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Activités récréatives et développement du littoral brestois : étude exploratoire sur une culture maritime en (re)construction ?

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L’enjeu de cette étude exploratoire est de chercher à comprendre quelle est la relation créée, par les pratiques récréatives de nature et le milieu littoral. Il s’agit de rendre compte des médiations territoriales à l’oeuvre en matière de représentations et d’usages. Volontairement, nous ne cherchons pas à analyser simplement les définitions officielles et « verticales » de la culture maritime, mais bien de mettre ces dernières en confrontation avec l’identification des usagers du littoral. Pour ce faire, nous présenterons les résultats de l’enquête exploratoire menée sur les activités récréatives et le rapport au littoral. L’hypothèse étant que la diversité de la maritimité locale ne participe pas pleinement dans le développement sportif du territoire. L’article porte un regard critique sur le développement différencié des sports de nature en Pays de Brest pour, à terme, contribuer à une gestion globale des ressources « maritimes » situées en zone urbanisée/rurale en bord de mer/côte.

Introduction

Le littoral et les activités récréatives qui s’y inscrivent contribuent à générer de nombreuses ressources, qu’elles soient économiques, culturelles, politiques, sociales ou symboliques. Le terme de « ressource » est employé pour désigner la valorisation d’un produit touristique (autour d’une pratique structurante comme la filière nautique en Bretagne par exemple) ou d’un produit (matériel et/ou idéel) présent sur un territoire. Dans ces cas de figure, les activités récréatives et sportives contribueraient au développement des territoires (Chazaud, 2004 ; Bessy, 2008 ; Martel, 2013) et du littoral (Martel, Évrard, 2014) en même temps qu’ils mettent en avant une diversification territoriale (Augustin, 2002). La position stratégique de la Bretagne concernant les enjeux de développement locaux et régionaux pourrait illustrer une valorisation transversale (sport, tourisme, environnement, aménagement du territoire, etc.) des sports axés sur le plein air (nautique, terrestre ou aérienne).

Cette étude exploratoire cherche à comprendre, à partir d’exemples analysés sur le littoral brestois, quelle est la relation créée, par les pratiques récréatives de nature, le milieu littoral (Évrard, 2015), les enjeux touristiques qui en découlent (Duhamel, Violier, 2009) et quelles médiations territoriales structurent les représentations et usages locaux. Nous ne cherchons pas à analyser les définitions « officielles » de la culture maritime produite de manière « verticale » par le haut (les acteurs institutionnels), mais plutôt de mettre cette dernière en confrontation aux constructions et productions « horizontales » des usagers. Si les sports de nature et le développement des territoires sont aujourd’hui largement étudiés sur différents espaces géographiques (1) (montagne, mer, ville, ruralité, etc.), les territoires « entre terre et mer », en revanche, le sont beaucoup moins. C’est la raison pour laquelle l’article porte un regard critique sur l’organisation des sports de nature en Pays de Brest pour, à terme, contribuer à une gestion territoriale et globale ouverte sur les espaces urbanisés/ruraux et littoraux.

L’argumentaire sera organisé en deux temps. Un premier temps nous permettra de présenter le cadre théorique de la maritimité et de la ressource territoriale pour ensuite présenter plus en avant les spécificités du littoral brestois. Puis, dans un second temps nous présenterons les résultats de l’enquête menée sur les activités nautiques et le rapport au littoral. La maritimité locale dernière peut être vue sous deux aspects : la culture maritime et les activités purement « marines » d’une part, puis les activités mobilisant la proximité marine d’autre part. L’enquête menée sur la culture maritime et les premiers résultats présentés ici évoqueront alors porteront un regard critique sur le développement différencié des sports de nature en Pays de Brest.

I • Activités récréatives et développement du territoire : quels éléments théoriques et méthodologiques ?

A – Le littoral brestois comme ressource

Le cadre théorique de l’étude, à vocation pluridisciplinaire, s’inscrit dans une démarche mettant les notions de territoire, territorialité, maritimité et littoralité au centre des discours (institutionnels et usagers/pratiquants), moyen adapté, selon nous, pour valider ou déconstruire les discours officiels face aux représentations individuelles.

La notion de territoire apparaît comme une forme spatiale considérée sous différentes facettes, d’un espace produit à un espace vécu (Di Méo, 1998). Ce dernier exprime un rapport sensible, presque existentiel et donc subjectif, que les individus ont avec leur environnement. Cela nécessite, nous dit Di Méo, une information préalable qui suppose qu’un certain nombre de valeurs culturelles, suffisamment accessibles au plus grand nombre, soient diffusées localement pour être ensuite appropriées par les usagers. C’est ici que la notion d’appartenance joue son rôle fondamental puisque c’est ce qui permettra d’affirmer ou pas la présence d’une culture maritime localisée à l’ensemble des acteurs concernés. Pour l’anecdote, les premiers retours d’enquêtés face à cette problématique étaient systématiquement « négatifs », laissant entrevoir une gestion par les pouvoirs publics des ressources environnementales, touristiques et récréatives exclusivement centrée autour de la filière nautique.

