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COP21 : une nouvelle étape pour le sport

David Picot • david1picot@yahoo.fr

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À consulter
• « Guide pratique pour une gestion écoresponsable des établissements sportifs », ministère de la Jeunesse et des Sports. • Agenda 21 du sport français, http://bit.ly/1O3eEyP • Stratégie nationale du développement durable du sport (SNDDS), www.developpement-durable.sports.gouv.fr

« Et si on parlait plutôt de RSO que de développement durable? »
Le sport français est-il « développement durable »? Nous sommes face à une méconnaissance de cette notion. Quand on dit, « cet événement est développement durable (DD) », les acteurs s'attendent, le plus souvent, à ce que tout soit centré sur l'environnement. Ce qui engendre des incompréhensions... En fait, la démarche de développement durable est une démarche de management global, un cadre d'analyse pour un déploiement d'actions. L'expression « développement durable » fait référence à un développement harmonieux entre les dimensions environnementales, sociales et économiques à l'échelle de la planète. Pour une organisation qui souhaite décliner ce concept sur son périmètre d'activité, on parle de responsabilité sociétale de l'organisation (RSO). Et dans le sport, de responsabilité sociétale de l'organisation sportive (RSOS). Ce secteur, à l'image des fédérations, est en retard. D'ailleurs, il parle toujours de développement durable... Vous voulez dire que même les plus en pointe ne vont pas suffisamment loin? Je dis que les actions environnementales et sociales se font sous la forme d'un catalogue, au coup par coup, et selon les opportunités (subventions, labels ou autres...). La majorité des fédérations sont sur des actions éclatées et non sur une démarche structurée. Une démarche RSOS offre un cadre d'analyse qui assure que l'ensemble des décisions prises dans les différents domaines (vision, stratégie, offres sportives, subventions...) est cohérent avec la mission et les principes de l'organisation sportive. L'important, c'est la définition de la vision de l'organisation sportive et sa construction avec les acteurs. Elle s'appuie sur la pratique sportive envisagée (par exemple le bien-être physique et mental du sportif, vecteur de performance), qui se décline ensuite en valeurs sportive, environnementale, sociale et économique pour y répondre. Cette vision doit aussi être ajustée en fonction du positionnement des éventuels concurrents, des tendances du marché. Le déploiement du plan d'action, quant à lui, interconnecte et intègre les enjeux environnementaux, sociaux et économiques dans les activités de l'organisation. Les dimensions environnementales et sociales ne sont donc pas « en plus ». Et elles ne sont pas vécues comme des contraintes. Le monde sportif repose essentiellement sur des bénévoles. N'est-ce pas un frein? C'est clairement un frein quand les démarches de management sont méconnues. Il faut aider ces bénévoles en leur fournissant des feuilles de route opérationnelles, des boîtes à outils. Cela passe également par des financements pour structurer l'ensemble. Mais avant toute chose, il faut surtout bien faire connaître cette démarche de RSOS. Les organisations sportives vont peu à peu l'intégrer dans leur cœur de métier, en plaçant le sportif au centre de leur démarche! Nathalie Durand, fondatrice et directrice générale de l'Observatoire sport et développement durable (OSDD), consultante

À consulter
• « Guide pratique pour une gestion écoresponsable des établissements sportifs », ministère de la Jeunesse et des Sports. • Agenda 21 du sport français, http://bit.ly/1O3eEyP • Stratégie nationale du développement durable du sport (SNDDS), www.developpement-durable.sports.gouv.fr

