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Coup de frein sur les courses cyclistes

David Picot • david1picot@yahoo.fr

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À CONSULTER
• Fédération française de cyclisme (FFC): www.ffc.fr • Ligue nationale de cyclisme (LNC): www.lncpro.fr • Amaury sport organisation (cyclisme): www.aso.fr/fr/cyclisme.html • Tour de France: www.letour.fr/le-tour/

En marge du Tour de France, le cyclisme professionnel repose grandement sur la participation financière des collectivités territoriales. L'existence d'un certain nombre d'épreuves apparaît menacée par la baisse des dotations et les incertitudes liées à la réorganisation territoriale. Un coup dur pour les organisateurs qui doivent chercher d'autres sources de financement.

Cette année, 42 courses cyclistes professionnelles sont organisées sur les routes françaises, un nombre relativement stable à l'échelle de la dernière décennie.

À l'exception du flamboyant Tour de France et de quelques épreuves comme Paris-Nice ou le Critérium du Dauphiné détenues par Amaury sport organisation (ASO), ces compétitions sont pilotées par des associations dirigées par des bénévoles.

Vraie particularité

« C'est une vraie particularité dans le paysage des sports professionnels », concède David Lappartient, le président de la Fédération française de cyclisme (FFC). « Je suis très fier de ce que nos organisateurs accomplissent et des défis qu'ils parviennent à relever tous les ans ». Certes, mais jusqu'à quand? Chaque année, en effet, les compteurs sont remis à zéro. Les bénévoles doivent repartir au combat, pour trouver les partenaires privés et publics qui financeront leur événement, pour dénicher des villes départ et arrivée puis dessiner entre elles, un tracé. « C'est usant et lassant », admet Alain Clouet, organisateur du Tour du Poitou-Charentes. « Nous ressentons toujours une phase de découragement les jours qui suivent notre épreuve et puis finalement nous repartons, gonflés à bloc. Et il le faut pour organiser une course cycliste... ». Le contexte réglementaire ne simplifie pas les choses au contraire: « Nous avons en effet davantage de contraintes qu'il y a quinze ou vingt ans », poursuit Philippe Colliou à la tête du Tour de l'Ain et du Tour de l'Avenir. Il fait notamment référence au dossier administratif de plus en plus épais à soumettre aux autorités compétentes (préfecture, département...) avec, par exemple, l'instauration de nouvelles normes (Natura 2000...) vécues comme des usines à gaz mais aussi aux frais d'organisation qui ont augmenté (sécurité...) ces derniers temps.

Contexte économique défavorable

À cela s'ajoute désormais un contexte économique défavorable. À la fois pour les partenaires privés potentiels dont les budgets « communication » sont rognés mais aussi pour les collectivités territoriales. Également maire de -Sarzeau -(Morbihan) et président de la communauté de communes de la Presqu'île de Rhuys, David -Lappartient n'hésite pas à dire que « la baisse des dotations de l'État aux collectivités constitue une vraie menace pour notre sport. Et encore, actuellement, nous ne sommes qu'à 40 % de cette baisse. Il reste donc plus de la moitié à arriver. Ce phénomène va forcément impacter le soutien aux associations et aux manifestations sportives comme les courses cyclistes ». Dont une partie est financée à plus de 50 % par la sphère publique. C'est le cas d'une des plus anciennes courses françaises: le Grand Prix de Denain (Nord), l'une des seize épreuves estampillées « Coupe de France ». Sur les 260000 euros de budget, 150000 (57 %) proviennent des collectivités: ville de Denain, CA de la Porte du Hainaut, CA Valenciennes métropole, département du Nord et région Nord-Pas-de-Calais. Dans ces conditions, Dominique Serrano, l'organisateur, regarde le calendrier avec inquiétude et scepticisme. Pour la prochaine édition en avril 2016, « nous allons essayer de boucler notre dossier avant les élections régionales de décembre en espérant que l'aide sera votée d'ici là. De la même façon, le conseil départemental a changé de bord en mars dernier. Nous verrons bien... »

Point d'interrogation sur les orientations

Pour son Tour de l'Ain, une course à étapes sur cinq jours en août, Philippe Colliou table sur environ 550000 euros de budget, dont 65 % apportés par le public, notamment les villes-étapes (20000 euros pour une arrivée - 15000 euros pour un départ). « Nous avons un fort soutien du département pour cette épreuve très populaire considérée comme un facteur d'animation territoriale. Mais chaque année, les discussions repartent et, a priori, nous avons de bons contacts avec la nouvelle assemblée ». Une assemblée au sein de laquelle 90 % des conseillers ont changé... À la tête du service des sports du conseil départemental de l'Ain, Rachel Dubois « ignore quelle politique va adopter la nouvelle équipe ». Cette année, Philippe Colliou a donc mis plus de temps à déterminer le tracé du Tour de l'Avenir, fin août. S'il bénéficie du soutien logistique et humain d'ASO, c'est à lui de boucler le budget de 550000 euros pour huit jours de course. « Les refus des villes sollicitées étaient systématiquement liés à des raisons économiques, sachant qu'il convient de partir sur 15000 euros pour une arrivée et 10000 euros pour un départ », détaille-t-il. « Était-ce juste une mauvaise année? Nous verrons l'an prochain ». Alain Clouet et son Tour du Poitou-Charentes (25 au 28 août 2015) part également sur 550000 euros de budget pour faire vivre son épreuve de quatre jours. « Nous avons plus de difficultés à trouver des villes-étapes », constate-t-il. « Les collectivités participent à hauteur de 60 % ». Soit environ 330000 euros dont 120000 euros de la région qui « nous soutient de façon très régulière étant donné que nous contribuons au lien social et à l'animation du territoire ». Qu'en sera-t-il demain dans la grande région du sud-ouest qui se profile, sachant qu'il y existe aussi un Tour du Limousin? Conseiller régional chargé du sport et adjoint au maire de Fouquebrune (Charente), Jean-Christophe Hortolan « souhaite que l'on maintienne des manifestations têtes d'affiche telles que le Tour du Poitou-Charentes, qui a une vraie identité. Maintenant, je ne sais pas de quoi sera fait l'avenir. La grande région se dessine. Les services ont commencé à travailler ensemble. Le premier grand budget sera sans doute pour 2017. Après, au niveau des orientations politiques, c'est le point d'interrogation ».