La construction d’un territoire suppose alors une appropriation à la fois économique, idéologique et politique de l’espace par des groupes sociaux construisant leurs propres représentations. Par exemple, les acteurs politiques interrogés placent le nautisme et les événements maritimes au centre de la culture maritime brestoise. Or, cette culture maritime s’étend également à un cadre d’activités et de représentations beaucoup plus large, allant de la simple randonnée en sentier côtier (avec une projection visuelle sur l’espace maritime comme la randonnée pédestre ou le trail) à la pratique d’une activité nautique ou de « bord de côte » notamment (longe côte ou randonnée palmée). Le plein air et la nature servent aujourd’hui de support à une forme d’hygiène de vie individuelle et collective (Bessy & Mouton, 2004 ; Allen-Collinson & Leledaki, 2014) mais sont aussi le vecteur d’un idéalisme politique (Bessy & Mouton, 2004) parfois déroutant. Du point de vue du management des sports de nature, cette question est fondamentale car elle permet, à terme, de décrire les usages et pratiques, puis dans un second temps, de décrire sa dimension politique pour ensuite l’aménager en conséquence de cause.

Le littoral brestois et les activités qu’il génère, participent tout autant à construire un rapport au territoire même si celui-ci ne se limite pas à certaines caractéristiques culturelles qui cloisonneraient un secteur d’activité unique mais se caractérisant davantage par un ensemble de ressources jouant un rôle dans le développement territorial local. La Côte d’Albâtre, par exemple, exerce des fonctions de production, résidentielle et récréative (Évrard, 2015). La culture maritime brestoise est-elle accessible, ou tout au moins compréhensible, chez chacun des acteurs concernés par les activités récréatives du littoral ? Le risque étant de basculer, avec l’exemple des « stations voile » dans une ultraspécialisation de sites par activités ou à une segmentation des pratiques et du marché de la récréation outdoor (Martel & Évrard, 2014).

Le concept de maritimité contemporaine appelle à interroger les pratiques (professionnelles, culturelles, récréatives, sportives, etc.) et les caractéristiques socio-économiques des usagers de la mer et du littoral. La relation des individus au milieu maritime fait émerger des représentations, sensibilités et perceptions que ces derniers ont de leur cadre de vie.

Or, les géographes, anthropologues et historiens ont montré que celles-ci se structurent en fonction des époques, des idéologies, des technologies, des pratiques et actions publiques, etc. et participent à construire ce que l’on appelle des territorialités, culturellement inventées. De cette même manière, les sports de nature et les « sports côtiers » (Guiltat, 2011) en particulier jouent aujourd’hui un rôle dans le développement de la maritimité et littoralité (Péron, Rieucau, 1996) et plus largement, dans le développement territorial. Les différentes manières de s’approprier la mer, en termes de préférences, d’images et de représentations collectives, entretiennent et renouvellent parfois certaines ressources locales, c’est-à-dire les composantes matérielles et/ou idéelles (Pecqueur, 2009). Concernant le littoral brestois, la culture maritime transite actuellement de son passé lié aux activités militaires et commerciales à une extension vers le domaine des loisirs (aménagements, balisages, zones protégées, etc.). Certains de ces effets étant d’ailleurs appelés à être amplifiés par la récupération par quelques brestois de certaines emprises militaires dont la marine veut aujourd’hui se séparer. Le concept évoque encore des relations de plusieurs ordres, qu’elles soient sportives, ludiques, professionnelles ou culturelles. Mais il évoque aussi la mémoire collective. Or c’est ce qui apparaît très clairement ici autour de l’histoire liée aux ports de commerce par exemple. Et aujourd’hui ? L’avènement d’une société de loisirs, le développement des pratiques maritimes ludiques et du tourisme culturel et événementiel participent-ils à construire une (nouvelle) littoralité (Furt & Tafani, 2014) ? C’est en tout cas l’hypothèse que nous posons à travers l’examen du littoral brestois comme potentielle ressource territoriale.

Le lien entre le développement des sports de nature et les enjeux que cela soulève à l’échelle des territoires (Mao, 2009) permet de révéler certaines ressources visibles ou latentes. Les sports côtiers (Guiltat, 2011), le kitesurf (Campillo & Richard, 2014), les trails montagnards (Bessy, 2013) ou plus généralement les événements sportifs de nature (Bessy, 2010, 2013) ainsi que les offres touristiques littorales, s’adaptent nécessairement aux logiques événementielles et innovantes (Bessy, 2014). Cela contribue-t-il pour autant au développement territorial des villes et de la métropole Brestoise en particulier ? L’objectif est de mettre au jour des systèmes symboliques et en interaction qui se concrétisent à travers les activités individuelles – pratiques et manières d’« habiter » le littoral (Stock, 2004) et les normes et contraintes auxquels ils sont confrontés. En tant que « ressource initiale » (Gumuchian & Péqueur, 2007), l’espace littoral brestois tend à devenir progressivement une « ressource accomplie », c’est-à-dire un espace pris en charge, développé et géré par les acteurs locaux même si de nombreuses limites peuvent y être ajoutées. Pour Gumuchian et Péqueur (2007), la ressource territoriale possède deux états distincts, la ressource initiale ou naturelle et la ressource accomplie. Sur le plan du développement territorial, les transitions géographique, sociologique, économique, environnemental et politique figurent comme des principes fondamentaux pour construire une véritable « intentionnalité des acteurs concernés » (Gumuchian & Péqueur, 2007 : 6) et tendre vers une ressource accomplie. De plus, les auteurs insistent sur le fait qu’un système territorial doit exister en amont avant d’élaborer, en aval, une stratégie événementielle élaborée par l’ensemble des acteurs locaux. Pour notre étude, nous poserons alors la question en prenant volontairement deux filières de pratique en exemple qui participent à interroger la culture maritime brestoise : les activités nautiques et terrestres (terre/mer).

