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Cohérence et proximité, le défi sportif des régions

David Picot • david1picot@yahoo.fr

L'essentiel
Des territoires plus vastes, des budgets contraints: les nouvelles grandes régions s'organisent pour mettre en place leur politique sportive. Pour trouver une forme de cohérence avec les autres collectivités territoriales et conserver une proximité avec le terrain, la question des espaces de dialogue sera centrale.

Cohérence et proximité, le défi sportif des régions

©  franckreporter - istock

Dans les nouvelles régions, services des sports et élus sont en ébullition. Comment s'y prendre pour élaborer une politique sportive dans un contexte de réforme territoriale caractérisé par un changement de périmètre et un renforcement des intercommunalités? Quels espaces de dialogue trouver avec le mouvement sportif et les collectivités locales pour parvenir à une politique sportive cohérente. Si 2016 devrait voir peu de bouleversements, la réflexion s'organise déjà en lien notamment avec le transfert des Creps, pivot des futures politiques régionales.

Avec la réforme territoriale, le mouvement sportif est au cœur d'une course contre-la-montre, face au vent et en montagne! Dans une lettre de cadrage envoyée aux présidents de fédérations en juillet 2015, Patrick Kanner et Thierry Braillard, respectivement ministre et secrétaire d'État aux Sports, ont déterminé un calendrier serré: au 31 décembre 2017, toutes les fédérations et autres ligues devront coller aux treize régions. Contre vingt-deux sur la précédente carte. Et si la loi portant nouvelle organisation territoriale de la -République (Notre) n'a pas accouché de bouleversements majeurs en termes de compétence sportive (« communes, départements, régions et collectivités à statut particulier » [article 104] peuvent continuer à intervenir sans qu'il y ait de schéma prescripteur), le législateur n'a pas non plus défini de chef de file.

Le sport apparaît donc plus que jamais comme une compétence qui relève uniquement de choix politiques. À l'heure où nous bouclons ces lignes (mi-avril 2016), c'est le grand chambardement dans les régions, particulièrement dans les nouvelles: Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est, Hauts-de-France et Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Entre ceux qui se lancent dans une opération d'harmonisation et ceux repartant d'une page blanche, le mot d'ordre des élus est clair: rassurer. Aussi bien le mouvement sportif que les services qui fusionnent.

 

Harmonisation intelligente

« Je suis en pleine période d'inventaire », sourit Kamel Chibli, le vice-président (PS) de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, en charge de l'éducation, de la jeunesse et des sports. « L'objectif n'est certainement pas de repartir de zéro ». Il mise sur « l'harmonisation intelligente. Nous avions des politiques différentes mais l'objectif est d'effectuer un inventaire précis des structures et des acteurs puis de favoriser les amalgames. » Un exemple: « en Midi-Pyrénées, nous avions mis en place un soutien aux jeunes par l'intermédiaire de la Carte jeune pour celles et ceux qui souhaitaient prendre une licence dans un club. Nous allons l'élargir au Languedoc-Roussillon. Dans tous les cas, j'insiste bien sur le fait que notre politique va être conduite en concertation avec le mouvement sportif ».

En Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, Nathalie Lanzi, 2e vice-présidente (PS) en charge de la culture, du sport, de la jeunesse, et du patrimoine, a également mesuré « les différences assez significatives entre politiques sportives. Écarts qu'il convient d'harmoniser en tenant compte de l'histoire mais aussi et surtout de la différence entre territoires urbains et ruraux notamment. Le chantier passe par une réécriture de nos règlements d'intervention. Nous démarrons ce travail en concertation avec l'ensemble des acteurs. Je souhaite que, d'ici le début de l'année 2017, nous disposions d'un cadre permettant, du nord au sud et d'est en ouest de cette immense région, de conduire une nouvelle politique sportive ».

Sud-Ouest: un ou deux tours cyclistes?
En Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, des réflexions sont engagées sur le devenir de deux courses cyclistes professionnelles qui portent le nom de deux anciennes régions: celui du Limousin et celui du Poitou-Charentes. Les deux épreuves sont bien inscrites au calendrier 2016 de l'Union cycliste internationale (UCI): du 16 au 19 août pour la première et du 23 au 26 août pour la seconde. Et ensuite? La volonté des représentants de la nouvelle région serait l'organisation non pas de deux mais d'un seul tour. « Ce projet sera très compliqué sinon impossible à mettre en œuvre », souligne Alain Clouet, organisateur du Tour du Poitou-Charentes qui recense les obstacles. « Comment demander à un bénévole de Poitiers de se rendre dans les Pyrénées-Atlantiques pour s'occuper du tracé? Sur le plan de l'organisation, il faudrait quasiment une structure professionnelle. Et comment convaincre les partenaires locaux de l'intérêt de la chose pour eux? Sans oublier que c'est l'UCI qui décide d'intégrer ou non une nouvelle épreuve, longue de surcroît, dans son calendrier ». Claude Fayemendy (Tour du Limousin) avance les mêmes arguments. Il conclut sur le fait qu'il « existe bien toujours un Tour du Basque alors que l'entité administrative n'existe pas. Pourquoi pas un Tour du Limousin? Nous tenons à notre identité et à nos racines ».

Page blanche, écriture d'une nouvelle politique sportive

Plus au nord, pas d'harmonisation en vue mais toujours de la concertation. En Normandie, le président (UDI) Hervé Morin souhaite une « nouvelle politique sportive, pour donner encore plus de place au sport ». Avec la « volonté de partir d'une page blanche ». Sur le plan de la méthode, il évoque fièrement le principe de « coconstruction ». Le mouvement sportif devrait ainsi être associé aux réflexions par l'intermédiaire de groupes de travail placés sous l'égide de la vice-présidente Claire Rousseau.