Et maintenant, une concurrence mondiale...
« Nous n'avons rien dans les tuyaux en France », annonce Thierry Gouvenou, directeur technique des épreuves cyclistes chez Amaury sport organisation (ASO). Après avoir repris quelques courses comme le Paris-Nice, le Critérium du Dauphiné ou le Critérium international, le groupe français se tourne désormais vers l'étranger où il décline la Grande Boucle. Le quotidien « L'Équipe » parle ainsi des « Enfants du Tour » en référence au Tour du Qatar, au Tour d'Omam, au Tour du Yorkshire (Grande-Bretagne), à la World Ports Classic (Pays-Bas), à l'Artic Race of Norway (Norvège) et au Critérium de Saitama (Japon). En dehors d'ASO, d'autres épreuves apparaissent comme l'Utah Tour aux États-Unis. David Lappartient, président de la Fédération française de cyclisme (FFC) et de l'Union européenne de cyclisme se réjouit de cette « internationalisation de notre sport. Mais n'oublions pas que ses racines sont en Europe et particulièrement en France. À l'heure actuelle, oui, les nouvelles courses étrangères peuvent constituer une menace pour nos épreuves dans la mesure où elles bénéficient souvent de moyens importants mais qu'en sera-t-il dans dix ans? » Il fait notamment référence aux feu Tour de Pékin, Tour du Colorado, Trump Tour et autre Japan Cup qui ont disparu du calendrier ces dernières années. Du côté des organisateurs, « nous faisons avec cette concurrence qui signifie par exemple que l'on va éprouver plus de difficultés à attirer les équipes étrangères », poursuit Philippe Colliou (Tour de l'Ain). « Mais pour une équipe, il y a de nombreux paramètres qui rentrent en ligne de compte dans le choix d'une course. Qu'ils soient économiques, c'est-à-dire liés au défraiement, stratégiques avec un sponsor qui peut exiger telle ou telle épreuve aux dépens de telle autre. Ou sportifs lorsqu'il s'agit d'une course comme la nôtre qui peut constituer une bonne préparation avant la Vuelta ».

Même pour ASO c'est plus compliqué

Loin d'être des amateurs, ces « bénévoles professionnels » ne sont pas les seuls à trembler. Même l'armada ASO, propriétaire du Tour de France, est concernée par ces secousses. Pas pour le Tour de France bien sûr, mais tout de même pour des courses très renommées comme Paris-Nice ou le Critérium du -Dauphiné. « Nous sollicitions effectivement beaucoup les collectivités territoriales pour faire vivre notre vivier de courses en France », nous explique Thierry Gouvenou, le directeur technique des épreuves et par ailleurs président du -Rassemblement des organisateurs de courses cyclistes (ROCC). « Et oui, c'est vrai, tracer une épreuve est devenu plus compliqué. Parfois, nous n'avons pas des milliers de choix ». À la différence toutefois des autres organisateurs, ASO peut bénéficier de la force de frappe du Tour de France, ce qui sous-entend qu'une ville qui accepte de recevoir une étape du Dauphiné peut augmenter ses chances de figurer sur la carte d'un prochain Tour de France. Ces dernières années, ce fut par exemple le cas de Gap (Hautes-Alpes) sur le Tour 2013 et le Dauphiné 2014, de Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) sur la carte du Dauphiné 2014 et qui sera sur ce Tour 2015. Tout comme Modane--Valfréjus (Savoie), arrivée finale du Dauphiné 2015 et ville-départ de la 20e étape de la Grande Boucle. « C'est implicite », confirme Thierry Gouvenou. « Sans compter que cela permet aussi de roder les équipes locales à l'organisation ».

Bichonner les partenaires privés

S'il ne s'inquiète pas pour ASO, Jean-Luc Chaillot, organisateur de la Classic Loire-Atlantique parvient lui, à attirer 70 % de partenaires privés (sur 170000 euros de budget) pour cette épreuve de Coupe de France organisée fin mars. Mais « tout cela ne tient qu'à un fil et à des sponsors fidèles que nous bichonnons. Il ne suffit pas de les contacter une fois par an pour leur demander des sous. Entre chaque édition, nous les emmenons sur d'autres courses ou à la remise des trophées de la Coupe de France, à Paris ». À 68 ans, Jean-Luc Chaillot s'est donné encore quatre-cinq ans avant de raccrocher. Il aimerait terminer sur un championnat de France. Le parcours vallonné de la Classic, au cœur du vignoble nantais s'y prêterait à merveille, sur une terre de passionnés de vélo. Peut-être en 2017 ou en 2018. Problème, ce serait aussi à lui de trouver les financements. « Mes partenaires seraient bien prêts à me suivre dans cette aventure mais ils ne doubleront pas la mise pour financer la Classic la même année... » Il ne manquerait plus que les championnats de France soient eux aussi sur la sellette! Derrière le Tour de France, la Petite Reine a beau toujours séduire le public. En coulisses, elle commence toutefois à bien vaciller.

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