B – Le littoral brestois, un territoire tourné vers la mer

Dans un diagnostic comparé des ressources territoriales, Mao (2009) montre que le littoral atlantique possède d’importantes ressources naturelles mais un faible investissement de la sphère politique. La Bretagne ne fait pas exception, même si depuis quelques années, la sphère politique investit de plus en plus ce secteur qui s’affirme stratégique (Breton, 2013). Si ces généralisations sont à affiner en fonction des caractéristiques locales (Morbihan et Finistère par exemple), les outils cartographiques développés par Mao mettent en évidence un potentiel très fort en matière d’environnement de pratiques, mais peu soutenu par les collectivités au détriment de choix portés vers un secteur stratégique. Cela vient s’ajouter à un investissement tardif dans ces activités, la pointe du Finistère ayant souffert de son éloignement géographique, malgré l’importance de Brest dans les programmes militaires et industriels maritimes.

Pour autant, ce littoral de 450 kilomètres de côtes (pour le pays brestois)a une certaine histoire, avec 5 ports (militaires, commerce, réparation navale, pêche et plaisance), marqueurs d’une riche tradition maritime. Brest est l’actuelle implantation du Pôle Mer Bretagne, qui en fait un haut lieu des sciences et techniques de la mer. S’y trouvent également le siège de l’Agence des Aires Marines Protégées (établissement public pour la protection du milieu marin, créé en 2006) et bientôt le siège de l’IFREMER (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer). La rade de Brest, espace nautique naturel, accueille des compétitions de voile de haut niveau, un Pôle Espoirs en voile légère et est le lieu de départ du trophée Jules Verne, course autour du monde à la voile en équipage. Les compétitions nautiques attirent des entreprises de haute technologie, dans une concurrence certes constatée avec d’autres villes bretonnes, telles que Lorient. Mais le fait de posséder le premier port de plaisance de Bretagne lui permet aussi de développer une activité de « nautisme pour tous ». L’histoire maritime y a aussi sa place avec des fêtes maritimes de grande ampleur, tous les 4 ans, depuis 1992, ayant contribué à la popularité de telles manifestations, aujourd’hui reproduites dans plusieurs autres villes, sous des formats parfois différents.

Mais Brest a-t-elle un territoire tourné vers la mer ? Les emprises militaires toujours importantes et la prédominance des activités militaires et industrielles permettent de poser la question. Au-delà du sentiment de proximité de l’espace marin et de l’histoire de la marine et de l’arsenal, les Brestois s’approprient-ils cet espace ? C’est un questionnement largement soulevé, par exemple par Chlous-Ducharme et Lacombe (2005), qui utilisent ce territoire comme un « cadre privilégié d’observation et de compréhension de la (re) construction des identités sociolocales ». Au-delà de l’évidence de l’empreinte maritime dans la culture locale, ils constatent qu’a contrario des idées reçues, Brest possède une identité maritime multiforme. Et dans ce cadre protéiforme, ils pointent les effets d’homogénéisation relative de certaines activités, quand elles sont délibérément utilisées sur le long terme, comme c’est par exemple le cas de la voile scolaire, effective depuis quarante ans, dans le cadre d’un jeu d’acteurs multiples (éducation nationale, ville de Brest, centres nautiques du territoire). Cela montre que ce rapport à la mer n’est pas homogène. On pourrait aussi citer la place des clubs dans l’offre sportive de la ville, ou encore les activités auto-organisées telles que la pêche du bord ou la plaisance libre et hors structure. D’où le besoin de se questionner sur ces relations entre Brestois et leur espace maritime, sous l’angle des pratiques récréatives de nature.

C – Éléments méthodologiques pour interroger les logiques d’acteurs

Réalisée dans le cadre de modules de formation méthodologique menés à l’Université de Bretagne Occidentale2, cette étude exploratoire a mobilisé différents outils quantitatifs et qualitatifs. Pour mener à bien ce travail exploratoire sur la culture maritime brestoise (CuMaB), nous avons construit une problématique axée sur quatre thématiques : 1) CuMaB et les acteurs institutionnels ; 2) territoire et rapport à la CuMaB ; 3) CuMaB et identité ; 4) CuMaB et les activités récréatives. La première thématique interroge l’usage de la définition de la CMB par les acteurs institutionnels, entre mise en avant des activités nautiques et occultation du passé maritime. Cette hypothèse postule que les acteurs institutionnels construisent une stratégie mémorielle pour créer une définition de la CuMaB qui leur convient. La seconde thématique propose d’évaluer dans quelles mesures habiter sur le littoral brestois influence le choix des activités (aspect culturel, économique, transports, perception, etc.). La troisième thématique, quant à elle, pose les bases d’une réflexion sur la nature de cette culture maritime en lien avec la construction identitaire des usagers brestois. Enfin, la quatrième thématique consiste à récolter des données quantitatives sur la nature exacte des pratiques récréatives en lien avec le territoire.

