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À Caen, le sport, fer de lance de la lutte contre la sédentarité

À Caen, le sport, fer de lance de la lutte contre la sédentarité

© Francois_DECAENS___Ville_de_Caen

La ville de Caen met les activités physiques au cœur de son dispositif de lutte contre la sédentarité. Si le sport sur ordonnance est en première ligne, c'est toute la population qui est encouragée à bouger. À commencer par les plus jeunes.

Une population heureuse et en bonne santé est une population qui bouge à tous les âges. C'est sur ce credo que la ville de Caen (Calvados) tisse sa politique sportive. Premiers visés par l'incitation à la pratique: les malades. Depuis mars 2017, la ville développe une politique de santé globale, avec comme point d'orgue la mise en œuvre du sport sur ordonnance. Pour cela, elle a constitué un groupe de travail élargi à toutes les parties prenantes: centre hospitalier universitaire (CHU), centre de santé mentale, Union régionale des médecins libéraux (URML), UFR Staps.

 

Une vingtaine d'éducateurs

Le but? Proposer des activités encadrées, dans la suite de ce que Strasbourg ou Biarritz ont déjà fait, mais avec une particularité: le programme suit des patients atteints de pathologies mentales (dépressions, psychoses et névroses). Autre focus: l'obésité infantile, avec des traitements proposés dès le plus jeune âge. Les activités douces et adaptées (natation, gym, marche, motricité, vélo) sont identifiées de manière collégiale et l'accompagnement se fait sur plusieurs niveaux. Au quotidien, les patients sont encadrés par une vingtaine d'éducateurs de la ville, lesquels profitent d'un centre de ressources sport-santé pour actualiser leurs connaissances. Et pour lutter contre la démotivation et le décrochage, les patients sont entourés psychologiquement et pratiquement. Un partenariat avec Orange Lab a par exemple permis de développer une application pour prévenir d'un rendez-vous et alerter sur le niveau d'activité.

 

Prescription médicale

Mais les freins ne proviennent pas uniquement des patients. Le premier vient même des médecins eux-mêmes. Pour les lever, la ville, en collaboration avec l'URML et le CHU, accompagne les praticiens dans la prescription du sport. Cette sensibilisation du corps médical passe notamment par les étudiants en troisième et quatrième années qui suivent désormais un module innovant: la prescription médicale d'activités physiques et sportives (APS). Lancées en septembre 2017 par quelque 40 médecins pour 70 patients, les premières prescriptions - 30 séances d'APS - ont d'ores et déjà donné des résultats positifs: les malades ont un meilleur sommeil, prennent moins de médicaments, et, une fois le frein à l'activité levé, désirent continuer à pratiquer.

 

Accompagner vers l'autonomie

Faire en sorte que les patients persévèrent après la première prescription, c'est précisément l'enjeu de la seconde phase du dispositif: accompagner vers l'autonomie. Pour ce faire, un réseau d'une dizaine d'associations sportives est en train de se structurer et de former des éducateurs aux activités de sport-santé. Pour aider à la transition, les éducateurs des associations pourraient assister aux dernières séances de la première phase afin de mieux redéployer les pratiques observées dans leur propre structure, toujours en lien avec le médecin prescripteur. Pour la ville de Caen - qui a jusqu'à présent investi 200000 euros dans ce dispositif -, l'objectif est d'approcher un taux de pratique de 100 % après la première phase.

 

Dès le plus jeune âge

L'articulation avec le mouvement sportif local est encore au cœur de la politique d'animation sportive municipale en direction des enfants. Grâce à ses propres éducateurs, la ville de Caen propose en effet aux écoliers de pratiquer toutes les disciplines que le mouvement sportif ne peut offrir sur son territoire. Cela se traduit par une pratique incitative et de découverte d'activités, notamment en lien avec la topographie de Caen, troisième commune française en termes de densité d'espaces verts et, de surcroît, traversée par un fleuve. L'apprentissage d'activités visant à favoriser la mobilité douce, comme le vélo et le roller, est proposé dès le plus jeune âge. La progressivité dans les pratiques est également de mise, puisque les cycles de natation débouchent sur l'apprentissage de disciplines nautiques (voile et kayak). Les activités à encadrement spécifique sont aussi à l'honneur: l'escalade en milieu naturel, en partenariat avec l'Éducation nationale, l'escrime, le judo ou encore l'équitation, dans un centre propriété de la ville et géré par une DSP qui réserve des temps de pratiques scolaires. Au total, 19 éducateurs de la ville dispensent 3700 heures d'intervention sur le temps scolaire. Tous les enfants des écoles primaires sont touchés et des stages en dehors du temps scolaire rassemblent chaque année environ un millier de jeunes. Là encore, l'objectif est d'acquérir une autonomie dans la pratique.

