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Coronavirus : les fédérations veulent penser l’après

Denis Cheminade • denischeminade@gmail.com
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Coronavirus : les fédérations veulent penser l’après

© castenoid - stock.adobe.com

Face à la crise du Covid-19, les fédérations ont dû faire face à de multiples problèmes y compris parfois extra-sportifs. Puis elles se sont organisées. La pandémie pèsera-t-elle sur la manière dont le sport associatif conçoit ses missions et gère ses projets ?
Certains y pensent déjà.

Qui aurait pu imaginer la multitude des problèmes que le confinement allait faire apparaître ? Dans beaucoup de sports, des questions extra-sportives se sont révélées auxquelles les têtes de réseau ont tenté d’apporter des réponses. Ainsi pour les sports équestres, depuis la fermeture des établissements, les propriétaires ne peuvent plus venir s’occuper de leurs montures (leur donner de l’exercice, les nourrir et nettoyer les box dans certains cas). Celles-ci sont placées sous la responsabilité des responsables d’établissement. Quand cela entraîne des frais imprévus, la fédération recommande de rechercher un consensus, d’autant que la situation d’urgence interdit de se retourner contre le responsable d’établissement en cas de désaccord. Autre exemple : les pratiquants du tir, pour conserver leur autorisation de détention d’arme, doivent effectuer plusieurs fois par an des tirs de contrôle sous la responsabilité de l’instructeur du stand. Impossible quand celui-ci est fermé. Des délais seront accordés et les procédures déjà en cours adaptées.

Appels à volontariat

Les fédérations ont largement relayé les appels à volontariat du Gouvernement. Et se sont parfois engagées elles-mêmes. La fédération de sauvetage et de secourisme, qui possède des véhicules d’intervention et de secours, a contribué à l’évacuation de malades parisiens vers la province. Les équipes de cette fédération ont aussi participé aux maraudes pour venir au-devant des sans-abri. Pour cela, elles ont bénéficié du prêt de deux véhicules mis à leur disposition par la Fédération française de rugby.

Devant le manque d’appareils respiratoires, les établissements de plongée ont proposé de mettre à disposition des hôpitaux les appareils d’oxygénation dont chaque centre de plongée doit être équipé. En Ile-de-France, pour le compte de l’agence régionale de santé, la ligue a réalisé un recensement de tous les appareils existants au sein des structures de plongée ou dont elle connaissait l’existence (piscines par exemple).

Les propositions de mise à disposition de locaux (comme ceux du centre d’entraînement par la Fédération française de tennis) ont été nombreuses sans oublier les dons en matériels comme celui de l’Olympique Lyonnais qui a fait don à un hôpital et un Ehpad de 3 000 ponchos destinés aux salariés du club. À tous les niveaux, des cagnottes ont été constituées pour venir en aide aux associations de secours.

« Les séances vidéo sont utiles dans cette période mais notre ADN ce sont des animateurs bénévoles
qui pratiquent avec des gens de leur âge dans une ambiance conviviale. »
Gérard Deshayes, président de la Fédération française de la retraite sportive

Organisation à distance

La crise a également eu un impact sur l’organisation interne. Olivier Mangin, directeur administratif et financier de la ­Fédération française de randonnée, explique avoir mis en place des formations aux outils collaboratifs depuis quelques mois. « La pandémie constitue un accélérateur de l’utilisation de ces outils ainsi que de la formation à distance. Nous avons même mis en place une cafétéria virtuelle, pour créer un espace de rencontre entre les équipes ». Dans beaucoup de fédérations, les bureaux exécutifs et les comités directeurs se font en visio et/ou audioconférence. « On se rend compte que c’est efficace et que ça fait gagner du temps et des déplacements », constate Cédric Chaumond, directeur technique national adjoint de la Fédération française de cyclisme. La Fédération française de vol à voile a organisé son assemblée générale à distance avec un quorum supérieur aux assemblées en présentiel. D’autres se préparent à le faire (Fédération française de la randonnée, Fédération française de la retraite sportive…). La Fédération française de rugby, qui a 4 000 formations en cours, a basculé tout ce qui était possible sur la formation à distance. Nul doute qu’à l’avenir les outils de télétravail seront plus largement utilisés.