Nous avons donc volontairement croisé des outils quantitatifs et qualitatifs afin de repérer comment cette culture maritime brestoise se construit d’une part, puis comment elle est appropriée par les usagers d’autre part. Cela a supposé la construction d’un questionnaire à destination de pratiquants et non-pratiquants, distribué directement auprès d’associations concernées par les sports de plein air (usagers licenciés) ainsi qu’un dépôt libre des questionnaires (n = 98) auprès de maisons de quartiers ciblées en fonction de leur proximité (ou pas) avec le littoral. À cela, sont venus s’ajouter des séances d’observations participantes sur les lieux de pratique du littoral (GR, escalade naturelle, plongée, VTT, etc.) et surtout, des séries d’entretiens semi-directifs (voir annexe 1) auprès d’acteurs institutionnels et de pratiquants et/ou dirigeants associatifs (n = 19). Pour les entretiens avec acteurs politiques, nous avons retenu une méthodologie qui consiste à reconstituer les processus d’action publique dans leur historicité et comprendre les pratiques constitutives de l’action publique ainsi que les représentations qui les orientent (Pinson & Sala, 2007). L’objectif était d’atteindre les dimensions diachronique et synchronique de l’action publique développée chez chacun des acteurs interrogés sur le thème qui nous concerne. Il est possible d’utiliser l’entretien en action publique, tant pour reconstituer des processus historiques d’élaboration et de mise en oeuvre des politiques publiques (usage narratif) que pour connaître les pratiques effectives des acteurs et leurs représentations en actes (usage compréhensif). De manière générale, les items interrogés étaient les suivants : trajectoire personnelle et professionnelle, histoire/patrimoine, activités maritimes & apports personnels, définition individuelle de la CuMaB, événements nautiques, territorialité et rapport au littoral (Brest, rade, etc.), concepts structurant dans le discours (fierté, excellence, transmission, accompagnement, etc.).

II • Les activités nautiques et le rapport au littoral, une maritimité diversifiée selon des logiques d’actions plurielles

Cette étude s’inscrit dans un contexte qui vise à répondre à deux objectifs très clairs : 1) confronter les productions officielles aux représentations et usages des pratiquants en interrogeant (acteurs institutionnels et associatifs) le concept de « maritimité » et 2) ne pas se focaliser uniquement sur la filière nautique et son impact sur le territoire brestois mais élargir les objets d’étude aux activités récréatives qui valorisent la proximité du littoral et de l’espace maritime.

A – Identification, appartenance et culture maritime brestoise

La culture maritime brestoise ne se réduit pas aux actions et aux communications politiques observées chez les acteurs institutionnels – en termes de marketing territorial – mais se définit beaucoup plus largement par la prise en compte de dimensions identitaires, environnementales et récréatives/sportives qui font appel à d’autres groupes terminologiques. En effet, si le concept d’identité est à critiquer (Brubaker, 2001), il s’agit de la comprendre à partir des catégories et positions sociales des individus qui interagissent dans un même processus (Avanza, Laferté, 2005) comme l’identification au territoire par exemple. Si Brubaker (2001) nous met en alerte sur la nécessité d’aller au-delà de l’identité comme catégorie analytique, il met aussi en évidence le besoin de se référer à la catégorisation, à la localisation et à la communalité ou en d’autres termes, à l’identification, à l’image sociale et à l’appartenance. Le cas de la ville de Brest met justement cette question en jeu dès lors que l’identification renvoie à une perpétuelle renégociation et que l’idée d’appartenance incite à « partir du bas […] des pratiques des identifiés ou représentés pour comprendre comment ils s’approprient, refusent, acceptent ces identifications et ces images » (Avanza, Laferté, 2005).

Dans cette optique, la question des usages et pratiques des individus, l’intérêt est alors de dépasser ce cloisonnement qui comporte le risque de créer un discours en creux et de donner une définition institutionnelle de la culture maritime se voulant exclusivement tournée vers la filière nautique et ses grands événements emblématiques (Fêtes Maritimes de Brest, etc.). Définition ne faisant pas l’unanimité chez ceux qui pratiquent ou s’identifient autrement au littoral brestois car les entretiens font émerger différentes positions sociales qui luttent pour imposer leur vision de la maritimité brestoise à un ensemble social plus large. Par exemple, nous l’avons constaté en confrontant la définition produite par les « entrepreneurs » locaux qui se disent représentants (en positon d’élus) des citoyens brestois et comment cette dernière est ensuite intériorisée chez les populations locales. Or, ce cas de figure est pertinent pour nous car tant que les « identités produites » ne sont pas intériorisées et réappropriées par les populations à qui on les impose, on ne peut pas parler d’identité, mais plus simplement d’image caractéristique d’une minorité sociale qui se fait représentant du groupe (Avanza, Laferté, 2005)

