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Coronavirus : le désarroi des clubs avant le rebond ?

David Picot • david1picot@yahoo.fr
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Coronavirus : le désarroi des clubs avant le rebond ?

© GoodIdeas - stock.adobe.com

1,8 milliard d’euros au moins. C’est l’impact prévisionnel de l’arrêt des activités sportives lié à la crise du coronavirus. Le choc initial passé, État, collectivités territoriales et fédérations se sont progressivement organisés pour soutenir le monde amateur, pas préparé à affronter une telle tempête. Certains y voient même l’occasion de repenser la place du sport dans une société renouvelée.

« Il faut sauver le soldat club » ! L’appel est signé Denis Masseglia, président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), à l’occasion d’une table ronde digitale, organisée le 7 avril dernier par BeSport et Olbia Conseil. Et pour cause : à l’image de tous les secteurs de l’économie, la crise sanitaire a plongé les acteurs du sport dans le désarroi le plus total. Quelques jours après le déclenchement du confinement, le mardi 17 mars, des études ont été lancées pour évaluer l’ampleur du sinistre. Sans surprise, sur fond de nombreuses incertitudes initiales – date de fin du confinement, conditions de reprise... – les premiers résultats faisaient état de perspectives économiques désastreuses.

Des phénomènes en cascade 

Illustration avec le travail réalisé par le CoSMoS, une organisation qui représente des employeurs du sport, issus du secteur associatif, commercial ou du sport professionnel. Au total, 3 824 structures sportives – sur ses 5 500 adhérents – ont répondu à un premier questionnaire. Fin mars, un chiffre ressortait : 1,8 milliard d’euros « au moins » correspondant à la perte économique du secteur. Dont 121 millions d’euros pour le monde associatif. La moitié des acteurs (47%) prévoyant des pertes de chiffre d’affaires ou de budget de l’ordre de 10 % et 30 %.

De son côté, l’Union sport & cycle, tête de pont des entreprises du sport, des loisirs, du cycle et de la mobilité, a réalisé fin mars, une étude auprès de 900 représentants de commerces, industries, constructeurs d’aménagements ludiques et sportifs, salles de fitness ou de foot à 5, etc. Résultat cumulé : 3,1 milliards d’euros de perte de chiffre d’affaires pour ce premier semestre 2020 par rapport à la même période sur 2019. Et près de 50 000 employés en chômage partiel ! Au-delà des chiffres très évolutifs sur la période, la crise entraîne des phénomènes en cascade : « plus d’une entreprise du sport sur deux soutient un club de sport », poursuivent les auteurs de ce travail. « Or, ces sponsors potentiels vont eux aussi pâtir très fortement de la crise ». À tel point que « 60 % des entreprises qui soutiennent un club sportif nous indiquent qu’elles ne seront probablement pas en capacité de maintenir ce soutien »…

Une incertitude à trois inconnues

« La rentrée va être très douloureuse », parie Marco Sentein, directeur des sports de la ville de Muret (Haute-Garonne) et président de l’Association nationale des directeurs et intervenants d’installations et des services des sports (ANDIISS). « Certains clubs réalisent jusqu’à un tiers de leurs recettes annuelles entre avril et juin, grâce aux tournois et autres vide-greniers ». À la mi-avril, il était encore « trop tôt pour faire les comptes et mesurer les impacts éventuels en termes d’emplois et de budget », nous expliquait Françoise Cholet, présidente de la Jeune France de Cholet (trente-cinq salariés dont quinze ETP). « Mais nous sommes dans l’incertitude la plus totale, avec trois inconnues principales : un, les adhérents vont-ils se réinscrire à la rentrée ? Deux, comment vont réagir nos sponsors et nos mécènes ? Et trois, qu’en sera-t-il des subventions provenant d’appels à projets de l’État ? ».

Une autre problématique taraude les dirigeants associatifs : celle des demandes concernant le remboursement des cotisations, au prorata de la partie de saison interrompue (lire rubrique Initiatives fédérales). Christophe Lepetit, économiste du sport (CDES Limoges) rappelle (*) que « lorsque l’on adhère à une association, on adhère surtout à un projet associatif ». Sous-entendu, pas à une salle privée qui assure un certain nombre de prestations à des clients. Un club peut donc fermer la porte à toute négociation. Ou, plus risqué, l’entrouvrir « en rétrocédant la part de la cotisation qui revient au fonctionnement du club », enchaîne le consultant José Mariage. Lequel préconise également aux dirigeants de « solliciter leur assureur pour négocier la part dédiée aux risques traumatiques et accidentels sur la période de confinement ».

Subventions : les clubs pourront faire jouer le cas de force majeure

Le 24 mars, le ministre de l’Éducation et de la Jeunesse a mis en ligne une note d’information relative aux subventions aux associations en cas de crise. En effet, de nombreuses associations ont dû cesser leurs activités ou reporter des projets, dont certains sont subventionnés par l’État, les collectivités territoriales ou d’autres acteurs publics. Il en ressort que « chaque autorité administrative qui a octroyé la subvention devra prendre une décision. Le droit prévoit qu’en cas de force majeure, c’est-à-dire un événement indépendant, imprévisible et irrésistible, comme c’est le cas actuellement, il ne peut y avoir de faute des parties. Ainsi l’association qui a engagé des frais en amont de l’épidémie mais qui n’a pas pu tout réaliser, soit pourra décaler la fin du projet, éventuellement sur une partie de 2021, soit ne pourra pas du tout conclure le projet. Dans les deux cas, l’autorité administrative ne peut lui en tenir rigueur ».