La licence n’est pas un abonnement

Faut-il rembourser les licences au prorata de la durée de la suspension d’activité ? Des fédérations (ball-trap, pétanque, gymnastique volontaire…) se sont déjà positionnées contre. Philippe Coquet, président de la FF sports de boule, motive cette décision. « La licence est un pot commun pour financer des projets partagés. Ce n’est pas un abonnement. C’est une contribution qui permet d’adhérer à une association et de participer à son fonctionnement. Il ne peut y avoir de pertes pour le licencié puisque tout sera redistribué à travers des projets. Il ne peut y avoir de remboursement ». Et cela d’autant plus que si les activités sont suspendues, les charges fixes des associations (salaires, gestion…) continuent de courir. Il est donc de l’intérêt des licenciés de les assumer pour retrouver des associations en forme à la sortie du confinement.

Activités virtuelles

Le numérique ne sert pas que pour l’interne. Les initiatives se sont multipliées pour organiser des activités virtuelles (FF voile et Virtual Regatta, FF de football américain et le collectif French Gridiron). Si beaucoup d’initiatives relèvent de la communication ou visent à développer des activités occupationnelles (séances de fitness, jeux pour enfants, rédactionnels mettant en scène des sportifs…), des fédérations se distinguent en développant des programmes spécifiques. Cédric ­Chaumond explique  « Avec le programme #roulezchezvous, nous confirmons le message fédéral de confinement. Quand celui-ci n’était pas total, on a observé des accidents : chutes en VTT, accidents avec des voitures. Le sport cycliste ne doit pas mobiliser les secours dans une période où ils sont surchargés. Aussi, nous offrons à la masse des cyclistes des programmes d’activités cohérents. Nous nous démarquons de la multiplication des courses virtuelles. Ces répétitions d’efforts, non calculés, peuvent en effet être dangereuses et ne permettent pas la poursuite d’un entraînement planifié ».

Valeurs fondamentales

À la Fédération française de la retraite sportive, ce sont les cadres fédéraux qui très rapidement et avec les moyens du bord ont mis en place un ensemble cohérent de séances en ligne. Avec succès puisque la première d’entre elles a enregistré 5 000 connexions (la fédération compte 94 000 membres). À la question de savoir si à l’avenir les 6 000 animateurs bénévoles de la fédération pourraient se saisir de ces séances dans le cadre de leur activité, la réponse du président Gérard Deshayes est sans équivoque : « l’ADN de la fédération c’est de se rencontrer pour pratiquer ensemble. L’usage de la vidéo doit rester exceptionnel. Notre ADN ce sont des animateurs bénévoles qui pratiquent avec des gens de leur âge dans une ambiance conviviale ».

Pour l’avenir « on peine à voir tous les impacts de la pandémie », poursuit Cédric Chaumond. « On réfléchit aux offres de pratiques et aux organisations de manifestations. Nous assisterons sans doute à un recentrage de nos activités sur le savoir rouler et les nouveaux usages du vélo. On s’interroge sur la multiplication des compétitions et le fait de déplacer sans arrêt des gens aux quatre coins de la France ».

Oui il y aura sans doute un après Covid-19. Celui du sport professionnel et des start-up sera dominé par l’économie et la communication. Pour le sport associatif, cela sera peut-être l’occasion de se recentrer autour des valeurs fondamentales de l’associativité, incarnées aujourd’hui par la RSO (responsabilité sociétale des organisations).

Les associations ont parfois du mal à s’y retrouver
 

« Neuf associations sur dix ont choisi de verser 100 % des salaires », déclare Bernard Feldmann, directeur de Profession sport Alsace (qui délivre plus de 700 feuilles de paye par mois). « 95 % des associations adhérentes ont recours au chômage partiel. Les cotisations sont rentrées, les subventions versées, le modèle économique est assuré, elles peuvent tenir le coup quelques semaines ». Un choix alsacien et solidaire. Poursuivant « c’est ce que nous leur avions conseillé de faire dans un premier temps. Mais c’est à chaque profession sport de décider de la conduite à tenir en fonction de son territoire et de sa culture propre. Pour l’Alsace, l’option à 100 % pourra être remise en cause si la situation dure car les dons, le mécénat, le sponsoring pourront venir à manquer si le tissu économique local est touché ».
L’association PSL Alsace est très sollicitée. Le directeur ajoute : « concernant l’emploi et les mesures de soutien, l’information n’a pas manqué. Au contraire, devant la multitude des canaux d’informations, les associations avaient du mal à s’y retrouver. D’autant que beaucoup n’étaient pas applicables immédiatement : il a fallu adapter les logiciels de paye, valider juridiquement les contrats. L’intervention d’acteurs proches du terrain comme nous est appréciable. Et notre action a été grandement facilitée par le fait que tous les acteurs CoSMoS, CNEA, Mouvement associatif, CRES ont travaillé de manière cohérente et coordonnée ».

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