Si l’on doit évoquer la présence d’une identification et appartenance au littoral brestois ainsi qu’un éventuel lien dans la construction de la culture maritime, trois dimensions interviendraient. Une première en lien avec la localisation des usagers/pratiquants et les lieux de résidences. En effet, la proximité et les enjeux en termes d’accessibilité au littoral sont inégalement présents dans les réponses récoltées ce qui provoque des réponses qualitatives différenciées. Le fait d’habiter à proximité du littoral crée une identité autour de cette culture maritime. De plus, les personnes interrogées ressentent les effets sur leur quotidien mais pour eux, cette imprégnation est plutôt naturelle. Ce sont les événements nautiques qui leur font prendre conscience de cette réalité (Tonnerres de Brest, haut niveau, pêche, etc.). Pour les pratiquants de sports de nature cette fois, la présence du littoral a déterminé le choix de leur pratique physique. Ils sont en général familiers avec le milieu aquatique alors que pour les non-pratiquants, le rapport à la mer est davantage distant car ils n’en profitent pas au quotidien dans leurs loisirs sportifs. Pourtant précisentils, la présence de ce potentiel environnemental est un facteur récréatif appréciable.

Ensuite, la variable âge met en évidence une représentation différenciée de l’inscription (en termes de pratiques) de la population sur le territoire en question. Les publics âgés de 15-25 ans considèrent, par exemple, qu’ils ne participent pas à la valorisation du territoire selon leurs termes. Mais c’est par le biais de leur pratique qu’ils ont l’impression de la valoriser car leur activité permet d’illustrer la dynamique de certains sites à proximité du centre-ville de Brest. Ainsi, environ 48 % d’entre eux participent, par exemple, aux événements proposés par la ville de Brest en lien avec le thème, ce qui montre que les jeunes publics semblent impliqués, que ce soit conscient ou pas, dans la conservation d’une maritimité locale, à la fois festive et culturelle. Cette première dimension est également complétée par la notion de perception du littoral (plaisir, bien-être, liberté, etc.) chère aux répondants mais est parfois entachée de facteurs météorologiques défavorables. Ces deux points, lorsqu’ils sont mis en balance, construisent alors un rapport esthétique (attractivité/ répulsion) avec ce même littoral.

Une deuxième dimension est relative aux « sciences et techniques de la mer » qui ressort comme étant l’argument premier définissant la culture maritime brestoise. En effet, la présence d’un Institut Universitaire et Européen de la Mer (IUEM) contribue, chez les répondants, à insuffler une expertise clairement identifiable en lien avec une culture maritime locale. Bien évidemment, le thème de l’économie maritime apparaît aussi très clairement comme un point structurant du territoire étudié et notamment la mise en réseau toujours plus importante d’entreprises innovantes développant l’économie de la mer et le secteur de la recherche/développement. Cette dimension est aussi très structurée autour du domaine du nautisme de haut niveau. À la suite de l’élaboration collective du Projet Sportif Territorial (Fuchs, Guyon, 2015) de 2011, un plan de développement du nautisme à l’échelle du territoire a été mis en place par le service du nautisme de Brest métropole océane (BMO). Suite au transfert de compétences des centres nautiques à la communauté urbaine, Brest métropole océane participe à ce projet en mettant à disposition des infrastructures nautiques à disposition de nombreux acteurs (clubs, scolaires). L’installation du Pôle France Espoir de voile légère en 2010 assure à la métropole une certaine notoriété bien au-delà du territoire brestois (3). La région de Brest offre à la fois la voile sportive au plus haut niveau mais également des pratiques de loisirs qui vont des activités de glisse (surf, kitesurf) à la yole de mer en passant par le dériveur, le kayak, la plongée ou le croiseur.

Enfin, troisième dimension, l’importance des manifestations sportives et des événements nautiques apparaît comme un point structurant l’identité maritime brestoise. Qu’il s’agisse d’événements grand public (fêtes maritimes de Brest, Tonnerres de Brest 2012), de championnats internationaux ou de grandes courses au large, ce sont près de 70 manifestations organisées chaque année par le service « nautisme et sports » de BMO entre autres. Mais Brest est aussi reconnue comme une place nautique de référence en matière de grands records (Trophée Jules Verne, la Transat New York/Brest…). L’impact économique d’une grande manifestation nautique sur l’économie locale est important (4). Par exemple, pour la Route du Rhum 2014 (CRESLB, 2013) – qui sort de notre cadre d’étude, trente millions de chiffre d’affaires indirects ont été générés dans l’économie locale pour près de deux millions de visiteurs sur la période laissant deviner de nombreuses retombées médiatiques pour la ville de Saint-Malo. Quant aux fêtes maritimes de Brest (Tonnerre de Brest 2012, etc.), les retombées sont similaires : les origines géographiques des participants sont pour majorité de non-Finistériens (51 %), 84 % des séjours sont organisés dans le Pays de Brest…C’est donc un événement maritime dont les bénéfices économiques se mesurent principalement par un apport net de vingt-quatre millions d’euros dans le Pays de Brest (5).