Pour tout savoir, en fonction d’une modalité de report ou d’annulation.

Les fédés et les collectivités rassurent

Pour soulager les clubs, des fédérations ont rapidement annoncé un « plan de continuité ». C’est le cas de la Fédération française de rugby (FFR) qui, dès le 22 mars, a annoncé « arrêter les opérations de collecte opérées par les ligues sur les clubs au bénéfice de la FFR à partir du 1er avril 2020 », a expliqué son président Bernard Laporte. Autrement dit, entre les parts relatives aux licences et autres assurances, il s’agit « d’une saison sans prélèvement ».  Montant de l’effort : 35 millions d’euros.

Du côté des collectivités territoriales qui gèrent les équipements, l’Association nationale des élus en charge du sport (Andes) s’est, dans un premier temps, rapprochée des fédérations « pour faire le point sur les perspectives de reprise », précise Cyril Cloup, son directeur général. L’idée étant d’éviter des surcharges au niveau des calendriers, sans compter que dans certains cas, des travaux de rénovation peuvent être prévus. Par ailleurs, concernant le soutien aux associations, « le contexte électoral n’a pas facilité la tâche avec l’annulation du second tour des municipales ».

Membre du comité directeur de l’Andes et adjoint aux sports à la ville de Brest, Patrick Appéré rassure : « S’agissant du soutien aux associations sportives, comme la grande majorité des collectivités, la métropole et la ville de Brest (Finistère) souhaitent rassurer leurs partenaires, en posant un principe de maintien des subventions, que ce soit sur le fonctionnement ou sur les manifestations dès lors que les bénéficiaires ont pris des engagements, accompli des démarches ou fait face à des aléas les impactant financièrement ». Les régions ont également débloqué des fonds pour les associations. Illustration en  Pays de la Loire où 4,3 millions d’euros ont été mobilisés pour soutenir toutes les associations organisatrices d’événements culturels et sportifs, avec un plafond de subvention de 30 000 euros. Même schéma en Bretagne où un fonds exceptionnel de 5 millions d’euros en faveur de la vie associative a été créé. Et encore en Occitanie à travers un fonds de secours également doté de 5 millions d’euros.

Des scénarios disruptifs 

Et le ministère des Sports dans tout cela ? « Nous attendons des réponses », insistait justement Denis Masseglia (CNOSF), peu avant la mi-avril.  « Le mouvement associatif est un élément régulateur de notre société. Mais il ne pourra pas faire de miracles. Si on le considère vraiment, il faut l’aider ». Un plan de relance ministériel serait sur les rails, associant l’Agence nationale du sport (ANS), le CNOSF, le Comité paralympique sportif français (CPSF), le comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (COJO), l’Association des directeurs techniques nationaux (ASDTN) et des représentants des collectivités. « L’idée directrice étant de faire les choses de façon coordonnée, sans que chacun y aille de sa mesure. L’enjeu est de rester rassemblé », nous assurait-on à la mi-avril.

Rester solidaire pour passer la tempête et pourquoi pas, saisir l’opportunité d’un monde sportif meilleur ? « Des scénarios disruptifs vont voir le jour », parie Arnaud Saurois, maître de conférences associé à l’université de Poitiers. « Avant d’aller taper à la porte des autres, le sport amateur devrait déjà mieux réfléchir à sa solidarité financière. Et pour cela, il convient d’abord de rester uni et solidaire. ». L’économiste Christophe Lepetit est du même avis : « je suis très optimiste sur la place du sport dans une société renouvelée que va imposer la crise. En étant malin et en répondant aux demandes des pratiquants, les structures sportives auront de beaux jours devant elles ». Message reçu ?

(*) A l’occasion d’une visioconférence organisée le 9 avril dernier, en présence d’acteurs du mouvement sportif, de formateurs et consultants.

Le sport professionnel évalue ses pertes

D’après le ministère des Sports, les premières études d’impacts faisaient état de pertes évaluées à 1,455 milliard d’euros, parmi les ligues professionnelles. Dont 1,16 milliard pour le seul football professionnel (ligues et clubs). Ces chiffres prévoyant un scénario de non-reprise du championnat professionnel et comprenant l’impact sur la saison 2020-2021. Les pertes pour les ligues de basket-ball, de cyclisme, de rugby et de volley-ball étaient estimées, elles, à 291,5 millions d’euros à la mi-avril, à une époque où le Tour de France était maintenu. Et quid de la billetterie et autres abonnements concernant les matches reportés ou déroulés à huis-clos ? Comme l’expliquait le quotidien L’Équipe, il serait davantage envisagé des avoirs plutôt que des remboursements, ce qui soulagerait la trésorerie des clubs. D’autant plus, dans un contexte de tensions relatives au versement des droits télévisuels par les diffuseurs Canal Plus et BeinSport. 

 

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