité, des séances d’activités sportives, de fitness, d’entretien physique. Mais c’est aussi pour conserver une relation avec le mouvement sportif, les usagers, mais aussi en interne avec ses collègues, que les applications numériques sont apparues particulièrement utiles pendant le confinement.

Préparer l’après-confinement

Le temps de l’après-confinement fait aujourd’hui débat dans les services des sports où on imagine mal un retour rapide à la normale. Les équipements sportifs fermés ne pourront être remis à disposition des usagers sans opérations de maintenance préalables : désinfection, traitement de la légionnelle, vérification de l’état du matériel… On s’interroge aussi sur les limites fixées à terme des rassemblements.
La question du soutien du mouvement sportif se pose. Comme Agnès Desvaux, dans les services, on évalue les dépenses avancées par les associations sportives organisatrices d’événements annulés, pour qu’un soutien financier compensatoire puisse être envisagé. On prévoit aussi que les clubs professionnels auront besoin d’un appui encore plus important des collectivités.

Les conditions d’organisation des animations sportives estivales seront certainement à revoir. En Charente, Patrick Lizot réfléchit avec le directeur du Centre de Chambon, station sport nature, à un élargissement des activités proposées durant l’été pour un public certainement très local. 
Enfin, le report des manifestations sportives aux mois de septembre et octobre promet d’être un véritable casse-tête « chinois » pour les responsables des services des sports, de même que la programmation contrariée des congés annuels…

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