B – La culture maritime définie par les usagers : appartenance, activités récréatives et interactions avec le littoral

Les usagers du littoral brestois qui déclarent pratiquer une activité de plein air construisent leur propre définition de la culture maritime. Selon eux, trois aspects sont à prendre en compte pour définir celle-ci : 1) la préservation de l’environnement, 2) la responsabilité intergénérationnelle et 3) le plaisir éprouvé sur le littoral brestois.

La prise en compte de l’environnement initial et la participation à des actions de préservation de la nature ont pour objectif, du point de vue des usagers, d’entretenir une ressource naturelle (initiale donc) que l’on sait fragile et de l’accompagner dans le temps. Ce point illustre tout particulièrement les enjeux théoriques soulevés dans la notion de ressource territoriale. À défaut d’être équitable sur les principes géographiques (des disparités existent à l’échelle des communes et des associations), sociologiques ou économiques, le principe environnemental énoncé par Gumuchian et Pequeur (2007) est quant à lui recherché chez les usagers interrogés dans la mesure où cela apparaît dans les données récoltées et de manière plus officielle, dans les rapports d’activités associatifs. Ainsi, un certain nombre d’usagers déclarent (33.7 %) pratiquer un sport de plein air pour être au contact de la nature et proches de l’espace maritime. Des actions écocitoyennes sont par exemple régulièrement organisées dans certains milieux associatifs ou récréatifs comme nous le relatent certains pratiquants qui y accordent beaucoup d’importance.

Cette préservation de l’environnement du littoral est directement reliée à la question de la transmission intergénérationnelle. Des usagers insistent notamment sur les valeurs environnementales qui seraient véhiculées dans les activités récréatives proches du littoral par rapport à d’autres activités récréatives comme le précise cet enseignant d’EPS valorisant les actions écocitoyennes dans son approche pédagogique du plein air et du littoral : « à l’école, on fait le nettoyage des plages et les valeurs liées à l’environnement tu vois ça peut arriver qu’on débarque sur une plage et puis voilà qu’ils trouvent des cochonneries ou des déchets alors on ramasse, ça mène à des discussions mais bon c’est pas systématique » (Extrait d’entretien, 44 ans). Les interactions entre les usagers les plus jeunes et les plus expérimentés sont par exemple essentielles à comprendre car selon le point de vue des usagers, c’est une manière de garantir le renouvellement de la culture maritime pour qu’elle se développe et se diffuse aujourd’hui à l’ensemble des groupes sociaux concernés. Derrière ces relations intergénérationnelles, on peut y voir la volonté de construire une identification et une appartenance collective qui soit lisible par tous. La présence d’Océanopolis (aquarium marin et parc de loisirs) est par exemple caractéristique de cette question : développer dès le plus jeune âge, une conscience écologique ou tout au moins, encourager l’acquisition d’une culture maritime qui s’inscrit dans un patrimoine local. On peut y observer de nombreux outils pédagogiques qui informent sur les interactions homme/milieu maritime et les espèces localisées dans la rade de Brest.

Enfin, le troisième aspect à prendre en compte est le plaisir procuré par une identification au littoral. En effet, les usagers évoquent de manière unanime le « plaisir » de se retrouver au contact ou à proximité (visuelle et olfactive) des espaces marins comme le fait remarquer ce grimpeur dont la pratique a été influencé d’abord par sa famille puis par son environnement proche : « Étant grimpeur, la mer n’est pas directement nécessaire à ma pratique, mais les falaises équitables/équipées étant souvent près de la mer en Bretagne, on peut dire que […] la proximité de la mer est un facteur que je recherche pour le plaisir que cela me procure » (Extrait d’entretien, 22 ans). En second rang interviennent les notions de « contact avec la nature » et d’« émotions » puis en troisième position, les notions de bienêtre et de santé. À titre d’exemple, les activités nautiques, qui sont le plus dominantes dans les réponses recueillies, s’inscrivent dans ce registre. Le nautisme breton concerne, parmi mille neuf cent dix structures nautiques, un peu moins d’un million de pratiquants par an, que ce soit en sport nautique ou de bord de mer (Centre de Ressources et d’Expertise du Sport et des Loisirs de Bretagne, 2013). Nous venons de voir comment les catégories de pratiquants justifient leur appartenance à cette culture maritime et sur quels aspects ces derniers se reconnaissent à travers celle-ci. L’objectif est maintenant de confronter ce point de vue du « bas » – l’appartenance – à la culture maritime définie par les institutions et acteurs politiques.