« Et si on parlait plutôt de RSO que de développement durable? »
Le sport français est-il « développement durable »? Nous sommes face à une méconnaissance de cette notion. Quand on dit, « cet événement est développement durable (DD) », les acteurs s'attendent, le plus souvent, à ce que tout soit centré sur l'environnement. Ce qui engendre des incompréhensions... En fait, la démarche de développement durable est une démarche de management global, un cadre d'analyse pour un déploiement d'actions. L'expression « développement durable » fait référence à un développement harmonieux entre les dimensions environnementales, sociales et économiques à l'échelle de la planète. Pour une organisation qui souhaite décliner ce concept sur son périmètre d'activité, on parle de responsabilité sociétale de l'organisation (RSO). Et dans le sport, de responsabilité sociétale de l'organisation sportive (RSOS). Ce secteur, à l'image des fédérations, est en retard. D'ailleurs, il parle toujours de développement durable... Vous voulez dire que même les plus en pointe ne vont pas suffisamment loin? Je dis que les actions environnementales et sociales se font sous la forme d'un catalogue, au coup par coup, et selon les opportunités (subventions, labels ou autres...). La majorité des fédérations sont sur des actions éclatées et non sur une démarche structurée. Une démarche RSOS offre un cadre d'analyse qui assure que l'ensemble des décisions prises dans les différents domaines (vision, stratégie, offres sportives, subventions...) est cohérent avec la mission et les principes de l'organisation sportive. L'important, c'est la définition de la vision de l'organisation sportive et sa construction avec les acteurs. Elle s'appuie sur la pratique sportive envisagée (par exemple le bien-être physique et mental du sportif, vecteur de performance), qui se décline ensuite en valeurs sportive, environnementale, sociale et économique pour y répondre. Cette vision doit aussi être ajustée en fonction du positionnement des éventuels concurrents, des tendances du marché. Le déploiement du plan d'action, quant à lui, interconnecte et intègre les enjeux environnementaux, sociaux et économiques dans les activités de l'organisation. Les dimensions environnementales et sociales ne sont donc pas « en plus ». Et elles ne sont pas vécues comme des contraintes. Le monde sportif repose essentiellement sur des bénévoles. N'est-ce pas un frein? C'est clairement un frein quand les démarches de management sont méconnues. Il faut aider ces bénévoles en leur fournissant des feuilles de route opérationnelles, des boîtes à outils. Cela passe également par des financements pour structurer l'ensemble. Mais avant toute chose, il faut surtout bien faire connaître cette démarche de RSOS. Les organisations sportives vont peu à peu l'intégrer dans leur cœur de métier, en plaçant le sportif au centre de leur démarche! Nathalie Durand, fondatrice et directrice générale de l'Observatoire sport et développement durable (OSDD), consultante

En France, l'histoire entre le sport et le développement durable dure depuis une quinzaine d'années. L'âge de la maturité? Pas vraiment. La préparation de la COP21 a bien permis de mettre en lumière des initiatives. Mais globalement, si quelques fédérations avancent sur le sujet, la majorité des acteurs s'efforce au mieux de convaincre et de sensibiliser ses forces vives... Il serait temps de franchir une nouvelle étape.

Rassembleur et tourné vers les jeunes, le sport constitue un domaine de choix pour initier une démarche de développement durable. Lequel, rappelons-le, se définit comme un développement économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement soutenable. Depuis le début des années 2000, le mouvement sportif français intègre d'ailleurs ce concept dans ses organisations et ses actions.

Impulser une dynamique

Difficile pour autant de dresser un bilan d'étape. Il existe en effet une multitude d'actions réalisées au sein des fédérations, comités régionaux ou départementaux et autres clubs, sous l'impulsion d'acteurs motivés et sensibilisés. « Il n'y a pas de raison que le sport soit plus ou moins conscient de ces enjeux que les autres champs de la société », précise d'ailleurs Gérald Nivelon, membre du bureau fédéral de la Fédération française de basket-ball (FFBB) et président de la commission Démarche citoyenne.

Au ministère de la Jeunesse et des Sports, il existe bien une mission Sport et développement durable. « Notre rôle est de sensibiliser les acteurs et d'impulser une dynamique de développement durable », explique Francis Labreuche, le chef d'une structure composée d'un seul autre titulaire. « Nous faisons donc en sorte que les gens se rencontrent et échangent. Pour cela, nous avons créé le Club des fédérations et des Ligues Sport et développement durable. Au total, 65 représentants d'institutions s'y retrouvent deux à trois fois par an pour échanger sur les bonnes pratiques ».

Conventions pluriannuelles

Le risque n'est-il pas de rester entre convaincus? « Absolument », rétorque-t-il. « C'est pourquoi, nous comptons sur le fait que chacun des adhérents essaime sur son territoire ou son champ d'actions ». Dans sa volonté de sensibiliser, la mission s'appuie aussi sur la Stratégie nationale du développement durable du sport (SNDDS). Mise en place en 2012, elle va bientôt laisser place à la SNTEDDS: la Stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable du sport! Elle est en cours d'élaboration. « Nous allons passer d'approches thématiques à une approche transversale », explique Francis Labreuche.

Depuis quelques années, le développement durable apparaît aussi dans les conventions pluriannuelles d'objectifs (CPO), signées par les fédérations sportives et l'État (direction des sports). Les principaux axes de travail mis en œuvre concernent la sensibilisation des acteurs à ce domaine, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l'organisation d'événements écoresponsables. Mais pour l'heure, seule une trentaine de fédérations serait ainsi mobilisée. Soit un quart...