 

Accès libre

La partie événementielle de la politique sportive de la ville permet d'ailleurs aux jeunes Caennais de trouver leur place dans le calendrier des animations. À chaque événement, un temps fort réunit les enfants pour favoriser leur pratique. Ainsi, Les Courants de la liberté, qui réunissent 40000 participants, sont précédés par Les Foulées de la liberté, réservées aux scolaires. De même, l'open de tennis de Caen, premier tournoi amateur de France, invite 400 jeunes à échanger des balles avec les joueurs, tandis que l'indoor de BMX est l'occasion pour les élèves qui ont suivi l'apprentissage du vélo de s'initier à cette discipline. Et Caen va encore plus loin: pour inciter tous les habitants à faire du sport, une grande partie des équipements sont en accès libre et équipés de vestiaires, casiers et douches. Les Caennais n'ont plus d'excuse...

 

" Les clubs de haut niveau doivent principalement aller chercher des recettes privées "
3 questions à ... Aristide Olivier, vice-président de la communauté urbaine de Caen-La-Mer chargé des sports Caen-la-Mer a été créée en janvier 2017.

Où en êtes-vous de la prise de compétence sport?
Nous en sommes à l'étape une, avec le transfert à la communauté urbaine des équipements structurants - piscines, patinoire et golf. Les clubs qui occupent ces structures restent, eux, en lien direct avec la ville. Durant les années à venir, nous allons mener un travail important avec l'ensemble des communes pour aller vers le transfert du sport de haut niveau vers la CU. En effet, la communauté urbaine de Caen-la-Mer fait aujourd'hui partie des rares collectivités équivalentes qui n'apportent pas de soutien au haut niveau.

Quelle est votre ambition en la matière?
L'aide de la CU aux clubs de haut niveau est un mouvement naturel qui devra s'opérer, mais il est difficile à envisager immédiatement. Il nous faut digérer la création de la CU et de ses importantes contraintes administratives avant d'aller vers le transfert du sport de haut niveau. Aujourd'hui, pour la ville de Caen, le haut niveau c'est le handball, le basket-ball, le tennis de table et le hockey sur glace, qui évoluent dans les deux premiers niveaux nationaux, pour un soutien global de 1,5 million d'euros. Le Stade Malherbe, en Ligue 1 de football, est un modèle économique très différent. Naturellement, on va plus vers les sports collectifs, mais si on veut garder sur notre territoire des sportifs de haut niveau, on devra aussi régler la question des sports individuels. On peut imaginer repérer des sportifs dont les clubs éprouvent des difficultés pour les accompagner et les maintenir sur le territoire.

La CU s'implique également dans un dossier d'envergure, celui d'un nouveau palais des sports...
Le palais des sports actuel, propriété de la ville, a fêté ses cinquante ans cette année et ne correspond plus aux exigences d'aujourd'hui, notamment en termes de modèle économique. Nous considérons que les clubs de haut niveau doivent principalement aller chercher des recettes privées, or l'outil actuel ne leur permet pas suffisamment de le faire. Par ailleurs, la jauge maximale de 2900 spectateurs ne permet pas d'avoir une politique tournée vers l'événementiel sportif à l'échelle du territoire. Nous lançons donc actuellement une étude portant sur un futur palais des sports qui sera menée à l'échelle communautaire. Le cabinet recruté a six mois pour déterminer la jauge idéale pour notre agglomération et le futur modèle économique de la salle. L'enjeu est de savoir comment on la fera fonctionner dans les trente prochaines années. La base de notre réflexion est de construire un outil qui permette aux clubs d'aller chercher des recettes privées. Mais savoir si nous serons en régie, en délégation de service public ou sur un modèle avec des clubs parties prenantes de l'équipement, nous sommes aujourd'hui incapables de le déterminer. Toutes les hypothèses sont sur la table.

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