C – La culture maritime définie par les institutions, entre volonté de renouvellement et déficit d’ouverture

En complément des entretiens réalisés avec les acteurs institutionnels et associatifs, les résultats suivants s’inspirent également d’autres sources secondaires produites par BMO et la ville de Brest. Deux axes majeurs se dégagent de cette définition officielle, par le « haut ». Un premier axe sportif et culturel centré sur le nautisme bien entendu et un second axe sur les sciences et techniques de la mer. Ainsi, le rapport institutionnel à la maritimité brestoise vise à modifier l’image maritime de la ville d’autrefois. Un nouvel imaginaire, « Brest, la mer par excellence » notamment, apparaît très clairement dans de nombreuses communications officielles. L’objectif étant de dépasser l’identité maritime brestoise basée sur la culture ouvrière et militaire pour valoriser les aspects plus contemporains, les activités scientifiques, sportives et récréatives. De plus, les entretiens réalisés avec certains élus font apparaître un rapport personnel au milieu marin et sans doute structuré par le statut social de cette personne sur la définition qu’elle donnera. Cela s’inscrit dans les remarques préliminaires que nous avons soulevées sur le concept d’identité dans la mesure où cette situation montre une lutte (symbolique) entre les « entrepreneurs » et les « identifiés » (Avanza, Laferté, 2005). De manière consensuelle cette fois, les acteurs interrogés déclarent agir en direction d’une culture maritime brestoise qui soit l’objet d’une « stratégie mémorielle » et en lien avec un patrimoine local, ce que nous confirme un élu très impliqué à Brest Événements Nautiques et dans l’animation nautique de la ville : « À Brest […] on a un peu le nez dessus donc, du coup, l’approche est différente mais en même temps voilà, ça reste sans doute cette culture nationale qui pèse par rapport à cette question d’intérêts vis-à-vis du maritime. Donc à Brest, on a représenté toutes les composantes maritimes, que ça soit flotte de guerre, flotte de commerce, pêche, océanographie donc recherche et puis tout ce qui est voile légère, voile de course » (Extrait d’entretien). Cette stratégie publique consiste à multiplier les déclarations qui vont dans le sens d’une argumentation pour la fonction politique attribuée aux vestiges historiques – et les rôles qu’ils ont donc à jouer – ainsi qu’à rappeler les activités militaire et/ou commerciale historiques. De cette manière, ils se démarquent de certains discours qui pointent une culture maritime axée sur les activités passées (les musées spécialisés sont là pour en témoigner) mais cherchent bien à inscrire le passé dans une démarche prospective. On retiendra que cette culture maritime brestoise est en pleine mutation et oscille entre une mémoire populaire et un discours officiel de régénération urbaine des espaces littoraux.

Même dans un cadre institutionnel, la culture maritime est l’expression d’un rapport personnel au milieu marin et aux activités sociales, culturelles, économiques qui se dégagent des acteurs politiques. Leur définition est donc intimement liée au statut personnel (trajectoire de vie, contexte social…) et à la fonction institutionnelle de ces derniers. Par exemple, le responsable d’une association nautique insiste sur le sens de l’Histoire et sur l’importance de transmettre ce patrimoine maritime (à la fois matériel et immatériel) aux pratiquants d’aujourd’hui alors que l’élu interrogé se réfère volontiers à l’héritage militaire et à ses implications encore d’actualité selon lui. Son statut le rend sensible, nous dit-il, à la réalité des équilibres économiques du territoire brestois. Encore aujourd’hui, le secteur de la Défense est un pilier essentiel qui fait vivre près de 17 000 familles. Les acteurs rencontrés sont donc sujets à un rapport spécifique à la maritimité brestoise. Même si leurs références culturelles sont parfois différentes, et même si cette maritimité s’affirme de façon plus ou moins consciente dans les discours, sa présence imprègne de manière univoque les définitions données par les acteurs politiques locaux. Il s’agit pour eux de s’appuyer sur un passé maritime mythifié afin de légitimer une reconstruction temporaire de la maritimité brestoise. Et, en dépassant les discours institutionnels, la pérennité d’une culture maritime basée sur les activités navales historiques de Brest est bien perceptible. Les références au secteur de la Défense, à l’histoire maritime (Arsenal et la Marine Nationale, Port de Commerce, activités de réparation navale), aux aspects événementiels et aux pratiques nautiques sont encore dominantes dans l’analyse (par récurrence) des discours des acteurs ayant une fonction politique à la Ville de Brest. Contrairement aux récurrences analysées chez les acteurs non-institutionnels où ceux-ci structurent leur identification par rapport à des items plus diversifiés comme la voile, la randonnée, le kayak, l’événementiel nautique, le chantier naval, le tourisme, etc. La culture maritime brestoise est donc actuellement en pleine mutation, et oscille entre une mémoire populaire axée sur les anciennes activités navales et la création d’un « discours-vérité » de renouveau porté par les institutions politiques locales.

D – Des logiques d’actions plurielles pour quelle culture maritime ?

Pour répondre à la question initiale, la culture maritime brestoise se définit de manière différenciée selon le statut de la personne occupée dans l’espace social local. Le premier constat est donc qu’il est très difficile de donner une définition consensuelle de celle-ci. Des axes structurants émergent cependant de l’analyse des données recueillies.