Dans le Grand Est - qui regroupe l'Alsace, la Champagne-Ardenne et la Lorraine - Jean-Paul Omeyer, président (LR) de la commission sports, poste qu'il occupe aussi au sein de l'Assemblée des régions de France (ARF), explique également avoir « tiré un trait » sur le passé pour « bâtir une nouvelle politique régionale du sport. C'est un énorme chantier mais nous avions des écarts trop importants selon les régions ». Illustration avec -« Champagne-Ardenne qui avait quasiment abandonné le sport de haut niveau, lequel était en pointe en Alsace ». Résultat, représentants des ligues, comités et autres associations de cette ancienne région redoutent aujourd'hui une diminution des subventions. Au profit de l'ex-Champagne-Ardenne où Jean-Paul Omeyer n'hésite pas à dire qu'il est attendu « comme le Père Noël ». Mouvement sportif, structures de haut niveau, sportifs individuels: chacun sera fixé « d'ici l'été lorsque nous aurons déterminé les nouvelles règles de financement ».

Quel rôle pour les Creps dans les dispositifs régionaux?
Les élus régionaux attendent beaucoup des transferts aux régions des centres de ressources, d'expertise et de performance sportives (Creps). Enfin, précisément, de leur patrimoine immobilier et des missions d'entretien général et technique, d'accueil, d'hébergement et de restauration. Selon le ministère des Sports, « ces établissements pourront désormais exercer, en plus des missions nationales, des missions à la demande des régions dans les domaines du sport, de la jeunesse et de l'éducation populaire » (haut niveau, formations aux métiers du sport et de l'animation, soutien au mouvement sportif local...). « Il convient que nous placions ces établissements, qui jouent un rôle d'interface avec les clubs, au cœur de nos dispositifs sportifs », souligne Nathalie Lanzi de la région Aquitaine-Limousin, Poitou-Charentes. Nouveauté oblige, l'Assemblée des régions de France (ARF) s'est aussi « emparée du sujet », assure le président de la commission sport, Jean-Paul Omeyer.

Instances de dialogue

Le budget justement... L'approche se veut aussi rassurante. En tout cas pour cette année de mise en place des nouvelles régions. Globalement, les budgets (fonctionnement) devraient correspondre à la somme de ceux des anciens territoires, comme nous l'ont notamment confirmé Kamel Chibli (Languedoc--Roussillon-Midi-Pyrénées), Nathalie Lanzi -(Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes) et Jean-Paul Omeyer (Grand Est). Ce dernier l'affirme haut et fort: « le sport reste une politique prioritaire » doté de 15 millions d'euros en fonctionnement. À peu près comme en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées d'ailleurs pour ceux qui ont pu citer des chiffres (le budget n'étant pas adopté à l'heure de notre bouclage, Auvergne Rhône-Alpes et Hauts-de-France n'ont pas souhaité s'exprimer sur le sujet).

Au-delà des discours, Marc Sanchez, le président de l'Association nationale des élus en charge du sport (Andes), attend encore des signes forts (lire interview p. 12). Car au-delà de la réorganisation au sein des régions et des ligues, il s'interroge sur l'indispensable cohérence à trouver avec les autres strates locales: départements, intercommunalités, communes. C'est pourquoi, l'Andes avait demandé, dans le cadre de la loi « Notre », la mise en place de sous-commissions thématiques obligatoires au sein des conférences territoriales de l'action publique (CTAP). Acceptée par le Sénat, cette requête a été retoquée par l'Assemblée nationale. Du coup, quid des espaces de dialogue pour décliner les politiques publiques dans un contexte où, faut-il le rappeler, Thierry Braillard a conditionné la réussite de cette réforme territoriale à la concertation et à la cohérence dans l'élaboration des politiques sportives!

« Il va falloir se battre pour obtenir des instances de dialogue dans chacune des régions », explique Marc Sanchez. « Il ne doit pas y avoir d'inégalités selon les territoires ». Jean-Paul Omeyer acquiesce: « oui, il faut que l'ensemble des strates se rassemble pour répondre ensemble aux principales questions: qu'est-ce qu'on veut comme politique sportive? De quels moyens disposons-nous? Et qui finance quoi? Chacun peut intervenir à condition qu'il l'ait mis dans ses statuts ». Et sous-entendu, qu'il en ait les moyens et que le budget sport ne corresponde pas à « ce qu'il reste à la fin ». Sur son agenda, cette étape est programmée à partir de l'été 2016.

 

Nouveaux relais

Nathalie Lanzi confirme également que cette « question de la subsidiarité, c'est-à-dire du niveau le plus adapté pour répondre à telle ou telle question, se posera inévitablement. Nous devons mieux articuler notre action avec les départements et les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) ». Dans sa région, le dialogue devrait s'effectuer sous l'égide d'une Conférence territoriale du sport créée avant l'été. « Cette instance aura pour vocation à rassembler tous les acteurs publics, associatifs et privés qui interviennent en matière sportive ». Kamel Chibli lui, « ne veut pas alourdir le dispositif ». Il assure toutefois, que des « espaces de dialogue existeront pour l'accompagnement des projets d'infrastructures sur les territoires ».

À condition, enfin, que ces nouvelles grandes régions conservent une forme de proximité avec le terrain. Pas simple par exemple dans un territoire comme l'Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes grand comme l'Autriche. « Il nous faudra identifier de nouveau relais », précise Nathalie Lanzi. « Et démultiplier les antennes locales », ajoute Jean-Paul Omeyer. Kamel Chibli affirme, lui,, être tout le temps sur la route... En mode, contre-la-montre.

 

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