Ecocharte

La FFBB fait partie des exemples à suivre. Elle travaille sur le thème du développement durable depuis 2009, année où Gérald Nivelon, alors âgé de 31 ans, a été missionné sur cette thématique au niveau du comité directeur... « Les débuts n'ont pas été simples mais j'ai toujours bénéficié d'un engagement fort de la présidence. J'ai d'abord travaillé sur le fonctionnement du siège, à travers le bilan carbone puis la réalisation d'une écocharte ». En 2010, les championnats du monde des moins de 17 ans féminins, construits autour de cette thématique, ont ensuite constitué un déclic.

Le prochain défi de la FFBB s'appelle « Opti'mouv ». La fédération finance en partie son développement. Il s'agit d'un outil d'aide à l'optimisation des déplacements dans l'organisation des championnats et autres réunions sportives. De quoi par exemple définir une zone de rencontre « optimale » pour l'organisation de réunions de travail et/ou de compétitions sportives en fonction de l'origine des participants. Les enjeux sont donc de limiter les distances parcourues et donc l'énergie consommée, de réduire les frais liés à ces déplacements, d'améliorer les conditions de transports...

La question du recyclage

L'organisation de tournois écoresponsables fait justement partie du quotidien des membres de la Fédération française de badminton (FFBad). « Ce type d'événement est caractérisé par des hébergements proches du site de compétition, des buvettes et autres repas avec des produits issus de saison, locaux pour favoriser les circuits courts et issus de l'agriculture biologique », souligne Nathalie Huet, vice-présidente en charge du développement durable. « Nous limitons aussi les emballages, faisons la promotion des ecocups - des gobelets plastiques réutilisables - du tri sélectif, de l'intergénérationnel. Nous avons encore une politique d'impression des feuilles de papier qui vise à les limiter, etc. ». Pour structurer l'ensemble et aider les organisateurs, la FFBad a même créé des formations.

Les arguments pour sensibiliser les organisateurs ne manquent pas. « Un événement écoresponsable peut aider à obtenir des subventions publiques ou des partenaires privés qui se retrouvent dans la démarche », enchaîne-t-elle. Et quid des volants et en liège et en plume d'oie, fabriqués en Asie? « C'est notre épine », rétorque -Nathalie Huet. « Nous travaillons sur le sujet mais ce n'est pas simple. Au même titre d'ailleurs que la question de leur recyclage. Plus de 3 millions seraient consommés chaque année en France... » De son côté, la Fédération française de tennis (FFT) recycle ses balles jaunes de façon originale. Une fois collectées, elles sont broyées pour en faire des sols sportifs offerts à des structures à vocation sociale ou solidaire.

Courses de motos électriques

Loin de ces quelques têtes de pont, Francis Labreuche regrette que trop de fédérations, comités et autres clubs, « nous disent que le développement durable c'est trop compliqué ». S'il refuse de stigmatiser telle ou telle structure, il précise: « nous partons du principe que tous les sports doivent exister ». Sous-entendu, y compris les moins respectueux des principes du développement durable. Pour ceux-là, « l'objectif est de dresser un état des lieux et de voir ce qui peut être fait pour améliorer certaines choses. Les disciplines qu'on pourrait considérer comme moins respectueuses de l'environnement sont capables d'initiatives et d'innovations très intéressantes. C'est le cas de la Fédération française de motocyclisme qui a instauré par exemple des courses de motos électriques aux performances surprenantes ».

Subventions sous conditions

L'impulsion peut aussi venir des collectivités, par l'intermédiaire de l'agenda 21, lequel, vingt ans après avoir été adopté au Sommet de la Terre à Rio (Brésil), marque la volonté d'intégrer aux projets locaux toutes les composantes du développement durable. De plus en plus de collectivités, engagées dans un agenda 21 local, utiliseraient ce levier auprès d'organisateurs d'événements sportifs. Au point de conditionner l'obtention d'une subvention à l'intégration de la démarche développement durable... Un argument que ne peuvent pas utiliser les fédérations. Comme le concède Gérald Nivelon, « la prise de conscience en matière de développement durable n'est pas encore suffisante, y compris chez nous. Nous nous mettrions vraiment en difficulté ». En attendant, un éventuel « effet COP 21 ».

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