Tout d’abord, la CMB est intrinsèquement liée au milieu marin qui est présent de manière visible : environnement (visibilité de la rade, air, aménagements de bords de mer, etc.) d’une part et les activités associées d’autre part (pêche, militaire, voile, etc.). Ensuite, la CMB est liée à l’histoire du territoire (traditions, gastronomie, événements nautiques, activités militaires, etc.) et fait émerger une forme d’héritage, en termes de transmissions intergénérationnelles de ce patrimoine territorial (musées, expositions, animations, etc.). Cependant, cette définition de la CMB doit être différenciée car nous avons remarqué qu’un jeu d’acteurs s’exerce selon la position occupée par les répondants dans l’espace local. En effet, les acteurs véhiculent différemment cette culture maritime selon qu’elle est formulée du point de vue associatif, structurée autour des notions de « construction » et de « transmission », ou formulée du point de vue institutionnel, structurée cette fois autour de la valorisation du territoire.

Par conséquent, produire une définition de la culture maritime brestoise nous amène à tenir compte de la pluralité des caractéristiques qui structurent l’espace local, que ce soit en termes d’image sociale ou d’appartenance. Si le constat peut toujours être critiqué, le constat est pourtant bien là. En effet, il est aisé de comprendre que les actions publiques d’une part et les usages d’autre part, entrent parfois en conflit sur la nature de la CMB et surtout sur les actions à mener (décisions, aménagements, transports, etc.). Notons également que la CMB pourrait être complétée par certaines activités liées au littoral comme la course en sentier côtier (trail, randonnées pédestres, etc.) par exemple. Elles participent aussi à valoriser le territoire par des critères sportifs, environnementaux, géographiques et sociologiques qui contribuent à l’attractivité touristique de celui-ci selon le même principe de la ressource territoriale (Bessy, 2010).

Ainsi, nous pensons que le patrimoine maritime sur lequel se déroule cet événement constitue une forme de ressource pour le développement (sportif, touristique) du territoire brestois et contribue de la sorte à développer un patrimoine territorial (Landel, Senil, 2009) qui tend vers un patrimoine maritime culturel (Marie et al., 2008).

Conclusion

En guise de conclusion, rappelons que cette problématique mériterait une investigation plus en profondeur, notamment du côté des participants et usagers ainsi que du côté des acteurs touristiques, économiques et politiques pour confronter les différentes expériences relatives aux enjeux de développement territorial. Une valorisation plus globale et intégrative des différents usages du littoral (entre terre et mer) et de son potentiel récréatif chez les populations qui s’y identifient mériterait d’être intégrée au système territorial existant. La culture maritime brestoise se définit à travers une combinaison de représentations personnelles et collectives qui structurent d’une part, les loisirs sportifs de nature chez les populations et d’autre part, les actions publiques qui sont menées en matière de gestion des espaces littoraux. Le potentiel environnemental, social, récréatif et sportif caractérise ce territoire riche en ressources « initiales » mais pour autant pas suffisamment « accomplies » dans le système territorial en place. La confrontation des définitions de la culture maritime illustre ce fossé dans les manières de s’identifier, de produire un imaginaire social et dans le sentiment d’appartenance que construisent conjointement les décideurs et les usagers (Guibert, 2006). Le patrimoine maritime sur lequel repose la CMB constitue un ensemble de ressources et contribue à développer un patrimoine territorial (Landel, Senil, 2009) qui s’oriente progressivement vers un patrimoine maritime culturel (Marie et al., 2008), quitte à exclure d’autres ressources ludiques ou récréatives pourtant intégrées dans les représentations individuelles et contemporaines. De ce fait, le littoral brestois, tel qu’il apparaît dans cette étude, illustre un territoire où cette interface « terre-mer » est dynamique, mais tiraillée entre des usagers qui s’identifient à un ensemble de ressources (matérielles et idéelles) et une action publique trop ancrée sur l’histoire maritime, au sens strict, de la ville et le secteur d’activités professionnelles et économiques qui lui est liée.

 

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1. Voir Bessy, 2013

2 Nous tenons à remercier les étudiants de la promotion 2012-2014 du Master Sciences Sociales du Sport, Administration, Territoire et Intégration de l’Université de Bretagne Occidentale pour leur aide logistique nécessaire à cette étude « exploratoire ».

3 Par exemple, c’est 2 athlètes aux JO 2012 (+ 1 remplaçant) et 24 athlètes au Pôle France en 2013 qui intègrent la sélection française.

4 Voir La lettre des observatoires de l’ADEUPa - bilan 2012, « Supplément à l’observatoire du tourisme du Pays de Brest », n°35, Avril 2013, http://www.adeupa-brest.fr/system/files/publications/obs_supp_tourisme35_web.pdf

5 Les retombées économiques des fêtes maritimes de Brest 2012, La lettre des observatoires de l’ADEUPa, Avril 2013, http://www.adeupa-brest.fr/system/files/publications/obs_supp_tourisme35_web.pdf

 

Cet article a été écrit par :

Florian Lebreton Maître de conférences - TVES EA 4477 Université du Littoral Côte d’Opale Maison de la Recherche en Sciences de l’Homme 21 quai de la citadelle - BP 35528 - 59383 Dunkerque Cedex 1 florian.lebreton@univ-littoral.fr 06 83 28 01 15

Thierry Michot Maître de conférences * LABERS EA 3149, Faculté des Sciences du Sport et de l’Éducation Université de Brest 20, avenue Le Gorgeu - CS 93837 - 29238 Brest Cedex 3 michot@univ-brest.fr 06 65 24 10 25

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